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Full text of "L'Émirat des Trarzas"

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UE DU MONDE MUSULMAN 



ÉMIRAT 
ES TRARZAS 



PAUL MARTY 



PARIS 

ÉDITIONS ERNEST LEROUX 

iNAPARTE (VI e ) 









dt. 










L'ÉMIRAT DES TRARZAS 



X 



COLLECTION DE LA REVUE DU MONDE MUSULMAN 



L'ÉMIRAT 

\ 

DES TRARZAS 



PAR 



PAUL MARTY 



PARIS 
ÉDITIONS ERNEST LEROUX 

2&, RUE BONAPARTE (VI e ) 
I919 




+ 



T(evue du Monde Musulman. 

191 7-1918 Volume XXXVI 

L'ÉMIRAT DES TRARZAS 



LIVRE PREMIER 
Histoire générale 



CHAPITRE PREMIER 

Les Origines de la Mauritanie 
Invasions berbères (Çanhadja) et arabes (Hassanes) 

L'histoire, même légendaire, de la Mauritanie, ne remonte 
pas au delà du X e siècle de notre ère. La tradition rapporte 
qu'à cette époque le pays compris entre le fleuve Sénégal et 
le nord de l'Adrar était occupé par un peuple qu'on présume 
noir : les Bafour. Au sud du fleuve, dans les pays sénéga- 
lais, vivait le peuple socé. Le siège du groupement bafour 
était dans l'Adrar. L'Azougui actuel, à 15 kilomètres au 
nord-ouest d'Atar, en était la capitale ; la province qui en 
ressortissait s'étendait entre les villes actuelles d'Atar et 
d'Oujeft, et était la plus florissante de l'empire. Les villes 
principales étaient, outre Azougui, qui portait jadis le nom 
de « Ville des Chiens » (Medinal al-Klab), mais dont on 
ignore le nom le plus ancien, celui des Bafour, Fouicht et 
Ntourfin près d'Oujeft ; In Timlel près d'Atar. Ces dénomi- 
nations à forme arabo-berbère sont les appellations actuel- 
les de puits et n'étaient vraisemblablement pas celles dont 
usaient les Bafour. On trouve, dans les parages de ces points 
d'eau, des traces de murs, des amas de pierres travaillées et 
des débris divers de construction et d'ancien habitat. La tra- 

XXXVI. 1. 



2 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

dition rapporte très nettement que les campements noirs 
atteignaient le Tijirit. Enfin, on trouve encore aujourd'hui 
dans l'Aoukar des débris de canaris sur lesquels on recon- 
naît parfaitement des marques et dessins des peuplades 
noires sénégalaises. A Tin Daouia, on a même trouvé dans 
le sable un canari fort bien conservé. 

C'est chez les Sarakollés que s'est le mieux perpétué le 
souvenir de leur ancienne domination dans le Tagant. Ils 
étaient alors connus sous le nom de Gangaris et ils ont con- 
servé cette dénomination à ceux deâ clans et des familles qui 
ont dû régresser, vers le Sud, sous la pression maure. Leurs 
anciens villages du Tagant leur sont encore très connus de 
nom et de fait. Ils en montrent eux-mêmes les vestiges nom- 
breux et très reconnaissables et en citent les noms : Oulo, 
Diabou, Babou, JNfguikon, Nijdid. D'ailleurs ces Gangaris 
4e l'Assaba ont conservé des mœurs qui diffèrent de celles 
de leurs cousins Sarakollés du Sud et se rapprochent des 
usages montagnards, que leurs pères avaient jadis dans le 
Tagant. 

La région trarza qui fait l'objet spécial de cette étude 
était une province de cette collectivité noire bafour : le nom 
de ce peuple est connu de plusieurs lettrés de la région ; 
il revit dans une tradition concernant un puits aujourd'hui 
disparu et qui se trouvait au sud de Khroufa. Il portait 
chez les Berbères le nom d'Inda Bafour, ce qui signifie, 
dit M'hammed Youra, qui rapporte la tradition, « le puits 
« des Béni Bafour. C'était un puits dont le forage remonte 
« à des temps très anciens. Il se produisit là, (par la suite), 
« une rencontre entre les Béni Dîman (Oulad Dîman) et les 
a Béni Yaqoub (Id Eïqoub). Les Béni Dîman furent mis en 
« déroute ; il n'y eut dans ce combat que des blessés et des 
« contusionnés. »' 

L'empire bafour, si l'on peut désigner ainsi le peuple noir 
qui vivait dans l'indépendance semi-anarchique des sociétés 
mêlaniennes* devait s'écrouler sous la poussée des tribus 



L EMIRAT DES TRARZAS 3 

berbères-çanliadja. Les Leintouna, qui venaient du versant 
sud de l'Atlas marocain, et qui depuis plusieurs générations 
étaient en lutte avec les Bafour, finirent par l'emporter. 
Une de leurs invasions sous la conduite d'un chef dont on 
ne connaît que le nom islamisé : Àbou Bekr ben Omar, et 
qui descendait de Tilagaguin fils d'Ouftentak, émir des 
Lemtouna, chassa définitivement les Bafour de leur pays, 
(xi* siècle). La légende maure rapporte que le seul chérif 
qui accompagnait la méhalla berbère, Hadrami, voulut con- 
tribuer pour sa part à l'écrasement des infidèles. Comme les 
Bafour avaient des bandes de chiens dressés à la guerre, qui 
étaient aussi dangereux que leurs soldats (et c'est ce qui 
avait fait donner à leur capitale le nom de « ville des 
chiens ») le Chérif offrit à Abou Bekr ben Omar de dompter 
pour son compte soit les chiens soit les soldats ennemis, Le 
chef berbère, qui ne craignait pas les noirs, lui donna les 
chiens à vaincre. Et aussitôt le Chérif, entrant dans la ville, 
le chapelet à la main, vit venir à lui tous les chiens qui se 
couchaient à ses pieds. Pendant ce temps, les guerriers ber- 
bères et bafour se heurtaient dans la campagne. Chérif Ha- 
drami fut enterré dans la ville même. On montre encore son 
tombeau à Azougui. 

Fuyant devant l'envahisseur, les Bafour descendirent vers 
le fleuve Sénégal, le traversèrent, et refoulèrent à leur tour 
vers le sud les peules socés des actuelles provinces du Diolof 
et du Cayor (XI e siècle) . 

La tradition rapporte que la fille du roi ou d'un roi du 
Bafour avait été faite prisonnière dans les luttes contre les 
Lemtouna. Par la suite, son père demanda à la racheter, 
ce à quoi l'émir Lemtouna consentit sans difficulté. A son 
arrivée au sud du fleuve, il se trouva qu'elle était enceinte 
des oeuvres d'un des vainqueurs, dont il ne fut pas possible 
de connaître le nom. Elle accoucha d'une fille qui reçut le 
nom de Garmi, et que son grand-père, le chef bafour, resté 
sans enfants, maria par la suite à un de ses principaux lieu- 



4 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tenants, Telle aurait été l'origine des princes ouolofs (Bourba 
du Diolof et damel du Cayor). C'est dans la lignée de cette 
princesse Garmi, et toujours par la voie utérine, que furent 
choisis les chefs du peuple bafour transformé. 

D'après une autre légende, rapportée par M. Gaden (i), 
« les Bafôr étaient une tribu juive qui eut longtemps ia 
« prééminence dans l' Adrar. Ils sont encore représentés dans 
« le bas Trarza par quelques familles qui vivent avec les Ou- 
« lad Dîman, et au Sénégal par le village de Battal dont les 
« serrignes sont pris dans la famille des Hadj. » 

Ces traditions se concilient sans peine, sauf toutefois au 
point de vue de l'origine. Les Bafour étaient-ils « Juifs » 
ou a noirs » ? Il faut observer d'abord que les Maures ne se 
rendent guère compte de la signification de l'ethnique 
« Juifs ». C'est un terme tout religieux qu'ils ne connais- 
sent que par leurs études coraniques. Les Juifs n'existent 
pas en Mauritanie. 

Au surplus, les renseignements recueillis de diverses sour- 
ces pour éclaircir ce point litigieux confirment l'origine 
noire des Bafour. 

Si la plus grande partie du peuple bafour dut céder la 
place aux Lenitouna, certaines fractions restèrent sur les 
iïeus et payèrent tribut aux vainqueurs. On verra plus 
loin que, au témoignage d'Ibn Khaldoun, plusieurs peu- 
plades noires se soumirent aux Canhadja et leur payèrent 
l'impôt de capitation, ou bien même acceptèrent leur domi- 
nation morale et s'islamisèrent à leur contact. 

Plusieurs lettrés maures affirment que ces Bafour asser- 
vis sont les actuelles fractions Zenega : Id Rarla et Lemra- 
dine, tributaires des émirs Trarzas. Il est plus vraisemblable 
que ces Bafour primitifs n'ont pas seuls donné naissance 
aux fractions précitées, mais qu'ils ont contribué, par fusion 
avec des éléments maures, à les former au cours des siècles. 



(1) Légendes et coutumes sénégalaises, page 31 



l'émirat des trarzas 



* 
* * 



C'est leur islamisation récente qui venait de provoquer 
chez les Lemtouna et en général chez tous les Canhadja, 
dont les Lemtouna n'étaient qu'une tribu, ce grand mouve- 
ment d'expansion dont furent victimes les Bafour. 

Il n'entre point dans le cadre de cette étude de retracer en 
détail les événements de cette épopée almor avide : la Mau- 
ritanie n'y a joué qu'un rôle minime ; et dans ce rôle la 
part spéciale du Trarza n'apparaît pas. Il est indispensable 
toutefois de faire connaître ce qu'on sait à l'heure actuelle 
(d'après Ibn Khaldoun et les deux historiens qu'il cite : Ibn 
Zera, l'auteur du Raoudh Al-Qirtas, et un autre qu'il 
ne nomme pas) sur la situation politique de l' Extrême-Sud 
marocain aux viif et IX e siècles. La Mauritanie y est direc- 
tement intéressée, d'abord parce que toutes les tribus mara- 
boutiques qui la peuplent tirent de là leurs origines ethni- 
ques et religieuses, et ensuite parce qu'on y verra — - ce que 
confirme par ailleurs la tradition locale, — que le désert était 
habité à ce moment, jusqu'à l'Adrar, par les peuplades noi- 
res sédentaires. 

« Le désert sablonneux » est peuplé à ce moment (viiï 8 
siècle) par un ensemble de tribus canhadja que les gens du 
Nord appellent du nom général de Moleththemin (voilés) et 
qui nomadisent dans cette région depuis un temps immémo- 
rial. Les principales de ces tribus résidant dans la haute 
Mauritanie, ou Sahara Occidental, au nord de la zone d'ha- 
bitat des Noirs, sont : les Guedala (ou Djodala) les Lem- 
touna et les Messoufa. Ils sont les frères des Lemta, Zegaoua 
et Touareg qui nomadisent plus à l'Est. 

C'est dans la tribu Lemtouna que réside l'autorité. Cette 
tribu Lemtouna comprend plusieurs fractions : les Béni 
Ourtentak, les Béni Nïal, les Béni Moulan, les Béni Nasja. 
Ils professent l'idolâtrie et n'embrassent l'islamisme que 
vers la fin du vm' siècle, 



6 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les Béni Ourtentak étaient là fraction royale depuis Our- 
tentak, l'ancêtre éponyme. Son fils Qurekkout (ou Araken) 
et son petit-fils Tilalaguin lui succèdent, et, après avoir sou- 
mis à leur autorité les tribus berbères du désert « portèrent 
« la guerre chez les nations nègres pour les contraindre à 
« devenir musulmans. Une grande partie des Noirs adopta 
« alors l'islamisme, mais le reste s'en dispensa en payant la 
« capitation ». Il s'agit ici évidemment 'des Noirs de l'Adrar 
désignés par la tradition sous le nom de Bafour. 

ïTilagaguin eut pour successeur Tiloutan. Il soumit les 
contrées du désert et obligea les noirs à payer tribut. Il mou* , 
rut en 837. 

Son successeur est Ilettan, qui mourut en 900.- 
Temin, fils et successeur d'Ilettan, régna jusqu'en 918, 
date à laquelle il fut tué par les tribus çanhadja révoltées. 
Le X e siècle est une période de complète anarchie dans la 
Mauritanie berbère. La dynastie des Ourtentak disparaît 
pour un instant de l'histoire, et des usurpateurs prennent le 
commandement des Lemtouna. On cite parmi les plus illus- 
tres d'entre eux Tinezoua (ou Berou^an) fils de Ouachnik, 
fils d'Izar. « Il marchait à la tête de cent mille (?) guerriers, 
« portés sur des chameaux de race. Sa domination s'éten- 
« dait sur une région, longue de deux mois de marche, et 
« large d'autant. Vingt rois nègres reconnaissant son auto- 
« rite et lui payaient la capitation. Ses fils régnèrent après 
« lui, et ensuite l'unité de la nation se brisa de sorte que cha- 
« que fraction et chaque tribu eut son roi. » 

Un homme « plein de religion et de vertu » nommé Abou 
Abd Allah ben Tifaout, et généralement connu sous le nom 
de Narecht, monta sur le trône au commencement du XI e siè- 
cle et rallia les partis. « Il fit le pèlerinage de la Mecque et 
« après un règne de trois ans, périt dans une expédition. » 
Son gendre, Yahia fils de Brahim le Guedali, lui succéda 
C'est à lui que revient l'honneur des débuts de l'épopée 
almoravide. Il réchauffa la piété islamique de son peuple 



l'émirat des trarzas 



en ramenant avec lui du pèlerinage un marabout marocain ; 
Abd Allah ben Yasîn, qui va être l'apôtre de cette rénovation 
religieuse. Il raffermit en même temps l'union politique clea 
Lemtouna, en s'alliant par un mariage à la dynastie drâ 
Ourtentak. 

A sa mort, vers 1050, l'unité est faite, et c'est le petit-ûis 
de Tilagaguin : Yahia ben Omar, représentant héréditaire 
des Ourtentak, qui lui succède. 

Il suffit maintenant de résumer en quelques propositions, 
en les mettant au point, sur place, les données des historiens 
arabes et les récits de la tradition locale. 

i° Très faiblement islamisés encore, les Lemtouna sont 
l'objet de la part de leurs deux chefs : Yahia ben Omar et 
son frère Abou Bekr, et du marabout : Abdallah ben Iasin, 
d'une prédication religieuse intense et de tentatives de ré- 
forme morale. Ce sont là des événements qu'on voit se repro- 
duire tous les jours, tant au Sahara maure qu'en pays noir. 

2° Repoussés par la foule qui entend conserver l'usage 
de ses coutumes sociales et juridiques et de ses pratiques 
religieuses habituelles ; ils se retirent dans une île (ou pres- 
qu'île) et y fondent un ribat, c'est-à-dire une maison de 
retraite, une sorte de couvent, où ils vivent en Khouan dans 
l'étude, la prière et l'excitation religieuse. 

Où était cette île? Le défaut de précision des historiens 
arabes, le silence de la tradition maure ont empêché toute 
identification précise. Adhuc sub judice lis est. On peut 
avancer à coup sûr que ce n'était pas une île du fleuve Séné- 
gal, comme le dit Ibn Khaldoun (le Sénégal portant d'ail- 
leurs sous sa plume le nom de Nil). La collectivité bafour 
est alors intacte, et la zone désertique de 400 kilomètres qui 
s'étend au nord de la Sebkha d'Idjil et sert de glacis aux 
régions sahariennes du sud n'a pas encore été franchie par 
les Lemtouna, 



8 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Etait-ce l'île d'Arguin? Cette identification est trop pré- 
cise. La description qu'en donne Ibn Abou Zera peut se rap- 
porter à une île ou presqu'île quelconque de la côte maurita- 
nienne, du cap Timiris à l'embouchure du Dra. Ils sont nom- 
breux, ces phénomènes géographiques qui portent le nom de 
Dakhlat (Adkhaïlt ou^Zenaga), et sont des îles à marée haute, 
et des presqu'îles à marée basse (i). D'ailleurs cette côte est 
en perpétuel changement. Les conclusions de la mission 
Gruvel-Chudeau en donnent la démonstration scientifique ; 
d'un siècle à l'autre, le tracé du littoral et de ses accidents 
se modifie complètement. Il reste donc que le couvent des 
marabouts réformateurs berbères se trouvait dans une île 
quelconque, non indentifiée, et probablement aujourd'hui 
incorporée au continent, sur la côte mauritanienne, dans la 
partie qui ressortissait aux frations Çanhadja, c'eet-à-dire 
du cap Timiris à l'Oued Noun (2). 

3 Des causes diverses : sainteté des marabouts, esprit 
d'aventure, désir de butin... attirent peu après au ribat de 
nombreux partisans, çanhadja de toute origine. A la tête de 
bandes dévouées, les trois chefs : Iahia, Abou Bekr et Abd 
Allah, se portent en avant. Ils soumettent les dissidents, les 
convertissent et entreprennent la conquête dn Maroc : c'est 
l'épopée almoravide. 

4 Iahia meurt vers 1056. Abd Allah est tué en 1059. 
Abou Bekr ben Omar, dernier survivant des trois saints du 



(1) Dans la géographie politique maure, Dakhla désigne plus spé- 
cialement Villa Cisnéros, capitale du Rio de Oro espagnol. C'est 
également une île ou une presqu'île, suivant l'état de la marée. 

(2) Cf. l'étude très documentée de M. le Commandant GaDEN sur 
Les salines d'Aoulil et leur idenUjïcaiion (in Reçue du Monde Musul- 
man de novembre 1910). Aoulil, déformation de l' ancien nom Aou- 
jajen, est redevenu In Ouolalane dans la bouche des Berbères zenaga 
du Trarza. C'est le Dahar Oualalane d'aujourd'hui, au nord des sali- 
nes de N'terert, vers Nouakchot. 



l'émirat des trarzas 9 

ribat, continue quelques temps leurs exploits, jusqu'à ce 
qu'enfin, vers 1062, il abandonne la souveraineté du Maghreb 
à son cousin Yousouf ben Tachefin, et revient dans le Sahara 
pour y reprendre avec le commandement propre des siens, 
une vie plus conforme à ses goûts, et la marche vers le Sud. 
Les discussions qui avaient éclaté entre Lemtouna et Mes- 
soufa et menaçaient de ruiner la puissance almoravide, à sa 
base n'étaient pas étrangères non plus à ce retour. 

C'est donc Abou Bekr ben Omar qui, à la tête de bandes 
Lemtouna, Djodala et Messoufa, descendues par la sebkha 
d'Idjil, fit entre 1062 et 1087 la conquête du peuple bafour, 
relatée plus haut. On retrouve aujourd'hui, sous ce même 
nom, leurs descendants en Mauritanie : les Lemtouna dans 
le Brakna et le Tagant ; les Guedala (ex-Djodala) dans le 
Tiris, où ils sont les Telamides ou tributaires des Ahel 
Barik Allah, et des Oulad Delim ; et dans le Brakna, où 
des campements haratines des Oulad Abd Allah sont dénom- 
més haratines Igdala ; et enfin jusque dans l'Aïr, où on 
trouve une tribu des Igdalen. Quant aux Messoufa, la tradi- 
tion maure prétend reconnaître leurs descendants dans les 
Mechdouf du Hodh. 

Il y avait évidemment dans cette invasion berbère bien 
d'autres tribus que les ancêtres des actuels campements gue- 
dala et Lemtouna. Comme on peut déjà le constater dans 
l'Afrique du Nord, après un siècle d'occupation, certaines 
fractions des peuples envahisseurs se sont accrues démesuré- 
ment et ont fini par être désignées sous leur nom propre, 
perdant ainsi leur nom général de tribu, et arrivant même 
quelquefois à le remplacer chez les autres fractions. 

En ce qui concerne le Trarza, il y a donc bien d'autres 
tribus que les campements cités plus haut, qui soient d'ori- 
gine berbère. 

Il y a : i° une grande partie des fractions tributaires, 



ÏO REVUE DU MONDE MUSULMAN 

plus spécialement appelés Zenaga (ou Lahma « viande » ; ou 
Açhab « gens ») chez les guerriers ; et Telamides chez les 
marabouts ; 2 ° toutes les fractions proprement maraboutiques 
(Zouaïa, Tolba) qu'elles aient ou non conservé l'usage du par- 
ler zénaga. On en verra la liste plus loin. Ces fractions qui 
sont aujourd'hui les seules lettrées, se sont attribué des ori- 
gines chérifiennes ou pour le moins arabes : c'est là une ques- 
tion de mode, une sorte de snobisme universel dans le monde 
islamique, blanc ou noir. On ne nie pas la plupart du temps 
provenir du haut pays marocain et être d'origine Lemtouna 
et Çanhadja, mais on déclare qu'il ne faut pas confondre 
ces tribus, berbères si l'on veut par leur habitat, avec les 
autres tribus berbères, les vraies, les autochtones marocai- 
nes, les Chleuh. Les Chleuh sont des aborigènes. Les Çan- 
hadja-Lemtouna sont les descendants de tribus arabes, im^ 
migrées d'Orient en Afrique du Nord, les uns peu après 
l'hégire, les autres mêmes antérieurement à l'Islam, ce qui 
explique leur islamisation tardive. On donne comme causes 
de leur établissement préislamique au milieu des Berbères 
que le roi Friqicha, qui les avait à sa solde, les abandonna 
dans le Maghreb, au cours de ses expéditions à travers le 
monde. Ces Arabes étaient fils de Tobbaa qui s'était enfui de 
chez ses frères d'Orient. 

Par ces explications, les plus intelligents d'entre les let* 
très maures, Cheikh Sidia par exemple, espèrent concilier 
dans leur esprit leur indubitable origine berbère marocaine, 
leur traditionnelle arrivée dans le Sahara Méridional avec 
les bandes d'Abou Bekr ben Omar, et leur vif désir de se 
rattacher, envers et contre tout, à une souche arabe. On 
trouvera développé plus loin, dans la notice consacrée à cha- 
que tribu, le récit légendaire de ces origines. 

Quant à l'usage du parler zenaga, il s'est maintenu uni- 
quement dans le pays trarza et chez les seules tribus Ar- 
roueijat, Oulad Baba Ahmed (Oulad Dîman), Id Armadiek' 



L'ÉMIRAT DES TRARZÀS II 

et Ida Belhassen, de la Résidence de Boutilimit ; Oulad Di- 
man et Tendra, de la Résidence de Méderdra. 

Quoique séparés par une zone de 200 kilomètres, hérissée 
de difficultés provenant tant du désert que des hommes, ces 
tribus se comprennent parfaitement avec les Chleuh et 
Tekna du Nord du J)ra. En outre, le dialecte arabe-maure, 
qui porte le nom de hassanïa, c'est-à-dire langue des Hassa- 
nes, Arabes des invasions, et qui s'est substitué par droit de 
conquête à la langue zenaga, a été fortement marqué par 
l'empreinte de' cette dernière langue. On y trouve plus spé- 
cialement une foule de noms de lieux, de flore, de faune, des 
termes concernant la vie matérielle, etc.. tous mots consti- 
tuant une onomastique spéciale au pays, et que les Arabes 
ont dû emprunter aux tribus qu'ils trouvaient sur les lieux 
et soumettaient à leur domination. 

A tous ces titres et attendu que les traditions, forgées par 
les Zaouaïa, pour se donner des origines chérifiennes, himya- 
rites ou qoreïchites, ne reposent sur aucune précision et leur 
sont contestées formellement par les Hassanes et très sou- 
vent par leurs propres frères, marabouts comme eux (1) on 
peut conclure que les tributs maraboutiques maures sont 
pour la très grande majorité des Berbères, soit descendants 
des hordes guerrières qui suivaient Abou Bekr ben Omar, 
ce qui est admis par les intéressés chez les Medlich, Tendra 
et Tadjakant (Trarza), chez les Dieidiba (Brakna), chez les 
Ida Ou Aïch (Tagant-Assaba), et chez les Mechdouf (Hodli), 
soit issus des familles ou individualités qui, par la suite, 
vinrent chercher fortune dans la Mauritanie Zenaguïa. 

Abou Bekr ben Omar, marabout prêcheur et soldat apô- 
tre, mourut en 10S7, au cours de ses luttes contre les Noirs. 



(1) A remarquer, par exemple, l'antagonisme qui existe entre la 
tradition des Ida Belhassen qui se prétendent Chorfa et la tradition 
générale maure, appuyée par la tradition tekna, qui fait d'eux les 
frères des Aït Lahsen (Tekna, groupe Aït Djemel), 



Ï2 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

La tradition trarza énonce qu'il fut blessé au genou gauche 
dans un combat contre les Noirs de Chemama, à Souet-el-Ma 
sur 1e lac Reqiz. Il revint peu après dans le Tagant et y 
mourut clés suites de sa blessure. Il fut enterré dans la partie 
septentrionale du Tagant,à Oumm Laouaïtgat, et on y montre 
aujourd'hui encore son tombeau. Ses conquêtes avaient ainsi 
atteint aussi bien le fleuve Sénégal que le Niger, pvtisqu'il 
« porta ses armes victorieuses contre les nations infidèles 
« du Soudan jusqu'à la distance de quatre-vingt-dix jour- 
ce nées au delà du pays des marabouts » ; mais il ne semble 
pas que les Noirs aient été expulsés à ce moment de la rive 
droite. Eux seuls peuvent vivre dans ce pays du Chemama 
et le mettre en valeur. Les tribus maures sont contraintes 
par le souci de la santé tant des hommes que du cheptel, de 
vivre dans la région nettement saharienne: C'est ce qui con- 
firmerait le témoignage, relaté plus haut, d'Ibn Khaldoun 
et expliquerait que plusieurs siècles plus tard on retrouve les 
Noirs sur la rive droite du fleuve, quelquefois à plus de cent 
kilomètres dans l'intérieur des terres. 

Que s'est=il passé dans la Mauritanie berbère, de la fin 
du XI e siècle au xiv e siècle? L'histoire, comme la tradition, 
sont muettes. 

Vers le xiv e siècle, on voit apparaître un nouvel élément 
berbère du Nord, afflux pacifique celui-là, et qui devait sur- 
tout peupler le Trarza. Ce sont les cinq hommes pieux, con- 
nus sous le nom de Tachomcha (id est en berbère « les cinq ») 
et que la tradition désigne expressément comme originaires 
de Taroudant s Emigrés du Sous, ils arrivent à Abei'r, dans 
TAdrar. Les luttes intestines rendant le séjour insupporta- 
ble, les cinq Berbères prennent, un par un, la route du Sud. 
Ils s'arrêtent chez les Medlich, alors dans le Tiris, y pren- 
nent femme et y font souche par les cinq fils que chacun laisse 
derrière lui. Ce sont les ancêtres des actuels Tachomcha , 
savoir : 



L ÉMIRAT DES TRARZAS Î3 



/ Oulad Ioqban Allah \ 

l Id Atjfagha . . , . I Résidence 

Oulad Diman, > Id Abehom f , 

Ôulad Sidi El-Falli ..:... .. . i 



' 



Ida Oudeï j Méderdra 

Id Eiqoub / 

m-i.'d ••i'i'11 1 ( Résidence 

Ahel Bank Allah \ , n ,.,-. 

/ de Bout|limit 

Dans la deuxième partie, on étudiera, dans la notice con- 
sacrée à chaque tribu, le récit légendaire de ces immigrations 
et origines. Il est difficile de distinguer la part de ia vérité 
de celle de la fantaisie. Mais sous les broderies de la légende, 
il reste acquis que des immigrations pacifiques, d'origine 
Soussi, se sont produites dans le XIV e siècle, et sont venues 
renforcer l'élément berbère qui avait fait, trois siècles plus 
tôt, la conquête du peuple bafour. Il faut admettre aussi, 
vu l'unanimité de la tradition, le rôle important que, par 
son accueil hospitalier, a joué la tribu des Medlich pour l'ins- 
tallation pacifique et la fusion des immigrants. Elle les a 
reçus dans ses campements du Tiris, alors comme aujour- 
d'hui région par excellence des pâturages maures ; elle leur 
a donné des femmes et a permis leur multiplication numéri- 
que," comme le développement de leurs richesses pastorales, 
Tachomcha et Medlich, en étaient arrivés à être considérés 
comme un même groupement de tolba ; et jouant sur le mot 
de Medlich, on les appelait les« Medlich de la science », ou 
« le cercle de l'étude » . C'est ce qui explique_.les excellents 
rapports et la solidarité de sang et d'intérêts qu'ils ont tou- 
jours entretenus au cours des siècles et qu'ils cultivent encore 
aujourd'hui. 

Le développement des Tachomcha les contraignit à instal- 
ler leurs campements à part. Ils descendirent donc vers le 
Sud et s'établirent dans la zone neutre, qui séparait la 



14 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

région du Tiris des pays de la rive droite du fleuve, occupé 
par les Noirs : à peu près dans le triangle Nouakchot- 
Khroufa-Bou Tilimit. Ils y menaient la vie de pasteurs et 
aussi, grâce à leurs nombreux esclaves, celle de cultivateurs. 
Cette situation d'avant-garde devait fatalement entraîner des 
luttes avec les peuplades noires ; les Tachomcha n'y eurent 
pas le dessus. Après un combat, ou 80 de leurs notables res- 
tèrent sur le carreau, à Id Aounik, près du lac Reqiz, ils 
durent abandonner définitivement la partie. Certains rencon- 
trèrent vers le Tiris ; d'autres appuyèrent vers l'Est et éta- 
blirent leurs campements au pied des, falaises du Tagant et 
de l'Adrar (1). 

On sait par quelques mots du Chiam ez~Zouaïa et par 
les récits indigènes que la situation intérieure des peuplades 
berbères, au cours du xiv e siècle, où l'élément arabe n'avait 
pas encore pénétré les armes à la main, n'était pas très bonne. 
Les fractions tachomcha, disséminées un peu partout, se 
heurtaient : dans le Tiris, aux tribus nobles et guerrières 
(anbiit) qui portaient alors le nom de Bakhouga et sont les 
ancêtres des Ida ou Aïch ; dans le Tagant et l'Adrar, aux 
Berabich du Sahel, aux Khebabcha et Azizat, fractions qui 
avaient leurs campements dans l'Adrar vers Amdetj, et qui 
sont aujourd'hui fondues dans le Hodh. Il semble que dès 
ce ; moment, ces fractions tachomcha, pour se mettre à l'abri 
des vexations et tueries des tribus plus fortes, menaient déjà 
la vje de Zouaïa, c'est-à-dire avaient volontairement aban- 
donné les armes pour se consacrer à la prière, l'étude et 



(I) Certains lettrés maures, tel M'hammed loura, tout en admettant 
l'exactitude de ces faits, leur dénient ces conséquences importantes. 
Les événements dTd Aounik auraient été des incidents qui n'eurent 
pas de suite, et il serait inexact que les Maures aient été rejetés vers 
le Nord à la suite d'un mouvement des noirs dans cette direction 
(Note de M. Gaden.} 



L'EMIRAT DES TRARZAS 15 

l'élevage des troupeaux, Avec le paiement régulier d'un tribut 
et quelques petits pillages, on pouvait espérer une certaine 
tranquillité. Ces lettrés et pieux personnages n'apportaient 
pas de point d'honneur à abdiquer devant les guerriers : ils 
rendaient le mépris pour l'humiliation. 



A la fin du xiv e siècle se place un événement considérable 
qui allait changer la face de la Mauritanie. Cet événement, 
générateur de la situation actuelle, est l'arrivée dans l'Ouest 
Saharien des bandes d'origine arabe, Cette introduction de 
Sémites nomades, guerriers et pillards, dans un milieu ber- 
bère, devait être une cause de troubles ; et comme elle devait 
se renouveler, les immigrants, quoique moins nombreux, 
allaient dompter les Berbères, leur imposer leurs conditions 
et modifier leur état social. 

Les tribus de l'invasion arabe sont parfaitement connues 
en Mauritanie ; elles portent le nom de Hassanes et sont guer- 
rières. Ce n'est pas à dire que les autres tribus, les tribus 
maraboutiques, ne prétendent pas être d'origine arabe. 
Ainsi qu'il a été expliqué plus haut, ne pouvant nier que 
leurs ancêtres sont des Berbères venus du Nord de Dra, elles 
trouvent ïa solution du problème en rattachant ces Berbères 
par une chaîne quelconque d'ancêtres à l'un des groupes qui 
vivaient à La Mecque au temps du Prophète. 

Pour les Hassanes, ils tirent leur nom d'un de leurs ancê- 
tres, Hassan, descendant de Maqil. Sous le nom de Maqil 
les historiens arabes désignent une des nombreuses tribus 
qui s'abattirent sur l'Afrique du Nord au xi 6 et XII e siècles, 
lors des grandes invasions. Dans la tradition maure, Hassan 
se rattachait à Maqil ou plutôt aux Maqil par la généalogie 
suivante : 



3 6 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



MAQIL 

I 

EL-AQIL 

I 

MOKHTAR 

I 

HASSAN 

I 

SAÏD 

I 
HAM1D 

I 
MOUSSA 

I 
HASEN 

I 
HASSAN 

Les bandes Maqil vivaient au commencement du xiii* siè- 
cle dans le triangle Molouïa-Taza-Rif. Appelées, vers 1253, 
dans le Sous par Ali ben Yedder, chef berbère-hintata révolté 
contre le sultan almohade, ils allèrent le rejoindre et lui 
apportèrent le concours où ils étaient passés maîtres : « Avec 
« l'aide de ses nouveaux alliés, Ibn Yedder porta le ravage 
dans le Sous. » Ces bandes Maqil se présentaient en deux 
groupements : les Chebanat et les Béni Hassan. Les Che- 
banat firent en général cause commune avec les Berbères 
Lemta qui habitaient du côté de l'Atlas, tandis que les Has- 
sanes contractaient alliance avec les Berbères Guezoula », qui 
restaient dans le voisinage des sables et du désert. » 

C'est donc sous le nom générique de Guezoula que les tri- 
bus Berbères de la Haute Mauritanie étaient alors désignées, 
qu'elles aient fait partie de cette confédération à titre de 
fractions constituées, d'alliées, ou de tributaires ; et c'est la 
fraction hassane des Maqil qui représente chez eux l'élément 
arabe envahisseur. 

Les Maqil, aussi bien Chebanat que Hassanes, fournis- 



l'émirat des trarzas 17 

sent aux Berbères les innombrables condottieri qui allaient 
alimenter le feu des guerres civiles pendant les XIII e et xiv 8 
siècles. Ibn Khaldoun relate « qu'ils louaient leurs servi- 
ces » , ce qui concorde parfaitement avec ce que nous savons 
des Hassanes actuels. 

La Seguiat El-Hamra est alors l'extrême limite méridionale 
des courses des Hassanes, C'est à ce moment, vers 1400, 
qu'ils vont la franchir pour se répandre dans le Sud. Cette 
invasion n'est d'ailleurs pas à comparer aux hordes que 
l'Orient jeta sur l'Afrique du Nord, au XI e et xir 9 siècles. 

Vu les possibilités mauritaniennes d'une part, et vu d'autre 
part le nombre très peu élevé des Hassanes d'aujourd'hui, 
il est à croire que ces bandes ne se composaient que de quel- 
ques familles pillardes et faméliques, qui, suivies de leurs 
serviteurs et captifs, vinrent chercher fortune vers le Sud. 

C'est ce qui explique qu'à l'heure actuelle toutes les tentes 
Hassanes puissent faire remonter leur ascendance jusqu'à 
Hassan lui-même. Si ce chef de famille avait été accompa- 
gné de nombreuses bandes, on serait en droit de se demander 
ce que sont devenus leurs descendants. 

Les groupements arabes-hassanes qui, vers 1400, envahis- 
sent la Mauritanie sont au nombre de deux, issus des deux 
fils de Hassan : Oudeï et Delim. De Delim sont issus les 
Oulad Delim dont il n'y a pas lieu de s'occuper ici, puis- 
qu'ils nomadisent au Nord du Tiris, et qui d'ailleurs ont fait 
l'objet d'une notice spéciale (1). 

C'est d' Oudeï que sont sorties les tribus hassanes qui peu- 
plent le Trarza, et même les Oudaïa du Maroc. Il est oppor- 
tun de donner ici le tableau généalogique des descendants 
de Hassan, car on pourra saisir d'une vue d'ensemble les 
données de la tradition maure. 



(1) Bulletin du Comité de V A jrique française : Renseignements colo- 
niaux, mai 1915. 

xxxvi 2 



i8 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 

HASSAN 



OUDEl 



MAGHFAR 
Othman 



RIZG 

Ancêtre 

des Oulad Rizg 

(Trarza) 



I 

DAOUD 

Ancêtre 

des Agcharat 

(Quelques tentes 

dans le Trarza) 



DELIAI 

Ancêtre 

des 

Oulad Delim 



/ 



AMRANE 



I 

IAHIA 

Ancêtre 

des O. Yahia 

benOthman 

(Adrar) 



ANTAR 

Ancêtre 

des 
O.Nacer 
(Hodh) 



REHHAL 
Ancêtre 

des 
Rehahla 
(Trarza) 



■/■: 



HEDDAJ 



MOHAMMED 

Ancêtre des 

O. Mbarek (Hodh) 



/ I I I ' \ 

; TERROUZ BARKANI KHAOU 
Ancêtre Ancêtre Ancêtre 

des Trarzas des Brakna des 

Khaouâouat 
(fondus) 

Ce tableau sous les yeux, il n'est pas besoin d'un long 
commentaire pour expliquer le peuplement hassane de la 
région Trarza. 

Le groupement le plus fort, le seul qui compte et qui d'ail- 
leurs donne son nom aux autres est celui constitué par les 
fils de Terrouz. Il se compose aujourd'hui, comme on le 
verra par la suite, quand chronologiquement ils entreront en 
scène, des Oulad Daman et des Oulad Ahmed ben Daman. 
Mais il faut signaler en outre quelques tentes dispersées ou 
fondues dans d'autres campements, débris des tribus qui 
firent successivement sentir leur prépondérance sur la Mau- 
ritanie. 



CHAPITRE II 
La domination des Hassanes Oulad Rizg (XV e siècle) 

Le xv e siècle paraît dominé : dans le Tiris et dépendances, 
par les descendants et bandes de Rizg, fils d'Oudeï, fils de 
Hassan ; dans l'Adrar et le Hôdli, par les descendants et 
bandes de Daoud, autre fils d'Oudeï. 

Les Oulad Rizg, comme les appelle la tradition, compre- 
naient les campements de ses cinq fils, à savoir : les Oulad 
Merzouq, les Oulad Aid, les Djaafra, les Sekakna, et les 
Rehamna (ou Rehamin), respectivement issus ou dépendants 
de Merzouq, Aïd, Djaafer, Sekkoun, et Ralimoun fils de 
Bassim. 

Des Oulad Rizg, il convient de dire que subsistent aujour- 
d'hui dans le Trarza, mais fort amoindries numériquement 
et politiquement, quelques petites fractions restées hassanes 
indépendantes : les Oulad Moussa, -les Oulad Beniouk, les 
Oulad Khalifa, les Oulad Ben AH, qui marchent dans le 
village des Oulad Ahmed Ben Daman. Les autres : Oulad 
Aïd, quelques tentes Bassim, sont fondues chez les Arroueï- 
jat et dans le Brakna, ou sont Télamides des Ahel Barik 
Allah ; et enfin quelques tentes Rehamna et Zebeïrat qui 
ont été réduites, à ,1a suite de guerres malheureuses, 2 l'état 
de tributaires des Oulad Ahmed ben Daman. Ils son t guer- 
riers néanmoins et marchent en rezzou avec leurs suzerains. 

Les Oulad Daoud, dont les destinées se sont tournées vers 
l'Est ont donné naissance à plusieurs des nombreuses et 
indociles tribus du Hodh (Oulad Allouch...) Ils comprennent 
en outre le campement des Agcharat, qui marchait de pré- 
férence à l'Ouest avec lés Oulad Rizg. Les descendants des 
Agcharat vivent toujours, sous ce nom et sous celui d'Oulad 



.**» 



20 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Agchar dans l'Adrar et le Trarza. Si la branche de l'Adrar 
constitue une importante tribu, celle du Trarza n'est qu'une 
petite fraction d'une dizaine de tentes, inféodée à l'heure 
actuelle à l'émir Ahmed Saloum III. 

Les Oulad Rizg et les Agcharat étaient appelés alors Ara- 
bes Regueïtat, c'est-à-dire dans la terminologie maure, Ara- 
bes qui occupent un territoire inhabité, sorte de zone neutre, 
sise entre deux Etats auxquels elle n'appartient pas. 

Cette explication philologique éclaire singulièrement le 
rôle que, dès les premières années du XV e siècle les envahis- 
seurs arabes, installés approximativement dans FAftout 
vont jouer, tant vis-à-vis des Berbères du Nord (Tiris et 
Adrar) que des Noirs du Sud (Chemana, Gorgol et Tagant) . 
Aux Berbères du Nord, ils font sentir leur présence par 
de nombreux pillages et par toutesorte d'avanies. Le Chiatn- 
ez-Zouaïa rapporte quelques-uns de ces crimes odieux que 
leur tyrannie (plus spécialement celle des Oulad Bou Ali, 
fraction des Oulad Rizg) infligea aux Tachomcha. Deux 
hommes de la famille des Maham ould Kaouïa (Oulad Bou 
Ali) étaient allés à la chasse, accompagnés de leurs chiens. 
Comme ils revenaient bredouille, « ils passèrent (i) près d'une 
« sainte femme des Tachomcha (on dit qu'elle était des Id 
« Atjfagha) qui faisait ses dévotions, hors du campement des 
« siens, ayant près d'elle son jeune enfant qui était beau et 
« bien en chair. Les chasseurs constatèrent que leurs chiens 
« n'avaient rien mangé de la journée et décidèrent que l'en- 
« fant leur serait donné en pâture. Ils le coupèrent en deux 
« parties, et alors la mère de s'écrier : « O mon Dieu, vous 
« êtes témoin et vous paraissez ne pas voir ». Elle disait 
« cela, non par hardiesse ou par ignorance, mais en forme 
« de recours à la Providence. Mais chacun des chasseurs 
« ayant jeté un quartier de l'enfant à son chien, l'un des 
« deux animaux dévora sa part et s'en vint disputer la sienne 



(1) Chiam-ez-Zoaaïa. Traduction IsMAEL HAMET, page 223. 



L'ÉMIRAT DES TRARZAS 21 

t à r autre. L'un des chasseurs tua le chien de son compa- 
« gnon et les deux hommes s' entretuèrent. Cet événement 
« fut une* des causes de la ruine des Oulad Bou Ali. » 

Un Chef de bande Oulad Bou Ali, Gueddoul ben Bou Mous- 
sa, se faisait particulièrement remarquer par sa tyrannie. 
Lorsque conformément à la coutume, — toujours en vigueur, 
car les Hassanes ne possèdent pas de puits en propre, — 
une caravane de ses gens allait chercher de l'eau aux puits 
des Zouaïa, ils ne faisaient pas agenouiller leurs chameaux. 
Il exigeait que les outres fussent remplies avec une telle 
rapidité qu'on n'eût même pas à faire agenouiller les ani- 
maux. 

De même, il arrive que les bœufs se rassemblent, la nuit, 
altérés, auprès du puits, attendant que leurs maîtres vien* 
nent au matin les abreuver. Quand la tente de Gueddoul était 
auprès du puits, jamais un Tamchomcha n'aurait osé s'en 
approcher pour faire lever ses bœufs et les abreuver, « Les 
bœufs, ce qui est bien couleur locale, — en étaient réduits à 
se lever d'eux-mêmes et sans signal. » 

Ces violences devaient avoir un terme par l'assassinat de 
Gueddoul, auquel les Tachomcha prirent certainement une 
part moins mystique que celle qu'ils veulent bien se recon- 
naître. Il arriva, un soir, avec sa bande de pillards près des 
campements tachomcha d'Agnint. Ils passèrent la nuit à 
débattre le sort de leurs victimes et résolurent de les razzier 
complètement au matin, à moins que les Tachomcha ne con- 
sentissent à leur payer tribut. Ceux-ci, qui avaient entendu 
le palabre, jurèrent de mettre un terme à cette situation. 
Douze d'entre eux, sachant parfaitement le Coran, prirent 
une crotte de chameau, récitèrent, chacun sur sa crotte, la 
sourate 20 e , dite Ta-Ha, soufflèrent et crachèrent par dessus, 
réunirent enfin les crottes dans un trou que l'un d'eux recou- 
vrit de terre avec ses talons. C'était un envoûtement dans 
les formes religieuses, mais il est probable que leur diplo- 
matie agit par ailleurs, car au matin, à la suite d'une vio- 



£2 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

lente altercation, Fonde et ses cousins de Guerîdoul se jetè- 
rent sur lui et le tuèrent. 

Cette oppression des Berbères par les Arabes se continua 
d'ailleurs pendant la durée des XV e et xvi c siècles sous les 
formes les plus diverses. Si les Arabes se montraient inlas- 
sablement batailleurs et pillards, les Berbères se signalaient 
alors « par leur persistance inébranlable à ne pas payer de 
« redevances aux Hassanes et autres peuplades, et la perse- 
« vérantè solidarité qu'ils montrèrent à cet égard. » Ils 
aimaient mieux se laisser piller que de payer tribut, et entre 
deux maux choisissaient le premier et le supportaient avec 
sérénité. Cette solidarité qu'ils opposaient aux fauteurs de 
désordre qu'étaient les Hassanes se traduisait par la fidélité 
à leurs institutions coutumières et par une intime union 
entre tribus ; ils n'hésitaient pas à rejeter de leur sein tout 
individu, quelle que fût sa situation, qui n'acceptait pas les 
décision des Djemaa, ou voulait instaurer une politique per- 
sonnelle. 

Ils poussaient leur désir de faire bloc devant l'ennemi jus- 
qu'à sacrifier leurs intérêts et leurs droits, plutôt que de 
soulever des contestations qui les eussent affaiblis. Le Chiam 
ez-Zouaïa signale comme une énormité un litige qui s'éleva 
un jour entre deux cousins des Id Atjfagha au sujet d'esclaves 
dont chacun réclamait la propriété. Le Cadi Sid El-Fadel, 
devant qui fut porté le différend, ordonna de le cacher et fît 
séquestrer les plaideurs, considérant cet événement, sans 
précédent chez les Tachomcha, comme une honte. Il le régla 
sans entendre les parties et sans même prononcer leurs noms, 
en prescrivant à l'un d'eux de donner une esclave à l'autre. 
La partie succombante, Abou Habib Allah Moussa ben Abou 
Baker Chella, s'exécuta ; et dépuis ce jour beaucoup de ses 
descendants crurent de leur honneur de faire don de temps 
en temps d'un esclave aux descendants d'AboU Fadel, la 
partie gagnante. 

Ces belles qualités morales auxquelles on pourra joindre, 



L EMIRAT DES TRARZAS ^3 

si l'on veut, toutes celles que cite le Chiam ez-Z ouata : dou- 
ceur, patience, charité, hospitalité et toutes les vertus domes- 
tiques, n'étaient pas suffisantes. Entre ces deux peuples 
dont l'un ne cessait d'affirmer ses droits à l'existence aux 
dépens des autres par les exploits de Sa valeur guerrière, et 
dont l'autre uniquement adonné aux arts de la paix : « forage 
a incessant des puits, recherche des pâturages, élevage des 
« troupeaux, commerce », se refusait à défendre, les armes 
« à la main, sa vie sociale et sa civilisation, la lutte était 
« inégale. Elle devait se terminer, comme on le verra plus 
loin, par le triomphe politique des Hassanes et l'assujettis- 
sement complet des Berbères. 

Cet effacement des Berbères paraît tout à fait regrettable. 
S'ils avaient voulu résister fermement aux envahisseurs, 
leur nombre et leurs richesses leur permettaient facilement 
de dompter ces quelques pillards et de les rejeter au loin ou 
de les assimiler. La civilisation berbère, pratique et pro- 
gressiste, valait bien les coutumes arabes, négatives ou 
oppressives, issues d'un nomadisme invétéré, impropre, à 
toute évolution sérieuse. Au point de vue économique le 
Sahara Occidental, méthodiquement mis en valeur par la 
ténacité âpre et presque cupide du Berbère, serait vraisem- 
blablement beaucoup plus riche qu'il ne l'est maintenant. 

Ce n'était pas seulement sur les tribus berbères que s'exer- 
çaient les pillages des Hassanes. Les peuples noirs, qui 
vivaient à ce moment sur la rive droite du Sénégal et met- 
taient en valeur le Chemama, le Gorgol et même le Tagant, 
avaient aussi à souffrir de leurs déprédations. A défaut des 
auteurs arabes, la tradition noire (1) rapporte que les Oulad 
Rizg descendaient jusqu'au fleuve. Ils auraient même occupé 
l'île où l'élève Saint-Louis. Leur principal établissement était 
à Branangouya, près du village de Bran et du marigot de 
Ouêl. La faible authenticité des traditions noires ne permet 



(1) GaDEN. Légendes et coutumes sénégalaises, p. 89. 



24 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

pas d'accepter rigoureusement ces données, mais on peut 
en accepter au moins le principe, et constater que, dès le 
premier siècle de leur arrivée en Mauritanie, les Hassanes 
poussaient leurs incursions en pays noir, et spécialement 
pour la région Trarza, traversaient la zone, encore peuplée 
à ce temps par les Mélaniens, et venaient ravager }es villages 
bâtis dans la vallée inférieure du Sénégal. 

Si telle était l'attitude des Oulad Rizg, celle des Berbè- 
res, au dire du Chiam-ez-Zoïiaïa était toute différente, et ils 
avaient pour les peuples noirs libres les mêmes égards qu'ils 
professaient pour leurs frères Berbères. 



CHAPITRE III 
La domination des Oulad Mbarek (XVI* siècle) 

ê 

Pendant que les Oulad Rizg faisaient sentir leur prépon- 
dérance, une autre branche, issue également d'Oudeï, se 
multipliait et allait conquérir, vers la fin du XVI e siècle, la 
suprématie politique , Il s'agit des Meghafra, ainsi nommés 
parce qu'ils descendent de Maghfar, fils d'Oudeï, et frère par 
conséquent de Rizg et de Daoud. 

Ces Meghafra n'ont pas laissé un souvenir trop abhorré. 
Leur nom, passé dans le langage courant, est synonime 
aujourd'hui chez les Tolba, de « guerrier valeureux et rela- 
tivement honnête ». 

Ils se présentent, dès le premier jour, sous la forme de 
deux bandes : l'une, composée de la famille et des amis eÇ 
fidèles de Mohammed, fils d'Amrane, fils d'Othman, fils de 
Maghfar. Ce sont les Oulad Mbarek. L'autre, composée des 
familles, amis et fidèles du frère de Mohammed, le nommé 
Heddaj, fils d'Amrane, fils d'Othman, fils de Maghfra. Cette 
dernière bande, commandée par les trois fils d' Heddaj : 
Terrouz, Barkani et Khaou, est encore immobilisée par les 
dissensions intestines. Elle n'apparaîtra définitivement cons- 
tituée en corps de tribu, sous le nom de Trarza, Brakna et 
Khaouaouat qu'un siècle plus tard, c'est-à-dire vers la fin 
du XVI e siècle. 

Au commencement de ce xvi G siècle donc, la suprématie 
du Tiris passe aux Oulad Mbarek. Ce n'est probablement 
pas sans résistance que leurs cousins Oulad Rizg leur cédè- 
rent la place. Ni l'histoire, ni la tradition n'en ont conservé 
le souvenir, de même qu'elles ne font pas connaître si ces 
bandes de Meghafra arrivaient alors en Mauritanie en enva- 



26 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



hisseurs, ou si, venus un siècle plus tôt, avec les premiers 
Hassanes, elles avaient crû et s'étaient formées sur les lieux 
mêmes. 

De la domination des Oulad Mbarek pendant le xvi e siè- 
cle, la tradition zouaïa ne nous cite que quelques faits, visant 
naturellement ^oppression qu'ils faisaient subir aux mara- 
bouts. 

Le chef des Oulad Mbarek, Oudeïk le Chauve, suivit les 
mêmes errements que les chefs des Oulad Rizg et perçut le 
tribut coutumier- sur les tolba. Après quelque résistance, les 
Tachomcha Unirent par se soumettre et durent verser an- 
nuellement une grande chemise (boubou) à chaque guerrier. 
Il leur laissa sa lance comme gage d'amitié. Mais les autres 
Zouaïa refusèrent de souscrire à ces conditions humiliantes : 
les luttes qui éclatèrent entre les deux partis finirent par 
tourner à l'avantage des Hassanes qui imposèrent aux frac- 
tions des redevances variées de grains, de vêtements et de 
tabacs. 

Les Oulad Mbarek allaient passer à la fin du XVI e siècle % 
au second plan de la scène politique du Tiris en attendant 
que quelques années plus tard, ils émigrassent vers le Hodh 
où ils constituent aujourd'hui la puissante tribu que l'on con- 
naît. Cette chute paraît résulter des intrigues et des ruses 
des Zouaïa exaspérés qui surent mettre aux prises le groupe- 
ment des Oulad Mbarek et celui des Trarza-Brakna-Khaoua- 
ouàt. 

Ils entretenaient déjà les meilleurs rapports avec les fils 
de Terrouz, puisque le quatrième descendant de ce chef, 
Ahmed ben Daman recevait chez eux une cordiale hospitalité, 
et, affectant de prendre la succession politique des Oulad 
Rizg, sans tenir compte des Oulad Mbarek alors prépondé- 
rants, déclarait aUx Tachomcha : « Quiconque a été traité en 
« homme libre par les Oulad Rizg l'est également par nous, 
« Trarzas. ». Il ne leur faisait donc pas payer tribut, niais 
les engageait toutefois à se réfugier vers l'Ouest pour échap- 



l'émirat des trarzas 77 

per aux entreprises d'Oudeïk qu'il n'était pas capable d'arrê- 
ter. 

Les Iagoubïïn, c'est-à-dire les deux actuelles tribus 
tachomcha : Id Eïqoub et Ahel Barik Allah, alors campées 
à Tin Mejouk, allaient amener le dénouement en refusant 
de payer leur tribut. Ahmed Doula, leur chef, dont la famille 
existe toujours, vint faire part à Oudeïk de la décision de la 
tribu. Le Chauve prit aussitôt ses dispositions pour razzier 
les rebelles. Ceux-ci, qui regrettaient déjà leur attitude de 
révoltés, ainsi qu'il résulte des paroles que leur adressa 
Ahmed Doula : « Mes discours à Oudeïk nous ont grande- 
ment nui », s'étaient groupés autour du Saint vénéré, Habib 
Allah ben Iaqoub, et lui demandèrent le secours de ses priè- 
res. C'est alors que l'on apprit l'attaque imminente du camp 
d'Oudeïk par les guerriers brakna ; les Oulad Zenaguïa. 
Oudeïk qui était précisément l'hôte du feqih Habib Allah 
lui confia ses bagages et partit en hâte au secours des siens. 
Le combat se livra à Aguiert ; et Oudeïk y fut tué par El- 
Ograïra ben El-Afna, dont la famille vit toujours dans sa 
tribu des Oulad Abd Allah (Brakna). Les Zouaïa étaient 
sauvés. 

Le feqih Habib Allah, qui est manifestement l'artisan de 
cette heureuse diversion, n'eut garde d'oublier de renvoyer à 
la famille d'Oudeïk les bagages qu'il avait en dépôt. Quant 
à la femme d'Oudeïk, Kartoufa, à l'annonce de la mort de 
son mari, elle monta à son campement d'In Saraïer sur un 
taïchot (bal anites œgyptiaca) et fit entendre sans trêve des 
gémissements. L'arbre en a gardé le souvenir et fut dès lors 
appelé îe « Tichtaïa de Kartoufa ». 

Les Oulad Mbarek disparaissent de Mauritanie à la fin 
du XVI e siècle, et c'est à ce moment que s'élèvent les Trarzas, 
dans la région qui depuis a porté leur nom. 



CHAPITRE IV 
Les Origines des Trarzas 

Le talbeau généalogique ci-après, dégagé des branches col- 
latérales, permet de saisir d'un coup d'œil les origines des 
Trarza. 

HASSAN 

I 

OUDEI 

I 

MAGHFAR 

I 

• OTHMAN 

AMRANE 

I 
HEDDAJ 



TERROUZ 

Ancêtre 
des Trarza. 

I 
MOUSSA 



i . ! 

[Début du XV e siècle) 

BARKANI KHAOU 

Ancêtre Ancêtre 

des Brakna des Khaouaouat 

(disparus) 



M'HAMMED 



MESSAOUD 

! 

AZZOUZ 

! 

/ i i i p— x 

DAMAN \ BELLA AHMED MOHAMMED y 

{fin du XVI e siècle) Ancêtres des Al-Oulad Bou Alïa 

/ i " r~~ \ 

AHMED Autres fils de DAMAN 

(début du XVII* siècle) 



1/ÊMIKAT DES TRARZAS 29 

Vers l'an 1400, c'est-à-dire peu après l'arrivée des pre- 
miers Hassanes en Mauritanie, les fils d'Heddaj : Terrouz 
et Barkani qui conduisaient leur groupement d'envahisseurs 
jusqu'alors uni, durent se séparer à la suite de querelles 
intestines, nées à propos de partage de butin. 

Le groupe des fils et serviteurs de Terrouz, se dévelop- 
pant au cours des XV e et xvi e siècles, devait constituer le 
peuple trarza que nous voyons apparaître en scène à la fin 
du xvi e siècle seulement. Les Brakna se formaient de la même 
façon, 

Trarzas et Brakna, comme il a été dit, dépouillent les Ou- 
lad Mbarek de leur suprématie et les repoussent vers l'Est. 
Ils vont désormais et jusqu'à nos jours rester tous trois les 
maîtres, chacun dans leur région. 

Azzouz, fils de Messaoud, eut, entre autres épouses, deux 
femmes qui furent les génitrices des Hassanes actuels : 
l'une, d'origine Oulad Bou Ali qui fut la mère de Bella, 
Ahmed et M'hammed, ancêtres des Oulad Al Éou Alïa, 
l'autre d'origine anatra, fraction des Oulad Nacer, qui fut 
la mère de Daman. 

DaMaN eut sept fils qui vivaient au commencement du 
XVII e siècle. Ce sont : Ahmed, Attam, Sassi, Zennoun, Ag 
Mottar, Abella et M'haïmdat, ancêtres éponymes des tribus 
qui composent aujourd'hui le groupement trarza : Oulad 
Daman et Oulad Ahmed ben Daman. Ahmed étant un fils 
de Daman, sa tribu, les Oulad Ahmed ben £>âmân, aurait 
dû logiquement être comprise dans l'ensemble des Oulad 
Daman, au même titre que celle de ses frères, mais l'usage 
s'est établi en pays maure, depuis deux siècles, de la distin- 
guer du groupe Oulad Daman, parce qu'elle était la branche 
aînée où se recrutaient les émirs et parce qu'elle était plus 
importante et plus riche que les autres. Cette remarque était 
nécessaire pour éviter toute confusion. 

Chef des Trarzas, les fils de Daman eurent la double tâche 



30 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

de réduire les débris des Oulad Rizg qui se disputaient entre 
eux, et de continuer à maintenir dans l'état de tributaires 
les fractions berbères qui ne demandaient qu'à s'en affran- 
chir. 

A cette époque, les Oulad Rizg vivaient partagés en deux 
groupements : l'un concentré autour de la principale fraction, 
les Lektaïbat, habitait la région de Tin Yachil, au nord-est 
de Nouakchot. L'autre était composé des pu.lad.Bou Ali et 
autres fractions de moindre importance et campait à Tille- 
mas. Encore unis entre eux, ils livrèrent vers 1620, à Nich, 
colline de l'Agchar, au sud du Tijirit, un grand combat aux 
Trarzas et alliés. Vaincus et ayant perdu leur chef, Mahinin 
ben Aïssa, des Oulad Bou Ali, ils regagnèrent leurs campe- 
ments. 

Les luttes intestines naquirent de ces défaites. Les Oulad 
Bou Ali, partis en rezzou vers l'Est, revenaient de leur expé- 
dition chargés d'un butin abondant et passaient par échelons 
successifs, à cause des nécessités de l'abreuvoir, au puits de 
Tin Iachil, chez leurs parents Lektaïbat. Ceux-ci laissèrent 
passer la tête et le gros de la colonne, mais attaquèrent par 
surprise l' arrière-garde composée d'un détachement de trente 
hommes et s'emparèrent des chameaux et du butin. 

Cet acte inqualifiable jeta les Oulad Bou Ali dans les bras 
de leurs ennemis Trarzas ; leur chef Mohammed ben Aïssa, 
frère du vaincu de Nich, leur envoya des présents de toute 
sorte : grains, vêtements, tabac de luxe, pour obtenir leur 
alliance. Les Trarzas saisirent avec empressement cette occa- 
sion d'intervention. Sous la conduite de leur émir, Ahmed, 
fils de Daman, ils se lancèrent à la poursuite des Lektaïbat 
qui avaient pris la fuite, les rejoignirent à In Titam, et les 
taillèrent en pièces ( 1630- 163 1). Cette victoire était chère- 
ment achetée. Les Oulad Bou Ali y perdaient le neveu de 
leur chef : Chobeïl fils de Mahinin, et les Trarzas les deux 
fils d'un de leurs principaux chefs alliés : Sid Brahim ben 
Sid Ahmed TAroussL 



l'émirat des tràrzas 31 

A dater de ce jour, les Oulad Rizg, ces Arabes des pre- 
mières invasions, perdent leur indépendance nationale. Leurs 
fractions amoindries vont rester, les unes semi- vassales, les 
autres tributaires des Trarzas. On les retrouve aujourd'hui 
dans cet état. Le groupement Oulad Bou Ali — Oulacl 
Moussa, Oulad Beniouk — Oulad Khalifa subsiste, libre à 
la vérité, mais dans une demi-vassalité vis-à-vis des Oulad 
Ahmed ben Dâmân. Le groupement Lektaïbat, Lebneïkat, 
etc., etc.. constitue aujourd'hui la fraction Oulad Aïd, tri- 
butaire (zenaga) des Oulad Ahmed ben Dâmân. 

Le maintien des Berbères dans leur état de dépendance don 
nait plus de souci aux Hassanes Trarzas. Les Berbères, pas- 
sés maîtres dans l'art des pratiques de magie et de la politi- 
que religieuse, se défendaient sur ce terrain et remportaient 
sur ceux des chefs trarzas qui les y suivaient de faciles vie- 
toires. On verra d'ailleurs qu'ils s'étaient en partie solida- 
risés avec les Hassanes Oulad Rizg, puisqu'ils purent crain- 
dre de sévères représailles, lors de l'écrasement de ces der- 
niers. 

Déjà avant In Titam, les Tachomcha, alors campés à 
Agnint, avaient été contraints par Sassi ben Dâmân de lui 
payer un tribut annuel d'une grande chemise, d'un sac à 
grain et d'une mesure de tabac. La djemaa d<ts Tachomcha 
dont on cite quelques notables : Atjfagha Aoubak, des Tame- 
gla (fraction Oulad Dîman) et Al-Fadel ben Maham ben 
Dîman, se serait délivrée de cette imposition par des sub- 
terfuges politico-religieux. Elle préleva le tribut sur les 
trois familles les plus misérables des campements, de façon 
— c'est ce qui fut dit, — à attirer sur les oppresseurs la 
colère divine. Que se passa-t-il exactement? On ne sait. Ton» 
jours est-il que le maître de danse de Sassi qui avait endossé 
le boubou fut aussitôt pris de démangeaisons terribles, dont 
il ne se délivra qu'en rejetant cette nouvelle tunique de Nes- 
sus ; et que le cheval de Sassi lui-même à qui on avait donné 
le grain à manger, tomba mort presqu'aussitôt On ne con- 



32 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tinua pas l'expérience pour le tabac. Le fils de Daman se 
souvint alors des paroles que le chef des Id Ag Bouheni, 
certainement complice des Tachomcha, puisque Tachomcha 
lui-même, lui avait dites à Tin Yachil : «Sassi, si vous 
« avez perçu des redevances sur ces personnes, je crains beau- 
ce coup pour vous ». Il fit aussitôt remettre vêtement, grain 
et tabac aux Id ag Bouheni, en les priant de renvoyer le tout 
à leurs propriétaires. 

Dans le même temps, Sid Brahim ould Sid Ahmed 
FAroussi descendant, disent les uns, d'un des caïds de la 
mehalla lem tonna de Ioussouf ben Tachfin, issu des Megha- 
fra, disent les autres, chef des Aroussiin, qui alors comme 
aujourd'hui nomadisent dans le Nord du. Sahara entre Oulad 
Delim et Tekna, et guerriers qui ne redoutait pas l'usage 
des pratiques de sorcellerie, parcourait les territoires du 
sud mauritanien, à la tête de bandes armées, et prélevai£ 
des tributs sur les Zouaïa. Ceux-ci étaient alors groupés 
sous le commandement du marabout In dag Saad l'ancêtre 
des Tachedbit. Pour résister aux vexations du Hassani, il 
eut recours aux bons offices de deux cousins : Abou Zaïd 
et Baba Ahmed, originaires des Id Eïqoub, mais qui étaient 
campés chez les Tachedbit. 

Ceux-ci établirent leur plan et distribuèrent les rôles. Abou 
Zaïd devait passer pour le grand chef des gens du sud ; il 
se chargeait de déjouer les ruses cachées de FAroussi. Baba 
Ahmed devenait un modeste gardien de chameaux, et se 
chargeait de trouver la solution des* artifices apparents, et 
notamment écrits, du guerrier-magicien. On se rendit alors 
au devant de FAroussi en troupe riche et nombreuse, et après 
avoir essayé de l'impressionner, mais sans succès, par ce 
déploiement de forces, Abou Zaïd lui propose la lutte sur le 
terrain des pratiques de magie et de divination. 

L/Aroussi, enchanté de ses propositions, et assuré, croyait- 
deux poings fermés contenant F un une date et F autre cinq 
il, du succès, accepta aussitôt. Il présenta à Abou Zaïd ses 



l'émirat des îrarzas 33 

dattes, et lui demanda ce qu'ils contenaient. Abou Zaïd sut 
lui faire la réponse exacte. 

L'Aroussi chercha alors un autre problème et composa un- 
carré magique où il avait interverti Tordre des cases. C'était 
un écrit ; la solution relevait donc de Baba Ahmed. Comme 
si le problème trop facile n'était pas digne de lui, Abou Zaïd 
envoya chercher avec ostentation le dernier de ses gens, le 
gardien de chameaux, et lui prescrivit de lire le tableau. 
Baba Ahmed s'en tira aussi à son avantage. L'Aroussi n'in- 
sista pas sur ce terrain et couvrit sa défaite en ricanant : 
« C'est le berger de chameaux qui est le plus fort de la 
troupe ». 

On peut voir par ces faits avec quelle ferveur au commen- 
cement du xvn e siècle étaient pratiqués les arts de magie et 
de prestidigitation chez les Arabo-Berbères de Mauritanie, et 
l'on ne s'étonnera plus de constater de nos jours que l'in- 
fluence des Ma el-Aïnin, Al-Hiba, Saad Bouh, etc., est faite 
autant d'un habile usage des pratiques de sorcellerie que 
du prestige proprement religieux et que des. promesses de 
richesses ou de butin dans un domaine moins spirituel. 

Cependant l'Aroussi, qui avait sa revanche à prendre, 
comptait revenir en armes chez les Zouaïa quand il fut 
détourné de cette lutte par Ahmed fils de Dâmân. Celui-ci, 
comprenant qu'il fallait sérier les questions, en commençant 
par les plus épineuses, préconisait d'abord l'écrasement des 
Oulad Rizg, Hassanes et guerriers comme eux. L'assujet- 
tissement des Berbères viendrait ensuite facilement. Il disait : 
<r Commençons par l'autruche ; nous en viendrons après à ses 
n œufs ; » ce qui signifiait : « Commençons par les Oulad 
« Rizg-Lektaïbat, et nous finirons par les tolba. » 

C'est à ce moment et comme conséquence de cette politique 
que se produisit le combat d'In-Titam ( 1630-163 i) et la dé- 
faite des Oulad Rizg, racontée plus haut. Aussitôt, l'Aroussi 
voulut passer au second acte : l'humiliation des Zouaïa. Mais 
vi 3 



34 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ahmed ben Daman que ces luttes avaient placé au premier 
plan, se refusa à donner satisfaction à son camarade en lui 
disant : « Je me suis parfaitement conduit à ton égard. Tu 
« voulais livrer bataille et je t'ai conduit là où il y avait de 
« bons coups à frapper, c'est-à-dire chez les Oulad Rizg, des 
a guerriers, et non chez des marabouts. » Humilié, déçu, 
ayant d'ailleurs perdu deux de ses fils à In-Titam l'Aroussi 
prit avec ses campements le chemin du Nord ! Ses descen- 
dants et leurs serviteurs ont constitué l'importante tribu des 
Aroussïin, qui s'étend aujourd'hui de la Seguia au Dra, 

Les Zouaïa qui avaient pour le moins soutenu les vaincus 
de leurs sympathies, furent très affectés de leur défaite, et 
craignant des représailles, eurent un moment la pensée de 
s'enfuir avec eux. Le départ de l'Aroussi, le pluss acharné 
de leurs ennemis, les rassura. Ils restèrent donc, mais les 
discussions qui les agitèrent alors provoquèrent un délasse» 
ment de tribus. Le Ckiam-ez-Z ouata signale, comme suit, ces 
nouveaux groupements : 

i° Dislocation générale des Tachomcha ; 

2°0. Dîman (Tach,) se joignent aux Id ad Hommad ; 

3° Béni Id Moussa (Tach.) se joignent aux Id Abija (Ten- 
dra) ; 

4° Id Atjfagha (Tach.) se joignent aux Id Agja ; 

5° Ida Ou Dam (Tach.) se joignent au sultan noir Bon 
Bakar Diop ; 

6° Béni Iddane Abiaj (Tach.) se joignent aux Dieïdiba, 

C'est à ce moment aussi qu'il faut, selon la tradition, rap- 
porter l'origine des Oulad Biri, Biri, fils de Maham et des- 
cendant de Barkani, de souche hassane par conséquent, aban- 
donne les campements brakna et immigre vers la bordure du 
Trarza, vers Tin Douja. 

Sa descendance va s'y développer rapidement. 

Les fils 'de Daman, qui, à la tête du groupement trarza 
avaient réduit les Oulad Rizg, entendaient bien chausser 
leurs bottes. Ils invitèrent donc les Berbères à acquitter entre 



L EMIRAT DES TRARZÀS 35 

leurs mains les redevances coutumièreS. « Ceux-ci, dit le 
« Cliiam-cz-Zouaïa , mirent la plus tenace obstination dans 
« leur refus et finirent par avoir gain de cause. » 

La chose paraît fort douteuse, mais ce qui est plus étrange 
encore, c'est la prétention qu'affectent les Zouaïa d'avoir reçu 
des gages de prix des Oulad Daman. Al-Mokhtar, fils d'Abd 
Allah ben Kerroum, l'ancêtre éponyme des Oulad Abd Allah 
(Brakna) était venu offrir un chameau de choix à Al-Faclel 
Sidi AI-Falli) fils de Mohammed ben Daman. Il fut rencon- 
tré par Ahmed ben Daman qui, à sa vue, s'empressa de cou- 
rir chez les siens et leur fit comprendre qu'il valait mieux 
faire des cadeaux aux Zouaïa que de prélever sur eux des 
tributs. À la suite, de ce discours, les Oulad Daman se pré- 
cipitèrent chez les Zouaïa avec tellement de rapidité qu'ils 
devancèrent les Oulad Abd Allah et purent effectuer avec 
ceux-ci la remise de leurs présents. Le Chiam ez-Zouaïa ne 
manque pas de tirer la morale de ce récit. « Ce sont ces bons 
« procédés qui sont la cause de la situation élevée que les 
« Oulad Daman ont conservée jusqu'à ce jour : il leur faut 
« donc honorer les descendants de Sid Al-Fadel. » 

Il n'est pas impossible que les Trarzas aient fait des ca- 
deaux aux Zouaïa. La chose se passe encore de nos jours 
entre deux pillages de campements tolba. Mais il est à croire 
que les Hassanes continuaient, malgré toute l'obstination des 
Berbères, à prélever sur eux le tribut. On en trouvera la 
confirmation dans la haine que Sid Al-Fadel, qui paraît avoir 
été à ce moment le personnage maraboutique le plus en vue 
des Zouaïa, portait aux Hassanes. « Je hais les Meghafra, 
« disait-il ; car ils extermineront mes descendants. Une 
« guerre terrible doit incessamment éclater entre eux. » 

La prédiction n'allait pas tarder à se réaliser. Sid Al- 
Faclel comprenait bien que les deux peuples arabe et berbère 
ne pouvaient pas vivre ainsi sur le pied d'égalité, et puisque 
les Berbères, — son peuple, — ne voulaient pas assurer leur 



36 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

défense, les armes à la main, il fallait qu'ils s'inclinassent 
devant les guerriers. 

Le Chiam ez-Zouaïa signale un dernier trait : Sid Brahim, 
le chef des Aroussïin, n'avait pas abdiqué toute prétention 
sur les Zouaïa. Du Nord où il campait il envoya un jour son 
fils iU-Hiba à la tête d'une forte bande, prélever le tribut 
auquel il croyait avoir droit. Les Zouaïa concentrèrent leurs 
forces à Tin Goufamn, mais plus confiants dans la ruse que 
dans la force, ils demandèrent conseil à Lamin fils de Barik 
Allah. Ils lui promirent par tente un tribut d'une livre de 
grain (modd) et d'une mesure de beurre fondu, s'il les débar- 
rassait des Hassanes. Le marabout prit quatre piquets, 
récita sur chaque piquet un verset du Coran, et les planta 
aux quatre coins du rassemblement tachomcha. Après quoi, 
il ordonna aux jeunes gens d'aller galoper autour de l'ennemi, 
cependant que l'un d'eux : Abd Allah ould Kadda, des Id ag 
Djemouella, doué d'un organe sonore, poussait des comman- 
dements retentissants, auxquels la troupe répondait par des 
acclamations prolongées. 

Il paraît que ce spectacle impressionna tellement les Arous- 
sïin qu'ils levèrent le camp et se retirèrent en fuyards. 



CHAPITRE lV ; '>■;:■ 

La, Guerre de Babbah et les Imams Berbères 

Les graves événements qui allaient se dérouler vers le 
milieu du xvn e siècle devaient bouleverser complètement les 
tribus maures et établir d'une façon définitive les conditions 
de la vie sociale, telles que nos ancêtres, les premiers pion- 
niers sénégalais, les ont vus à la fin du xvn e siècle et au xvin e 
siècle, et telles que nous les voyons nous-mêmes aujourd'hui, 
avant que notre installation en Mauritanie vienne apporter 
de nouvelles transformations. 

A ce moment (1640 environ), les tribus berbères du Trarza 
occupent sensiblement le triangle Khroufa, Mederdra, Bou 
Tilimit. Elles sont bornées au Nord par es Hassanes Trarzas; 
à l'Est par les Hassanes Brakna ; au Sud, par les Noirs qui 
occupent encore tout le Chemama et font même sentir leurs 
incursions jusqu'en pays maure. 

Politiquement, les Berbères sans opposer de résistance 
militaire, essaient de tenir tête aux prétentions des Hassanes 
tantôt par leur obstination implacable à refuser tout tribut, 
et tantôt par des offres de cadeaux qui peuvent écarter mo- 
mentanément l'orage, en semant la division chez l'ennemi. 

Contre les Noirs, ils ont une action guerrière plus active, 
et nous voyons Mohammed fils de Dîman, l'ancêtre éponyme 
des Oulad Dîman, loué d'avoir été pour les femmes et les 
enfants zouaïa une défense contre les sultans de la dynastie 
de Tenguella. 

La politique active du grand Marabout Nacer ad-Din allait 
être le signal de profondes modifications dans la société 
maure. Portée un instant au pinacle par la volonté de fer de 
ce saint homme et unis sous sa baraka, les Berbères failli- 
rent triompher et exterminer les Hassanes. La mort de Nacer 



38 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ad-Din, les divisions qui suivirent réduisirent à néant leurs 
succès. Ce sont là des aventures de marabouts qui se sont 
renouvelées maintes fois, jusqu'à nos jours inclusivement. 

L'élément maraboutique de Mauritanie visait à constituer 
avec Nacer ad-Din la parfaite et orthodoxe communauté poli- 
tique qui, comme l'on sait, est fixée par les principes reli- 
gieux. 

Son chef était un imam, à la fois souverain temporel et 
pontife islamique : Nacer ad-Din. Il était (d'après la tradi- 
dition) qorëïchite, ce qui est une condition absolue d'élec- 
tion, et tenait ses pouvoirs du libre choix de la communauté 
musulmane, ce qui est le seul mode de désignation orthodoxe. 
Les pouvoirs n'étaient pas absolus, mais à l'aide de son con- 
seil de cadis et de « feqih », il devait gérer la communauté, 
« comme un tuteur intègre administre les biens de son 
pupille », ce qui est la définition divine et en même temps 
la limite de la souveraineté du prince. 

La société berbère mauritanienne du XVII e siècle se cons- 
tituait ainsi de son plein gré et sous l'empire de ses idées 
religieuses en Etat théocratique d'Islam. Les Arabes, ces 
destructeurs invétérés, allaient empêcher cet effort de réno- 
vation politique d'aboutir. 

* -X- 

Le premier iman : Nacer ad-Din (i 644-1 650 environ), 

Nacer ad-Din, dont le vrai nom était Abou Berk, dit aussi 
Abehom, fils d'Abhour, était d'origine' lemtouna, c'est-à-dire 
descendait des hordes berbères de l'invasion d'Abou Bekr 
ben Omar. 

Voici sa filiation d'après Cheikh Sidia : Abehom fils d'Atj- 
fara Mohand, fils de Yaqoub, ould Kedam, ould Atjfagha 
Mohand, ould Yahia, ould Mohond Amrar, l'ancêtre des 
Oulad Dîman (1). Il avait le teint blanc et le visage fréquem- 



(1) Sur les Origines des OiiladDiman^ ef'infra. 



l'émirat des trarzas 39 

ment illuminé. Sa taille était courte, ses cheveux frisés, son 
nez proéminent. Au moral, c'était un homme généreux, cha- 
ritable, bienveillant pour tous, et de mœurs très pures. Quoi- 
qu'il tût pour épouse la plus belle et la plus illustre des fem- 
mes, il la voyait rarement dans l'intimité conjugale, parce 
qu'il était la plupart du temps en état de jeûne et de prière, 

Marabout très instruit et fort pieux, Nacer ad-Din ne tarda 
pas à se signaler par les dons de mysticisme, de seconde vue 
et de dramaturgie magique qui ont toujours caractérisé les 
Cheikhs maures. Il eut d'abord des rêves merveilleux où il 
voyait le ciel et l'enfer, ce qui lui permettait, le lendemain, 
de fixer astucieusement une place à chacun de ses amis ou 
ennemis, en rapportant simplement ce qu'il avait vu, ce qui 
dégageait sa responsabilité. 

Les joutes oratoires et théologiques, auxquelles les CheiïEhs 
maures adorent se livrer, et qui consacrent la science et le 
talent de tous les interlocuteurs, vinrent établir la réputation 
du saint homme. Les savants de l'époque le mirent en tête 
à tête avec le cadi le plus illustre d'alors, le feqih Abou 
Mohammed Abd Allah de Chingueti. Le cadi sortit d'une 
discussion de plusieurs heures, en disant simplement de 
Nacer ad-Din « Par Dieu, j'ai trouvé un océan aux flots 
« gonflés, roulant entre des mondes brillants de science. » 

Sa réputation qui grandissait lui attira des visiteurs et des 
malades, siprituels ou physiques. Sa grande justice, son iné- 
puisable charité, l'attraction qu'il exerçait sur tout le monde, 
le sacrèrent saint et pôle d'Islam. Il ne lui manquait, plus 
que le don des miracles. Allah ne tarda pas à l'en favoriser. 
Ses relations mystiques avec l'au-delà lui permirent de faire 
le décompte des stations qui pour chacun séparait la mort du 
Paradis. Par la suite, il autorisa entre amis des permutations 
de places d'enfer et de paradis. Il promit des coupoles pro- 
tectrices contre le feu de l'enfer, etc. Ses miracles s'éten- 
daient aussi au domaine temporel, puis qu'un jour à des 
pèlerins qui se plaignaient à lui d'avoir perdu un riche man- 



40 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

teau au 'cours de leur voyage, il rendit la pièce en la retirant 
de sous ses vêtements. 

Après trois ans de cette vie édifiante, Nacer ad-Din conçut 
des projets politiques. Il était environné d'une foule consi- 
dérable des Télamides fanatisés. Comme aujourd'hui pour Ma 
el-Aïnin, Saad Bouh, Cheikh Sidïa, on recueillait sa salive, 
l'eau du rinçage de sa bouche, les restes de ses repas, pour 
les absorber avec dévotion. Il se laissait faire sans difficulté, 
disant même : « Si vous ne profitez pas des grâces que je 
possède, j'en frotterai les arbres et je les répandrai sur les 
animaux. » « Il se donna alors lui-même les noms de Sidna 
(notre maître) qui est l'appellation officielle de la majesté 
marocaine, puis celui d'Imamna (notre Pontife), puis celui 
plus religieux de Mohi ed-Din et Moqim ed-Din ( l'apôtre 
de la religion et enfin celui de Nacer ad-Din (le défenseur de 
la religion), qu'il devait garder définitivement. 

Les circonstances le favorisaient. L'auteur de sa biogra- 
phie témoigne qu'à ce moment la plus grande anarchie 
régnait dans le pays, qu'on n'y vo3^ait, ni sultan, ni cheikh, 
qu'on ne savait comment établir une autorité ferme dont tous 
sentaient le besoin, tant pour réprimer les dissensions intes- 
tines que pour faire face aux chefs noirs qui venaient ravager 
les pays maures. 

A l'invitation du Prophète, il se fit proclamer chef reli- 
gieux et politique sous un acacia arabica (amour) du désert, 
et s'entoura aussitôt d'un conseil des notables, choisis avec 
éclectisme parmi les familles les plus influentes. On cite 
entre autres : ses frères Mounir ad-Din et Homeïn ; son 
grand vizir, Abhom ben Ahmed qu'il nomma Qadi Othman ; 
ses cadis : Mohammed ben Habib Allah qui reçut* plus spé- 
cilement le titre de cadi du conseil ; Al-Fadel ben Moham- 
med ; Al-Fadel ben Mokhtar Barik Allah, qui compte parmi 
les ancêtres des Ahel Barik Allah ; Ai-Habib ben El-Has- 
san ; ses assesseurs Al-Mahi ben Al-Fadel, Mohond ould 
Lamin, Mokhtar ben Abou Bekr, ces deux derniers neveux 



l'émirat des trarzas ^i 

du précédent, et enfin Mader ben Ahmed Chella. On retrouve 
ces noms parmi les ancêtres des principales familles, tachom- 
cha d'aujourd'hui. Il ne négligeait d'ailleurs aucune occa- 
sion de s'attirer les sympathies des tribus, en s' arrêtant 
auprès des tombes de gens jusqu'alors peu connus et en en fai- 
sant les plus grands éloges. Tout le monde, dit son biogra- 
phe, Meghafra, Oulad Rizg, Noirs, Zenagà, Zouïâ, exami- 
nèrent non sans sur prise son attitude politique. C'était en 
effet chose nouvelle pour eux que ce groupement des tribus 
sous l'autorité d'un imam. 

Emir et pontife des Berbères de Mauritanie, Nacer ad-Din 
résolut de délivrer son peuple des exactions des Hassanes et 
de lui rendre la prépondérance politique. Il commença par 
faire subir à ces pasteurs et tolba pacifiques une intensive 
éducation guerrière en les entraînant dans les razzias plus 
faciles contre les Noirs. • ( 

A la tête de rezzous, ses lieutenants Abou Al-Fadel Al- 
Kouri, Abendham Ahmed Agd El-Mokhtar, allèrent ravager 
les territoires de la dynastie des Tenguella (i), et tirèrent de 
captivité un grand nombre de femmes et. d'enfants zouaïa. 
Une ère de conquêtes s'ouvre alors et la plus grande partie 
du Sénégal tombe sous la domination des Zouaïa maures 
(1645-1660 environ). Al-Nahoui des Id Yelba (Brakna) fait 
la conquête .du Fou ta et en reçoit le commandement. Al-Fadel 
fils d'Abou ladel, quoique aveugle, s'empare du Diolof et en 
est nommé Siratik (2). Le Cayor tombe sous les coups de 
Ndiaye Silla, Ouolof au service des Maures, et la province 



(1) La dynastie de Tenguella a régné sur le Fouta Sénégalais 
encore fétichiste, pendant la deuxième partie du XVI B siècle et pen- 
dant les XVIf et XVIII e siècles. 

(2) Siratik, forme maure des mots Siratigî, Silatigi, Satigi, ' titre 
des souveraine du Fouta de la rive gauche et du Déklé de la rive 
droite, aux XVI e , XVIf et XVIII e siècles. Les premiers voyageurs euro- 
péens qui ont connu ces souverains ni>irs leur donnent le nomi de 
a Siratique ». 



42 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

de Rebb (Niani-Ouli) sous les coups d'un autre Silla : Abi- 
boula3 7 e (i). Ces deux lieutenants noirs de Nacer ad-Din sont 
nommés chefs des pays conquis. 

Les traditions ouolofes ont conservé le souvenir de cet 
épisode, Une histoire des Damels du Cayor, d'après Yoro 
Diao, a été publiée dans le Moniteur du Sénégal en 1864. 
On y lit que, sous le règne du Damel Ditiou-Maram (1681- 
1683), il y eut un soulèvement des musulmans. La « Lin- 
guère » Yacine-Boubou, mère du Damel précédent, ayant 
été dépossédée de son titre, épousa NDiâye Sal, cadi du Cayor 
qui, fort de cet appui, se souleva à la tête des Musulmans 
du pays, défit et tua le Damel, qui fut remplacé en 1683 par 
Ma-Fali, neveu de Yacine-Boubou. Après six mois de règne, 
ce Damel fut assassiné par ordre du cadi, pour avoir été sur- 
pris à boire de l'eau-de-vie. En apprenant ces événements, 
le Bour Saloum Makhouredia-Coumba-Diodio, fils du Damel 
Massamba-Tako et d'une femme Guedoular (ce qui avait per- 
mis son avènement au Saloum), intervint dans les affaires du 
Cayor, battit le Cadi Ndiâye Sal et se fit élire Damel, réu- 
nissant ainsi sous son commandement le Cayor et le Saloum. 

Les dates du récit de Yoro Diao, n'étant établies que par la 
tradition, sont sujettes vraisemblablement à quelque erreur. 
On remarquera toutefois que l'écart avec le récit maure n'est 
pas très sensible. 

Lemaire, qui fait de son côté un récit de ce soulèvement 
dans ses « Voyages », attribue à Ndiaye Sal la qualité de 
Maure, ce qui n'est pas impossible, si on veut bien tenir 
compte que le souvenir de leurs origines se conserve, de lon- 
gues générations durant, chez les Maures établis en pays 



(1) Une autre version donne « Reïoua » au lieu de Rebb. 
Rejoua est le nom que les Toucouleurs donnaient à la région située 
entre Mederdra et le fleuve. 11 faudrait reconnaître dans ce mot le 
poulâr (( Reoao ». Les Toucouleurs nomment en effet « reouo » c'est- 
à-dire (( féminine » la rive droite. Par extension, ils donnent le même 
nom aux pays sis au Nord du fleuve (note de M. Gaden.) 



l'émirat des trarzas 43 

noir. Ils sont ainsi Maures ou Mélaniens, suivant le point 
de vue auquel on se place. 

L'occupation du Chemama se poursuit enfin méthodique- 
ment sous les ordres d'Al-Fadel, fils de Mohammed Al-Kouri, 
à qui des renforts viennent de toutes parts, même d'Oujeft, 
et qui est surtout secondé par Ahmed ben El-Amin et les Ida 
Ou El-Hadj. Le choc suprême entre les troupes maures et 
celles du sultan des noirs eut lieu sur les bords du fleuve 
Sénégal, dans cette partie du fleuve Sénégal, dite Obakh, et 
sise entre Dagana et Richard Toll. Prévenu que l'armée des 
Maures était là, le sultan, à qui les Maures donnaient le nom 
traditionnel de Bou Regrig avait averti, la veille, son géné- 
ral d'avant-garde de prendre les dispositions nécessaires, 
Mais celui-ci, probablement acheté, nia le fait. Le lende- 
main, les bandes maures, commandées par Nacer ad-Din en 
personne, qui dirigeait les opérations au moyen d'un tam- 
bour de guerre que battait Najib ben Abd Allah, taillèrent 
en pièces les Noirs, et mirent à mort le sultan qui avait pris 
la fuite. Le commandement du pays fut d'abord confié par 
le grand vizir, Qadi Othman, à un indigène des Kçour de 
Guennar, c'est-à-dire de la rive droite du Sénégal puis, sur 
les protestations des Noirs, il revint sur sa décision et accepta 
de leur donner un chef de leur choix : Antaï Sar, beau-frère 
de Hemmar Fal et de Bou Diengara. Cette famille comman- 
dait en effet depuis un certain temps aux Noirs sédentaires 
du Chemama dont on retrouve aujourd'hui les descendants 
à Tigoumaten, à Beçrint, à Guennar, sur la rive droite, et 
Guennar de la rive gauche, près de Richard Toll. Leur père, 
Hemmar Fal, était le disciple de Mostafa ould Maham Saïd, 
oncle paternel de Mohammed Al-Yadali, des O. Dîman-Ida 
Oudeï. Ce choix ne plut pas à Nacer ad-Din, qui prophétisa : 
« Vous l'avez nommé chef et vous mourrez de sa main. » 
(1640-1644 environ). Cet événement devait se réaliser, comme 
on le verra plus tard. 

Ce n'est pas sans inquiétude que les Hassanes, alors grou- 



44 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

pés sous le commandement de Haddi, fils d'Ahmed ben Da- 
man et de ses frères et oncles, suivaient ces progrès militaires 
des Berbères. Il devenait évident que ceux-ci s'armaient, 
s'équipaient, se remontaient en chameaux et en chevaux et 
entretenaient les meilleures relations avec les Oulad Rizg 
assujettis, ne tarderaient pas à se débarrasser des redevances 
et exactions qu'à ce jour les Hassanes faisaient encore peser 
sur eux. D'ailleurs Nacer ad-Din faisait répandre dans la 
Mauritanie par les caravaniers de Tadjakant et d' Oulad Biri, 
que « l'heure allait sonner, que déjà en apparaissaient les 
« signes précurseurs, que le Mahdi était là, et qu'on pou- 
« vait le reconnaître à ce qu'il avait le nez légèrement incliné 
« sur le côté, la dentition très blanche avec des points noirs 
« sur les incisives supérieures, et enfin qu'il était d'origine 
« lemtouni et d'essence maraboutique. » Tous ces détails le 
désignaient très clairement. Aussi les Trarzas profitèrent-ils 
de la première occasion pour entrer en scène. 

Le groupement de Nacer ad-Din comportait, comme tout 
système politique musulman, et plus encore puisqu'il enten- 
dait rénover les traditions de l'Islam, le paiement de l'impôt 
religieux de la zakat. Or, il advint qu'un Zenagui du nom 
de Babbah, tributaire du chef des Tachedbit, refusa formel- 
lement, poussé par son suzerain, de payer la zakat. Y. avait- 
il eu des excès dans ces recouvrements ou n'était-ce pas plutôt 
l'esprit de division, éternelle faiblesse des sociétés berbères, 
qui le poussait à agir ainsi? On ne sait. Toujours est-il que 
comme le cadi-percepteur Sid Ai-Hassan ben Al-Qadi mani- 
festait l'intention de poursuivre les recouvrements, jusqu'à 
la force incluse, les Tachedbit firent appel à Haddi chef des 
îTrarzas. Celui-ci ayant étouffé tout scrupule par l'obtention 
d'une sentance canonique du feqih Al Hadj Abdallah, des 
Ida Belhassen, qui déclarait licites le meurtre des Tolba, 
le pillage de leurs biens, et spécialement le rapt de la zal£at, 
tomba avec ses bandes Oulad Abhoum sur la caravane du 
cadi percepteur, enleva le produit de l'impôt qui consistait en 



l'émirat des trarzas 45 

chameaux et moutons, et emmena plusieurs personnes en cap- 
tivité, 

L'émoi fut grand. Sid ALHassan, le percepteur pillé, outré 
de cette trahison, ne voulait rien moins que des représailles 
immédiates. Mais les Zouaïa redoutaient le sort des armes ; 
ils cherchèrent des expédients ; ils déclarèrent que cette atti- 
tude des Trarzas jadis amis était surprenante et qu'il fallait 
éclaircir le cas. On envoya donc à Haddi une délégation com- 
posée de deux notables : Al-Faqih Larnin et Mohammed ben 
Baba Ahmed. Leur diplomatie resta sans résultat. Les pour- 
parlers échouèrent par l'influence de Mahmoud ben Abella, 
chef meghfra, que Nacer ad-Din surnomma, à la suite de ces 
faits, « Mejmour » ben Abella (le brûlé du feu de l'enfer) 
et dont il disait : « Le père de Mejmour est entré garrotté 
« dans le feu de la géhenne, alors que tous les autres dam- 
« nés y entrent les pieds libres. » 

Les Trarzas ne se gênaient nullement d'ailleurs pour met- 
tre à mal la députation des marabouts, et l'un d'eux, Hom- 
mad ben Faha, des Oulad Alfara, perça d'un coup de lance 
l'œil du Zaoui Ahmed ben Al-Mostafa ben Al-Fadel. Aux 
guerriers tolba qui déploraient cette agression, Nacer ad-Din 
donna cette parole, comme fiche de consolation : « Pleurez 
« aujourd'hui son œil ; vous ne pleurerez pas sa mort 
« demain », laissant déjà entendre que la défaite des tolba 
serait telle que la mort d'un homme y passerait inaperçue. 

Il semble bien en effet que, dès la première heure, Nacer 
ad-Din ne se fit pas d'illusions sur l'issue de la lutte. Il 
disait : «O gens, vous serez tués ; vous mourrez ; tous vos 
i biens fuiront de vos mains et seront pillés par l'ennemi. 
« Lorsque ces faits arriveront, celui qui m'insultera sera 
« semblable à celui qui est atteint d'une soif ardente et qui 
« avale du sel » , signifiant par là que l'opposition qu'on lui 
ferait ne ferait qu'aggraver leur cas. 

Au moment où s'ouvrait la guerre à laquelle le Zenagui 
Babbah donnait son nom (Cherr Babbah), voici quel était le 



46 REVUE DU MONDE MUSULMAM 

décompte des forces. La plupart des Zouaïa acceptaient l'au- 
torité de l'Imam. Les Oulad Rizg, débris des premières 
invasions hassanes, marchaient avec eux contre les Meghafra 
qui les avaient dépossédés de leur suprématie ; ceux du sud, 
leur venaient en aide par des fournitures de vivres. Ils pou- 
vaient compter d'autre part sur les Zenaga et les captifs, 
ainsi que sur des contingents de Noirs du Sénégal. Mais la 
grande faiblesse de Nacer ad-Din était, — outre le caractère 
ultra-pacifiste de ses gens — la division incurable des Zouaïa : 
On a déjà vu que les Ida Belhassen s'étaient séparés de leurs 
frères, et que leur marabout le plus vénéré : Al-Hadj Abdal- 
lah, avait rendu en faveur des Hassanes une fetoua mons- 
trueuse, concernant la vie et les biens des Tolba. Nacer ad- 
Din, qui depuis longtemps se méfiait de ce Hadj Abd Allah, 
avait fini par refuser de faire la prière avec lui. Par la suite, 
il déclara : « Grand Dieu ! que de sang versé, que de biens 
« pillés, Allah m'a fait voir dans la balance de la vie de cet 
homme. » 

De même, les Ida Ou Ali, encore localisés dans l'Adrar, 
spécialement à Chingueti, refusaient de se joindre aux Zouaïa, 
soit qu'ils se sentissent plus exposés, à cause de leur situa- 
tion excentrique, soit que leur qualité aristocratique de Chorfa 
les empêchât de faire cause commune avec les Zouaïa ordi- 
naires. Il est à remarquer d'ailleurs que les particularistes 
Ida Ou Ali ont toujours fait bande à part. 

Les Tachedbit enfin marchaient franchement avec les guer- 
riers et c'était leur appel qui avait provoqué l'intervention 
de l'émir Hadcli. 

Par contre, les Hassanes, de la branche Meghafra, étaient 
fortement groupés. Tous les descendants de Terrouz : famille, 
tributaires, clients et esclaves, étaient unis sous la vigoureuse 
main de leurs chefs de clan : les sept fils de Daman. Guer- 
riers et pillards de profession et de goûts, ils devaient, sans 
lassitude aucune, harceler les marabouts jusqu'à ce que ceux- 
ci missent bas les armes. Les Brakna eux-mêmes marchaient 



L EMIRAT DES TRARZAS 47 

avec les HTrarzas, soit eu leur fournissant des contingents 
armés et des subsides, soit en immobilisant les marabouts 
de leur région, désireux de venir au secours de Nacer ad-Din. 

Au cours d'un grand conseil préparatoire, Al-Kadel ben 
Al-Fadel, des Oulad Al-Hossin, un ami de Nacer ad-Din, lit 
proclamer la lutte et la concentration autour du chef par ces 
paroles : « O gens, rassemblez sous les ordres de cet imam 
« juste les troupes qui sont nécessaires pour marcher contre 
« ces guerriers, tyrans et oppresseurs, puisqu'ils ne veulent 
« que la guerre, » 

Eu l'année 1644, date d'ouverture des hostilités, Nacer ad- 
Dm groupa ses forces dans le Tiris, Elles comprenaient 12.000 
hommes environ, dit son biographe, répartis en deux corps : 
l'un à l'Ouest sous le commandement d'Al-QacU ; l'autre à 
l'Est sous le commandement de Mohand beu Dieba, des 
Barteïl. Le corps d'Al-Qadi lit une randonnée dans son 
champ d'action, mais ne trouva personne, et rentra au camp 
sans profit, ni perte. 

Mohond, qu'assistait Mostafa ben Khetir, fut plts heu- 
reux. Il rencontra l'ennemi à In Toujeï, le repoussa, et lui 
prit quelque butin, vSes pertes furent peu sensibles. Lui- 
même lut blessé, mais il s'en consolait eu criant : « Par le 
maître de la Kaaba, j'ai vaincu, » 

Abd Er-Rahman ben Mohammed ben M'atoug, des Oulad 
Amran (Brakna), avait été tué. Les deux fractions hassanes 
auxquelles s'étaient heurtés les Zouaïa étaient les Oulad 
Daoud ben. Amran et les Oulad Khalife, Les Oulad Dîman, 
la tribu même de Nacer ad-Din, n'avaient pas voulu mar- 
cher avec cette colonne. Deux de leurs notables seulement 
y avaient participé : Mohand ben Adija et Al-Fadel ben Sid 
Bou Bekr. Aussi Nacer ad-Din leur sup-prima-t-il toute part 
de butin, ce qui fit dire à un chef zouaïa, Al-Qanoui, dans 
le discours qu'il adressait à sa troupe : « Nacer ad-Din a 
« enlevé aux siens les biens de ce monde et vous le# a don- 



48 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

« nés. Il vous a aussi rangés parmi ceux dont le cœur est 
« désintéressé. » 

Quelque temps après, les Meghafra, en quête de razzia, 
surprirent au pâturage les troupeaux des Zouaïa et tuèrent 
deux hommes des Ida Oudan Ioqob, mais un contre-rezzou 
de cavaliers, vigoureusement conduit par Nacer ad-Din, les 
rejoignit le même jour à Hassi Djioua, près de Ziré, un 
peu au sud du marigot des Maringouins, leur reprit les 
troupeaux et leur tua trente-trois hommes, tous du contin- 
gent Oulad Azzoun. C'est également le nombre d'hommes 
qui, par revanche, devait être tué quelques années plus tard 
à la bataille de Tirtillas. Ce chiffre fatidique semble plutôt 
avoir été créé de toutes pièces pour évoquer les deux jour- 
nées de Badr et d'Ohod, où le Prophète fut tour à tour vain- 
queur et vaincu avec des pertes égales. 

Après cette victoire de Djioua, Nacer ad-Din classe défi- 
nitivement les Hassanes dans la catégorie des infidèles. Pas- 
sant auprès des cadavres des deux bergers, étendus sur le 
sol de la Sebkha et complètement dépouillés, il dit à ses 
compagnons : « Vous pensez sans doute que votre état est 
« plus beau que celui de ces deux individus, à cause de vos 
« riches vêtements et de vos magnifiques montures. Détrom- 
« pez-vous. Ils désirent ardemment revivre pour être tués, 
« et revivre encore pour être tués encore une fois, car ils ont 
« goûté aux douceurs du martyre. » Et il ajoutait, faisant 
allusion à un guerrier trarza de ses amis, nommé Konane, 
qui se trouvait parmi les agresseurs et qu'on croyait avoir 
péri dans la mêlée : « Non, vous ne l'avez pas tué, car des 
« armes que voici, nous ne tuons que les gens destinés au 
« feu de l'enfer et lui-même n'en est pas. » 

Ces lauriers, toutefois, ne faisaient pas illusion à Nacer 
ad-Din, et il doutait fort du succès définitif. Son biographe 
rapporte que quelque temps avant sa mort, parcourant le 
champ de bataille où il devait succomber, il s'écria tout à 



l'émirat DES TRARZAS 49 

coup : « Nombreuses sont les grâces que Dieu a réservées 
« à ce lieu », ce qui fit dire à son compagnon Mader qu'un 
événement important s'y produirait. Ayant appris que ce 
lieu se nommait Tirtillas, ce qui signifie en berbère « les 
« os y sont cachés dans », Nacer ad-Din ajoute : « Oui, ils y 
« seront cachés dans quelque temps. » Il fit voir ensuite le 
point précis où il tomberait, lui huitième, et prédit : « Les 
« Meghafra nous rejoindront, .mais nous les battrons. Mes 
« compagnons et moi partirons (vers l'autre monde) vers la 
« mi-matinée, et nous y ferons un déjeuner exquis que rien 
« au monde n'égale. Qadi Othman, lui, achèvera avec l'ar- 
« mée la déroute des Meghafra et en tuera autant qu'il le 
« voudra. Il ne reviendra au campement qu'après l'heure du 
« souper du soir. » 

Qadi Othman, qui se piquait de ressembler aux guerriers 
de la vieille famille arabe d'Ibn Zobeïr et n'avait pas compris 
que Nacer ad-Din prophétisait sa mort, demanda : 
« Me montrerai-je digne, ce jour-là, des Abel Zobeïr? » 
« — Non, dit Nacer ad-Din, car tu apprendras à cette heure 
« une nouvelle qui te fera mal au cœur (ma mort) et t'em- 
« péchera de réciter avec ton guerrier idéal, le vers de 
« joyeux triomphe : 

« Ce n'est pas par derrière que nos blessures coulent ; 

« C'est bien par devant, face à l'ennemi, que notre sang s'épanche, n 

Cette défaite des Meghafra, il l'annonçait encore, la veille 
même des Tirtillas, en disant avec des serments solennels, 
l'index et le majeur de la main gauche tendus, les trois 
autres doigts repliés : « Par Allah qui est le seul Dieu, ce 
« que nous faisons est juste ; par Allah qui est le seul Dieu, 
a ceux qui mourront pour notre cause entreront au Paradis ; 
« par Allah qui est le seul Dieu, les Meghafra s'enfuiront 
« demain, par ce chemin que voici, taillés en pièces. » 

Enfin, il aurait encore prédit sa mort, le matin même du 
combat de Tirtillas. Comme on lui apportait un repas suc- 
xxxvi . 4 



50 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

cillent apprêté au safran, de la part d'Al-Falli ben Abou Al- 
Falli Al-Kouri, il le repoussa en disant : « Nous ne man- 
« gérons pas ces nlets, car nous aurons pour notre déjeuner 
« une autre nourriture bien préférable à celle-ci. » Àl-Falli, 
pour qui ce repas représentait le nec plus ultra de l'art culi- 
naire de ce bas monde, conclut qu'il ne pouvait s'agir que 
des mets que l'on sert au Paradis. 

Le combat entre Berbères et Arabes fut donc livre à Tir- 
tillas dans TAoulil, région des salines du Trarzà, à la hau- 
teur approximative de Mederdra. Cheikh Sidïa précise à 
Al-Khechab, Sebkha de l'aftout Saheli. Les premiers étaient 
commandés par Nâcer âd-Din en personne. Les Meghafra, 
dont le principal corps était trarza, étaient placés sous le com- 
mandement de l'émir Haddi, fils d'Ahmed ben Daman. Les 
Arabes furent taillés eu pièces et prirent la fuite. Ils y per- 
daient un de leurs chefs, Mahmoud ben Abella, cousin de 
l'émir, mais ce succès des Zouaïa était une victoire à la 
Pyrrhus : ils y perdaient leur grand homme et saint Mara- 
bout, et avec lui, la plupart de ses fidèles lieutenants, tels 
que son frère Hommeïn, Abella, Habib ben AtjfaghaÀoubak, 
Mahi, Mohond ben Atjfagha Lamin, Mostafa ben Mottettia; 
Mokhtar ben Aoubak, A j oued ben Yaqoub, le nègre Samba 
ben Ouezeg, esclave de Brahim, et enfin deux individus des 
Zombot. Parmi les nombreux blessés, on citait la Mahaouma 
et là Bella. 

Al-Faqih ben Al-Amin, qu'on consulta sur les cérémonies 
qu'il convenait de rendre aux cadavres des héros zouaïa> se 
déchargea de la réponse sur le cadi Abd Allah de Chingueti 
et sur un saint et savant Marabout des Oulad Dîman : Al- 
Falli, fils de Baba Ahmed. Ceux-ci ayant fait connaître que 
Nacer ad-Din et ses compagnons étaient morts martyrs de la 
foi dans une lutte contre les infidèles, leurs cadavres furent 
ensevelis sans être lavés. 

La date de cette bataille de Tirtillas qui clôt le pontificat 
du premier des Imams Zouaïa est inconnue : elle peut être 



L EMIRAT DES TRARZAS ^i 

approximativement fixée à 1650. Nous connaissons, en effet, 
la date de la conclusion de la paix : 1674. Dans cette période 
de trente ans que dura la guerre de Babbah, sept Imams se 
sont succédés, dont nous ne connaissons pas la durée de 
chaque pontificat. Nacer ad-Din est le premier en date : on 
peut donc fixer sa mort et la journée de Tirtillas à 1650 
environ. 



Le deuxième Imam : Al-Faqih Lamin., 
1650-1656 environ. 

Les Djemaa Berbères s'assemblèrent après la mort de 
Nacer ad Din pour lui désigner un successeur. Leur choix 
se porta sur Al-Faqih Lamin qui paraît avoir eu toutes les 
qualités du parfait Marabout : esprit cultivé, belles ma- 
nières, piété, modestie, diplomatie ; et fort peu celles qui 
étaient nécessaires au chef d'une nation en lutte aiguë avec 
des tribus de guerriers. C'est lui qui avait fait partie de 
l'ambassade aux Hassanes qui échoua si piteusement. Il 
était d'origine dimani et se rattachait à l'ancêtre Mohand 
Amrar par Sidi Al-Falli,fils de Baba Ahmed, fils de Yakou- 
ben Allah, fils d'Atjfagha Ieddiman, fils d'Yakoub,fils d'Atj- 
fagha Moussa, fils de Mohand Amghar. 

Son pontificat débuta par une escarmouche sans consé- 
quence où plusieurs des siens furent blessés. On cite : Al- 
Maazouz, dont le cheval fut tué sous lui ; Mohand Al-Rah\ 
des Id Eïqoub, et Al-Madani. Celui-ci fut mis à mort avec 
la dernière cruauté par le guerrier trarza : Biram ould 
Abella, au point qu'Haddi, l'émir, dût intervenir. 

Al-Faqih Lamin, ayant réuni une troupe très nombreuse, 
marcha contre les Hassanes qui, impressionnés par ce dé- 
ploîment de forces, rusèrent en déclarant qu'ils ne deman- 
daient pas mieux que de rendre hommage à l'Imam, parce 
qu*îl était de la souche de Sidi Al-Falli, petit-fils de Di- 



52 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

man (i), tandis que Nàcer ad-Din n'était pas de pure ori- 
gine tachomcha. Faqih Lamin qui, pas plus que son prédé- 
cesseur, n'avait confiance dans la valeur des siens, et qui, 
par ailleurs, était porté aux solutions conciliatrices, accepta 
cette défaite des Trarzas. Mais au moment où il poursuivait 
avec eux des pourparlers de paix, les Tolba, mécontents de 
cette solution, le déposèrent (vers 1656). 

Le troisième Imam : Qadi Othman, 
1656-1665 environ, 

Qadi Othman, le vainqueur de Tirtillas, fut élu à la place 
de Faqih Lamin. Il s'appelait, de son vrai nom, Abehom 
ben Ahmed et se rattachait à Atjfagha Aoubak, fils de Mo- 
hand Amghar, l'ancêtre des Oulad Dîman. Il paraît avoir été 
plus énergique que son prédécesseur. Inaugurant une politique 
plus active, il s'en fut à la tête d'un rezzou de 800 hommes, 
piller les troupeaux des Meghafra qui prirent la fuite, leur 
abandonnant 400 chameaux appartenant à la tribu des Oulad 
Aïd, fraction des Moussât. Dans cette journée, dite Razzia 
de Tilmas, périt A j oued ould Atjfagha Aoubak. Les Meghafra 
tentèrent de reprendre leurs chameaux j. ils se lancèrent à 
la poursuite des pillards et les rejoignirent. La bataille s'en- 
gagea parmi les cris des uns et des autres : « Personne 
n'échappera ! » criaient les Meghafra. « Nous ne voulons pas 
« autre chose que mourir en martyrs de la foi ! » disaient 
les Tolba. Elle fut sanglante et tourna finalement à l'avan- 
tage de ces derniers. Les Hassanes durent s'en retourner 
sans avoir repris leurs animaux et après avoir perdu nombre 
des leurs. 

Ils ne tardèrent pas à prendre leur revanche. Quelques 
années après, le cadi-percepteur, Sid Ai-Hassan (l'ancêtre 
des Oulad Bou El-Hassan) , accompagné des principaux cadis 



(1) C'est T ancêtre des Oulad Sidi Al-Falli, fraction des Oulad 
Dîman. 



L EMIRAT DES TRARZAS 53 

du Conseil des Berbères, s'était rendu chez les Ould Rizg 
et notamment chez les Oulad Khalifa, aujourd'hui tribu- 
taires à la suite des Trarzas, pour 3^ percevoir l'impôt 
achour. On voit par là que ces Hassanes déchus étaient com- 
plètement tombés sous la domination des Berbères. Ceux-ci 
les traitaient d'ailleurs avec beaucoup de dureté, et les Oulad 
Rizg en profitèrent pour se liguer avec tous les peuples 
soumis aux Marabouts : débris bafour, noirs du Chemama, 
tels que les villages dépendant de la dynastie des Bou Ri- 
grig ; les Bariane, de Settara, escale un peu en aval de 
Dagana, sur la rive droite du neuve, et enfin avec les pil- 
lards hassanes, en quête d'aventures, tels que les Reriouat. 
Oudeïk ben Boubbouh, chef des Oulad Khalifa, prit la di- 
rection du mouvement ; il se rendit compte de la grande 
faiblesse de l'expédition zouaïa, dispersée dans tout le pays 
pour la perception de l' achour, et dépêcha Auw Megharra, 
pour solliciter leur alliance, Ahmed ben Tafariti et Al-Fadel 
le Bafouri. Les Brakna refusèrent de marcher, mais tous 
les Trarza, auxquels se joignirent des contingents de Noirs 
et d'Oulad Khalifa (Oulad Rizg), s'avancèrent, sous le com- 
mandement de Haddi, fils d'Ahmed ben Daman, et de Reï- 
lane, ancêtre des Oulad Reïlane (Oulad Yahia ben Othman), 
contre les Zouaïa qui se ressemblaient en toute hâte, et lés 
massacrèrent à peu près jusqu'au dernier. Ce lieu où tom- 
bèrent la plupart des Cadis du Conseil berbère, est devenu 
célèbre sous le nom de « Dune des Cadis » (Ketheb El-Qod- 
dât porte aujourd'hui h même nom, Alib Al-Qodia, et se 
trouve près de Tin'Ieder, non loin de Khroufa. Un acacia qui 
a poussé là et qu'on voit de très loin a fait aussi surnommer 
ce point Talhaït al-Àlib, c'est-à-dire « L'accacia de la 
Dune ». 

Les Zouaïa n'eurent plus d'autre souci que de prendre une 
revanche rapide : leur chef de guerre le plus brillant, Al- 
Fadel ben Al-Kouri et l'imam Qadi Othman marchèrent, 
chacun de leur côté, contre les ennemis qui rentraient chez 



54 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

eux. Al-Fadel, qui se trouvait chez les noirs Ida Ou Fal du 
Chemama, se porta aussitôt vers le rezzou maure : Oui ad 
Khalifa, Bafour et Reriouat, et les tailla en pièces à Sag, 
près de Touizikt. Quarante Oulad Khalifa, dont leur chef 
Oudeïk, restèrent sur le carreau. Celui-ci périt sous les 
coups mêmes d'Al-Fadel, qui l'arracha aux mains de 
Mohammed ben Ahmed Mouloud, des Ida Ou El-Hadj, qui 
voulait lui sauver la vie. 

L'imam Qadi Othman fut moins heureux. Il marcha con- 
tre les noirs du Chemama, se laissa surprendre et battre 
par eux. Il tomba sur le champ de bataille et avec lui péri- 
rent tous ses compagnons, les notables des tribus berbères : 
Mohammed Mouloud et Mostafa ben Al-Falli ; Amenna ben 
Atjfagha Mokhtar des Ida Ou Henu> Behendam ben Mohand 
ben Atjfagha Aoubak et son cousin Aïnat ben Mohand ben 
El-Hamid ben Moudi Aoubak; Sid Bouïa ben Mohand ben El 
Hassen, des Ida Aoubak ; Ahmed ben Moyammed Saïd ; la 
Al-Mokhtar, des Id Eïqoub, le héraut de la colonne (1665 en- 
viron). Ainsi se réalisait la prophétie de Nacer ad Din qui 
avait prédit à Qadi Othman, lorsqu'il avait nommé Anta 
Sar, chef des Noirs du Chemama, que celui-ci serait cause 
de sa mort. Cette bataille fut livrée en un point indéter- 
miné du Chemama. 

Le quatrième Imam : Mbarek ould Habib Allah, 
1665- 1668 environ. 

Il fallut pourvoir, sans tarder, au remplacement de l'Imam; 
mais la scission se produisit entre les troupes Zouaïa et 
Oulad Rizg qui élurent leur vaillant chef Al Fadel ben Al 
Kouri, et les assemblées des notables et lettrés qui choi- 
sirent Mbarek ben Habib Allah. Ibrahim ben El-Kouri, 
frère d'Al-Fadel, se rendit aussitôt à l'armée et le pressa 
de se désister. Al-Fadel finit par y consentir, mais ne vou- 
lant pas rester dans le parti des Zouaïa, jaloux, envieux, et 



l'émirat des trarzas 



5o 



voués à une prochaine défaite, il passa avec tous les siens au 
camp des Meghafra. Cette dissidence était fort grave à ce 
moment-là. Elle donnait l'exemple et devait être suivie. 

Mokhtar, fils de Habib Allah, resta donc seul Imam (vers 
1665). C'était un jeune homme que le biographe de Nacer 
ad-Din loue pour sa beauté physique, sa piété et son savoir 
et qui avait hérité de l'affection que son père avait su ins- 
pirer aux siens. Il était d'origine dimani, comme tous les 
autres Imams, et se rattachait à l'ancêtre de la fraction par 
Habib Allah, fils d'Al-Falli, fils de Baba Ahmed, fils de 
Iakouben Allah, fils d'Atjfagha Dîman, fils de Yakoub, fils 
d'Atjfagha Moussa, fils de Mohandi Amrar, l'ancêtre des 
Oulad Dîman. Il réunit 400 guerriers, « petit anneau dans 
les solitudes », et marcha sur les Meghafra, qu'il attaqua à 
Oglat al-Arch, à 15 kilomètres au Nord de Noualal, dans 
l'aftout de Faye. Ceux-ci, plus nombreux, les enveloppèrent, 
mais les Zouaïa, secourus par des renforts, se dégagèrent, 
et finalement le combat resta indécis. 

Mis en confiance par les scissions qui s'étaient produites 
chez les Berbères, les Hassanes reprirent leur vigoureuse 
offensive. Ils réunirent toutes leurs forces, ainsi que leurs 
alliés et leurs tributaires et marchèrent contre MHarelc. Ce- 
lui-ci, atteint à Tin Djemaren (id est, le puits au rayures), 
sur les bords de l'Océan, à l'Ouest de Mederdra, fit face 
avec tous les siens groupés autour de lui et tomba glorieu- 
sement les armes à la main. Avec lui périrent ses deux 
oncles paternels : le cadi Motteïlia et ses deux fils : Al-Qadi 
et Al-Hadi, et le cadi Ahmed Senbira ; les fils de Mostafa 
ben Al-Falli : Ahmed et Lamin ; Abdallah l'Amiri ; Mohand 
ould Adija ; Mckhtar ben Mahi ; Ali Al-Kôuri ben Caîah ; 
Mohond et Lamin, fils d'Atjfagha Bella ; Ahmed ben Kha- 
lina, des Id Eïqoub ; Mohammed ben Mohand ben Al-Has- 
sen, des Id Aoubak et ses cousins ; les fils d'Ajoued ; les 
trois fils de Djil des Id Abhom, Tamegla : Hamdan, Ha- 
menna et' Khoudib. La nuit suivante, Al-Krim ben Abou 



$6 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Meïja périt de la main d'Attam des Litama, qui avait perdu 
le premier jour, douze individus de son goum. Le jour sui- 
vant, tombèrent encore Habib Allah, fils du cadi Sanbira ; 
Mostafa ben Sambira ; Al-Falli ould Barik Allah, celui-ci 
tué par Kalit ben Mohand, le Takchimi-Bafouri. La mort 
d'Ifeïlaj ben Maham Sar et dTmijen ben Mostafa mit fin à 
ce massacre des Tolba (vers 1668). 

Le cinquième Imam : Mounir ad-Din, 
1668- 1670 environ. 

La fin de la lettre approchait. Dans la confusion de 
la défaite, le deuxième Imam, Faqih Lamin, jadis dé- 
posé, passe au camp des Meghafra avec ses femmes et ses 
enfants et disparaît. Cependant, les Marabouts divisés 
élisent encore deux Imams : les Tolba du Trarza choisissent 
Mounir ad-Din, de son vrai nom Mokhtar, frère de Nacer 
ad-Din ; ceux du Brakna : les Dieïdiba, se prononcent pour 
Nahoui ben Agd Abdallah. 

Mounir ad-Din, à la tête des débris zouaïa, une centaine 
de cavaliers environ, prit la route du Fouta, en passant par 
le territoire Dieïdiba. L'entente s'établit après de nombreux 
discours, et Mounir ad-Din resta seul en titre, Nahoui con- 
servant toutefois la moitié du pouvoir effectif. Ces quelques 
années de duum virât sont marquées par des courses heu- 
reuses de Mokhtar, le frère de Nahoui, dans le Fouta. L'ab- 
sence de leur chef de guerre finit par amener la défaite des 
Zouaïa. Au cours d'une de ses expéditions, un nommé Ali, 
des Oulad Bou Ali soumis (Oulad Rizg), parent par les 
femmes, des Meghafra, vint avertir ceux-ci de l'isolement où 
se trouvait les deux pontifes des Tolba, Les Meghafra s'abat- 
tirent aussitôt sur eux. Deux solutions se présentaient : 
ou se replier sur la colonne de Mokhtar, et c'est ce que pré- 
conisait son frère Nahoui ; ou attendre de pied ferme, les 
assaillants. C'est ce qui fit prévaloir Mounir ad-Din en disant 



L EMIRAT DES XRARZAS 57 

à Nahoui : « Avez-vous jamais vu quelqu'un abandonnant 
« les siens dans le dénûment et la misère pour aller vers 
« des lieux fleuris où Ton a ses aises ? » Ce à quoi Nahoui 
répondit : « Vous êtes un jeune homme et vous souhaitez 
« mourir en martyr. Comment ne le désirerais- je pas, moi 
« qui suis un vieillard? » 

La bataille s'engagea donc à Bokol, à une vingtaine de 
kilomètres en amont de Dagâna, et les deux Imams furent 
tués (vers 1670). Avec eux périrent Al-Fadel, dit Ahmed 
Chella, quatrième descendant de Dîman par son fils Mohond; 
Habib troisième fils de Moud Aoubak ben Ahmed ben 
Othman, des Béni Tameknaïd ; Ahmed Doula, troisième 
fils de Mohand ben Alfagha Aoubak. 

Le sixième Imam : Agd Al-Mokhtar, 

fils d'AGD Abd Ai^ah 

environ 1670- 1674. 

Au rapport de ces mauvaises nouvelles, Agd Al-Mokhtar, 
fils d'Agd Abd Allah, et frère de Nahoui, de la descendance 
d'Id Abiaj, le deuxième des Tachomcha, rentra à marches 
forcées, se fit élire Imam et entra aussitôt en campagne 
contre les Meghafra et contre les Noirs. Il fut très souvent 
heureux et peut-être ses talents guerriers eussent-ils pu sau- 
ver encore la situation, si les Zouaïa n'avaient été à bout 
de souffle. Il devait leur permettre de tomber eu beauté sur 
quelques brillants faits d'armes. Dans un rezzou contre les 
Trarzas, on compte qu'il leur tua 100 hommes et leur prit 
une grande quantité de chameaux, de chevaux, d'esclaves 
et d'argent et de toutes sortes de richesses. Dans un autre 
rezzou dirigé vers l'Est contre les Oulad Mbarek et les 
Litama (Brakna) alliés, il tua des chefs réputés, comme 
Samba ben Amar. 

Il devait périr peu de temps après, les armes à la main, 



58 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

au lendemain de la journée d'Amoder. Ce combat violent qui 
dura toute une journée, avait mis par terre la plupart des 
guerriers zouaïa. Les survivants prirent la fuite avec les 
blessés à la faveur de l'obscurité et réunis hors de l'atteinte 
des ennemis, délibérèrent sur ce qu'il convenait de faire. Les 
cavaliers devaient se réfugier au loin, tandis que les fantas- 
sins se disperseraient dans les ravins et dunes de la côte. 
Mais, Imijen, frère d'Al-Mokhtar, lui ayant rappelé la noble 
attitude des Imams précédents, tous tués à l'ennemi, plutôt 
que d'abandonner les campements à la rapacité et à la vio- 
lence des Hassanes, l'Imam ordonna simplement qu'on res- 
terait sur place. La bataille s'engagea à Tin Ifdad dans 
l'Agan, près d'Ouezzan. Les derniers Zouaïa furent exter- 
minés, et Agd Al-Mokhtar périt d'une chute de cheval qui 
lui fracassa le cou. On raconte que les Hassanes lui cou- 
pèrent la tête, et voulant, par dérision, s'en servir comme 
d'un morceau de bois pour faire cuire leurs aliments, la 
placèrent sous une marmite, parmi les charbons ardents. 
Mais au moment où ils la déposaient sur le foyer, la tête 
leur échappa des mains et roula au loin. Ils n'insistèrent pas. 
C'était la fin. Il devait, d'ailleurs, en être ainsi, d'après 
la légende maure, car les dynasties d'Imams ne peuvent 
avoir plus de six représentants, c'est à ce chiffre, en effet, 
que fut arrêtée la première succession des Imams : Mahomet, 
Abou Bekr, Omar, Othman, Ali et Hassan. Tous les hommes 
valides des tribus zouaïa avaient disparu dans ces luttes. 
Dans la tribu de l'Imam Molchtar, spécifie le biographe de 
Nacer ad-Dïn, les Id Atjfagha, il ne restait pas un homme 
adulte en vie. Les quelques derniers irréductibles passèrent 
le Sénégal en petits groupes. L'un d'eux fut exterminé par 
les Noirs : là périrent Biram Mohimmat, Yahia Samba, 
Mohand ben Abd Allah, Agd Remich et Mohand ben Sid 
Ahmed le Hogari, père de Bellila. Un autre groupe, com- 
mandé par Mohand ben Diobba, des Barteïl, et Mohand ben 
Cheikh, des Tendgha, guerroya longtemps contre les Noirs 



l'émirat des trarzas 59 

fétichistes et finit par disparaître dans Ces provinces. C'est 
probablement à cette bande ou à une bande analogue qu'il 
faut attribuer la mainmise de Marabouts maures sur le 
Sénégal, depuis les pays de Siratik du Fouta jusqu'à la 
région sérère. « Il n'y a p*as cinq ans, dit Lemaire qui écrit 
vers 1682, et dont le récit est confirmé par le Père Labat (1), 
que des Marabouts maures se sont rendus maîtres du pays 
sénégalais « en disant qu'ils étaient suscités par le ciel poul- 
ies venger de la tyrannie de leurs rois. » Les belles pro- 
messes qu'ils firent eurent pour résultat que les Ouolofs ne 
travaillèrent plus leurs terres et que, l'année suivante, la 
famine sévit dans le pays, au point que les gens se dévo- 
raient entre eux. Les Marabouts furent chassés et le damel 
rappelé. Quant au brak du Oualo, Far a Koumba, et au 
bourba du Diolof, ils avaient péri dans ces luttes. C'est ainsi 
que les Noirs du Sénégal commençaient à pâtir de leurs 
relations avec les Maures du fleuve. 

Dans la Fouta, au contraire, ils s'insinuaient avec adresse 
à la faveur des discussions familiales qui troublaient la 
dynastie du Siratik. Les Peul ne devaient jamais parvenir 
à s'en débarrasser complètement. 

Les campements de Zouaïa firent les frais de la victoire 
des Hassanes. Tous les biens furent enlevés, et les femmes 
et les enfants réduits en captivité (1674). Les tribus zouaïa 
les plus éprouvées furent : les Tachomcha, c'est-à-dire les 
Oulad Dîman, les Id Eïqoub et les Ahel Barik Allah — les 
Tendgha de l'est, et notamment les Hallat Arbaïn Jiied, au- 
jourd'hui chez Cheikh Sidïa,et dont le Cheikh était Moham- 
dem Danabja — les Medlich, — les Id Arzimbo — les Dieï- 
diba, dont les Cheikh étaient — les Ahel Ahmed Al-Qadi, — 
les Barteïl, dont les Cheikhs étaient les Ahel Diebba. Quel- 
ques-unes de ces tribus, particulièrement les Id Arzimbo et 
Barteïl, ne se sont jamais relevées de ces désastres. 



(1) LEMAIRE : Voyages : le Père Labai. Nouvelle relation. 



60 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Le chroniqueur de la vie de Nacer ad-Din ne fait aucune 
difficulté pour reconnaître que la ruine des Zouaïa est due à 
leur mauvaise organisation militaire. La valeur individuelle 
et le mépris de la mort, issu de leur désir du martyre, ne 
leur manquaient pas, mais ils n'avaient aucun entraînement 
guerrier. Les Meghafra, au contraire, « étaient au courant 
« des opérations militaires. Ils connaissaient mieux les pro- 
« cédés de la guerre, ses moyens et ses ruses; et étainet plus 
a fertiles en stratagèmes. Enfin, ayant grandi dans la pra- 
« tique des armes, ils y étaient devenus experts » (2). 

Il aurait pu ajouter une autre cause ; l'incurable division 
des sociétés berbères. En face du petit groupe des Hassanes 
pillards et non moins divisés qu'eux à l'ordinaire, mais sa- 
chant s'unir sous le commandement d'un chef pour marcher 
à l'ennemi, les Berbères, par jalousie, par esprit de fronde, 
ne surent jamais se grouper que très provisoirement et très 
partiellement. C'est ainsi qu'au cours de cette lutte de trente 
ans (1644-1674), ils furent réduits en détail et presque 
anéantis. 

La guerre de Babbah est génératrice de la société maure, 
telle qu'elle existe dans son état actuel. 

Appuyant sur les tendances maraboutiques, pédagogiques 
et pastorales des Berbères, les Hassanes les confinèrent dé- 
sormais dans un rôle purement religieux et pacifique. 

C'est à partir de ce moment qu'ils vont devenir les Zouaïa 
tolba ou marabouts, adonnés à l'étude et à la prière, cadis, 
et instituteurs des enfants des Hassanes à l'occasion. Ils de- 
venaient ainsi, eux les Berbères, par un singulier revire- 
ment des choses, les représentants officiels de la langue et 
de la littérature arabes, les apôtres de la religion et de la 
civilisation musulmanes, tandis que les Hassanes, fils des 
Arabes des invasions, devenaient les mécréants et les infi- 
dèles. 



(2) Vie de Nacer ad-Din. Traduction! HAMET. 



l'émirat des trarzas 61 

Ils ne porteront plus d'armes, n'en toucheront même ja- 
mais, et payeront tribut (horma) aux Hassanes. Ceux-ci leur 
feront subir toutes sortes de vexations, sous prétexte de 
protéger leurs campements, mais respecteront la vie de ces 
hommes désarmés. 

Ils se consacreront à l'élève des troupeaux, dont le hassani 
pourra toujours venir boire le lait ; et creuseront des puits 
où le guerrier aura toujours le droit de puiser le premier 
seau, et d'y boire théoriquement dans la proportion d'un 
delou (seau) sur trois (i), pratiquement autant qu'il aura 
soif et avant tout autre. 

Ils devront fournir des animaux de selle ou de charge à 
tout guerrier démonté et sans animaux de bât, qui se pré- 
sentera dans leurs campements et en fera la réquisition. 

Ils devront héberger pendant dans trois jours, dans cha- 
que campement, les femmes des Hassanes, lors de ces tour- 
nées périodiques de diffa qu'elles entreprennent lorsque la 
faim talonne les campements des guerriers. 

Telle est la situation qui a subsisté jusqu'en ces dernières 
années et commence à peine à se modifier. Il était opportun 
de signaler qu'elle dérivait des stipulations que sur les 
champs de bataille de 1674, Haddi, fils d'Ahmed ben Daman 
et les autres chefs trarzas et Meghafra imposèrent aux Ber- 
bères zouaïa, abattus et ruinés. 

Par la suite, les Hassanes prétendirent avoir en outre im- 
posé aux Marabouts, la clause de ne jamais posséder de cha- 
meaux. Les Marabouts affirmèrent qu'elle n'était pas con- 
tenue dans le traité de paix, et que c'était une disposition 
unilatérale, émanant des seuls Hassanes. Ils continuèrent 
donc à élever des troupeaux de chameaux. La clause tomba 



(I) La clause primitive était, assurent les Zoudia, cTuii seau sur 
quatre seulement. 



02 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

en désuétude et ne fut relevée par les guerriers que de temps 
en temps ; c'était un excellent prétexte à pillage. 

C'est à cette date encore que s'effectua le partage des 
tribus maraboutiques et leur accolement avec les tribus 
guerrières. Les Trarzas eurent leur Zouaïaj et les Brakna 
eurent les leurs. Chaque fraction guerrière eut sous sa sur- 
veillance ou protection particulière, — c'est tout un, — une 
fraction maraboutique. C'est de cette époque que datent ces 
liens de mi- vassalité, mi-amitié, qui unissent deux par deux, 
tribus hassanes et tribus zouaïa. 



CHAPITRE VI 
Les premiers Emirs trarzas. 

(XVII e ET XVIII e SIECLES). 

La fin de la guerre de Babbah, en faisant disparaître les 
Berbères du terrain des luttes sanglantes, laissaient le champ 
libre aux rivalités intestines des Hassanes. Ils allaient s'en- 
tre-déchirer sans trêve, jusqu'au dernier jour de leur indé- 
pendance politique. Aussi Nacer ad-Din, qui les connaissait 
bien r avait-il pu prophétiser sans peine, au matin des Tir- 
tillas : a Les lances qui vont nous donner la mort ne s'incli- 
« neront jamais pour la paix. » 

Au moment où l'Emirat des Trarza, et les tribus Oulad 
Daman et Oulad Ahmed ben Daman qui le constituent vont 
prendre la forme sous laquelle ils se présentent aujourd'hui, 
il convient de s'essayer à démêler leurs origines un peu 
touffues. La chose devient aisée avec l'aide du tableau généa- 
logique ci-après : 

DAMAN 

I 

/ i i l l i i L x 

ATTAM SASSI ZENNOUN AHMED AG MOKHTAR ABELLA M'HAIMDAL 

ancêtre ancêtre ancêtre ancêtre ancêtre ancêtre ancêtre 

des des des des des des des 

Ahel Oulad O. Zennoun Ahl Ahmed Ahel AgMotkhar Ahel Ahel M'haïmdal 
Attam Sassi ben Dàmân Abella 

\ /\ •■■■• ■■:,:.:>■.-.,- _/ 



OULAD DAMAN OULAD AHMED BEN DAMAN 

Trois fils de Daman : Attam, Sassi, et Zennoun et leurs 
Ahel Attam, Oulad Sassi, et Oulad Zennoun. Ces trois frac- 
tions constituent la tribu, dite Oulad Daman. 



64 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Un autre des fils de Daman : Ahmed, a donné naissance 
aux Ahel Ahmed ben Daman, groupement dans lequel sont 
venues se fondre les descendances des trois derniers fils de 
Daman : Ag Mottar, Abella et M'haïindat. Ces quatre grou- 
pements réunis constituent aujourd'hui les Oulad ben Daman 
et en portent universellement le nom, encore que cette déno- 
mination ne soit pas étymologiquement exacte, du moins 
pour les trois derniers. 

L/ autorité qu'Ahmed, fils de Daman, avait su prendre 
sur ses frères, et par suite, toute la tribu trarza, passa à 
son fils Haddi, ce qui n'empêchait pas, d'ailleurs, les autres 
gouvernements Oulad Daman d'avoir leur indépendance et 
un Emir particulier, issu du chef de famille. 

On a vu le rôle de premier plan que joua l'Emir Haddi 
dans la guerre de Babbah. De plus, il sut enfler le nombre 
de ses partisans et, par conséquent, de la tribu, par l'ad- 
jonction de guerriers Oulad Mbarek, dont la descendance 
s'est fondue dans la fraction tributaire des Loubbeïdat, et 
de tentes Rehahla, fraction à la suite des Trarzas. 

Cette succession de deux chefs intelligents et respectés, 
dont le talent avait conduit les Hassanes trarzas au triomphe 
définitif, devait provoquer l'établissement permanent de la 
dignité émirale dans leur descendance. 

Le tableau généalogique des princes régnants de la mai- 
son d'Ahmed ben Daman s'établit ainsi (pour les XVII e et 
xviii 6 siècles), le nom des Emirs étant inscrit en lettres 
grasses, et leur succession étant réglée suivant l'ordre de 
numérotation. On peut remarquer, dès maintenant, qu'avec 
Amar (14) ould Mokhtar, c'est la branche cadette qui vient 
en possession du pouvoir et que cette usurpation a été la 
source des principaux conflits qui, depuis cent cinquante ans, 
ont jeté les uns sur les autres, les membres de cette famille, 
et avec eux les fractions trarzas. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



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XXXVI 



66 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



* * 



Haddi (3), fils d'Ahmed ben Daman, mourut en 1684, à 
Izdelaf. C'est sous son commandement que, vraisemblable- 
ment, furent entamées les premières relations des Maures 
avec les Français du Sénégal. 

Faire l' historique des tractations, razzias et expéditions 
que, dans le courant des xv e et xvi e siècles, les Portugais 
firent sur la Côte d'Afrique, et notamment à Arguin et à 
f-Tider, serait hors de propos ici. On trouvera, soit dans René 
Basset : Recherches historiques sur les Maures (1), soit^ 
dans Cultru : Histoire du Sénégal, passim, un exposé très 
précis et suffisant de ces relations, d'après les récits des 
chroniqueurs européens. Quant à la tradition maure, chez 
les fTrarzas au moins, elle n'en a pas gardé le souvenir, pas 
plus qu'elle ne mentionne les luttes des Hollandais qui en- 
lèvent ces comptoirs aux Hispano-Portugais en 1638 ; les 
luttes des Anglais qui les enlèvent aux Hollandais en 1665 ; 
les luttes des Hollandais qui les reprennent en 1666 ; les 
luttes des Français qui les enlèvent aux Hollandais en 
16785 et finalement, les luttes des Hollandais qui les re- 
prennent aux Français en 1690. Ces événements, aussi bien 
que les razzias des corsaires marocains, qui venaient faire 
la chasse, aux interlopes, étaient trop excentriques pour in- 
téresser vraiment les tribus, à ce moment, d'ailleurs, en 
pleine effervescence de la guerre de Babbah. D'autre part, 
les relations commerciales régulières qui, au xviii 6 et au 
XIX e siècles, se sont établies entre les Trarzas et les escales 
du fleuve Sénégal ont fait disparaître dans la mémoire des 
lettrés, tout vestige de l'état de choses antérieur. 

On peut signaler toutefois que c'est par le port d'Haddi, le 
« porto » d'Addi des Portugais et des Maures, devenu plus 
tard Portendie et Portendick (le Jioua abandonné d'aujour- 



(1) Fascicule III, pages 475 à 487. 



l'émirat des trarzas 67 

d'kui), que s'opérait le contact maritime des Trarzas avec les 
Européens. Plus au Sud, à mi-chemin de Saint-Louis, une 
autre baie qui servait de point de trafic, reçut aussi le nom de 
petit port d' Haddi ou Petit Portendik. On voit par là qu'à 
la fin du xvn e siècle, les Oulad Ahmed ben Daman étaient 
encore dans l'Agneïtir et ne descendaient que lentement vers 
le fleuve, 

Les relations d'Haddi avec les Noirs paraissent avoir été 
sur le pied d'une hostilité permanente. 11 pillait ^ les Noirs 
qui le lui rendait à l'occasion. La présence de La Courbe à 
l'escale du Désert empêcha seule les représailles que vou- 
lait exercer Haddi sur le Brak du Oualo qui s'était permis 
de razzier les Maures (vers 1683). 

La tradition maure signale l'arrivée, à cette date, de guer- 
riers Oulad Mbarek dans le Trarza. Haddi, ayant eu besoin 
de renforcer ses bandes, demanda du secours à son oncle 
maternel, Cheikh des Oulad Mbarek, à ce moment en mi- 
gration lente vers le Hodh. Il lui envoya sept guerriers de 
choix. Ils prirent femme sur place, et leur postérité s'est 
fondue parmi les Rehahla et les Loubbeïdat. 

A Haddi, succéda son fils aîné, JSiYED (4), qui ne régna 
qu'un mois, en 1684, et mourut de maladie au retour d'un 
voyage chez ses Zenaga pêcheurs (Imraguen) de la côte de 
Nouakchot. 

* # 

Il fut remplacé, la même année, par son frère Amar 
Agjiel (5). De celui-ci, on ne Sait rien non plus, sinon qu'il 
fut assassiné en 1703. « C'était un homme pieux, juste, 
« droit, béni, heureux. Il fut assassiné par traîtrise, en 
« martyr digne de louanges. » Ce meurtre, suivant Cheikh 



68 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Sidïa, doit être attribu à un rezzou Oulad Delim, qui sur- 
prit son campement et pilla ses chameaux. L'Emir mourut, 
les armes à la main, en défendant ses gens et son bien. C'est 
cette mort, assez correcte et tout à fait anormale pour un 
Emir trarza, qui lui a valu la palme du martyre. 

Les premières relations avec les Français sur le fleuve 
Sénégal se placent à ce moment. Cultru, dont la critique 
pénétrante a remis au point les récits et transpositions du 
Père Labat, signale que c'est vers 1680 que les premiers 
traitants français, qui depuis quelques années, venaient déjà 
trafiquer avec les Noirs aux escales du Terrier Rouge et du 
Coq, y nouèrent des tractations commerciales avec les Mau- 
res du Trarza. La Courbe, directeur général des établisse- 
ments sénagalais, visite en mars 1686, ces centres de trafic 
et à l'escale du Désert, fait des affaires avec les Ida Ou Àl- 
Hadj (les Darmankour des Noirs, qu'il appelle Darmantes), 
dont le chef porte déjà le nom de Chems. Ces relations com- 
merciales vont désormais se poursuivre régulièrement. 

* 
* * 

Au Chandora, c'est-à-dire 'Ali le Superbe (6), troisième 
fils de Haddi, succéda en 1703 à ses deux frères Siyed et 
Amar Agjïel. Son règne, 1703-1727, fut glorieux, et c'est à 
cet éclat qu'il dut de laisser l'autorité émirale dans sa des- 
cendance. On peut ramener les événements auxquels il a 
pris part, à trois cycles : son voyage auprès du Sultan du 
Maroc et le secours qu'il en reçut ; ses luttes contre les tri- 
bus ; ses relations avec les Européens. 

Prince intelligent et ambitieux, Ali Chandora résolut d'as- 
seoir son autorité sur les Hassanes en la faisant consacrer 
par le Sultan du Maroc. Celui-ci était alors Moulay Ismaïl, 
bien connu en Mauritanie, car ses mehallas et lui-même y 
étaient descendus quelques années plus tôt, et par l'Adrar et 



l'émirat des trarzas 69 

le Tagant avaient poussé jusqu'à Tichit (1689). De plus, 
les succès de Moulay Ismaïl, le plus grand des Sultans du 
Maroc, avaient répandu son nom et sa puissance dans toute 
l'Afrique Occidentale, jusqu'au Sénégal et jusqu'au Niger, 
Assisté d'un cadi des Ida Ou Ali de Chingueti : Abdallah 
Mohammed ben Abdallah, qui était son conseiller isla- 
mique depuis plusieurs années, l'Emir se rendit à la cour 
du Sultan et lui demande l'investiture pour les tribus mau- 
res. Le Sultan le reçut en grande pompe, lui donna offi- 
ciellement le commandement du Sud mauritanien et pour 
consacrer cette investiture, remarquant que les Maures por- 
taient tous une culotte de guinée noire, lui conféra le droit 
de porter seul une culotte de cotonnade blanche. Cette tra- 
dition s'est maintenue jusqu'à nos jours, et c'est pourquoi, 
chez les Hassanes, le seul Emir porte la culotte blanche. 
Revêtir cette culotte pour un guerrier, c'est faire acte de 
prétendant contre l'Emir et fonctions et provoquer des hosti- 
lités immédiates. D'autre part, le nom de chandora est resté 
à une guinée blanche, d'excellente qualité et d'un usage 
courant. 

Moulay Ismaïl lui donna, d'ailleurs, une aide plus posi- 
tive sous la forme de contingents de guerriers qui revinrent 
avec lui en Mauritanie. 

Le Sultan était dans la tradition, et cette tradition s'est 
continuée jusqu'à nos jours. En 1906, ne voyait-on pas en- 
core dans l'Adrar Moulay Dris, cousin et envoyé du Sultan, 
grouper sous son étendard les tribus fanatisées? Sans parler 
des Mehalla d' « arma » qui, dès 1592, apprenaient avec le 
Pacha Djouder, la route de Tombouctou, et qui, durant la 
première moitié au xvn e siècle, se succédaient dans cette 
voie avec plus ou moins de régularité, le Makhzen marocain 
a toujours saisi les occasions d'intervenir en pays maure. 

Le Père Labat signale que, vers la fin de la guerre de 
Babbah (1672-1675 environ), des contingents chérifiens arri- 
vaient dans la région trarza et devenus presqu' aussitôt sans 



70 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

emploi par la victoire des H-assanes, allaient mettre leurs 
armes au service des Zouaïa qui révolutionnaient les pays 
sénégalais. Ils s'employaient à la belle tâche de détruire les 
trois principautés ouolofes : la mort du Brak du Oualo et 
du Boùrba du Diolof, la fuite du Damel du Cayor, couron- 
naient leur entreprise. La réaction du fétichisme et des tra- 
ditions nationales des Noirs ne tardaient pas à les rejeter sur 
la rive droite, où ils se fondaient dans les tribus maures. 

Un peu plus tard, c'est le Sultan Moulay Ismaïl en per- 
sonne qui vient randonner jusque dans l'Adrar et le Tagant 
(1689). 

Les contingents marocains que le Makhzen donnait à Àli 
Chandora lui furent d'un puissant secours, mais, la victoire 
assurée, il les abandonnait à leur sort, et, par la suite, dis- 
persés, abâtardis, ils devenaient les tributaires des tribus 
locales ou les clients des princes trarzas. La tradition maure 
désigne les actuelles fractions Loubeïdat, comme les descen- 
dants des guerriers marocains d'Ali Chandora. 



Cheikh Sidïa donne des précisions nouvelles, et quelque 
peu ^différentes, sur l'origine de ces contingents marocains. 
Tl assure que le Sultan Moulay Ismaïl n'intervint que très 
indirectement dans les affaires d'Ali Chandora. Il aurait 
simplement donné l'ordre aux Ahel Sidi Youssef,. Cheikhs 
des Tekna d'Oued Noun, d'aider l'Emir à rétablir l'ordre 
dans le Sahara. Ce sont donc les Cheikhs Tekna qui ont 
fourni des contingents chleuh à Ali Chandora, et celui-ci, en 
retour, s'engagea, en son nom et au nom de ses successeurs, 
à leur verser un tribut annuel. 

Ce tribut a été régulièrement perçu dans les deux siècles 
qui ont suivi. Seuls, la grande distance et l'état de trouble 
des régions qui séparent Glimin des pays trarzas (quarante 




Cheikh Sidïa 



l'émirat des îrarzas 71 

jours de marche) en suspendirent parfois le versement ; mais 
il était encore payé, en 1904, par l'Emir Ahmed Saloum II. 
Il consistait, en dernier lieu, en un beau chameau que les dé- 
légués tekna venaient chercher chaque année. Ces visites fai- 
saient l'objet de réjouissances et d'échanges de cadeaux. 

La version Ida Ou Ali tourne à son profit, les relations du 
Sultan Moulay Ismaïl et d'Ali Chandora, 

Au commencement du xvm e siècle, le grand Cheïkh Al- 
Oadi,Nles Ida Ou Ali de Chingueti, quitta l'Adrar et vint 
dan le Trarza avec ses quatre fils : Sidi Abdallah Maham, 
Alfara Ahmed, Alfara Mohammedden et Alfagha Lamin. 

i\bdallah Maham, ayant fait le voyage du Maroc, fut reçus 
par le Sultan et eut, en sa présence, une controverse aca- 
démique et théologique avec les Oulémas de Fez. Il les 
écrasa de son savoir. Jaloux de son succès, ceux-ci n'eurent 
plus qu'un souci : le faire disparaître. Ils profitèrent de ce 
que le Cheikh faisait l'éducation d'un fils du Sultan pour 
forger des histoires mensongères sur son compte et lui attri- 
buer des projets ambitieux. Le Sultan décida donc sa mort, 
et dans ce but lui manda de venir. Le fils du Sultan, très 
surveillé, et ne sachant comment avertir son maître du sort 
qui l'attendait, se fit donner la lettre de convocation et y 
mit au bas trois points en forme de triangle. Le Cheikh, 
ayant reçu la lettre, découvrit les trois points et leur appli- 
qua aussitôt le proverbe saharien : « Il y a trois choses en 
« lesquelles il ne faut avoir aucune confiance : le temps, les 
femmes et le Sultan. » Il comprit la leçon cachée et prit 
aussitôt la fuite vers son pays. 

Moulay Ismaïl, voyant que son fils l'avait trahi, demanda 
aux Oulémas quel était le sort qu'il fallait lui faire subir. 
« La mort, dirent-ils, ou l'ablation de la main ». On lui 
coupa la main et il en mourut. 

A cette nouvelle, Abdallah Maham revint vers le Sultan, 
se fit présenter à lui, et lui démontra fort habilement qu'il 
avait été empêché d'obéir pins tôt à sa convocation. Le Sul- 



72 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tan fut, paraît-il, convaincu. Abdallah en profita aussitôt 
pour demander le prix du sang injustement répandu, « sou 
élève » , ajoutait-il, « l'égalant presque en savoir » . 

Moulay Ismaïl lui «donna satisfaction et fit mettre à mort 
tous les Oulémas. Il combla ensuite de biens le Cheikh qui 
s'en revint dans ses campements, trarzas. 

Or, l'Emir Ali Chandora, ayant appris ces événements, 
vint trouver Abdallah. Les Trarzas étaient alors sous la 
suzeraineté des Brakna, à qui ils étaient contraints de payer 
une contribution (ghafer) de chevaux, et l'Emir cherchait à 
s'en débarrasser. Il partit donc avec le Cheikh pour le Maroc,et 
reçut du Sultan un contingent de soldats, des armes et des 
subsides. Abdallah reçut en don 400 livres manuscrits qui, 
joints aux 600, que son grand-père avait rapportés d'Egypte, 
lui faisait une bibliothèque d'un millier de volumes. Cette 
bibliothèque fut célèbre en son temps ; et de nos jours, on 
en rencontre encore quelques exemplaires, dispersés chez les 
Ida Ou Ali. 

La tradition de la tribu ajoute que les contingents chéri- 
fiens n'étaient pas de première qualité morale, et c'est ce qui 
fait que leurs descendants actuels sont des gens assez mé- 
prisables. 

Ali Chandora put néanmoins, grâce à leur concours, vain- 
cre les Brakna et conquérir la suprématie de la basse Mau- 
ritanie. Le Cheikh Abdallah s'en retourna alors à Chin- 
gueti, où il mourut. 

Il fit de nombreux miracles, avant et après sa mort. Quel- 
ques instants avant sa mort, notamment, il manda un indi- 
vidu qui pensait à lui et se demandait quel était le juge- 
ment que Dieu réservait à un Marabout qui avait fait périr 
40 bouchers de Chingueti, parce que l'un d'eux avait bous- 
culé et jeté à terre sa mère Razga. Il lui dit : « Rassure-toi, 
« je suis tranquille sur mon sort.,» Il dit encore aux gens 
de Chingueti : « Quand vous aurez des doutes sur le salut 
« d'une âme, enterrez le défunt à côté de mon tombeau, tf 



l'émirat des trarzas 73 

C'est ce qui fut fait, et le cimetière devint bientôt trop 
étroit. 



* 
* # 

Appuyé sur ses goums de tribus et sur son corps de 
Marocains, Ali Chandora commença aussitôt la lutte contre 
les fractions Oulad Rizg qui s'agitaient encore. Il les écrasa 
définitivement et les réduisit à l'état de tributaires, où on 
les retrouve aujourd'hui (Oulad Khalifa, Oulad Bou Ali), 

Les Oulad Rizg domptés, Ali Chandora s'attaque aux 
fractions Ahel Attam, Oulad Sas si et Oulad Zennoun, qui, 
réunis sous le nom d' Oulad Daman, vi\*aient complètement 
indépendants, vers le sud-est des campements Oulad Ahmed 
ben Daman. Il les contraignit à reconnaître son autorité, 
au moins nominale. 

Les Brakna eux-mêmes, qui jouissaient alors de la pré- 
pondérance politique dans la région, furent défaits et re- 
poussés. Le Père Labat raconte que leur Emir, qui faisait 
faire la récolte de la gomme dans les bois d'acacias contestés, 
et la vendait à l'escale du Terrier -Rouge, fut assailli par 
AH Chandora et s'enfuit dans la direction du Reqiz (lac Cayor 
des Noirs). La tradition complète ces victoires de l'Emir 
trarza en relatant que, par la suite, les Bralcna concluent 
avec lui des traités d'alliance et de soumission. 

Les Européens, qui commerçaient tant sur la côte que sur 
le fleuve, s'intéressaient fort peu aux affaires des tribus. Ils 
ne furent pas pourtant sans remarquer qu'Ali Chandora 
était un prince puissant et que c'est à lui qu'ils devaient 
s'adresser pour exercer le trafic en toute liberté. Ali Chan- 
dora est donc bien connu, soit par les récits consacrés par le 
Père Labat aux expéditions maritimes qu'Hollandais et 
Français dirigèrent de 1717 à 1727 sur la côte maurita- 
nienne, soit par les traités que leurs représentants signèrent 
avec l'Emir. On pourra en lire le détail dans la « Relation » 



74 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

du Père Labat, ou un résumé suffisant dans René Basset (t). 
II suffit de retenir qu'Ali Chandora qui, à l'exemple de 
son père Haddi, avait d'abord favorisé les Hollandais de 
Portendilc et d'Arguin, finit par se retourner vers les Fran- 
çais à Saint-Louis. En 1723, il envoyait son deuxième 
fils, Cheroi r arrière-grand-père de Mohammed Al-Habid 
et l'aïeul, par conséquent, de l'Emir actuel), saluer le gou- 
verneur André Brue dans la capitale des établissements fran- 
çais. On voit donc que ces visites et excellentes relations 
avec les chefs trarzas, remontent à deux siècles. I y a conclu- 
sion de ces tractations fut la suppression des ports d'Arguin 
et de Portendik et la concentration du commerce sur les 
escales fluviales : le Désert (1), le Coq (2), le Terrier 
Rouge (3). 

C'est pour aboutir à ce résultat que l'intelligent et avisé 
directeur commercial André Brue avait travaillé trente ans. 
Par l'art consommé de sa politique d'approvisionnement 
comme par l'énergie de son action militaire contre les escales 
maritimes européennes, il arriva à détourner les Trarzas de 
leurs débouchés traditionnels et à les aniener à l'escale du 
Désert, qui depuis un demi-siècle était le marché commer- 
cial des Ida Ou El-Hadj (Darmankour des Noirs). La vole 
fluviale était la vraie voie française. Elle l'est toujours restée. 

Par suite, les brigandages de toute nature dont, entre deux 
luttes avec les tribus voisines, se rendaient coupables les 
Condottieri marocains amenés pour Ali Chandora, et dont 



(1) Obus citatum. 

(1) L'escale du Désert, ou escale des Ouladl AI-Hadj (Ida. Ou 
El-Hadj), puis escale des Trarzas, sise sur la rive droite, en face de 
Richard-Toll et Dikten. 

(2) L'escale du Coq, sise à la pointe de l'île à Podor, à 10 kilo- 
mètres en aval de Podor-ville et sur la rive gauche. 

(3) L'escale du Terrier-Rouge ou escale des Bsakna, sise à 50 kijo 
mètres en amont de Podor et sur la rive droite. 



< ' 



L EMIRAT DES TRARZAS 75 

souffraient surtout, sur le fleuve, les commerçants français, 
cessèrent pour un temps. 

Ali Chandora fut tué en 1727, au cours d'un combat avec 
l'Emir des Brakna, Si Mohammed Al-Hiba ould Normach, 
Il a été enterré un peu au-dessus de Boghé (Dibangou, en 
toucouleur), où l'on voit encore le lieu de son tombeau, près 
d'un petit bosquet. 

* 
* * 

Ali Chandora laissait deux fils : Amar et Cherqi. Ce fut 
l'aîné, Amar (7), qui lui succéda. La branche d'Amar devait 
régner sur les Trarza pendant tout le xviii 6 siècle jusqu'à 
ce qu'entre 1800 et 18 10, les petits-fils d'Amar fussent dépos- 
sédés par le petit-fils de Cherqi ; et depuis cette date, le pou- 
voir s'est perpétué dans la chambre cadette. 

Le long règne de trente ans d'AMAR ould Ali Chandora 
(1727-1757) fut agité par les perpétuelles dissensions intes- 
tines des Oulad Daman et des Oulad Ahmed ben Dâmân. 
Les principales luttes que rapporte l'opuscule de M'hammed 
ben Ahmed Ioura sont les suivantes : 

i° Luttes entre les deux fractions Oulad Ahmed ben 
Dâmân : Ahel Ag Mouttar et Ahel Abella. Les Ahel Abella 
étaient installés à leur campement classique d'Aguenni, oued 
dont le nom berbère était Agounnih et qui est aujourd'hui 
connue sous l'appellation hassanïa d'El-Khot. Ils y furent 
attaqués par traîtrise, par les Ahel Ag Mouttar et leur Emir 
Biram ould Mahmoud fut tué avec deux esclaves ; 

2° Luttes entre les Ahel Abella (Oulad Ahmed ben Dâ- 
mân) et les Ahel Attam (Oulad Dâmân). Quelques jeunes 
guerriers des Ahel Attam attaquèrent un campement Abella, 
à Tin Darmadiek El-Ogla, dans l'Iguidi oriental du Trarza, 
tuèrent plusieurs personnes, en blessèrent plusieurs autres, 
et mirent le reste en fuite. A la suite de ces incidents, les 
Ahel Abella évacuèrent le pays, descendirent vers le Sud et 



76 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

s'installèrent à Aguenni El-Khot. Les Ahel Attam, qui 
étaient restés dans le Nord, décampèrent à leur tour, à la fin 
de l'hivernage, après s'être remis de leurs blessures et avoir 
rassemblé toutes leurs forces. Se portant à marches for- 
cées sur les Ahel Abella, ils les surprirent un jour, au mo- 
ment de la forte chaleur, alors que tout le monde faisait la 
sieste. Le combat fut sanglant. Les guerriers Abella s'en- 
fuirent en toute hâte, abandonnant tentes, familles et biens. 
Ils perdaient, en outre, dix-sept des leurs. Les Ahel Attam 
chaussèrent les bottes des vaincus. Ils installèrent tente sur 
tente, et chacun d'eux hérita des femmes, des enfants et 
des troupeaux de la tente dont il occupait la place ; 

3° Luttes entre les Ahel Attam (Oulad Daman) et les 
Ahel Deïa, descendants d'Ahmed Deïa ould Haddi, frère 
d'Ali Chandora (Oulad Ahmed ben Daman). Ce fut encore 
une attaque à l' improviste dans le goût des Ahel Attam ; 
et les deux petits-fils d'Ahmed Deïa : Amar ben Ali et Ali 
ben Cherqi, petits -cousins de l'Emir Amar, restèrent sur le 
carreau ; 

4° Luttes entre les Ahel Attam (Oulad Dâmân) et les 
Ahel Cherqi, descendants de Cherqi fcen Haddi, frère d'Ali 
Chandora (Oulad Ahmed ben Dâmân). Ceux-ci avaient 
alors à leur tête M'hammed Cheïn ben Amar (l'ancêtre des 
Ahel M'hammed Cheïn actuels), guerrier fameux qui avait 
« préservé ses campements de toute agression ». Ils étaient 
installés à About, colline élevée et blanche, à une lieue de 
Tin Yeri, dite aujourd'hui Bojar, id est la tumeur,- signi- 
fication de l'un et l'autre mot. Les Ahel Cherqi avaient tué 
un guerrier attami : Abenna ben Ali Hassan. Outrés de ce 
meurtre injustifié, les Ahel Attam jurèrent une guerre sans 
merci à la fraction des Ahel Cherqi : ils les surprirent à 
About et les mirent en fuite. La poursuite s'organisa aus- 
sitôt. Elle dura du matin jusqu'au soir, et continua sans 
arrêt toute la nuit. M'hammed Cheïn, par sa vaillance, 
empêchait les assaillants d'arriver au convoi des blessés' et 



l'émirat des trarzas jj 

des femmes et protégeait la retraite. Au lever du soleil, 
« en apercevant les crinières des chevaux ennemis », les 
Ahel Cherqi comprirent que M'hammed Cheïn était mort, 
puisque l'ennemi arrivait, Othman ben Brahim Khalil (l'.an- 
cètre des Ahel Brahim Khalil actuels) prit le commande- 
ment. C'était avant cette heure, un homme obscur et peu ré- 
puté, car il ne pouvait même pas défendre ses biens contre 
les pillards, Il se conduisit en héros, ce jour-là, et sauva les 
siens, ce qui lui valut d'en être désormais le chef reconnu. 
On ne voit pas que l'Emir débonnaire, Amar ould Ali 
Chandora, ait pris quelque part à ces combats. Ce fut sans 
doute la raison pour laquelle il put jouir si longtemps en 
paix de son commandement. 

C'est sous son règne que vécut le grand homme des Oulad 
Diman, Mohammed Al-Yadali (Yadadji en zenaga). Il était 
né en 16S4-16S5 et mourut en 1752-1753. Ce fut un saint 
marabout, un thaumarturge abondant, un orateur fécond. 
Parmi ses nombreux ouvrages de droit, de théologie, d'exé- 
gèse, de biographie prophétique, poétique ou de prose, un 
d'eux faillit lui attirer de graves ennuis de la part de l'Emir 
des Brakna, Ahmed ben Hiba. 

Le griot-danseur de l'Emir, ancêtre des actuels Ahel 
Manou, avait composé un poème où il glorifiait son maître. 
Sous couleur de commentaire d'un de ses propres poèmes, 
Mohammed Al-Yadali fit une satire amère du poème du griot, 
reprenant les expressions de louange exagérée qu'il avait 
employées pour l'Emir en les appliquant lui-même au Pro- 
phète, « 

Quand il apprit ces faits, Ahmed Al-Hiba se fâcha et pro- 
féra des menaces à l'encontre du poète, Mohammed Al-Ya- 
dali, qui ne tenait pas à en attendre l'exécution, se hâta de 
venir trouver l'Emir. Celui-ci lui fit des reproches : « Com- 
« ment peux-tu démarquer le poème qui m'a été adressé? 
« Comment oses-tu en détourner le sens sur un autre que 
« moi? Tu as fait là quelque chose de grave. » Le marabout 



7% REVUE DU MONDE MUSULMAN 

répondit simplement : « J'ai transporté vos louanges vers 
« quelqu'un (Mohammed) qui est meilleur que moi et que 
« vous. » 

La colère de l'Emir tomba et il lui rit don d'un chameau, 
s'engageant à ce tribut en son nom et au nom de ses succes- 
seurs « jusqu'au jour du jugement dernier ». 

Au cours de ses voyages, Mohammed Al-Yadali se rendit 
un jour à Arguin (Agadir Douma), où il reçut le plus cor» 
dial accueil des chrétiens qui commandaient le poste. Arguin, 
dit M'hammed Youra, qui relate ces faits, était alors très 
florissante, à la fois riche et peuplée. Les chrétiens hono- 
rèrent convenablement les vertus du Cheikh et son pouvoir 
miraculeux qu'ils avaient remarqué. Leur chef fut tout à 
fait bienveillant à son égard, lui remit le papier de recom- 
mandation qu'il demandait, et l'accompagna, à son départ, 
un certain temps. 

Il mourut en 1752-1753 et fut enterré à In Taffokt (le 
puits du soleil) dans l'Iguidi. 

L'Emir Amar ould Mokhtar mourut en 1757, année où 
d'après la légende maure, dont Ibn Khalouna s'est fait l'écho, 
moururent au cours des luttes intestines des Trarzas, plu- 
sieurs centaines de guerriers. « Il y fut tué plus de per- 
« sonnes qu'il n'y a de jours dans l'année. » 

Le poète Oualid ben Khalouna fait le plus grand éloge de 
ses vertus : 

« C'était l'Imam du Sahara occidental, aussi bien des 
« Noirs du Chemama que des Arabes hassanes. 

« Jamais, en son temps, on ne vit un Musulman lésé. Sa 
« mort fut une perte pour tous les Musulmans. 

« Il domptait les Hassanes, servait les Marabouts, ce qui 
« lui a valu au Ciel la place la plus élevée. 

a II était l'Emir incontesté des Emirs, le secours des pau- 
« vres et des misérables... 

« Patient, protecteur de tous, porte -étendard, bienveillant 
« à tous. » 



l'émirat des trarzas 79 

En l'espace de vingt jours moururent, en même temps 
que l'Emir, deux autres princes trarzas, ses cousins : Haddi, 
ils de Siied, et Djiied, fils d'Al-Amdjed. 

a Tous deux Cheikhs de parfaite éducation, grands sei= 
a gneurs au cœur pur, d'une grande beauté physique. » 

Ce Djiied ben Al-Amdjed était un chef estimé des Beui 
Attam, Il a été enterré au grand cimetière du puits d'Ag- 
dernit, dans l'Iguido méridional, où l'on trouve un grand 
nombre de tombes de saints Oulad Diman et de princes 
trarzas, 

* 

* * 

Amak eut deux fils : Mokhtar et Ali Kouri. Ce fut 
l'aîné, Mokhtar (8) qui lui succéda en 1757. Son règne 
fut court, dit la tradition, ce <Jui concorde à ce que nous 
savons, d'autre part, par les documents historiques. Il mou- 
rut vers 1759. 

Il eut à combattre une révolte des derniers Oulad Rizg 
qui nomadisaient dans l'Iguidi, et s'étaient rapprochés, pour 
les besoins de la cause, des Oulad Bou Zekri, fraction des 
Oulad Ahmed (Brakna). 11 dompta les premiers et rap- 
procha leurs campements du fleuve. Quant aux Oulad Bou 
Zekri, il les refoula vers leurs frères du Ërakna. 

C'est à ce moment que les Oulad Dîman prennent défi- 
nitivement possession de l'Iguidi, où d'ailleurs ils venaient 
antérieurement. Ils y monopoliseront désormais la cueillette 
de la gomme et son transport aux escales. 

La tradition rapporte que le Sultan du Maroc, Mohammed 
ben Abdallah ben Moulay Ismaïl lui donna un tambour 
d'airain. Par la suite, au cours d'une razzia des Ahel Attam 
sur les campements Oulad Ahmed ben Daman, à Banba, 
dans l'Iguidi, 'les pillards découvrirent le tambour et le 
jetèrent à terre pour le briser. « Sa chute provoqua une tré= 
« pidation extraordinaire qui mit en fuite les chameaux qui 



80 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

<r buvaient à Bou Treïfïa, et Ton sait que Bou Treïfïa est 
« à deux petites journées de Bamba ». 

Au Koubi (9), c'est-à-dire Ali le Noir, venait de rem- 
placer son frère en 1760, quand les Anglais qui avaient 
occupé le Sénégal à la faveur du désintéressement colonial 
dont la royauté française fit preuve, lors de la guerre de 
Sept ans, signèrent avec lui un traité de commerce qui le 
liait à leurs intérêts. On trouvera dans Golberry, le détail 
amusant des coutumes que le prince trarza et ses cousins et 
serviteurs se faisaient verser chaque année, et des difEas 
qu'on devait leur servir à leurs voyages à Saint-Louis, y 
compris les galons de vin (ou plus probablement de gin, 
« vin » semblant une erreur de transcription) dont leur éclec- 
tisme ne spécifiait pas la qualité. 

L'Emir intervenait efficacement dans les querelles intes- 
tines des Ouolofs. La tradition, rapportée par Yoro Diao, fait 
connaître que le damel du Cayor, Maïssa Bigué, fut battu 
par le Bourba du Diolof, Biram Yamb, et dut se réfugier 
dans le Oualo (1759). Pendant un an, le Cayor redevint tri- 
butaire du Diolof. En 1760, le damel ayant reçu du brak 
du Oualo et de l'Emir des Trarza, des secours considéra- 
bles, envahit le Cayor, battit l'armée du Diolof et tua le 
Bourba à Mbal. 

De 1760 à 1779, les Anglais restent pratiquement les maî- 
tres du Sénégal ; ils en profitèrent pour installer le monopole 
de la traite sur le fleuve, supprimant les ports maritimes 
d'Arguin et des deux Portendik. Les Trarza sont contraints, 
moitié de bon gré, moitié dans l'impossibilité de faire autre- 
ment, de porter leur gomme au a Désert », leur escale offi- 
cielle. Cette législation dura jusqu'au jour où les Anglais 
furent expulsés du Sénégal. 

C'est par l'intervention de deux Pères du Saint-Esprit, 
MM. de Glicourt et Bertout, et sur les renseignements qu'ils 
fournirent, que l'escadre de Vaudreil put s'emparer du Sé- 
négal. Ces deux prêtres, en effet, se rendant à la Guyane 



l'émirat des trarzas Sî 

en 177S, avaient fait naufrage au Cap-Blanc. Faits prison- 
niers par les Trarzas, ils furent conduits à Saint-Louis, et 
rachetés par les notables. Leur zèle religieux les fit expulser 
par les Anglais qui les avaient d'abord retenus, et c'est à 
leur retour en France qu'ils fournirent au Ministre de la 
Marine tous les renseignements utiles sur la situation de la 
colonie, et la possibilité d'un coup de main. 

Par le traité de Versailles du 3 septembre 1783, les Anglais 
reconnaissent à la France la souveraineté exclusive de la 
Côte atlantique, du Cap-Blanc à F embouchure du Saloum. 
C'est donc de cette date que comptent nos droits diplomati- 
ques sur la Mauritanie et le Sénégal, mais ils se réservaient 
toutefois le droit de commercer, de l'embouchure de la ri- 
vière Saint- Jean à la baie de Portendik. Ce droit auquel ils 
ne devaient renoncer qu'en 1857, en échange du comptoir 
d'Albréda, sur la Gambie, a apporté une gêne considérable 
au commerce sénégalais de la première moitié du xix 8 siècle, 
en l'empêchant de monopoliser et réglementer sur le fleuve 
la traite des gommes, ce que les Anglais avaient pu faire 
pendant les vingt ans de leur occupation. 

Les Anglais, au dire de Golberry, paraissent avoir eu une 
politique indigène très active, ne le cédant en rien à l'habi- 
leté diplomatique de Y « Intelligence Office » des Indes. Ils 
se mêlent très intimement aux intrigues des chefs maures, 
et jouent un rôle de bascule très adroit sur les divisions et 
les jalousies des Brakna Ida Ou Al Hadj (Darmankour) et 
Trarzas (1). 

Ces sages prescriptions ne purent pas toujours être sui- 
vies par les Français, qui sont contraints, pour faire concur- 
rence aux Anglais, d'envo3^er, à partir de 1783, des vais- 
seaux sur la côte et qui, par conséquent, gênent leur pro- 
pre commerce sur le fleuve et se mettent à la merci des 
Trarzas. Pendant quelques années, le cours de la gomme eu 



(1) GOLBERRY : Fragments d'un Voyage en Afrique. 

XXX VI 



82 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

fut troublé, et le commerce considérablement gêné. Toute- 
fois, l'habitude des escales, la régularité des transactions 
qu'on y opérait, et l'activité du directeur de la nouvelle 
compagnie à monopole, Durand, ne tardèrent pas à faire tom- 
ber, cette fois-ci définitivement, le commerce maritime de 
la gomme. 

On inaugura alors une nouvelle ère de traités avec les 
émirs et tribus trarzas. 6 

Dès le 26 août 1782, au lendemain de son arrivée, le N pre- 
mier gouverneur, Dumontee de Ceergëau, « général ordon- 
nateur », signe avec plusieurs marchands de bœufs trarzas, 
une convention qui a but d'assurer la fourniture régu- 
lière de la viande à la ville et à la garnison de Saint-Louis. 

De 2 mai 1785, Durand, « ancien consul du Èfoi, pen- 
ce sionnaire de S..., Directeur général de la Compagnie, ayant 
« le privilège exclusif pour la traite de la gomme dans la 
« rivière du Sénégal et ses dépendances », signe avec les 
Cheikhs darmankour (Ida Ou Al-Hadj) : Chems, Moham- 
medou, Moham Bouna,' Bibilou et Zein, tous représentés 
par Bibilou, un traité de commerce et de paix. Des Ida Ou 
Al-Hadj reconnaissant le monopole de la traite de la gomme 
accordée à la Compagnie et donnent l'assurance de travail- 
ler à la sécurité du commerce et au maintien des bonnes 
relations. Un nouveau tarif des coutumes est institué. 

De 20 juillet 1785, un traité complet est signé, « sous les 
« auspices et la protection immédiate du comte de Repen- 
« tigny, lieutenant de vaisseau, Gouverneur du Sénégal et 
« Dépendances entre Aly Koury, roi des Trarzas, sur les 
« Côtes occidentales d'Afrique, et Durand » précité. 

La Compagnie annonce ses projets d'établissement de 
comptoirs dans le pays. D'Emir s'engage à faciliter le com- 
merce en général et la traite de la gomme en particulier. 
Il promet de donner « en toute propriété et pour toujours », 
les terrains nécessaires à l'établissement de ces comptoirs. 
Il jure de veiller à leur sécurité. Suit une liste extravagante 



l/émirat des trarzas 83 

de coutumes dues à l'émir, à ses femmes, a ses vizirs, aux 
maîtres de langue, aux Oulad Sassi, aux Oulad Anam 
(Attam), aux Oulad Abella, aux Oulad Ag Mottar, aux 
Oulad Guennoun (Zennoun), aux Oulad Khas-Kilik (?), aux 
Oulad Ben Daman, etc.; et en outre, une liste de présents 
destinés à une centaine de personnalités trarzas. Il n'était 
guerrier Oulad Ahmed ben Daman qui n'eût sa coudée de 
guinée et sa bouteille de mélasse. Durand, qui constatait la 
faiblesse du pouvoir de l'Emir, espérait sans doute de meil- 
leurs résultats de cette politique personnelle avec chaque 
chef de tente. 

Les débuts s'annoncèrent bien. Malheureusement, l'ère 
des grandes guerres européennes commençait avec la Révolu- 
tion, et le trafic maritime entre les colonies et la France se 
trouva presque toujours suspendu, jusqu'en 1809 ; époque 
où le Sénégal tomba à nouveau dans les mains des Anglais. 

C'est sous le règne d'Ali Kouri que s'effectua la scission 
définitive entre Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Daman, 
reproduction, sans doute, des faits qui, trois siècles plus tôt, 
à l'aurore de leur histoire, avaient séparé les Trarzas Brakna 
et Khouaouat, c'est-à-dire les campements des trois frères 
Terrouz, Barkani et Khouaou. 

Voici quels en furent les causes et premiers incidents, 
d'après M'hammed Youra. 

Aux oglat de Daman, à l'est d'Akjoujt, dans l'Ametlich, 
sur la route du Trarza à l'Adrar, campait à ce moment-là 
(1775 environ), la fraction Oulad Ahmed Serïer (les actuels 
Oulad Beniouk et Oulad Agchar), guerriers à la suite des 
Oulad Ahmed ben Daman (1). Cette région se prête facile- 
ment aux cultures lors des années pluvieuses, et de nos jours 



(I) Les autres sous-fractions des Oulad Ahmed Serïer à savoir les 
Oulad Abd En-Nebi et les Rereïjat ont à peu près disparu. Il ne 
reste qu'un campement repenti d'Oulad Abd En-Nebi, chez les Tela- 
bine. 



84 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

encore, ou y fait du bechna. Un parti des Ahel Attam vint 
y razzier les bœufs des Oulad Ahmed. Les Oulad Ahmed 
ben Daman se lancèrent à la poursuite des pillards, et les 
rejoignirent à Tin Yedder. L'un d'eux, Mohammed ben Ali 
Maoutah, d'origine Oulad Reguieg, établi dans le campe- 
ment des Ahel Heddi ben Ahmed ben Daman, et qui por- 
tait le surnom de Pacha Hengar, c'est-à-dire « celui qui 
frappe le sommet de la tête » fit feu sur Ahmed ben Moham- 
med Djeniar, et l'atteignit à la tête, près de Tune de ces 
veines dont la rupture entraîne la mort. Or, très peu de sang 
coula. On crut qu'il en réchapperait ; et cet incident mit fin 
aux hostilités. Les Oulad Ahmed ben Daman payèrent même 
le prix du sang, d'après M'hammed Ioura. 

Chacun se sépara. Les Oulad Ahmed ben Daman, qui 
avaient déjà l'habitude de nomadiser à l'ouest, partirent à 
la recherche des pâturages, accompagnés des Ahel Abella, 
qui vivaient ordinairement avec eux. Les autres Oulad Da- 
man, à savoir Béni Attam, Béni Sassi, Oulad Zennoun, et 
Ahel Agmottar, restèrent sur place, dans l'est. Or, les Oulad 
Ahmed ben Daman étant campés à Toueïla, au sud de l'In- 
chiri, et les Oulad Daman à In Tefachit, dans l'Ametlich, 
puits abondant auprès duquel se trouve un grand cimetière 
où l'on remarque la tombe du saint Ahmed Fal ben Moham- 
med Fal, des Id Eïqoub, et le mausolée des deux femmes 
des Oulad Daoud qui firent le pèlerinage de La Mecque sur 
un pilon. Mais il arriva que la blessure d'Ahmed Djemar 
s'aggrava tout à coup. Sa tête enfla, et il fut bientôt à T ar- 
ticle de la mort. 

Le chef des Oulad Daman, M'hammed ben Siyed, vint 
trouver les hommes de la tribu qui se distrayaient dans les 
environs du campement et leur cria : « Vous êtes au jeu, 
« alors qu'Ahmed va mourir! » Ils se levèrent aussitôt, et 
se mettant sans tarder en route, fondirent ce soir-là même, 
à une heure avancée de la nuit, sur les campements de 



l'émirat des trarzas * 85 

Toueïk. La surprise réussit parfaitement. Ils tuèrent tou- 
tes les notabilités, Ahmed ben Daman : leur chef d'abord ; 
Ali ben Sid Al-Mokhtar ben Haddi ; son fils, puis Mokhtar 
ben Djarmoun, Ali ben Mokhtar ben Ali Chandcra, et 
trois autres princes. 

Ils revinrent, le lendemain, à leurs tentes, en clamant : 
« Nous en avons tué plus que jamais l'ange de la mort n'en 
« faucha en un jour. ï> 

L'Emir Ali Kouri était alors campé dans le sud chez les 
Oulad Mohammed Sérier. Il ne se doutait de rien quand il 
vit arriver son vizir (1) Abd Al-Ouahhab, monté sur le 
méhari de course de l'Emir, hongre et blanc, mais noir de 
sueur, tant la marche avait été rapide. L'Emir interrogea 
aussitôt : « Ali ben Sid Al-Mokhtar est-il en vie? » — 
« Non », répondit le vizir. 

« Pensez- vous que je vous amènerais votre Azouzel, si 
« l'affaire n'était d'importance? » 

Dès que l'affaire lui eut été rapportée, Ali Kouri alla 
trouver le Cheikh Ndéri Serïer, chef de la fraction noire des 
Ahel Omar Fal, de Tigounaten, et marabout fertile en se- 
crets magiques et conjurations merveilleuses. Il lui demanda 
un talisman susceptible de retenir sur place les Ahel Attam 
et leurs cousins, et à cet effet, lui versa des têtes de bétail et 
lui fit don de terrains de labour. Ce prédécesseur de Ma al- 
Aïnin et de Saad Bouh dressa son sortilège et déclara : 
« Quand la vertu du talisman les atteindra, ils seront immo- 
« bilisés, et tu les atteindras. » 



(1) Il est appelé le « torjman » eu V « Imalaz », c'est-à-dire « l'in- 
terprète )) parce qu'il connaissait le français et 1* anglais et servait d in- 
termédiaire à Ali Kouri dans ses relations avec les Européens. Ses des- 
cendants forment le campement des Ahel AhdAl-Ouahhab, vivant avec 
les Ahel Mohammed Ai-Habib. On les appela Terajem (en bassanïa 
Imalzen) parce qu'ils continuent par tradition à faire apprendre le 
français à leurs enfant?. Ils sont d'origine Sbaï, fraction Demouisset. 



86 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Or, à ce moment, les campements visés, ayant enseveli 
dans le cimetière d'In Tefachit Ahmed Djemar, décédé des 
suites de sa blessure, se hâtaient de fuir vers l'Est, vers le 
Tagant, où dans des cas pareils, ils trouvaient asile chez 
leurs amis Ida Ou Aïch. Ils arrivaient à Daman quand la 
vertu du talisman les atteignit. Dès cette heure, ils furent 
enchantés, et partant le matin, marchant toute la journée, 
se retrouvaient, tel l'âne qui tourne autour de sa meule, lé 
soir à Dâmân. 

Sans parler à ses gens de cette malencontreuse affaire, 
l'Emir, suivi de son vizir, avait sauté à chameau et s'était 
mis aussitôt en route, à travers l'Aftout Occidental. Le vizir 
lui ayant fait remarquer : « Tu ne dis rien à personne, et 
« tu ne te fais pas accompagner par aucun auxiliaire? », 
Ali Kouri répondit : « Nous suivront ceux qui nous aiment. » 
Leur première étape fut faite au milieu de la journée dans 
un lieu affreusement désert, et se passa dans la tristesse. 
Au moment de remonter à chameau, le vizir qui inspectait 
l'horizon, aperçut de toutes parts les étendards qui flottaient 
et les armes qui brillaient. C'étaient les gens de l'Emir qui 
rejoignaient. La mehalla marcha sans retard sur les Ahel 
Attam. 

Or, ceux-ci voyant qu'une force miraculeuse les mainte- 
nait sur place, se préparèrent résolument à la défense. Ils 
creusèrent un grand fossé quadrangulaire, le garnirent d'une 
fortification de campagne en pierres et branches, infranchis- 
sable, à leur sens, à l'ennemi, et installèrent au centre de 
cette forteresse leurs familles et leurs biens. Dans l'attente 
de la mehalla de l'Emir, ils jurèrent, avec des imprécations 
terribles, de rester coûte que coûte sur place, de s'abstenir 
de toute fuite et de lutter jusqu'à la mort. 

L'Emir, qui arrivait à marches forcées, atteignit le réduit 
des Ahel Settam à la fin de la matinée. Au milieu des caval- 
cades des chevaux et des batteries des tambours, Sid Ahmed 
ben M'hammed Babana apparut. C'était l'un des plus braves 



l'émirat des trarzas 87 

et des meilleurs cavaliers des Oulad Ahmed ben Daman. Il 
leur cria : « O Ahmed ben Daman, vous et tous ceux qui 
« sont avec vous, par Dieu! il n'y a pas ici de cheval plus 
a blanc que le mien, d'homme plus vigoureux et plus grand 
« que moi, de vêtements plus majestueusement flottants que 
les miens. Faites ce que je ferai. Vous guérirez votre mal 
« et taillerez en pièces vos ennemis. » Ils répondirent d'un 
seul cri : « Nous ne resterons pas en arrière, notre maître, 
a Tu ne feras rien que nous ne fassions. Nous te suivrons 
a avec ténacité et discipline. » Il lança alors son cheval par- 
dessus le fossé, mais avant d'être sur l'autre bout, mon- 
ture et cavalier roulaient à terre, percés de balles. Ses gens 
avaient suivi, et dans un combat sanglant, entrèrent dans 
le réduit. Les Oulad Daman et leurs alliés perdirent un 
grand nombre de leurs soldats. Quant aux Ahel Attam ej: 
à leurs amis, ils furent presque anéantis.. 

Les débris de leurs contingents se retirèrent lentement, 
ce soir-là même, avec leurs familles et une faible partie de 
leurs biens. Ils campèrent à Lemdanna. 

Les Oulad Ahmed ben Daman restèrent à Dâniân, pan- 
sant leurs blessures et ensevelissant leurs morts. Au mafiin, 
ils se lancèrent à la poursuite des fugitifs, mais ceux-ci 
avaient déjà décampé et ne tardaient pas à atteindre leurs 
alliés Ida Ou Aïch, qui leur donnaient un refuge sûr. 7 

A la suite de ces événements, un poète attami a chante 
dans la langue des guerriers : 

« O lieu du combat, ne fais plus de mal, à cause des luttes 
« que tu nous a vus accomplir, 

« Nous avons abattu les Arabes de Ganar (Maures) et leur 
« zenaga; mais nous avons tous péri sur toi. » 

Un autre a dit encore, pour justifier la retraite des Ahel 
Attam : 

« On ne saurait imputer à honte la fuite des jeunes guer- 
« riers., 

« Quand, de par ailleurs, leur bravoure est bien établie. » 



SB REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ce récit est peut-être un peu long, mais il permet de saisir 
sur le vif la genèse de ces luttes fratricides et inextinguibles, 
qui ont ravagé la Mauritanie jusqu'à nos jours. Le point de 
départ est toujours un fait simple ; mais les suites se com- 
pliquent aussitôt d'incidents embrouillés, enchevêtrés, in- 
vraisemblables, et tout à fait étrangers à la cause. De vieilles 
haines classiques ou des alliances traditionnelles de familles, 
de fractions ou de tribus, viennent aussitôt aggraver les 
événements. Le principe de la responsabilité collective, non 
moins bien établi que celui de la responsabilité individuelle, 
entraîne des représailles sur des frères de tribu, tout à fait 
innocents, et quelquefois ignorants de ce qui s'est passé. 
Les razzias et les meurtres se succèdent au hasard. A ce 
point, la lutte est ouverte entre les tribus, et l'état de guerre 
devient la situation permanente de leurs relations. La paix 
n'est plus qu'un fait exceptionnel. 

Plus spécialement, ce récit de M'hammed Youra justifie 
la tradition maure qui fait du meurtre d'Ahmed Djemar, la 
cause première des luttes qui, depuis cent cinquante ans, ont 
clécimé Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Daman. 

Pour assurer sa domination, Ali Kouri avait, d'autre part, 
à soutenir des guerres contre les Brakna et les Ida Ou Aïch. 
Les Oulad Ahmed ben Daman et quelques autres tentes 
trarza étaient campés à In Temadhi. Ce nom était dérivé du 
berbère In dag Temadhi, c'est-à-dire le puits des Dad Te- 
madhi qui sont une sous-fraction Oulad Dîman, disséminée 
parmi les autres et dont aujourd'hui ne subsistent que quel- 
ques tentes. Il signifie : « Aux cent », sans autre spécifi- 
cation. Le poète Mohammed Tolba, des « Id Eïqoub », décrî» 
vant un pigeon ramier, dit : « Lorsque j'entendais son 
« chant, je me figurais reconnaître la voix des colombes qui 
« chantent dans le feuillage à In Temadhi ». Les Brakna 
les y surprirent et pillèrent. Un combat violent s'engagea, 
à l'issue duquel les Trarzas durent prendre la fuite vers 
l'Ouest. Après une course éperdue, ils arrivèrent à Khroufa, 



l'émirat des trarzas Sq 

célèbre alors par un grand arganier. Rejoints en ce point 
par Homeïda ben Ali ben Cherqi ben Ahmed Deïa ben Haddi, 
fils d'Ahmed ben Daman, et par un petit parti de guerriers, 
ils firent face à l'ennemi. Le sort changea. Les Trarzas repri- 
rent le dessus et poursuivirent à leur tour les Brakna qui se 
hâtèrent de tourner bride vers l'Est. La tradition rapporte 
qu'au puits de Djefaïf, les fugitifs rencontrèrent un campe- 
ment de Tolba, qui abreuvaient leurs bœufs. Un des guer- 
riers brakna, fatigué de cette course éperdue, sauta sur une 
vache pour continuer sa route, mais celle-ci fit un bond et 
jeta à terre l'homme qui tomba malencontreusement, mon- 
trant que sous sa chemise il n'avait pas de culotte, ce qui 
fit rire tout le monde. 

Plus tard, les Ida Ou Aïch vinrent attaquer les campe- 
ments des Ahel M'hammed Cheïn, installés à In Zamaddi, 
nom dérivé du berbère In Zamaden. " Zamaden signifie : 
« boucher, fermer », et ce lieu a été dénommé ainsi, parce 
que de fortes dunes coupent les cuvettes et dépressions qui 
se forment dans le lit de l'Ajer, ou vallée inférieure et étran- 
glée du Faye, et interceptent l'écoulement des eaux. Dans 
ce combat d'In Zamaddi, de l'Ajer, périrent Sid Ahmed ould 
M'hammed Cheïn et ses deux fils et avec ces chefs, un grand 
nombre d'Oulad Ahmed ben Daman. 

Ali Kouri prenait une part active aux affaires intérieures 
du Oualo, et louait ses bandes aux chefs noirs qui vou- 
laient les utiliser pour leurs ambitions personnelles. Sau- 
gnier raconte que le brak, dont il traversa les Etats en fin 
1785, avait fait assassiner son prédécesseur, dont il était le 
ministre, par les Maures d'Ali Kouri. « Ce fut sous les 
« spécieux prétextes du bien public qu'il s'empara du trône; 
a mais il paya sa perfidie par sa mort, car ayant eu quelque 
« différend avec Ali Kouri, celui-ci le fit étrangler quelques 
« mois plus tard. » 

Les Hassanes étaient de piètres Musulmans. Ils justi- 
fiaient toujours la parole de l'Imam Malik que Nacer ad-Din 



9° REVUE DU MONDE MUSULMAN 

aimait à leur appliquer : « La guerre sainte dirigée contre les 
« Arabes, coupeurs de route, m'est plus agréable que celle di- 
« rigée contre les Chrétiens » .On a vu qu'ils avaient été maiir 
tes fois excommuniés par les Zouaïa qui les mettaient au rany 
des infidèles ; «mon à un rang inférieur. Aussi allaient-ils êtrr 
pourchassés et battus par les Noirs de Fouta-Toro, alors 
dans toute la ferveur de leur islamisation récente. 

En 1776, en effet, la dynastie nationale des Tenguella, 
qui depuis trois siècles régnait sur le Fouta Sénégalais, dis- 
paraît au milieu des prédications des Marabouts et des 
guerres étrangères ou intestines que leur influence suscite. 
La royauté du Fouta devenait élective, et c'est le Mara- 
bout Abd El-Qader qui inaugure la période de l'Imamat qui 
ne devait prendre fin qu'en 188 1 avec l'occupation française. 

L'Imam Abd El-Qader, qui paraît avoir été un grand 
souverain, lança ses bandes fanatisées sur les Maures, tant 
pour donner un aliment au zèle religieux de ces nouveaux 
convertis que pour venger les nombreuses agressions dont 
les Hassanes s'étaient rendus coupables vis-à-vis des Noirs. 
Les différentes tribus guerrières : Brakna, Oulad Nac&r, 
qui bordent le Chemama, toujours occupé par les Toueou- 
leurs, furent vaincues et domptées. Cette lutte continua par 
les hostilités contre les Trarza. 

L'iman Abd El-Qader somma l'Emir Ali Kouri de se 
soumettre (i). Il lui écrivit : « De moi, le prince des croyants, 
« Abd El-Qader le Foutanké, au roi des Trarzas, Ali Kouri, 
« le but de cette lettre est de te faire savoir que l'Islam est 
« ce qu'il y a de plus élevé, que rien ne s'élève au-dessus 
« de lui, et q#il a démoli ce qui était avant lui en fait 4'in- 
« crédulité. Je t'envoie ma présente lettre pour que tu nous 
« fasses parvenir cinq bons chevaux tout sellés, afi» .que 



(1) (( Chronique du Fouta Sénégalais », par DelA^OSSE et GaDEN, 
in Collection de la Revue du Manie Musulman., 



L EMIRAT DES TRARZAS 91 

« cela nous aide dans la guerre sainte que nous sommes 
s sur le point d'entreprendre. 

« Le salut pour celui qui suit la voie droite, et le châti- 
a ment douloureux pour celui qui est dans l'erreur et tourne 
« le dos à. la vérité. Le salut soit sur nous et sur les saints 
« serviteurs de Dieu. » 

L'Emir Ali Kouri, furieux, déchira la lettre et la guerre 
commença aussitôt. Les troupes toucouleures, conduites par 
le marabout Tafsir Amadou Hammad, lieutenant de l'Al- 
mamy, et soutenues par les contingents Brakna que dirigeait 
leur Emir en personne, Hamed Mokhtar, entrèrent dans le 
pays trarza et attaquèrent les bandes de l'Emir. Celui-ci, qui 
se trouvait alors à Saint-Louis, revint précipitamment, sans 
avoir pu obtenir de secours des Français. Il engagea la ba- 
taille à Taouani, dans le Chemama même, en face de Da- 
gana (1786). Il y fut tué et un grand nombre de tentes 
tomba dans les mains de l'armée noire. Les débris des 
bandes trarza se réfugièrent en toute hâte chez le damel du 
Cayor, où peu après l'Almamy Abd El-Qader vint en per- 
sonne les y pourchasser. 

Les Maures se vengèrent, par la suite, de leurs défaites, 
en faisant massacrer quelques notables foutanké qu'ils sur- 
prirent, et l'Almamy dut leur interdire rigoureusement l'ac- 
cès du fleuve. Cette politique d'isolement et de refoule- 
ment eut un parfait succès : ils durent, non point à propre- 
ment parler, se soumettre, mais cesser leurs déprédations et 
verser chaque année à l'Imam du Fouta, une contribution 
de chevaux et d'objets ouvragés, produits des artisans 
maures. 



* * 

Saugnier, qui fut captif dans les tribus de la côte en 
"784 et fit plusieurs voyages de négoce sur le fleuve en 
1785, donne des détails intéressants sur les mœurs des 



92 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Maures, soit Zouaïa, qu'il appelle « Monjearts », soit Has- 
sanes, qu'il appelle « Monsellemines » (Musulmans) et par 
leurs relations, commerciales ou autres, avec les Chrétiens. 
On y trouve, à la fin du xviii 6 siècle, des coutumes et une 
mentalité qui ressemblent, d'une façon saisissante, à ce 
qu'on peut constater aujourd'hui chez les tribus maures, 
chez les Hassanes, notamment. 

Sur le faible degré d'islamisation des guerriers d'abord. 
« Quelle que soit leur manière de penser, ils n'ont que 
« l'apparence et le nom de Mahométans », et l'auteur ajoute 
qu'en fait de croyances religieuses, c'est surtout « les prin- 
« cipes de la loi naturelle qu'on remarque dans leurs cou- 
« tûmes, elle est empreinte dans presque toutes les actions. » 

Sur leur observation des prescriptions coraniques. — « Si 
« ce sont des Maures (avec lesquels on traite) , on leur donne 
« à discrétion de l'eau et du sucre ; quelquefois aussi de 
« l'eau-de-vie. Quoique Mahométans, ils en boivent, surtout 
« les princes (c'est-à-dire les Hassanes). » L'on sait, d'au- 
tre part, par Golberry que parmi les denrées alimentaires 
prévues pour la diffa d'Ali Kouri et de ses cousins Sidi Al- 
Mokhtar et Bou Bakar Ciré, lors de leur visite à Saint- 
Louis, figuraient pour chacun de ces princes, deux galons 
de vin ou de gin. Cet éclectisme fait honneur aux Trarzas. 

Sur la cupidité de ces Sahariens besoigneux et faméli- 
ques, que sont tous les Maures : « L'argent est leur pre- 
« mière idole... L'argent l'emporte sur la religion. Qu'un 
« chrétien ait la curiosité d'entrer dans la mosquée, ou 
« soit surpris avec une femme de la nation » ou « se dé- 
« fende contre son maître » , pour tous ces délits, si graves 
« en droit pénal musulman; « l'argent est son sauveur. » 
Et ailleurs : « L'argent espéré pour la rançon le met à 
« l'abri : c'est la pierre de touche à toutes les épreuves. » 
Les relations générales avec les Chrétiens n'étaient pas 
mauvaises. Il est vrai que les Cheikhs maures prétendaient 
que lorsqu'un navire faisait naufrage sur leurs côtes mari- 



> L'ÉMIRAT DES TRARZAS 93 

tiuies ou sur leur rive du Sénégal, la cargaison leur appar- 
tenait, « de par la volonté divine qui leur envoyait ce ca- 
deau », mais les intéressés se défendaient vivement et "le 
litige finissait ordinairement par une honnête transaction. 
De même, les Européens tombés en esclavage n'étaient pas 
maltraités. On les emmenait soit vers Je Sénégal, soit vers 
le Maroc, pour les y échanger aussitôt. C'est ce qui arriva 
à Saugnier, qu'on conduisit d'abord vers Saint-Louis, mais 
la guerre qui existait alors « entre les princes de ces can- 
o tons, les empêcha d'exécuter leurs desseins ». On l'ex- 
pédia alors au Maroc. 

« Lorsque le maître d'une tente a un esclave chrétien, ce 
« qui n'arrive que lorsqu'il y a des naufrages, cet esclave 
* passe avant le Nègre, quoique ce dernier soit mahométan. 
« On le nourrit à part, et sa nourriture est prise sur la 
' générale ; et s'il en reste, ce qui ne peut arriver qu'aux 
« jours de cérémonies, les femmes, ni même les esclaves 
« négresses n'y touchent point ; elles portent le scrupule 
« jusqu'à ne point se servir de tout ce qui a touché la nour- 
« riture du chrétien. 

« Si le chrétien est un enfant, il est traité comme les en- 
ce fants même de la nation. On ne l'occupe à rien, il fait à 
« sa volonté ; et le Maure qui aurait la témérité de le bat-' 
« tre, courrait risque de la vie. Nos mousses n'eurent point 
« à souffrir de leur esclavage. Jamais on ne leur comman- 
« dait rien; ils faisaient ce qu'ils voulaient, et quand les 
« hordes se mettaient en route, les femmes avaient le plus 
« grand soin de les faire monter sur les chameaux, crainte 
« de les fatiguer » (i). 

Ces bons traitements, d'ailleurs, ne s'adressaient qu'aux 
Français et aux Anglais. Les Espagnols, au contraire, 
étaient impitoyablement massacrés, car les razzias et expé- 



(1) SAUGNIER. Voyage à la Côte d' Afrique. Paris, 1791 



94 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ditions, qu'ils lançaient des îles Canaries, avaient soulevé 
contre eux une haine implacable. 

Ali Koufi laissait en mourant, un enfant en bas âge : 
M'hammed ould Ali, qu'on verra apparaître plus tard. La 
dignité émirale revint au fils de Mokhtar : Alaït (io) et 
peu après, son frère Amar (ii) ould Koumba, ainsi appelé 
du nom de sa mère. On n'a que peu de détails sur le règne 
de ces deux princes qui paraissent être morts entre 1790 
et 1800. On sait seulement qu'Alaït fut enterré à Tirtillas, 
sur le champ de bataille, qui, un siècle et demi auparavant, 
avait vu la défaite des Zouaïa et la mort de leur premier 
Imam Nacer ad Din. 

Quant à Amar Koumba, un document des archives du 
Gouvernement général de l'Afrique occidentale française, 
en date du 14 ventôse, an VII, signé de Blanchot, comman- 
dant, et des principaux notables du Sénégal, relate que les 
envoyés de ce « chef de la tribu des Maures Trarzas », ont 
été reçus en la maison du Gouvernement à Saint-Louis et 
ont fait connaître que « Hamet Mokhtar, chef des Maures 
« Brakna, se préparait à faire la guerre au Sénégal, qu'il 
« avait député son fils Agris (Aghrichi) à Amar Koumba 
« pour lui communiquer sa résolution et le presser de se join- 
« dre à lui, mais que Amar s'était refusé à ses sollicita- 
« tions, et avait répondu qu'il voulait toujours entretenir 
« la bonne intelligence et l'amitié qui existait entre lui et 
« Jes Français ; que, d'après ce refus formel, Mokhtar avait 
« rompu toute liaison avec les Trarza et paraissait se dis- 
« poser à marcher contre eux, ainsi que contre le Sénégal ». 
Un « présent extraordinaire » fut fait à l'Emir, « en recon- 
« naissance de cet avis amical ». 

Amar Koumba eut pour successeur son cousin, le jeune 
fils d'Ali Kouri, M'hammed ould Ali. Son jeune âge 



l'émirat des trarzas 95 

ne lui permettant pas d'exercer ces fonctions, ce fut le chef 
de la brandie cadette, Amar ould Mokhtar ould Cherqi ould 
Ali Chandora (i), qui prit en main la régence. 

Amar prit goût au pouvoir, et quelques années plus tard 
(vers 1805), refusa de le restituer à l'héritier légitime, de- 
venu majeur. Celui-ci entreprit de le reconquérir, et ce fut 
le signal des luttes qui devaient durer vingt ans (de 1805 
environ à 1827) et qui se terminèrent en 1827, par la mort de 
M'hammed ben Ali Kouri, la reconnaissance d'Amar comme 
Emir du Trarza et le transfert définitif du pouvoir dans la 
branche cadette des enfants d'Ali Chandora. 

Voici en quels termes Mollien raconte ces luttes intestines 
et cette substitution de dynastie. Mollien appelle d'ailleurs 
M'hammed ben Ali Kouri, Sidi Ali. C'est ainsi, sans doute, 
qu'il l'entendait de la bouche des Maures qui donnent sou- 
vent au fils le nom du père, en le faisant simplement précé- 
der de « oui » (pour ould) « fils » et ce « oui » disparaît 
facilement dans la conversation (1). 

« Les victoires qu'Achmet Moctar, prince des Trarsas, de- 
« vait à son entourage, le soin avec lequel il avait admi- 
« nistré les affaires des Maures, lui avaient attiré au plus 
« haut degré l'affection du peuple. Il résolut de tirer avan- 
« tage de ces dispositions. Chez les Maures, la royauté est 
« quelquefois mise à l'encan. Achmet sut employer avec 
« adresse les coutumes ou présents qu'il recevait des Euro- 
ce péens, pour se faire des partisans ; bientôt leur nombre 
« devint formidable ; par leur moyen, il s'empara du pou- 
ce voir suprême, au préjudice de son neveu. 

« Cependant, Sidi Ali qui connaissait ses droits, n'at- 
« tendait que l'occasion de les faire valoir. Il avait près de 
« trente ans, qu'elle ne s'était pas encore offerte. Enfin, il 



(1) Cf. le tableau généalogique. 

(1) G. MOLLIEN, Voyage dans l'intérieur de î'Ajrique et aux sour- 
ces du Sénégal. Paris, 1820. 



96 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

« résolut de les revendiquer. Il remonta jusqu'à Galam, 
c< pour chercher des secours. Le petit nombre de guerriers 
« attachés à son infortune, et qui l'avaient suivi, s'accrut 
« de quelques princes mécontents ; il forma un parti. 
« Achmet, qui ne négligeait aucun moyen de se mainte- 
« nir, s'était attiré d'une manière plus particulière encore 
« la faveur de sa tribu, en se faisant nommer Marabout. 
« Sidi Ali se liant sur son courage et sur la justice de sa 
« cause, commença les hostilités. Quelques avantages rem- 
« portés dans les premières attaques, firent grossir le nom- 
« bre de ses partisans, ce qui porta son armée à trois cents 
« princes ou guerriers ». Avec cette poignée d'hommes, il 
« se dirigea sur les bords de la mer, pour se mettre en 
« mesure de résister à la rage d'Achmet Moctar. Celui-ci 
« le poursuivit et le serra de près; Sidi Ali, posté dans un 
« endroit avantageux, fit à sa troupe un rempart de ses 
« chameaux. Retranchés derrière ces animaux, ses guér- 
it riers combattaient avec d'autant d'assurance que les 
« nôtres derrière des murailles ou des parapets. 

« Achmet voyant qu'il lui serait très difficile de débus- 
« quer Sidi Ali de sa position, résolut d'en former le blocus, 
« comme on aurait pu le faire d'une forteresse imprenable. 
« Cette manière paraît sage, quand on connaît la manière 
« de combattre des Maures : rarement, ils livrent des ba- 
« tailles rangées; ils se présentent un à un, tirant leur 
« fusil, puis se sauvent précipitamment et se retirent dans 
« leur camp. On conçoit aisément que les remparts de Sidi 
« Ali, attaqués de cette manière étaient presqu'impre- 
« prenables. 

« On vit pendant cette guerre se renouveler dans les dé- 
« serts de l'Afrique, ce trait de courage et de dévouement 
« dont Nisus et EurialE avaient donné l'exemple dans les 
« temps héroïques. 'Quatre princes du camp d'ACHMET, 
« irrités de la résistance opiniâtre de Sidi Ali, se dévoué- 
ce rent pour mettre un terme aux hostilités, et s'offrirent 



L EMIRAT DES TRARZAS gj 

« pour aller enlever Sidi Ali au milieu des siens. Favorisés 
« par l'obscurité de la nuit, ils s'introduisent dans les 
« tentes du prétendant, renversent tout ce qui s'oppose à 
« leur passage, tranchent la tête à six des principaux guer- 
re riers de Sidi, et plus heureux que les héros Troyens, ils 
« rentrent dans le camp de leur roi, chargés de ces san- 
« glants trophées. 

ce Achmet, dont l'armée était composée de quatre cents 
« princes ou grands vassaux, et de huit cents tributaires ou 
« serfs, crut devoir demander du secours au roi des 
a Bracknas ; celui-ci lui envoya deux mille fantassins : Sidi 
« Ali allait être anéanti ; la perte de sa troupe et la sienne 
« étaient jurées ; dans cette extrémité, il prit le parti digne 
« d'un Général consommé dans son art, ce fut de prévenir 
« la jonction des armées ennemies ; en conséquence, il 
t marcha d'abord contre les Bracknas, qui furent intimidés 
« de cette résolution. La hardiesse de Sidi Ali lui procura 
« une victoire facile. Les Bracknas, qui n'avaient aucun 
« sujet de haine contre lui, et qui ne combattaient qu'avec 
« répugnance, prirent promptement la fuite, en laissant 
« quatre-vingts de leurs princes sur le champ de bataille ; 
« à l'instant, Sidi Ali, sans perdre, à les poursuivre, un 
« temps toujours précieux pour une armée victorieuse, fon- 
« dit sur les Trarsas, en rappelant aux princes qui l'ac- 
« compagnaient, qu'il fallait recouvrer leurs esclaves et 
« leurs troupeaux qu' Achmet avait partagé avec ses par- 
« tisans. 

« Bientôt, le combat s'engage avec fureur ; on voyait 
« Sidi Ali penché sur son cheval, courir de rang en rang 
« pour animer ses soldats, c'était un éclair que l'œil pouvait 
« à peine suivre ; la fureur était égale de part et d'autre. 
« Le premier guerrier des Trarsas tombe et semble, par sa 
« chute, donner la victoire à l'ennemi, mais le désir de 
« venger sa mort redouble le courage des Trarsas ; ils en- 
« foncent à leur tour les troupes de Sidi Ali, et bientôt la 
xxxvi 7 



98 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

a déroute des siens devient générale, son camp est enlevé; 
« il ne trouve d'autre refuge que dans les déserts éloignés. 

« Achmet, poursuivant sa victoire, pénètre jusque dans 
« la tente qu'occupait son neveu; le premier objet qui s'offre 
« à sa vue, est la femme du malheureux prince, mutilée 
« par les vainqueurs; on lui avait arraché les dents, son 
« corps nu avait été exposé aux outrages et à la brutalité 
« des soldats. 

« Achmet, frappé de ce spectacle hideux, détache son 
« manteau pour en couvrir cette malheureuse princesse et 
lui dit : 

« — Tu vois que Dieu lui-même a puni la rébellion de 
« ton mari en lui arrachant une victoire qu'il avait presque 
« remportée ; viens dans ma tente et oublie pour toujours 
« un époux si criminel. » 

« Cette femme, loin de se laisser abattre par le malheur, 
« lui répondit : « — Non ! mon mari est loin d'être entière- 
« ment vaincu. Tremble toi-même, traître ; dans quelques 
« lunes, il portera de nouveau, au milieu de ton camp, la 
« terreur et la mort, et fera valoir ses droits que tu as 
« méconnus. » 

« Pendant que cette scène se passait dans la tente de 
« Sidi Ali, les autres étaient le théâtre du désordre et du 
« carnage; les vainqueurs s'emparèrent de cent esclaves, 
« d'un grand nombre de bœufs, et massacrèrent tout ce 
« qu'ils ne purent emmener; ni l'âge, ni le sexe, ne furent 
« respectés; les enfants étaient brisés contre les piquets des 
« tentes et les femmes égorgées. Achmet, après cette san- 
« glante expédition, se retira en prenant les dispositions 
« que lui dictait la prudence. » 



CHAPITRE VII 
La Branche cadette des Fils d'Ali Chandora 

Amar ouu) Mokhtar (vers 1800-182 7) 

Ces événements se passaient en 1816-1817. Mais depuis 
plusieurs années déjà, Amar ouu> Mokhtar (13) était le 
souverain en titre des Trarza. C'est avec lui, en effet, qu'en 
18 10, le Gouverneur anglais du Sénégal, Maxwell, passait 
le traité de commerce dont on peut lire en annexe la teneur. 
Il y était dit, en substance, que les coutumes à payer, à 
l'avenir, étaient essentiellement variables et devaient faire 
Fobjet, à chaque arrivée de bateau, d'une convention écrite 
entre l'Emir ou son représentant, et le capitaine. Elles 
étaient payables par tiers, au fur et à mesure du charge- 
ment de la cargaison de la gomme. Le signataire était l'Emir 
lui-même, que le texte appela Bou Cabé, c'est-à-dire Bou 
Kaaba, « l'infirme de la Cheville », qui était le surnom 
d'Amar ould Mokhtar, jadis blessé à la cheville dans un 
combat. 

La réoccupation du Sénégal par Jes Français en 18 16, et 
notre politique d'expansion, allaient gâter ces bons rap- 
ports entre Saint-Louis et l'Emir Amar. 

Depuis un siècle au moins, les Trarzas avaient atteint 
et traversé le fleuve. Quelques-unes de leurs tentes, surtout 
les tentes des Marabouts, s'étaient déjà installées sur la 
rive gauche ; mais l'action des Hassanes se faisait surtout 
sentir au point de vue politique et ils visaient à établir leur 
suzeraineté guerrière sur le Oualo noir» Les Bràks du Oualo 
et leurs sujets y étaient naturellement hostiles et cher- 
chaient un appui auprès des Français, dont c'était l'intérêt 



100 ftEVUE DU MONDE MUSULMAN 

d'écarter les Maures de la rive gauche et d'y implanter leur 
propre influence. 

Le colonel Schmaltz, le premier « Commandant pour le 
« Roi et administrateur du Sénégal et dépendances », prit 
donc l'initiative de réunir en un faisceau les forces des 
Braks et princes Ouolofs, et celles du prétendant M'hammed 
ould Ali Kouri, toujours désireux de revêtir la culotte blan- 
che. Il les appuya de ses fonds et d'envois d'armes et de 
munitions. t 

\ Le 15 novembre 1819, un traité d'alliance était signé 
entre M'hammed, fils d'Ali Kouri, « héritier légitime de 
« la couronne des Trarzas », et les chefs du Oualo, agis- 
sant au nom du Brak. Il y était dit en substance que les 
deux parties unissaient leurs efforts dans la guerre 'contre 
Amar ould Mokhtar, et se donnaient réciproquement tout 
secours. M'hammed ould Ali renonçait à toute prétention 
territoriale ou coutumière sur le Oualo, et la rive gauche. 
Il s'engageait à punir les pillards et à respecter les établis- 
sements français. De plus, les habitants du Oualo conser- 
vent la propriété des terrains qu'ils possèdent sur la rive 
droite du fleuve. 

Quelque temps auparavant (30 juin 18 19), le Colonel 
Schmaltz s'était assuré les sympathies des *Oulad Al-Ladj 
(Darmankour) , en concluant avec leur chef Mohammedden 
Rarabat, une convention par laquelle celle-ci s'engageait 
pour notre compte à un rôle de surveillance des pays maures. 
Ils devaient nous fournir des renseignements politiques, et 
s'engageaient, en outre, à favoriser le développement des 
futurs établissements agricoles français du Oualo, en y en- 
voyant des travailleurs libres et fies captifs. 

Les hostilités continuèrent donc de plus belle entre l'Emir 
Amar et le fils d'Ali Kouri, soutenu par les Ouolofs et les 
Français, encore que le Ministre de la Marine et des Colo- 
nies, baron Portai, eût formellement interdit toute rupture 
avec les Trarzas (fin 1819). 



L EMIRAT DES TRARZAS 10 1 

Pour répondre au traité, une forte mehalla du Trarza, 
accrue de contingents maures du Brakna et poulo-toucou- 
leurs du Fouta, envahit le Oualo ; mais les alliés, soutenus 
par des troupes envoyées de Saint-Louis, les battirent et 
les rejetèrent en désordre sur la rive droite (182 1). 

Le traité de paix du 7 juin 182 1, entre le Gouverneur, 
baron Lecoupé, et l'Emir Amar, et le traité d'échange et 
rachat de captifs du 23 juin suivant, entre Dubois, maire de 
Saint-Louis et divers princes maures, mirent provisoirement 
fin aux hostilités ; mais il était désastreux et annulait les 
résultats antérieurs. 

On reconnaissait officiellement les droits des Trarzas sur 
le Oualo. Ils cédaient bien leurs droits et promettaient de dé- 
fendre les établissements agricoles, à créer sur les deux 
rives, et d'aider à leur développement, mais cette cession 
était purement illusoire. C'était la consécration de la poli^ 
tique d'envahissement des Maures. Les Trarzas continueront 
à percevoir les abondantes coutumes qu'on leur sert et à 
prélever des tributs sur les Noirs, nos alliés. 

Le traité comportait encore la promesse inhumaine de 
faire rendre aux Trarzas les captifs et tributaires déserteurs 
qui se trouveraient au Sénégal; et la déclaration, au moins 
inutile, que nous n'avions aucune prétention à la souverai- 
neté du Trarza et qu'on ne s'immiscerait en rien dans ses 
affaires intérieures. 

A ce prix, on pouvait conclure que « la paix et les bonnes 
« relations étaient rétablies. » 

Ce traité était pratiquement inapplicable. L'état d'anar- 
chie des tribus maures nous obligeait pour la bonne marche 
et la sécurité du commerce à ne jamais perdre de vue leurs 
divisions, et à les utiliser, le cas échéant, au moment de la 
traite. 

Les hostilités ne tardèrent pas à recommencer. L'Emir 
Amar, qui trouvait très gênante la tutelle des Français et 
leur reprochait de ne pas exécuter les clauses du traité, 



102 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

droit qui lui paraissait réservé, cherche à renouer des rela- 
tions avec ses anciens amis, les Anglais, et annonce, à leur 
instigation, le transport prochain de la gomme sur Porten- 
dik. D'autre part, plusieurs firmes anglaises qui cherchaient 
une voie commerciale vers Tombouctou et qui pensaient la 
trouver dans la ligne idéale : Arguin ou Portendik-boucle 
du Niger, entament des pourparlers avec l'Emir, lui font 
des cadeaux et cherchent à V attirer à eux. Des commerçants 
français de Saint-Louis, dont les intérêts s'étaient liés à 
ceux des Anglais, pendant leur occupation du pays, favo- 
risent ces intrigues. , 

Soudoyé par un autre groupe de commerçants de Saint- 
Louis, plus français de cœur et d'intérêts, Mohammed Fal 
ould Amir ould Cherqi ould Ali Chandora, guerrier estimé 
des Oulad Ahmed ben Daman, cousin-germain et ennemi 
de l'Emir, fit l'opposition la plus vive à ses projets. Amar 
le fait assassiner, à Portendik même, par son fils aîné, 
Brahim Oualid, en 1822. Omir, père de la victime, passa 
immédiatement au parti de M'hammed et soutenu par les 
fonds français et les contingents noirs, attaqua l'Emir à 
iTivourvourt, le battit complètement et lui tua ses deux fils : 
Brahim Oualid, l'assassin, et Ali Khamlich. 

Le Trarza se partagea alors : une partie des Oulad Daman 
et Oulad Ahmed ben Daman restent fidèles à Amar et noma- 
disent avec lui dans le Haut-Trarza. On crut même un ins- 
tant que celui-ci avait abandonné la partie. Les autres se 
rangent sous la bannière de M'hammed Kouri. Celui-ci 
commande les campements de la rive droite du fleuve et 
tient ses engagements avec les Français et les Ouolofs alliés. 

Les intrigues des Anglais ne cessaient pas d'ailleurs, et 
le 20 mars 1823, le Gouvernement autorisait la création d'un 
poste militaire à Portendik pour interdire aux Anglais de 
s'y installer et éviter de recommencer les luttes, vieilles de 
deux siècles, autour des gommes trarza. Après réflexion, le 
Gouverneur du Sénégal qui avait demandé l'installation de 



l'émirat des trarzas 103 

cette petite garnison au port d'Haddi, ne donna pas suite à 
son projet. 

Les hostilités entre Trarzas se poursuivent, malgré que 
les gouverneurs de Saint-Louis essaient de faire durer cette 
situation un peu équivoque de deux Emirs du Trarza, entre 
lesquels nous nous efforçons de ne pas distinguer. Les trai- 
tés se succèdent de plus en plus nombreux : 

Traité du 17 juillet 1824, entre un groupe de notables, 
représentant le Gouverneur, et Othman, fils de Brahim, 
prince trarza, représentant l'Emir. Traité du 19 août 1824, 
entre le même groupe et Ahmed Leïgat, fils de l'Emir, as- 
sisté de son cousin Brahim Fal et du ministre de son père, 
Mokhtar ould Khadidja. Traité du 25 janvier 1825, entre 
le même groupe et Mohammed Cheïn et Brahim ould 
Ahmed, Cheikh des Loubbeïdat, représentant l'Emir. Traité 
du 6 février 1826, entre le Gouverneur lui-même et Moham- 
med Ai-Habib, fils de l'Emir, et ses cousins Bou Bakar 
Omar et Ould Hommeïda. Toutes ces conventions visaient à 
faire reconnaître à nouveau l'escale officielle du Désert où 
toute la gomme serait portée. Elle réglementait, une fois de 
plus, les coutumes, et se proposaient d'assurer la sécurité du 
Oualo. 

Malgré tous ces efforts d'intervention conciliatrice, la si- 
tuation se maintint troublée jusqu'en 1827, ou M'hammed, 
fils d'Ali Kouri, est tué au cours d'un combat contre les 
Oulad Agchar. Cette mort laisse définitivement Amar ould 
Mokhtar, Emir des Trarzas. 

Amar lui-même ne tardait pas à suivre son rival dans la 
tombe. Il mourait, cette année même (1827), et était rem- 
placé sans difficulté par son fils cadet Mohammed Ai-Habib. 
Il fut enterré au puits de Bamba, dans l'Iglvidi, auprès du 
tombeau du saint dimani Ahmed Al-Aqel. C'était lui-même 
qui l'avait demandé à son lit de mort, et il fallut faire une 
demi-journée de chameau pour l'y transporter. 



104 revue du monde musulman 

Mohammed Al-Habib (182 7-1860) 

Le long règne de Mohammed Al-Habib le pouvoir 
réel dont il semble avoir joui, la plupart du temps ; ses qua- 
lités de valeur guerrière et même d'habileté administrative* 
son astuce consommée ont fait de ce prince le plus popu- 
laire des Emirs maures et le chef et l'instaurateur de sa 
maison. Le dogme dynastique est désormais que la dévo- 
lution émirale appartient aux Ahel Ali Chandora ; et dans 
cette tente, aux Ahel Mohammed Al-Habib. 

Le premier soin du nouvel Emir fut d'essayer ses armes 
sur les Français, et les Noirs, leurs alliés. « Dans le cou- 
« rant de cette année 1827, l es Yoloffs et les Trarzas pillè- 
« rent et incendièrent dans le Wallo, plusieurs habitations 
« de planteurs, ils assassinèrent deux de ceux-ci et six tra- 
ce vailleurs noirs ; ils attaquèrent aussi des embarcations 
« françaises dans le fleuve et accomplirent, en vue même de 
« Saint-Louis, un vol à main armée. Une expédition, coin- 
ce posée en grande partie de Laptots, fut envoyée contre les 
« Trarzas. Poursuivis avec vigueur et refoulés sur la rive 
« droite du fleuve dans les profondeurs du désert, ils se 
a décidèrent, après plus d'une année de luttes, à proposer 
« des accommodements que le besoin de relations commer- 
« ciales fit accepter avec empressement. L'empressement 
« était réciproque et la première fougue passée, l'Emir était 
« fort désireux de renouer de bonnes relations avec les Fran- 
ce venus. » (1). 

Le 25 mars 1829, son frère et représentant Ahmed LeÏgat 
renouvelait le traité de paix et de commerce du 7. juin 182 1. 
Il fixait le paiement des coutumes, le rachat des esclaves, 
les relations des Maures avec les Ouolofs et avec les établi s- 



(i)Raffenel. Nouveau voyage dans le pays des Nègres, 



L EMIRAT DES TRARZAS IO5 

sèment s français du Oualo. Une convention additionnelle, 
à la date du 23 avril suivant, maintenait à Haddi, frère et 
successeur dq Mohammed Fai, ould Amar, et ce, « par 
déférence pour Mohammed Ai-Habib », devenu son beau- 
frère, la coutume spéciale payée à cette famille qui avait 
rendu service à la traite de Saint-Louis, en empêchant l'ou- 
verture de Portendik. 

Entre temps, les Gouverneurs du Sénégal, reconnaissant 
l'incertitude du pouvoir des Emirs, s'essaient à une politique 
de tribus : 

Le 28 avril 1829, ™ traité est passé entre le Gouverneur 
Jubelin, Commissaire principal de la Marine et Brahim ould 
Mokhtar, chef de la tribu des Dakhalifa (Oulad Khelifa, 
fraction issue des ulad Rizg du XV e siècle). Il leur sera versé 
annuellement un certain nombre de coutumes, à conditoin 
qu'ils fournissent des contingents pour repousser les agres- 
sions maures, qu'ils aident à retrouver les esclaves fugitifs, 
qu'ils servent d'agents de renseignements sur la situation in- 
térieure du Trarza, et qu'ils emploinet leur influence en fa- 
evur des Français, tant auprès des chefs noirs du Oualo 
qu'auprès des Maures. Les Oulad Khalifa avaient installé, 
depuis quelques années, leurs campements sur la rive gau- 
che. C'est cette circonstance qui avit incité le Gouverneur à 
les utiliser. 

Un autre traité est conclu le 7 novembre 183 1, entre le 
Gouverneur intérimaire, Buirette Saint-Hilaire, et Moham- 
med Amar, chef des Oulad Bou Sba, et traité du 22 mai 1832, 
entre le Gouverneur Renault de Saint-Germain, chef de ba- 
taillon d'infanterie de marine, et le chef des « Dacbagui » (Id 
ag Badié, fraction guerrière des Oulad Bou Ali). Ces deux 
conventions visaient à attirer à notre cause ces tribus guer- 
rières. En cas de guerre des Français avec les Trarza, ils 
pourraient venir commercr à Saint-Louis, mais ils nous se- 
raient fidèles et nous avertiraient des projets de l'ennemi. 

Mohammed Ai-Habib ne tardait pas à se débarrasser, de 



106 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

la manière la plus astucieuse, de son rival possible, le re- 
présentant de la branche aînée, Mokhtar, fils de M'hammed 
Kouri. Celui-ci lui avait bien fait sa soumission dès 1828, 
mais il convenait de faire disparaître un prétendant éven- 
tuel, qui pouvait devenir gênant, car il comptait encore des 
partisans chez les Oulad Daman. Les gens de Mokhtar ayant 
assassiné un traitant noir sur le fleuve, l'Emir reçut Tordre 
d'enquêter sur cette affaire et de donner les satisfactions 
d'usage. Profitant de la présence à Saint-Louis, de Mokhtar, 
Mohammed Ai-Habib le représenta aux Français comme le 
véritable assassin et comme un homme extrêmement dan- 
gereux, tant et si bien que Mokhtar fut traduit en justice, 
condamné et fusillé le 19 décembre 1832. L'Emir n'assu- 
mait pas ainsi, aux yeux des tribus, la responsabilité de la 
mort de son adversaire. 

Mokhtar laissait un fils en bas âge. Celui-ci se fit mara- 
bout par la suite, et vécut chez les Tendgha, où l'on trouve 
aujourd'hui le campement de ses enfants et petits-enfants 
devenus Zouaïa. C'est une aventure merveilleuse qui aurait 
déterminé, paraît-il, cette transformation sociale. 

On raconte que M'hammed ould Mokhtar ould M'hammed 
Kouri assistait un jour aux funérailles d'un de ses cousins, 
pillard redouté. Au moment où, les cérémonies faites, on 
allait descendre le corps dans la fosse, une bête fauve indé- 
terminée apparut soudain, saisit le cadavre à pleine gueule 
et s'enfuît. M'hammed sauta aussitôt sur son chameau et se 
lança sur les traces du monstre. Il l'atteignit après une 
course acharnée, et lui cria : « Arrête, créature de Dieu ; 
« où vas-tu? » Alors la bête déposa sur le sol le cadavre 
qu'elle serrait dans ses dents, retourna la tête et répondit : 
<l — Je porte ce fardeau au dernier degré de l'enfer. » 
M'hammed terrifié, fit aussitôt demi -tour, et se réfugia chez 
les Ichouganen (Tendgha), où il revint à Dieu, c'est-à-dire 
abandonna le fusil et prit le chapelet. 

Dès lors, Mohammed Ai-Habib resta le maître incontesté 



L EMIRAT DES TRARZAS ÏO7 

des Trarzas, et la grande idée du règne sera la guerre contre 
les Maures de l'extérieur (Brakna et Adrar) et le pillage 
des Noirs de la rive gauche avec, à intervalles rapprochés, 
un traité avec les Français, où il s'efforce, dans ses négo- 
ciations, de les duper diplomatiquement et dont, au lende- 
main de la signature, il néglige d'observer les dispositons. 

Déjà le 24 août 183 1, il faisait signer à Renault de Saint- 
Germain, cette convention ridicule, où lui, Emir, désavouait 
les pillages et meurtres commis par son frère Bou Hobboïni, 
et ses cousins, princes Oulad Ahmed beii Daman, les décla- 
rait déchus de leurs titres et du nom de Trarza et leur in- 
terdisait de mettre jamais les pieds sur le territoire de la 
tribu. Il se déniait à lui-même le droit de justice entre les 
Maures et les Noirs, et promettait de déférer tous les litiges 
au Gouverneur de Saint-Louis. 

Dès qu'il a touché les coutumes de l'année, l'Emir désa- 
voue le traité, prétendant que ses gens ont faussement apposé 
sa signature. 

Les hostilités recommencent dès 1832, au lendemain du 
mariage de l'Emir avec « la princesse Guimbotte ». Cette 
princesse était Diombot, fille du Brak du Oualo, et l'héri- 
tière de sa couronne. Le politique Mohammed Ai-Habib en 
était arrivé astucieusement à ses fins de prendre pied sur 
la rive gauche, en épousant la future maîtresse du Oualo. 
Avec ses bandes de guerriers, il se chargeait lui-même de 
soutenir ses droits, désormais légitimes. C'était le premier 
acte de la conquête du Sénégal par les Maures. Il était im- 
possible de tolérer ce bouleversement politique, militaire et 
religieux de notre colonie. Les Français y étaient d'autant 
plus intéressés que, malgré les insuccès antérieurs, ils nour- 
rissaient toujours des projets d'établissement agricole dans 
le Oualo. 

Aidés des partis d'opposition du Oualo, à la tête des- 
quels se trouvait Fara Penda, notre toujours fidèle auxi- 



108 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

liaire, futur chef supérieur de la province, ils interdisent à 
l'Emir toute incursion pacifique ou guerrière sur la rive 
droite. 

Les hostilités ne prirent fin qu'en 1835. Par le traité du 
30 août de cette année, conclu entre le Gouverneur Pujol, 
capitaine de frégate, et l'Emir, représenté par son frère 
Ahmed Leïgat, son ministre Mokhtar Sidi et plusieurs de 
ses cousins, Mohammed Ai-Habib renonce pour lui et ses 
descendants et successeurs, à toute prétention sur la cou- 
ronne du Oualo, et notamment pour les enfants issus de 
« Guimbotte ». Une amnistie générale était accordée réci- 
proquement aux combattants noirs et maures. Les prison- 
niers de guerre maures, détenus à Gorée, seront renvoyés, 
sous réserve que les Sénégalais seront aussi rendus. « Les 
« personnes capturées pendant la guerre seront rendues 
a pour six pièces de guinée, s'ils sont encore en la posses- 
« sion des gens qui les ont prises. S'ils ont changé de main, 
a le prix de rachat sera égal à celui qu'aura payé Tache- 
ce teur. » Les traités du 7 juin 182 1 et 15 août 1829 étaient 
confirmés. 

Le 2 janvier 1836, le Gouverneur était contraint de fixer 
la date extrême du i er août ' suivant, pour le rachat et 
l'échange des prisonniers, aux termes du traité. Par la suite, 
on s'en tient à l'échange de gré à gré. 

Les promesses ne coûtaient rien à Mohammed Al-Habib\ 
On verra qu'elles ne le gênèrent guère jusqu'à Faidherbe. 
Son union avec Diombot lui ouvre le Oualo, et de cette pro- 
vince,- il s'attaque aussitôt au Diolof et au Cayor. Notre 
politique d'expectative essaie vainement d'enrayer ses suc- 
cès par des traités : 

Traité du 25 avril 1842, pour organiser avec les Ida Ou 
Al-Hadj, la traite de la gomme que l'Emir, maître des deux 
rives, dirige à son gré. 

Convention du 13 août 1842 avec le.Chems des Ida Ou 
Al-Hadj, pour assurer la tranquillité du Cayor, et obtenir 



L EMIRAT DES TRARZAS 109 

qu'en cas de litige avec les Ouolofs et d'entrevues avec le 
Damel, les Maures enverront des représentants à Saint- 
Louis. 

Traité du 22 octobre 1842, entre le Gouverneur Pageot des 
Noutières et l'Emir, en vue d'assurer la sécurité de l'escale 
de Mérinaghen. Des coutumes sont désormais payées à 
l'Emir et à son ministre Mokhtar Sidi, pour faire la police 
en plein Sénégal. 

Mohammed Ai-Habib n'était pas, à ce moment, sans 
ennuis intérieurs. Un de ses frères, Ahmed Leïgat, dont 
l'influence était considérable et qui, d'ailleurs, était l'aîné 
de Mohammed Ai-Habib, mais n'avait pas revendiqué ses 
droits, lors de la mort de leur père, conçut le projet de dé- 
trôner son frère. Il y était d'ailleurs poussé par les Fran- 
çais qui pensaient faire ainsi échec à l'Emir. Appuyé par 
des contingents brakna, que lui envoya son allié et le nôtre, 
Mohammed Rejel, Emir des Brakna, il attaque les bandes 
de Mohammed Ai-Habib. Celui-ci, soutenu par des contin- 
gents ida ou ali le battit non sans peine, et pour en finir, 
trouva plus expédient de faire assassiner par les Euleb, 
Ahmed Leïgat, qui s'était réfugié dans l'Adrar. Il entre- 
prit, par la suite, des campagnes contre les Brakna et contre 
l'Adrar, pour les punir de l'appui prêté au rebelle. 

Dans le Brakna, il tente, une première fois, d'introniser 
son protégé Mohammed Sidi, qu'il a razzié de ses propres 
mains (1845). Il est repoussé. Une deuxième tentative, en 
juillet 1848, n'aboutit qu'à un nouvel échec devant Podor. 
En 185 1 enfin, il renversa l'Emir des Oulad Siyed, Moham- 
med Rejel, et le remplaça par Mohammed Sidi (1851), neveu 
de Mokhtar Sidi, jadis déporté au Gabon pour meurtre et 
pillage de caravanes, Emir des Oulad Ahmed et des Oulad 
Noghmach. 

Mohammed Ai-Habib intervenait à nouveau, en 1855, dans 
les affaires du Brakna pour détrôner son protégé Mohammed 
Sidi, qui gagnait à la main, et installer à sa place Sidi Ali, 



ÎIO REVUE DU MONDE MUSULMAN 

fils d'Ahmeddou et qui lui était apparenté par les femmes. 
Dans l'Adrar, son rezzou fut moins fructueux. Il ne put 
atteindre l'Emir Ali ould Aïda, mais parvint néanmoins à 
brûler toutes ses palmeraies et à détruire ou disperser ses 
gens. Seuls échappèrent au massacre ceux qui purent se 
réfugier dans la montagne. Par la suite, harcelé par les 
Oulad Yahia ben Othman, il dut rentrer chez lui assez pré- 
cipitamment (1856). 

* 

On vient de voir que des contingents Ida Ou Ali prirent 
place, quoique marabouts, dans les troupes hassanes f que 
Mohammed Ai-Habib mena combattre son frère Ahmed 
Eeïgat. 

Celui-ci avait, en effet, pris une part active aux luttes qui 
jetèrent Tune sur l'autre Ida Ou Ali et Ida Bel-Hassen, les 
luttes dont le début remonte à 1830 environ, avaient com- 
mencé par des contestations de terrains de labours. Les Ida 
Ou Ali, d'abord vaincus, avaient trouvé du secours auprès 
de leurs cousins du Tagant, et par ceux-ci, auprès de leur 
allié, Mohammed Cheïn, Emir des Ida Ou Aïch. Au cours 
d'un échange de cadeaux, l'Emir donna au chef des Ida Ou 
Ali du Trarza, Baba ould Bibba, le père de Cheikh Çalah 
actuel, une belle esclave noire qui avait jadis appartenu à 
Ahmed Leïgat, et que les Ida Ou Aïch lui avaient ravie 
lors d'une razzia. Il lui imposa comme condition de ne 
jamais la rendre à son ancien maître. Dès qu'il apprit le 
retour de sa captive en pays trarza, Ahmed Leïgat se hâta 
ae la redemander. Elle lui fut refusée. Il se rangea aussitôt 
au parti des Ida Bel-Hassen, et malmena fort les Ida Ou 
Ali, mais ceux-ci se raffermirent dans la résolution de gar- 
der la belle esclave, et leur cri de guerre devint : « Pourvu 
« que Fatma la négresse et nos tambourins de guerre nous 
« restent, tout nous est indifférent. >y 



L EMIRAT DES TRARZAS III 

Ahmed Leïgat rassembla alors le ban des pillards trarzas 
et cerna toute la tribu v à Mboïtïa. Celle-ci, comprenant que 
c'était son extermination qui se préparait, envoya une délé- 
gation à Mohammed Ai-Habib. On lui offrait cent chamelles 
laitières et une jument de pur sang, et on lui demandait son 
intervention. Mais l'Emir fit connaître que la chose ne lui 
était pas possible. Après bien des pourparlers, il consentit 
enfin à les couvrir de sa protection pendant quarante jours, 
délai dont profitèrent les Ida Ou Ali pour se réfugier au 
Tagant. 

Les hostilités avec les Ida Bel-Hassen durèrent encore plu» 
sieurs années. Les Ida Ou Ali rentrèrent finalement dans le 
Trarza, mais furent toujours en butte à la haine d'Ahmed 
Leïgat, qui affectait par mépris de ne jamais marcher per- 
sonnellement contre eux, mais de les faire razzier par sa 
suite. 

Les Ida Ou Ali soutinrent donc résolument l'Emir contre 
son frère, quand la lutte fut engagée entre eux. La rumeur 
publique les accuse de n'avoir pas été étrangers à l'assas- 
sinat d'Ahmed Leïgat par l'Emir. 



* 



La suppression de l'esclavage, la proclamation de la liberté 
du commerce (1848) qui jettent le trouble au Sénégal et lais- 
sent croire à une diminution de la force française, incitent 
l'Emir à intervenir à nouveau dans le Oualo. 

A ces prétentions, on résiste par une politique de disso- 
ciation de tribus et de princes ; on laisse espérer à l'ambi- 
tieux Ali ould Mokhtar Fal, chef des fractions Oulad Be- 
niouk et Azouna, une reconnaissance à l'émirat des Trarzas ; 
et le Commissaire de la République Du Château, signe avec 
lui, le 4 août 1848, un traité par lequel ces deux tribus ne 
prendront pas parti pour les Trarzas, ne pilleront pas les 



112 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

caravanes, ne causeront aucun dommage aux Noirs et four- 
niront même des contingents. 

Les résultats en furent nuls, et Ali, encaissant les cou- 
tumes qu'on lui versait, rivalisait d'insolence avec l'Emir. 
Celui-ci avait déclaré qu'il irait faire son salam dans l'église 
de Saint-Louis, ce qui était d'autant plus ironique que les 
Hassanes ne font jamais de prières ; l'autre proclama que 
ses seuls guerriers Oulad Beniouk et Azouna suffisaient à 
la conquête de la ville. 

Il était temps qu'a cette politique d'atermoiement, succé- 
dât une action militaire de quelque brutalité. Cette seule 
crainte de la force pouvait maintenir les Trarzas dans une 
paix relative et permettre une traite presque régulière de la 
gomme. 

Ce fut l'œuvre de Faidherbe. 

Dès 1854, le Gouvernement impérial inaugure une poli- 
tique énergique. Les ordres du Ministre de la Marine, 
Ducos, au Gouverneur Protêt comportaient : 

i° Direction absolue en nos mains de la. traite de la gomme 
et suzeraineté du fleuve ; 

2° Suppression des escales et des coutumes ; 
3 Emancipation du Oualo et protection des populations 
agricoles de la rive gauche. 

Protêt en entama aussitôt l'exécution. Il fit relever le fort 
de Podor par le capitaine du génie Faidherbe, marcha 
contre le village toucouleur de Dialmatch, inféodé aux 
Trarzas, le prit d'assaut et le détruisit. 

C'était la lutte avec l'Emir. Faidherbe, promu comman- 
dant, succède à Protêt, le 16 décembre 1854, et inaugure 
avec méthode et habileté ces campagnes, qui se rappro- 
chaient de la guerre qu'il avait faite contre les Arabes d'Al- 
gérie. Il devait assouplir pour toujours les chefs et tribus 
maures du Bas Sénégal. 

Il prépara sans tarder une expédition contre l'ensemble 
des tribus Al-Guibla, id est les Méridionales, qui noma- 



l'émirat des trarzas 113 

disent sur les rives mêmes du fleuve et qui sont composées 
des débris des tribus hassânes et XV e et du xvi e siècles : 
Taghredient, Id ag Badié, Oulad Agchar, Oulad Moussa, 
Beniouk Ou Azzouna, Oulad Bou Ali. Mais les préparatifs 
en sont surpris par le Cheikh des Ida Ou Al-Hadj en voyage 
à Saint-Louis, et les tribus averties s'éloignent du fleuve, 
sauf toutefois les Azzouna. Ce furent eux qui firent les frais 
de l'expédition. Leurs campements furent complètement dé- 
truits et la plupart de leurs guerriers faits prisonniers. Une 
autre colonne légère razziait en même temps les troupeaux 
de bœufs des Tendgha (février 1855). 

Aux Azzouna, qui affectaient de le prendre de très haut, 
et sommaient Faid herbe d'avoir à faire connaître pourquoi 
les Français, qui n'étaient que des commerçants, se per- 
mettaient de faire acte de guerriers, le Gouverneur répon- 
dait du tac au tac. 

« Je n'ai pas deux manières de parler : je vous ai déjà 
« écrit que l'acte qui m'a donné le droit de prendre vos 
« familles et vos biens, c'est le même qui vous donne le 
« droit d'aller enlever les familles et les biens des Noirs. 

« Vous dites que vous pourriez faire du mal à mes su- 
« jets ; mes sujets ne vous craignent pas et pour une balle 
« que vous leur enverrez, ils vous en enverront dix. 

« On m'a raconté que les Azzouna disaient, il y à quatre 
« ans, que si les Français avaient la guerre avec les Arabes, 
« ils se chargeraient de prendre Saint-Louis ; c'est le mo- 
« ment de venir prendre Saint-Louis, puisque vos femmes y 
« sont. Encore un an ou deux de bonne guerre et alors nous 
« connaîtrons nos forces les uns et les autres, et j'espère 
« que nous finirons par nous entendre, s'il plaît à Dieu. » 

Les situations étaient ainsi nettement établies, et tandis 
que Mohammed Ai-Habib se préparait à la lutte, en faisant 
prêcher la guerre sainte en tribu, Faidherbe achevait de le 
cantonner sur la rive droite en conquérant, annexant et or- 
ganisant le Oualo. 

xxxvi. 8 



1 14 revue du Monde musulman 

L'Emir fit en même temps connaître ses conditions : 

ï° Augmentation des anciennes coutumes et création de 
nouvelles ; 

2° Destruction des forts français, et défense aux navires 
de guerre d'entrer dans le fleuve ; 

3° Renvoi immédiat en France de Faidherbe. 

Les deux adversaires, également énergiques, engagèrent 
vigoureusement la lutte, qui débuta par un chassé-croisé. 
Tandis que Faidherbe remontait le fleuve, attaquait les cam- 
pements maures, sis à proximité des deux rives et razziait 
leurs troupeaux, l'Emir descendait dans le Oualo où son fils, 
Ali Diombot, lui avait réuni des contingents noirs, et se 
portait sur Saint-Louis. Mais la tour, établie à l'étrangle- 
ment du marigot de Leïbat, lui opéra une résistance invin- 
cible. Il ne put franchir le. marigot, et apprenant le retour 
offensif de Faidherbe, il dut fuir précipitamment (avril 

i8 5 5)- 

La fin de l'année se passe en préparatifs réciproques et 
en manœuvres diplomatiques. 

L'Emir, ne voulant pas se découvrir, faisait écrire par son 
vizir Mokhtar Sidi : 

« Au Gouverneur Faidherbe, salut! 

« Je désire vous voir à l'escale de Kham, si cela peut 
servir à quelque chose. Dans le cas contraire, il est inutile 
de nous fatiguer, parce que je ne désire pas vous trouver 
si nous ne pouvons arranger nos affaires. 

« Les Maures m'accusent beaucoup, en disant que j'aime 
trop les blancs ; ils disent surtout que l'année passée, lors- 
que le Fouta et Mohammed-Sidi nous appelaient pour faire 
la guerre, nous avons refusé. L'année passée, lorsque vous 
avez défendu de nous vendre des munitions de guerre, les 
Trarzas me disaient : Vous voyez bien que les blancs nous 
déclarent la guerre,, et je leur ai dit le contraire. Ensuite 
vous avez trahi les Ouled-Bagnouc sans qu'ils vous aient 
fait du tort ; vous avez pris leurs sujets. » 



l'émirat des trarzas 115 

Ce à quoi Faidherbe répondait aussitôt, le 3 août 1855, 
et parlait enfin à ces Cheikhs maures le langage qui con- 
veaait : 

« Comment peux-tu penser qu'un Gouverneur du Sénégal 
va se déranger pour aller palabrer avec î'alcati du Cheikh 
des Trarzas ? 

« Vous avez bien des choses à changer dans vos idées 
pour être dans le vrai. 

« Il est très fâcheux que Mohammed Ai-Habib n'ait pas 
été défendre les Toucouleurs à Podor, car alors nous les 
aurions battus tous ensemble. 

« Mes conditions sont connues de Mohammed Ai-Habib, 
je les lui ai dites dans une lettre qu'il a lue dans une grande 
assemblée. 

« Je n'ai qu'une chose à y changer, c'est que maintenant 
tout le Oualo est à moi et qu'il n'appartiendra jamais plus 
à un autre qu'à moi. 

« Vous avez tous abusé longtemps de la bonté des Fran- 
çais ; vous l'avez prise pour de la faiblesse — mais tant va 
la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse, — dans un an ou 
deux, quand vous connaîtrez bien notre force, nous pour- 
rons peut-être nous entendre. Si tu veux venir causer à 
Saint-Louis, tu n'as rien à craindre, tu peux dire à Moham 
med Ai-Habib que j'ai envoyé des secours aux Anglais en 
Gambie ; car les Anglais et les Français ne forment plus au- 
jourd'hui qu'un même peuple. » 

Faidherbe essayait en même temps de galvaniser les tribus 
maraboutiques qui, plus nombreuses et plus riches que les 
Hassanes, se laissaient razzier par eux sans bouger, et se 
contentaient de faire tenir secrètement leurs sympathies au 
Gouverneur. Il leur écrivait : 

« Les marabouts du Trarza vivent de leurs troupeaux, de 
leurs captifs, de leur travail et de leur commerce, et non de 
pillages ; ce sont des gens comme nous les aimons, car nous 
ne Venons dans ce pays que pour faire du commerce et nous 



Îî6 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

procurer quelques objets que notre pays à nous ne produit 
pas. Mais si vous autres, paisibles commerçants, vous êtes 
sous la domination de pillards turbulents qui ne produisent 
rien et gâtent tout, comment nous tirer d'affaire? 

« J'ai vu beaucoup de pays musulmans ; les tribus de ma- 
rabouts y étaient armées et au moins aussi guerrières que les 
autres. Pourquoi ne vous armez-vous pas pour protéger vo- 
tre commerce. En attendant, comme je vous l'ai dit, je suis 
en guerre avec tous les sujets de Mohammed el Habib, qui 
a violé les traités en faisant son fils maître du Oualo. » 

Faidherbe ne devait pas réussir à secouer la passivité sé- 
culaire des Zouaïa. Seules l'habitude politique de Coppo- 
lani, son installation parmi eux, et l'aide du temps de- 
vaient, cinquante ans plus tard, les engager dans la voie, 
où ils ne tarderont pas à s'avancer à grands pas. 

En janvier 1856, une grande conférence eut lieu à Tin 
Douja, sous la présidence de Cheikh Sidïa Al-Kabir, chef 
de la puissante tribu des Oulad Biri qui, par ses origines 
et sa situation centrale, sert de trait d'union entre le Trarza, 
le Brakna et l'Adrar. Le prestige de Cheikh Sidïa, le plus 
grand marabout de son temps, réussit à faire taire momen- 
tanément les haines domestiques et les rivalités de tribus. 
Une ligue fut constituée contre les Français, comprenant 
sous la direction de Mohammed Ai-Habib, outre ses bandes 
hassanes, des contingents brakna et Oulad Yahia ben 
Othman de l'Adrar. 

Faidherbe résolut de prévenir l'entrée en campagne de 
l'Emir. Il réunit rapidement une forte colonne et la porta 
sur le lac Reqiz (lac Cayor), a proximité du territoire biri, 
coupant ainsi les communications inférieures des Trarza et 
Brakna. Cette colonne eut ^un plein succès, succès qui a 
même été plus considérable que Faidherbe ne l'a cru ou rap- 
porté. La tradition s' eh est perpétuée très vivace chez les 
Maures jusqu'à nos jours. L'Emir fut surpris dans ses. 
campements. Ses gens après une légère résistance prirent 
la fuite. Gros, déjà âgé, quelque peu impotent lui-même, 



L EMIRAT DES TRARZAS 1 1 7 

il n'eut pas le temps de sauter à cheval, et allait périr, les 
armes à la main, quand un groupe de partisans, commandés 
par Mokhtar ould Mohammed ould Sidi Ahmed, vint à son 
secours. Mokhtar le fit monter sur sa propre jument, une 
« guecheria » de pur sang, et l'Emir put s'enfuir à toute 
bride. Hassanes et Marabouts se dispersèrent vers le Nord, 
et comme on était en pleine saison sèche (février 1856) épo- 
que où ils se rassemblent autour du Roqiz et de ses mari- 
gots pour boire et abreuver leurs troupeaux, ils se trouvè- 
rent sans eau dans leurs pâturages d'hivernage. La plupart 
de leurs troupeaux périrent de soif. Eux-mêmes endurèrent 
tous les tourments du manque d'eau. 

Ils n'allaient pas tarder à souffrir aussi de la faim. L'ha- 
bile politique indigène de Faidherbe détachait de la cause 
trarza leurs alliés d'un jour : les Brakna. Puis, il ravivait 
la haine de leurs ennemis héréditaires, les peuples noirs, 
Ouolofs et Toucouleurs, les lançait sur les campements fi- 
dèles à l'émir et leur faisait piller le Chamama maure. 

Les Marabouts exaspérés, et qui n'avaient qu'à perdre 
dans ces luttes qu'ils désapprouvaient, firent en grande 
partie leur soumission personnelle. Ils se hâtèrent de re- 
commencer la traite (janvier 1857). Beaucoup de guerriers, 
sous l'empire du besoin, les suivirent individuellement, 
L'Emir se trouva débordé, réduit un moment à la situation 
de chef sans troupes et sans sujets. 

Jugeant sans doute la gomme des Maures indispensable à 
la vie des Français, il tenta de placer la lutte sur un autre 
terrain. Il défendit à toutes les tribus de porter ce produit 
aux escales, et, pour sanctionner son interdiction, fit sillon- 
ner les pistes par de petits partis de Hassanes qui pillaient 
les caravanes enfreignant sa défense. Il ne réussit qu'à 
s'aliéner ses derniers soutiens du monde maraboutique. 
Ceux-ci lui résistèrent de toutes parts. Les vêtements, dit 
la tradition populaire, atteignirent un prix inabordable, et 
il fut impossible de s'habiller. C'était surtout lui-même et 
les siens qu'atteignait Mohammed Al -Habib", L'absence de 



II 8 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

la gomme trarza sur les marchés du fleuve gênait bien quel- 
ques maisons de commerce de Saint-Louis, mais comme, 
par contre-coup, les coupons de guinée n'arrivaient plus du 
tout en tribu et que le tissage y est à peine connu, on put 
prévoir le moment où chemises, boubous, culottes et tentes 
légères feraient défaut. Il en était de même d'ailleurs pour 
le thé, le sucre, les bougies et les produits alimentaires d'im- 
portation. 

Aussi se laissa-t-il facilement adoucir quand une députa- 
tion des Marabouts, conduits par un groupe Ida Ou Ali, se 
présenta à lui sous les auspices de sa femme Fatma ment 
Mohammed, sœur de lait de Khaïri, l'alaoui, chef de la 
députation, et le supplia de revenir sur sa décision. Il y 
consentit sans se faire trop prier, voyant qu'il avait fait 
fausse route. 

Les derniers efforts de résistance de Mohammed Ai-Habib 
furent vains. Les Oulad Daman le lâchèrent, les premiers, 
et firent leur soumission en avril 1858. Réuni à son vassal 
Mohammed Sidi, l'émir des Brakna, ils parcoururent les 
deux régions, recrutant des hommes, galvanisant les tribus, 
châtiant les réfractaires. Mais il se heurta à des résistances, 
dont la plus considérable fut celle des Hassanes Oulad 
Ahmed du Brakna. Ils battirent les deux émirs et leur tuè- 
rent leurs meilleurs partisans. C'était la fin. 

Après quelques négociations, Sidi Mbaïrika, fils aîné de 
l'émir, et le vizir Mokhtar Sidi concluaient la paix à Saint- 
Louis, aux conditions posées par Faidherbe (20 mai 1858). 
Il y était dit en substance : 

L'émir des Trarzas renonce à toute prétention sur, les ter- 
ritoires du Oualo et de la banlieue de Saint-Louis. Ces pays 
sont acquis à la France. 

Il reconnaît le droit de protection de la France sur les 
Etats ouolofs du Dimar, du Diolof, du Diambour et du 
Cayor. Comme quelques-uns de ces Etats sénégalais sont 
tributaires des Trarzas, c'est par l'intermédiaire du Gouver- 
neur que les tributs seront perçus et livrés à l'émir. 



l'émirat des trarzas 1x9 

L'escale officielle de la gomme est fixée pour les Trarzas 
à Dagana, mais le commerce de tous' les autres produits se 
fera librement, partout et en tout temps. 

Les coutumes sont supprimées et remplacées par un droit 
d'une pièce de guinée par 500 kilogs de gomme, soit 3 %, 
droit qui sera perçu par l'administration française sur les 
commerçants et versé directement par elle à l'Emir. 

Les Ida Ou Al-Hadj rentrent dans la règle générale. Un 
droit d'une pièce de guinée par 1.000 kilos de gomme reste 
toutefois acquis aux Chems, quand les gommes de la tribu 
seront directement portées à Saint-Louis. 

Défense enfin était faite aux Maures de passer en armes 
sur la rive sénégalaise. 

La paix ne devait plus être troublée sérieusement jus- 
qu'à nos jours, et l'Emir Mohammed Ai-Habib; montrait 
lui-même, deux ans plus tard, sa bonne volonté en recevant 
cordialement le capitaine d'état-major Vincent qui se ren- 
dait dans l'Adrar, et en lui facilitant son voyage. 



Le rôle de l'Emir Mohammed Al-Habitf était fini. Deux 
ans après, il allait disparaître sous les coups de ses frères 
et parents. 

Il avait une grande valeur personnelle. Son plus grand 
ennemi et son vainqueur, Faidherbe, qui était le plus qua-> 
lifié pour le juger, disait de lui en 1859, alors que l'Emir ? 
tranquille dans le Trarza, suscitait des difficultés dans les 
Brakna et les Oulad Delim. 

« Et puis Mohammed Ai-Habib n'est pas immortel et son 
successeur, s'il a son ambition, n'aura probablement pas ses 
capacités. » 

Mais ce qui paraît avoir fait sa grande force, c'est d'avoir 
su unir très souvent autour de lui et sous son nom, les deux 
grandes, tribus Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Daman, 
ordinairement si divisées. Il eut toujours ainsi un maxi- 
mum de guerriers dévoués à sa cause, et put présenter un 



120 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

front à peine entamé aux tentatives diplomatiques des Fran- 
çais. 

C'est par son mariage avec Fatma, la fille du Cheikh des 
Oulad Daman, Mohammed ben Sidi Ahmed, qu'il inaugura 
cette politique d'union. Ce mariage lui valut l'appoint pres- 
que constant des guerriers de cette tribu, et le concours très 
efficace de ce Cheikh et de ses deux fils Mokhtar et Mbarek, 
tous trois habiles et valeureux guerriers et chefs de renom. 
Mohammed Ai-Habib eut trois femmes qui lui donnèrent 
les enfants dont sont issus tous les grands chefs actuels 
du Trarza. 

i° Mbaïrika ment Omaïr, sa cousine. Elle eut pour fils 
Sidi Mbaïrika. 

2° Diombot, c'est-à-dire la princesse Guelouar « aux che- 
veux tressés », fille du Brak du Oualo. Elle eut pour fils 
Ali Diombot. 

3° Fatma, fille du Cheikh des O. Daman. Elle eut pour 
fils : Ahmed Saloum, Brahim Saloum, Mokhtar Saloum, 
Lefja, Amar Saloum, Lobat et Mohammed Ai-Habib. 

Les deux aînés, Sidi et Ali, devaient marcher ensemble 1 
quelque temps et faire bloc contre les sept autres, issus de 
Fatma et appuyés sur les Oulad Daman, mais la division 
ne tardait à s'introduire entre eux aussi. 

Ces neuf fils de Mohammed Ai-Habib devaient périr en 
quelques années, assassinés les uns par les autres ou par 
leurs enfants ou cousins. 

L'émir Mohammed Ai-Habib leur ouvrit le chemin 
en 1860. 

Les inconstants Trarzas étaient las d'une domination de 
34 ans et de la main de fer du vieil émir. Ils résolurent de 
le tuer par trahison, ainsi que son fils aîné Sidi. On élè- 
verait ensuite à l'émirat Sid Ahmed ben Ali Khamlich, 
prince réputé par sa vaillance. 

Or, il arriva que, le soir de la nuit prévue pour le meur- 
tre, Sidi sortit avec son ami Ahmed ben Brahim Khalil 
pour aller voir quelqu'un de ses parents dans un campe- 




Femme Maure, 



l'émirat des trarzas 121 

ment voisin. On dit que le fils de Brahim Khalil était au 
courant des projets des conjurés et voulait sauver la vie à 
son' ami. Toujours est-il qu'en rentrant au campement les 
deux compagnons se perdirent dans la brousse. Des coups 
de feu qui éclatèrent dans la nuit les mirent dans la bonne 
voie. Les conjurés, partagés en deux groupes, venaient en 
effet d'entrer dans les tentes de l'émir et de son fils. Il 
avait été convenu que les premiers tueraient le père et que 
ces coups de feu seraient le signal du meurtre du fils, 
Mohammed Ai-Habib, fut surpris dans son sommeil et fu- 
sillé à bout portant, par le premier groupe qui comprenait 
Sid Ahmed précité, Mohammed Ali Kouri, fils d'Ahmed 
Leïgat, ce frère de Mohammed Ai-Habib assassiné en 1850, 
Ahmed ould Hobboïni et deux de leurs haratines. Quant à 
Sidi, on ne le trouva naturellement pas dans sa tente. 
Fatma la Dâmânïa, femme de l'émir, avait été atteinte aux 
côtés de son mari et blessée légèrement au bras. 

Au matin, Sidi, qui avait rejoint le campement, arma son 
goum, et se précipita chez les Oulad Siyed où s'étaient re- 
fuges les meurtriers. La tribu, menacée d'être enfumée 
par Sidi, obligea le prétendant à sortir du campement. On 
combattit toute la journée. Beaucoup de gens périrent de 
part et d'autre. Des partisans de Sid Ahmed Khamlich 
s'enfuirent. Les partisans de Sidi, plus tenaces et excités 
par la vengeance, tinrent bon. Vers le soir enfin, un indi- 
gène des Euleb se glissa sous le cheval de Sid Ahmed et 
le tua. Le prétendant, « invincible à cheval », dit la tradi- 
tion, tomba et fut aussitôt mis à mort. Avec lui périrent 
tous ses partisans : cousins et neveux de l'émir assassiné, 
prince des Oulad Ahmed ben Daman : Sid Ahmed le pré- 
tendant ; Ahmed Mohammed, Ali et M'hammed, tous qua- 
tre fils de Bou Hobboïni, le fils d'Ahmed Leïgat, les deux 
haratines, etc. Un seul échappa au massacre, Ahmed ben 
Obbi, qui courut d'une traite au campement de Cheikh Si- 
dïa Al-Kabir et. se mit sous sa protection religieuse. Il y 
est encore, mué en marabout. (16 septembre 1860.) 




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l'émirat des trarzas 123 



SlDI (1860-1871). 

Sidi (15), appelé aussi Sidi Mbaïrika, du nom de sa mère 
Mbaïrika ment Omaïr, des Oulad Ahmed ben Daman, était 
l'aîné des fils de Mohammed Ai-Habib. Sa belle conduite, 
lors de la mort de son père et la vengeance immédiate qu'il 
en tira, en tuant tous les assassins, lui assurèrent une suc* 
cession pacifique. 

Il informait sans retard le Gouverneur Faidherbe de la 
mort de son père et de la prompte répression qu'il en avait 
tirée ; et comme le Maure astucieux ne perd jamais ses 
droits, il assurait aux Français que c'était l'attachement 
inébranlable de l'Emir à leur cause et à leurs traités, qui 
lui avaient valu cette disparition tragique (voir aux an- 
nexes). Faidherbe, moins que personne, n'ignorait les am- 
bitions du principal agitateur Ould Ali Khamlich, et pou- 
vait constater que parmi les assassins de l'Emir comptaient 
tous ses neveux et cousins, fils de ses anciennes victimes. 

Sidi devait vivre en excellents termes avec les Français, 
encore qu'il se fût opposé très vivement, dès octobre 1860, 
à leurs projets d'établissement dans l'île d'Arguin. Mais 
ectte opposition n'avait rien d'irréductible. Elle visait à 
sauvegarder ses droits de horma sur les pêcheurs Imma- 
guen et ne demandait qu'à céder devant le versement de 
quelques centaines de pièces de guinée. 

Il appuya résolument sa politique sur les Oulad Ahmed 
ben Dâmân et s'entoura des conseils de son frère Ali 
Diombot et de son ami, Sidi Ahmed ould Brahim Khaliî. 
Les Oulad Dâmân soutenaient les sept autres fils de Moham- 
med Ai-Habib, issu de Fatma. La division se remettait à 
nouveau entre Oulad Dâmân et Oulad Ahmed ben Dâmân. 
Dès 1864, les mécontents offrent au Gouverneur de détrôner 
l'Emir et commencent leurs intrigues. 



124 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Son vizir, Khayaroum, fils de Mokhtar Sidi, le vizir de 
l'Emir Mohammed Ai-Habib et originaire des Oulad Bou 
Sba, se laissa suborner par les offres d'Ahmed Saloum, 
l'aîné des sept fils germains de Mohammed Ai-Habib ; et 
une nuit de juillet 1871, introduisit les conjurés dans le 
campement de l'Emir. Sidi, surpis dans son sommeil, tomba 
sous les coups de feu de ses frères consanguins. 

Son ami et conseiller, Sid Ahmed ould Brahim Khalil, 
était tué en même temps que lui dans une tente voisine. Il 
a laissé une grande réputation, perpétuée jusqu'à nos jours, 
de justice et de loyauté. Sa fraction représente, dans la 
supputation des forces trarza la moitié environ des guer- 
riers. C'est pourquoi on l'appelle « la tente de la moitié ». 

Le règne de Sidi fut sans éclat guerrier ; quelques dis- 
sentiments avec l'Emir des Brakna, Sidi Ali ould Ahmed - 
dou, l'amenèrent à entrer en armes sur son territoire. Sous 
les auspices de Faidherbe, et par l'intermédiaire du Chems 
des Ida Ou Al-Hadj Mohammeddoun Fal, la paix fut rétablie 
entre les deux Emirs (septembre 1864)» 

L'Emir Sidi eut le mérite d'encourager le commerce des 
tribus maraboutiques et de faire respecter la liberté des 
pistes par quelques exécutions de Hassanes. Cette rigueur 
lui avait attiré le ressentiment des Oulad Daman, qui pri- 
rent la revanche que l'on a vue. 

C'est sous son règne, en 1866, qu'arrivèrent dans le 
Trarza les fils de Mohammed Al-Fadel : Mohammed al-Ma- 
moun et Saad Bouh. 

On sait les railleries, puis la haine, que leur attirèrent, 
dans ce milieu lettré et policé des tribus Zouaïa, leur allure 
bizarre, leurs pratiques magiques, et leurs prétentions à la 
thaumaturgie. Un grand concile de lettrés, où ils durent 
comparaître et se défendirent à grand'peine, ne releva pour- 
tant daiis leurs réponses rien de contraire à l'orthodoxie. 
Aussi l'Emir Sidi leur permit-il de s'établir dans le Trarza. 
Seul Saad Bouh profita de cette autorisation. 



L EMIRAT DES TRARZÂS Î2 5 

L'année suivante (octobre 1867) il inaugurait cette série 
d'épîtres filandreuses, dont il a le secret, et qui se perpétue 
depuis cinquante ans. Nous sommes heureux d'avoir pu 
retrouver cette première épître où il offre son amitié au 
Gouverneur de Saint-Louis. On la trouvera en annexe. 

Ahmed Saloum (1871-1873). 

Ahmed Saloum (16), aîné des sept fils de Mohammed Ai- 
Habib et de Fatma ment Mohammed, et le principal auteur 
de la mort de Sidi, revêtit aussitôt la culotte blanche. Il 
ne devait pas la garder longtemps. Les exploits fratricides 
allaient se succéder avec une rapidité qui permet à peine de 
les suivre. 

Ali Diombot, leur frère, et le frère et ami de Sidi, était 
à Saint-Louis, quand il apprit la mort de Sidi. Désormais 
l'aîné des fils de Mohammed Ai-Habib, il estima que la 
culotte blanche lui revenait d'office. Il avait de plus à ven- 
ger le meurtre de Sidi. Il se rendit donc en toute hâte dans 
sa famille maternelle du Oualo, où s'étaient réfugiés ses 
neveux Mohammed Fal, Ahmed Deïd et Baba, tous trois 
fils de Sidi. Il les prit aussitôt sous sa protection, reçut le 
serment de fidélité de la plupart des Oulad Ahmed ben 
Daman, qui n'acceptaient pas que l'émirat passât à un fils 
d'une Dâmânïa, inféodé au clan de leurs cousins. Il renforça 
son parti de contingents noirs, que ses oncles maternels du 
Oualo mirent à sa disposition. 

Pendant ce temps, inquiet, Ahmed Saloum faisait dé- 
marches sur démarches à Saint-Louis, pour obtenir l'appui 
des Français et leur reconnaissance officielle de la situation, 
mais il se heurtait à leur mauvaise volonté. Ils ne lui par- 
donnaient pas ce meurtre injustifié. 

Sa Mehalla constituée, Ali Diombot la transporta aussitôt 
sur la rive maure et entama les hostilités contre Ahmed 
vSaloum que soutenaient les Oulad Dâmân et des contin- 



126 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

gents Ida Ou Aïch. Une nuit enfin, Ali Diombot se jeta avec 
ses Ouolofs à Jolla, près Méderdra, sur les campements en- 
dormis d'Ahmed Saloum et fit massacrer tout ce qui tomba 
sous la main. Les bandes se dispersèrent de tous côtés et 
les Ida Ou Aïch regagnèrent en hâte le Tagant. L'Emir et 
ses frères s'enfuirent avec eux. 

Ils continuèrent plus vivement que jamais leurs intrigues. 
Acheté par eux, Lat Dior, Damel du Cayor, promit de ra- 
vager le Oualo au moment opportun et par cette diversion 
de désorganiser les contingents d'Ali. Ils avaient même un 
fjarti à Saint-Louis que dirigeait un aventurier du nom de 
Pèdre Alassane et les assurait de la neutralité et même dès 
sympathies du Gouverneur. 

Ils revinrent donc quelques mois plus tard, renforcés de 
nouveaux contingents Ida Ou Aïch et surprirent à leur tour, 
aux épineux Aïchaïa, près des terrains dé labour Habbaïa 
des Ida Ou Ali, le campement très réduit d'Ali. 

Celui-ci, se voyant perdu, usa de ruse. Il fit avertir en 
toute hâte son chef de goum, Mohammed ben Abi Bakar, 
Cheikh des Euleb, qui se trouvait non loin de là, alluma 
de grands feux, et, en l'attendant, employa les Marabouts 
voisins à des tentatives de conciliation avec Ahmed Saloum. 
Il promettait d'en passer par toutes les conditions de son 
frère. 

La nuit s'écoula au milieu de ces va et veint et palabres. 
Au petit jour, le goum d'Ali Bakar arriva au galop, tomba 
sur Ahmed Saloum et ses gens, et les tailla en pièces. 
L'Emir lui-même resta sur le carreau ; ses deux frères, 
Brahim Saloum et Lobbat, furent tués peu de temps après 
à Âdnech ; un autre, Mokhtar Saloum, trouva la mort à 
Gouioui, près de Badi, dans l'Iguidi ; Lefjah fut tué à Ar- 
boussit, puits des Oulad Diman, disent les uns, à In Xid- 
bane, dit M'hammed Youra. De tous les fils de l'Emir 
Mohammed Ai-Habib et de! Fatma, il ne restait qu'Amar 
Saîoum, qui fit sa soumission à Ali Diombot. 



l'émirat des tràrzas ia ; 

Lés Ida Ou Aïch reprirent à nouveau le chemin du Ta- 
gant. Ali Diombot était proclamé Emir le jour même et 
sans contestation (1873). 



Au Diombot (1873-1886). 

Au Diombot (17), fils de Mohammed Ai-Habib et de la 
princesse Diombot, continua la politique de Sidi. Il reprit 
son vizir Khayaroum, malgré le rôle de traîtrise que celui- 
ci avait joué, Ce choix devait lui coûter la vie, treize ans plus 
tard, 

Son règne est marqué par une reprise vigoureuse du 
commerce avec les Français. Deux traités interviennent qui 
vont adapter en de nouvelles modalités les transformations 
et nécessités du commerce colonial : 

Traité du 24 août 1877 (Gouverneur Brière de ITsle), 
Les personnes, biens et propriétés des Français sont ga- 
rantis en pays trarza, et les personnes, biens et propriétés 
des Trarza sont garantis en pays français. En conséquence, 
l'Emir s'engage à , protéger, et à faire conduire à Saint- 
Louis, les marins européens qui feraient naufrage sur la 
côte trarza, et à faire respecter les bâtiments naufragés et 
leurs cargaisons. 

Acte additionnel du 2 avril 1879 (Gouverneur Brière de 
Tlsle). La traite officielle de la gomme à Dagana et à Saint- 
Louis est supprimée. Le commerce des gommes devient en- 
tièrement libre et n'est plus soumis à une réglementation de 
l'Etat français ou de l'Emir des Trarzas. 

La coutume, fixée dans le traité du 20 mai 1858 avec 
Mohammed Ai-Habib, est remplacée par une indemnité fixe 
qui sera payée à Dagana par le commandant du posté au 
début de chaque trimestre. Une part de cette indemnité est 
réservée au chems des Ida Ou Al -Hadj. 

La convention du 22 mai 1880 déterminait la quotité âû- 



128 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

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nuelle de cette indemnité. Elle était fixée à 1.200 pièces de 
guinée filature, la part de Chems étant de 200. 

Ces conventions sont tombées en désuétude avec T occu- 
pation de la Mauritanie. Elles ont fait place à une situation 
nouvelle dont on trouvera tout au long l'exposé dans la troi- 
sième partie. 

Les relations de l'Emir se conservèrent toujours excel- 
lentes avec les Français. Il protégea Soleillet, et favorisa, 
de toutes ses forces, les voyages du vaillant explorateur. Il 
repoussa toutes les sollicitations d'Abdoul Bou Bakar, le 
célèbre Almamy du Bosséa, qui voulait l'entraîner à sa suite 
dans la rébellion du Foua. Il épousa, en 1878, une fille de 
Lat Dior, Damel du Cayor, mais ne consentit à lui venir 
en aide qu'après en avoir reçu l'autorisation du Gouverneur 
du Sénégal et dans la mesure de cette autorisation. Il offrit 
à plusieurs reprises ses services au Gouverneur du Sénégal 
pour marcher contre le Marabout Mamadou Lamine, qui 
commençait à agiter le pays Sarakollé (1885). 

Cette excellente situation n'empêchait pas certains tirail- 
lements de se produire. 

Ali Diombot fut très souvent fâché des secours que les 
Français accordaient à son ennemi, l'Emir Sidi Ali des 
Brakna. Nous avions en l'Emir des Brakna un puissant 
moyen de diversion sur le Fouta, et il était naturel que 
nous en usions ; mais ce chef indigène se servit plusieurs 
fois des ressources, mises à sa disposition, pour guerroyer 
contre son voisin trarza, ce qui provoquait le mécontente- 
ment de celui-ci. 

Le passage de plusieurs fractions Taghredient sur la 
rive gauche l'indisposa aussi gravement (1880-1882). Il 
avait été convenu que tout Maure qui viendrait au Sénégal 
sans armes, et muni du cachet de l'Emir, pourrait y com- 
mercer, et faire paître à son aise. Or, le ministre de l'Emir, 
qui était le détenteur du timbre de son maître, tenait bouti- 
que d'empreintes de cachet, et les distribuait, moyennant fi- 



L EMIRAT DES TRARZAS 129 

nances, avec autant de libéralité que les Marabouts voisins 
le faisaient pour la vente de leurs amulettes. A la faveur de 
ce trafic, des fractions entières d'indigènes trarzas, mécon- 
tents du régime, vinrent s'établir au Sénégal. 

Ils étaient en règle à nos yeux, mais ne l'étaient pas à 
ceux de l'Emir, qui ignorait, comme les Français, le nœud 
de la situation, et réclamait ses gens. 

Le malentendu dura plus d'un an, et l'Emir exaspéré en 
arriva à saisir de son litige la population européenne de 
Saint-Louis et à la faire juge des mauvais procédés du Gou- 
verneur à son égard. 

L'affaire finit par s'apaiser, car les Taghredient firent 
connaître l'origine frauduleuse de leurs laissez-passer et 
réintégrèrent peu à peu le Trarza, sur les ordres du Gou- 
verneur (i er avril 1882). 

« Les tributaires qui se sont fixés définitivement sur le 
« territoire français depuis plus d'une année, qui paient 
« l'impôt aux chefs de cantons, et qui, contrairement aux 
« habitudes maures, passent l'hivernage sur la rive gau- 
« che, seront libres de rester sur le territoire français. » 

Les autres qui n'étaient pas pourvus de la carte de cir- 
culation de l'Emir étaient expulsés. 

Les mêmes difficultés devaient renaître en 1885-1886 ; 
elles furent semblablement apaisées. 

Sous ce régime et par la bonne volonté de l'Emir, les 
transactions commerciales refleurissent. Les caravanes 
Tekna, un moment arrêtées par les meurtres domestiques de 
la tente des Emirs, et par l'anarchie qui s'ensuivait, repren- 
nent le chemin du Trarza. Elles arrivent à Saint-Louis, 
portant les produits sahariens : or, plumes, peaux, cire, et 
les ouvrages de l'art maure. Elles emportent vers l'Oued 
Noun tous les comestibles et produits manufacturés, néces- 
saires à la vie des tribus. Elles avaient à payer à l'Emir 
un droit de passage (ghafer), proportionné à l'importance 
de la caravane et à la valeur des marchandises, et l'Emir 
xxxvi 9 



I30 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

devait les protéger contre tout pillage de ses Hassanes. Il 
arriva plus d'une fois que, faute par lui d'avoir empêché 
ces razzias, les Français les lui firent retrancher du mon- 
tant du ghafer, et, en cas de mauvaise volonté de sa part, 
les lui retranchaient eux-mêmes des coutumes qu'ils lui ver- 
saeint. 

Ali Diombot fit donc vigoureusement respecter la liberté 
du commerce, et on peut croire qu'il récupéra amplement 
les sommes dont il avait été contraint de se porter garant. 
Comme, d'autre part, il oubliait, en bon Emir maure, de 
partager les coutumes et contributions avec les Hassanes 
qui, à défaut de pillage, espéraient quelques miettes des 
prébendes émirales, il suscita contre sa personne des haines* 
terribles que le traître Khayarourn exploita au profit du 
jeune et ambitieux Mohammed Fal, fils de PEmir Sidi. 
Mohammed Fal oubliait les bons offices d'éducation et de 
protection que son oncle Ali n'avait cessé de lui accorder 
depuis le meurtre de son père, mais la reconnaissance n'a 
jamais été la vertu des Maures. 

Il renouvela contre l'Emir le coup classique de l'assas- 
sinat, en pleine nuit, sous la tente (2 octobre 1886). Avec 
Ali périt sa femme Maqboula, qui a laissé un souvenir 
extraordinaire de justice et d'habileté politique dans toute 
la région, ainsi qu'un de leurs enfants. 

Elle était la fille d'un Cheikh des Oulad Delim : Athimin 
ould Amor, chef des Oulad Ba Amar (Rio de Oro) . 

Il est courant, en effet, de voir chez les Trarzas les femmes 
se mêler à toutes les manifestations de la vie publique, so- 
ciale ou privée de la tribu.* Il est admis qu'en cas d'absence 
du mari, c'est elle qui le remplace, reçoit les hôtes, te 
héberge, écoute et tranche leurs aifaiçes:. Maqboula était le 
premier ministre de son mari. Elle tut d'ailleurs tuée in- 
volontairement, les conjures ayant fait feu dans îa tente de 
F Emir, sans savoir qu'elle y fut. 

Avec Ali Diombot, nous perdions un Emir sympathique, 



l'émirat des tr arzàs 131 

et sur lequel, au surplus, grâce à son origine maternelle 
ouoîofe, nous avions facilement barre. 



Mohammed Fae (1886). 

Mohammed Fal (18), fils de Sidi, fils de Mohammed Ai- 
Habib, se proclama aussitôt Emir, mais son règne devait 
être de courte durée. 

Il se heurte, dès le' premier jour, à l'hostilité de la plu« 
part des tribus guerrières et maraboutiques. 

Le jeune Ahmed Saloum, fils de F Emir assassiné, s'en- 
fuit à Saint-Louis, où il recueillit des subsides et des gens, 
se fit donner des auxiliaires par Yamar Ndiadié, chef du 
Oualo, et constitua une mehalla qui pilla les campements 
ralliés à son cousin. 

Amar Saloum, frère de la victime et le dernier des fils de 
Mohammed Ai-Habib, estima que, * selon l'ordre de la dévo- 
lution successorale de l'émirat, c'était à lui, frère, à ceindre 
la culotte blanche, avant qu'elle ne revînt au fils aîné du 
frère aîné. Retiré chez son oncle maternel, Mokhtar ould 
Mohammed ould Sid Ahmed, Cheikh des Oulad Daman, 
il groupa tous les mécontents, réussit à attirer à lui le vizir 
Khayaroum, qui avait déjà travaillé pour son frère germain 
Ahmed Saloum I er , et qui, pour rester fidèle à ses prin- 
cipes, se hâta de trahir son nouveau maître, Mohammed 
Fal, encore qu'il eût été nommé par lui grand vizir « jus- 
qu'au jugement dernier ». 

Tous ces partis entrèrent aussitôt en lutte. Les frères de 
l'Emir, Ahmed ould Deïd et Baba, furent successivement 
tués, Ahmed Deïd a laissé un grand renom de justice, et 
on le chante encore en tribu. Comme on avait, caché sa mort 
et dissimulé le lieu de sa sépulture, ou a cru longtemps 
'qu'il n'avait été que blesie et qu'il allait réapparaître 
Après des alternatives de succès et de revers, Amar Saloum 
battit complètement, en décembre 1886, les partisans de 



132 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

l'Emir, mais ne put le prendre. Il décida de faire appel à, 
la ruse et fit répandre le bruit qu'il était disposé à une com- 
plète réconciliation. Il s'engageait même à reconnaître son 
adversaire comme Emir, moyennant certaines conditions à 
débattre. Il exigeait toutefois que Mohammed Fal vint le 
trouver dans son campement, sis en face de Dagana, pour 
parfaire l'entente. Poussé par ses gens qui étaient las de 
la guerre, et d'un caractère audacieux, l'Emir s'y rendit et 
reçut un accueil empressé. Le soir même, il était assassiné 
à coups de feu sous sa tente. 

Il laissait deux fils : Sidi, aujourd'hui en dissidence, chez 
les Ahel Ma el-Aïnin (Hinterland maroco-maure) , et Ahmed 
ould Deïd, chef du groupement des Hassanes de Bou Tili- 
mit, et dont la situation est étudiée infrà. 

Amar Saloum (1886-1891). 

Débarrassé de son compétiteur, Amar Saloum (iq), le; 
dernier des fils de Mohammed Ai-Habib, revêtit la culotte 
blanche. Il restait sans concurrent. Les fils et petits-fils de 
ses frères étaient tous en bas-âge, et personne chez les Ou- 
lad Ahmed ben Daman n'était en état de prétendre à l'émi- 
rat. Quant aux Oulad Daman, ils étaient à sa dévotion, car 
sa mère Fatma était la fille de Mohammed ben Ahmed, 
leur ancien Cheikh, et ses cousins étaient les Cheikhs ac- 
tuels. 

Il devait d'ailleurs renforcer ces liens d'amitié par des 
mariages successifs avec des femmes dâmâniat, d'abord 
avec Fatma ment Belkharas, ensuite avec Fatma ment 
Mohammed ould Sid Ahmed, Cheikh des Ouled Daman. 

C'est ainsi que, s'inféodant de plus en plus à la politique 
et aux intérêts des Oulad Daman, il s'aliéna peu à peu la 
plus grande partie des Oulad Ahmed ben Daman. 

Amar Saloum vécut en bons termes avec l'autorité fran- 
çaise de Saint-Louis, on pensa tenter avec son aide aux di- 



L EMIRAT DES TRARZAS 133 

versions contre les alliés maures des Toucouleurs rebelles. 
On lui adressa à pluseiurs reprises des subsides pour le 
lancer contre Bakar ould Soueïd Ahmed, Emir des Ida Ou 
Aïch, qui, de 1889 à 1891, donnait asile à Abdoul Bou 
Bakar, Almamy du Bosséa, et à Ali Bouri, Bourba du 
Diolof, passés sur la rive maure et supposant de toutes 
leurs forces à la conquête française du Fouta. Mais Amar 
Saloum, qui se débattait au milieu de difficultés intestines, 
ne nous fut pas d'un grand secours. Il esquissa quelques 
razzias chez les Ida Ou Aïch, et revint bien vite essoufflé 
dans le Trarza. 

Il se méfiait, en effet, de l'ambition naissante de son jeune 
neveu Ahmed Saloum, fils d'Ali Diombot, qui, assisté de 
Khayaroum, commençait à s'agiter. Ahmed Saloum gagna 
Saint-Louis au début de 1891 et sollicita la protection du 
Gouverneur du Sénégal. L'Emir qui craignait qu'on ne re- 
connut son rival, se hâta de la demander aussi. Le Gouver- 
neur, voulant régler lui-même la question, monta à Richard - 
Toll et fixa un rendez-vous aux deux parties. Mais Amar 
Saloum, trompé par Khayaroum, ne vint pas ; et le Gou- 
verneur, las d'attendre, et trompé aussi par les faux rap- 
ports de Kha\'aroum, déclara publiquement qu'il ne recon- 
naissait plus Amar Saloum comme Emir et que sa protec- 
tion et ses subsides allaient à Ahmed Saloum. 

Le fils d'Ali Diombot fut à la hauteur de la situation. 
Il rassembla ses partisans maures, recruta des contingents 
chez les noirs du Oualo, ses parents maternels, se fit don- 
ner des subsides par les Français, prit l'inévitable Khaya- 
roum comme vizir, et entama aussitôt la lutte contre Amar 
Saloum. 

Ahmed Saloum II (1891-1905). 

Privé de l'appui officiel du Gouvernement français, Amar 
Saloum ne tarda pas à se voir abandonné par le plus grand 



134 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

nombre des Oulad Ahmed ben Daman. Khayaroum notam- 
ment, fut l'un des premiers à passer avec sa fraction au 
parti du prétendant. Fort de l'assentiment général, Ahmed 
Saloum ould Amar (20) revêtit la culotte blanche et fut pro- 
clamé solennellement Emir dans la plupart des fractions en 
septembre 1891. Le S octobre suivant, il raffermissait sa 
situation, en signant un traité avec l'autorité française. 
Cette autorité cherchait à attirer vers Saint-Louis les pro- 
duits de la région maure et à faciliter à ses sujets noirs du 
Oualo le passage sur la rive droite pour cultiver les excel- 
lents terrains d'inondation du Chamama. 

En échange de cette double liberté du commerce et des 
cultures, le Gouvernement le reconnaissait comme Emir et 
lui payait une coutume annuelle de 2.000 pièces de guinée. 

Les principales dispositions de ce traité en ce qui concerne 
la nouvelle situation politique des Trarzas étaient les sui- 
vantes : 

« L'autorité française reconnaît Ahmed Saloum, fils d'Alî 
a Diombot, comme roi des Trarzas, et, en cas de mort, re- 
« fuse de connaître le nouvel élu, s'il a assassiné ou fait as- 
« sassiner son prédécesseur dans le but de le remplacer. 

« Ahmed Saloum agissant en son nom, au nom de tous 
« ses successeurs, au nom des principaux princes et de tous 
« leurs descendants, demande à ce que les Maures du Trarza 
« soient placés sous le protectorat de la France. Nécessité de 
« concorde entre tous les pa^rs soumis au protectorat de la 
« France (Noirs et Maures), et règlement des contestations 
« t par le Gouverneur du Sénégal. 

« Si les Maures trarzas sont attaqués par des pays non 
« soumis au protectorat de la France, le Gouverneur du Sé- 
« négal les fera, autant que les circonstances le permettront, 
« soutenir soit par des chefs des pays de protectorat de la 
« rive gauche, soit par d'autres tribus maures. 

« Hors le cas d'attaque, les Maures trarzas ne doivent 
« faire la guerre à aucun pays sans l'autorisation du Goû- 
te verneur du Sénégal. 



L EMIRAT DES TRARZAS 13^ 

« Dans le cas d'une action commune, les contingents in- 
« digènes de la rive gauche et des Trarzas seront placés 
« sous la haute autorité d'un officier ou fonctionnaire fran- 
« eais. 

« Si les troupes françaises sont envoyées au secours des 
« Maures trarzas, la direction des opérations militaires ap- 
« partient de droit au Commandant de la colonie française. » 

Les conventions du 25 mai 1892, du 10 septembre 1894 
et du 29 juillet 1895, passées entre l'Emir et le Brak du 
Oualo, Yamar Mbôdj, sous les auspices de l'autorité fran- 
çaise, complétaient ces négociations. Il était dit en sub- 
stance que : les indigènes de la rive gauche sont autori- 
« ses à cultiver les terrains d'alluvion qui s'étendent sur 
« la rive droite, depuis le marigot des maringouins jusqu'à 
« et y compris Dar es-Salam. Ils peuvent s'établir pen- 
ce dant toute la durée des cultures sur leurs lougans, mais 
« cette culture terminée, ils doivent revenir sur la rive 
« gauche. v 

« L'Administrateur du cercle de Dagana doit seul régler 
« les différends qui pourraient s'élever entre les Noirs éta- 
it blis sur la rive gauche et les Maures Trarzas. 

« La redevance Bakh ou Massar continuera à être perçue 
« sur les cultivateurs de la rive droite d'après les mêmes 
« tarifs par le passé et par les soins des percepteurs maures. 

Les relations de l'Emir avec les Français devaient rester 
bonnes dans leur ensemble, malgré l'assassinat de l'admi- 
nistrateur Vincent en face de Dagana, le 24 février 1894, 
par le demi-frère d'Ahmed Saloum, Mohammed Bou Raz. 
Ce meurtre n'avait aucun caractère politique. L'assassin 
fut mis à mort, la même année, par Khayaroum, près du 
campement de Cheikh Sidïa. 

Il ne restait à Ahmed Saloum II qu'à se débarrasser de son 
rival. Les nombreux combats qu'il lui livra restèrent prati- 
quement sans résultats, jusqu'à ce qu'enfin en septembre 
1893, Amar Saloum se laisse cerner sur le rivage de la mer 



136 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

à Goueïch. Il essaya de fuir à la faveur de l'escarmouche, 
mais, rejoint par le vizir Khayaroum et son goum, il fut tué 
d'un coup de feu par Mohammed ould Souidi Al-Mokhtar 
ould Droïga des Oulas Seiid, sur la plage de Djioua (14 sep- 
tembre 1893). 

Ahmed Saloum II était le fils d'Ali Diombot, deuxième 
fils de Mohammed Ai-Habib. On a vu plus haut que l'Emir 
Ali Diombot avait été assassiné, en 1896, par Mohammed 
Fal, fils de Sidi Mbaïika, premier fils de Mohammed Ai- 
Habib. Mohammed Fal avait disparu, trois mois après, as- 
sassiné à son tour par son oncle Âmar Saloum, mais l'ini- 
mitié la plus farouche subsistait entre la, branche aînée et 
la branche cadette, dont Ahmed Saloum II était le repré- 
sentant. La branche aînée était représentée, en 1893, P ar 
Sidi et Ahmed ould Deïd, tous deux fils de Mohammed 
Firl, âgée respectivement de 13 et de 12 ans. Leur jeune 
âge les rendait peu dangereux et Ahmed Saloum II put 
régner en paix jusqu'en 1898, époque où Sidi commença à 
s'agiter. 

Les intrigues de Khayaroum ould Mokhtar n'y étaient 
pas étrangères : l'Emir crut y mettre un terme, eu pronon- 
çant la destitution du vizir. C'était se faire un ennemi dé- 
claré, et Khayaroum passa aussitôt au camp de Sidi avec 
tous ses gens. 

Par ailleurs, Ahmed Saloum II avait perdu une grande 
partie de sa popularité, en épousant Fatma ment Sidi Ali, 
sœur de l'émir des Brakna, Ahmeddou. Sa première femme 
Miriam, fille de Brahim Khalil, des Oulad Ahmed ben Da- 
man, se retira dans sa. famille, à l'instigation des siens. Cette 
fraction, ulcérée, passa aussi au parti de Sidi, sans voir les 
tion, ulcérée, passa aussi au parti de Sidi, sans voir les 
avantages de paix que cette alliance familiale entre les deux 
Emirs trarza et brakna procurait à toute la région. 

Enfin l'assassinat d'Ahmed Bouna, oncle maternel de Sidi 
et d'Ahmed ould Deïd, que l'Emir fit commettre en 1898 par 



L EMIRAT DES TRÂRZAS 137 

son jeune cousin (Ahmed Saloum III), pour se venger de 
cet individu qui avait coopéré à l'assassinat d'Ali Diombot, 
son père, acheva de lui aliéner les dernières sympathies Ou- 
lad Ahmed ben Daman. 

Entre temps, sa domination, passablement tyrannique, 
soulevait contre lui les tributaires Rehahla. Ceux-ci, pres- 
surés à l'excès, refusèrent de s'acquitter de leurs horma, 
blessèrent Amar, frères de l'Emir, qui était venu les sou- 
mettre et s'enfuirent dans le Tagant. Ils finirent toutefois 
nar revenir en 1900. 

La lutte va se circonscrire à partir de 1899 entre Ahmed 
Saloum II, l'Emir reconnu par la France, et Sidi, fils de 
Mohammed Fal, prétendant à l'émirat, et appuyé par la ma- 
jorité des guerriers Oulad Ahmed ben Daman et surtout Ou- 
lad Daman. 

Sidi, que l'assassinat d'Ahmed Bouna rendait prudent, 
établit son quartier général à Dagana sur le fleuve, hors 
des atteintes de l'Emir. Les années 1900 et 190 1 se passè- 
rent en escarmouches sans conséquences, mais en novem- 
bre 1901, Sidi ayant réussi à grouper ses propres partisans 
avec les contingents commandés par Khayaroum, et le goum 
Oulad Daman, commandé par Mohammed, le fils d'Ahmed 
Bouna, surprit le campement de l'Emir et le détruisit en par- 
tie. Sidi Diao, frère d'Ahmed Saloum II, resta sur le carreau. 
L'Emir lui-même fut battu quelques jours après et recula jus- 
qu'à Ndiago, cependant que Sidi venait lui fermer l'accès du 
Trarza en s' établissant sur le marigot des Maringouins. 



CHAPITRE VIII 

L'Occupation française. 

L — Les Essais de Protectorat français avec 
Ahmed Saloum II (1901-1905). 

En présence de ces luttes et compétitions qui rendaient 
sans valeur les traités de commerce passés avec le Trarza, 
le Gouvernement français va prendre une attitude plus ac- 
tive. Sa politique est d'abord de soutenir l'Emir officiel et 
ami, signataire des traités. Yamar Mbodj, Brak du Oualo, 
passe le fleuve, avec ses contingents ouolofs,, et uni à là 
petite troupe d'Ahmed Saloum II, bat Sidi, le déloge de 
ses positions et le rejette en désordre sur le territoire 
brakna (janveir 1992). Puis il rentre au Sénégal. L'Emir 
ne sut pas profiter de ces avantages, et, dès le mois de fé- 
vrier, se laissait de nouveau surprendre à Khêo. Il ne dut 
la vie qu'à la rapidité de sa fuite, mais tous ses biens tom- 
bèrent entre les mains de Sidi. 

Notre politique d'intervention s'accentue encore : un pe- 
tit détachement se porte sur le lac Reqiz (lac Cayor des 
Noirs), à Souet el-Ma ; et des tentatives de conciliation 
sont effectuées entre les deux chefs maures (mai 1902), 
mais elles s'aboutissent pas. Devant notre volonté bien ar- 
rêtée de maintenir Ahmed Saloum II en fonctions, Sidi 
déçu se dérobe, et les combats recommencent. 

C'est alors que l'autorité française comprend la nécessité 
d'une action directe et suivie en Mauritanie. Elle disjoint 
les pays maures du Sénégal et les place sous l'autorité 
spéciale d'un Commissaire du Gouvernement Général (été 
1902). Coppolani fut ce premier représentant. Dépassant 
la personnalité des Emirs et prétendants, il inaugure avec 
succès une nouvelle politique : la politique de tribus. 



L EMIRAT DES TRARZAS 139 

Muni de quelques troupes indigènes régulières et de con- 
tingents d'auxiliaires noirs du Oualo et du Gandiolais, il 
établit parallèlement au fleuve, les postes de Ndiago, ci • 
Biak, et de Souet el-Ma pour prendre le premier contact 
avec les fractions et tenter sa politique d'apaisement à la- 
quelle les Oulad Bon Sba du Sud, d'abord, puis toutes les 
tribus maraboutiques, répondent successivement. Entre 
temps et pour prendre conscience de la force réelle de 
l'Emir, il l'invite à concentrer tous ses fidèles. De Garak, à 
la fin de décembre 1902, Ahmed Saloum II lance des procla- 
mations à toutes les fractions de son commandement. L'ex- 
périence est concluante : un grand nombre d' Oulad Ahmed 
ben Daman et la grande majorité des Oulad Daman, in- 
féodés à Sidi, s'agitent et dans des assemblées tumultueuses, 
protestent contre cette ingérence des Français en faveur 
d'Ahmed Saloum II. Ils déclarent ne pas vouloir d'autre 
chef que le fils de Mohammed Fal, qui revêt sans tarder 
la culotte blanche. 

L'intervention officieuse de Cheikh Sidïa et de Cheikh 
vSaad Bouh les ramena au calme, cependant qu'à Dagana, en 
des palabres confus, Coppolani cherchait à obtenir l'abdica- 
tion de l'Emir. 

Ahmed Saloum établit alors ses campements tantôt à 
Khéo, tantôt à Garak, en arrière de la ligne des postes 
français, et s'y terre immobile, attendant la suite des évé- 
nements. Au nord, les partisans de Sidi restent aussi dans 
l'attente. 

Poursuivant sa politique d'entente avec les tribus mara- 
boutiques, Coppolani reçoit successivement la commission 
des Oulad Dîman, des Tendgha, des Tadjakant. Parti le 
15 décembre 1902 de Souet el-Ma, il s'avance progressive- 
ment dans l'intérieur fondant des postes à Khroufa et à 
Nouakchot (janvier-février 1903). Il travaille enfin à grou- 
per autour de lui les principaux chefs des guerriers trarzas 
et prend à sa solde comme chefs d' irréguliers, Khayaroum, 



Ï40 REVUE DU MONDE MUSULMAN < 

Othman ould Brahim Khalil, et Bou Bakar Ciré, qui grou- 
pent momentanément sous leurs ordres la majorité des 
guerriers Oulad Ahmed ben Daman. La mission s'embar- 
que en février 1903 à Nouakchot et revient par voie de 
mer à Saint-Louis. 

Ces succès des Français inquiètent les deux Emirs et 
ont pour conséquence inattendue de les rapprocher. Ahmed 
Saloum II, ancré dans la volonté de* conserver intactes sa 
situation et ses prérogatives émirales, repousse les avances 
de Coppolani et s'échappe vers le Tell, chez les Oùlad Bou 
Sba, du Nord, Sidi, pour se montrer conciliant à son tour» 
abandonne la culotte blanche, indiquant par là aux tribus 
qu'il fait taire, momentanément au moins, ses ambitions 
politiques et cède le pas à l'Emir en fonctions. 

Les campements des deux prétendants, dont les parti- 
sans d'ailleurs passent fréquemment et avec la plus par- 
faite indépendance d'un bord à l'autre, entament des pour- 
parlers entre eux, et cherchant un terrain d'entente dans 
la victoire, envisagent une surprise du poste de Nouakchot 
(novembre 1903). Pour éviter de s'aliéner Khayaroum et 
ses gens, ils les avertissent de leurs desseins et leur font 
dire de déloger du poste pendant quelques jours. Mais 
Khayaroum, dont l'intérêt se conciliait alors avec la fidé- 
lité aux Français, rend compte de ces faits au chef de poste, 
et la surprise et l'attaque deviennent impossibles. 

Coppolani s'efforce alors de dissocier ces forces hostiles, 
et veut attirer à lui Sidi qui paraissait réunir le plus 
grand nombre de partisans. D'ailleurs, Sicfr et ses Oulad 
Daman étaient les alliés de Cheikh Sidïa dans ses luttes 
contre les Dieïdiba et les Oulad Bou Sba, tandis qu'Ahmed 
Saloum II et ses Oulad Ahmed ben Daman lui avaient 
toujours été hostiles et s'appuyaient au point de vue reli- 
gieuse sur Saad Bouh et les Fadelïa. A ce moment-là même 
(commencement 1904), Ahmed Saloum n'était-il pas retiré 
chez les Oulad Bou Sba, ennemis irréductibles du Cheikh 



L EMIRAT DES TRARZAS 141 

et qui allaient lui infliger, un an après, une défaite reten- 
tissante? 

Sidi, fortement influencé par Cheikh Sidïa, répond avec 
empressement aux offres de Coppolani. Il abandonne les 
tentatives d'action commune avec l'Emir, se prononce, le 
13 mars 1904, en faveur des Français, et revêt à nouveau 
la culotte blanche. Peu après (été 1904), il se rend à Saint- 
Louis. Mais lui aussi se montre intraitable dans ses pré- 
tentions. Ne comprenant pas les changements que la pré- 
sence des Français dans le pays et leur politique agissante 
apportait à la situation générale, il entend dicter ses con- 
ditions en souverain indépendant. Cette tentative de rap- 
prochement reste donc sans résultat, et rentré dans le bled 
en fin 1904, Sidi voile sa déception sous une attitude hostile, 
et reprend la conversation avec l'Emir Ahmed Saloum. 

Par suite de cet habile jeu de balance politique, l'année 
1904 fut relativement calme. La principale tâche de l'oc- 
cupation française est d'assurer la protection des tribus 
zouaïa, absolument incapables de se défendre contre les 
rezzous hassanes et les Oulad Bou Sba. Les faits les plus 
marquants sont deux petits combats livrés le 12 mars, à Ta- 
guihilet, et le 13 mars, près de Souet el-Ma ; une magni- 
fique randonnée du capitaine Frèrejean, qui, du 17 au 
31 mars, dispersa les bandes trarzas d'Ahmed Saloum et de 
ses frères, et, Oulad Bou Sba de Sidi Abdallah ould Bou 
Alïa Kahla, détruisit leurs campements et rejeta tout le 
monde vers le Nord et l'Est (un chef trarza des plus F a- 
meux, Mokhtar Oumou, était tué dans ces combats, ainsi 
que plusieurs indigènes de l'Adrar, venus dans le Sud 
pour faire la guerre sainte et quérir du butin) ; et enfin 
un combat livré contre une bande de 200 Oulad Bou Sba, 
au Nord de Souet el-Ma, par le détachement Rosfelder. 
Quinze djicheurs sont tués, leurs armes prises, et les cha- 
meaux razziés sont rendus à leurs propriétaires (mai 1904). 
Peu après, le poste de Bou Tilimit est fondé, et devient le 



142 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

chef -lieu de la Résidence du Trarza Oriental, cependant 
que Biakh restait le. chef-lieu de la Résidence du .Trarza 
occidental. 

Les pourparlers engagés entre Ahmed Saloum II et Sidi 
aboutissent en janvier 1905. Les deux chefs font leur jonc- 
tion, et s'offrent la gloire, pour sceller leur réconciliation, 
de brûler quelques cases qui constituaient le poste de 
Khroufa, qu'on venait d'abandonner pour renforcer Nouak- 
chot. C'est à ce dernier poste que revient dès lors le soin : 
au sud, de battre l'estrade avec les goums fidèles, mais 
réduits, de Khayaroum et d'Othman, pour défendre le 
Chemama contre les rezzous ; au Nord, d'assurer la pro- 
tection de la mission ichthyologique Grave! . 

Cette réconciliation des deux chefs hassanes et l'ouver- 
ture des hostilités produisit un fâcheux effet moral, d'au- 
tant plus que les sympathies qui les unissaient aux Ouiad 
Bou Sba du Nord augmentaient sérieusement leur coeffi- 
cient d'agression. Ceux-ci pouvaient leur prêter un concours 
efficace, moins peut-être par des contingents d'hommes et 
des ventes d'armes et de munitions, que par le refuge qu'ils 
leur assuraient après leurs courses et par les rezzous qu'ils 
opéraient eux-mêmes et pour leur propre compte sur les 
ennemis des dissidents. 

Cependant, ces concours étaient trop aléatoires, ces al- 
liances de tribus et de personnalités trop contraires aux 
vieilles traditions d'inimitié et de luttes intestines pour pou- 
voir subsister. D'autre part, la région était solidement oc- 
cupée ; les Zouaïa se sentant protégés ne se laissaient plus 
piller sans crier haro, et fournissaient, secrètement au 
moins, d'utiles renseignements sur la marche des rezzous, 
nous permettant enfin une action efficace. Tout porte à 
croire que Sidi et Ahmed Saloum , se rendant parfaitement 
coopte, de l'état de choses, ne s'étaient, réconciliés que pour 
mieux se surveiller. Chacun avait plus ou moins l'intention 
secrète de se débarrasser au plus tôt de son adversaire, et 



l'émirat des trarzas 143 

de se présenter ensuite à F autorité française comme seul 
émir possible du Trarza. La solution était donc imminente. 

Ce fut le dernier acte politique de Coppolani, qui passe à 
Bou Tilimit en janvier 1908, de hâter cette solution, 
Cheikh Sidïa s'employa aux négociations secrètes avec son 
dévoûment accoutumé. Ce fut Ahmed Saloum II, qui prit 
les devants : Au lendemain même de ce mois de février 
1906, qui vit la sanglante défaite des Telamides Oulad Biri 
par les Oulad Bou Sba, suivie des pillages effectués sur 
les Ida Ou Ali et les Ida Bel-Hassen (12 février) et sur les 
Id Ag Chella (15 février) par les bandes Buleb et Oulad 
Bou Sba, et qui jeta dans le trouble tout le Trarza Oriental, 
l'Emir envoyait des messagers au Cheikh pour solliciter 
son intervention officielle auprès des Français et faire part 
de ses désirs d'entente. De ce fait, la situation était immé- 
diatement rassérénée. 

Cependant qu'Ahmed Saloum rassemblait ses djemaas et 
par de nombreux palabres travaillait à les convaincre de 
la nécessité de la soumission, Sidi sentant que l'initiative 
de son rival lui faisait perdre ses propres chances de suc- 
cès, se hâtait d'exécuter une décision longuement mûrie. 
Ahmed Saloum II s'était présenté lui-même à Bou Tilimit, 
le 13 avril 1905, sous les auspices de Cheikh Sidïa pour 
faire sa soumission personnelle et annoncer la venue pro- 
chaine des fractions trarzas. 

Rentré à son campement, il était assassiné, cinq jours 
après, le 18 avril 1905, au puits de Nouakel, à trois jours 
de marche au Nord de Bou Tilimit, par Ahmed oulcî Beïd 
et Samba ould Ahmed ould Sidi Mbaïrika, k premier, frère; 
k second, cousin germain de Sidi. Les meurtriers s'éloi- 
gnaient en hâte pour aller demander, le lendemain, T hospi- 
talité k Amar, frère, de l'Emir /qui ignorait encore sa mort, 
est> au mileiu de la nuit, ils F assassinaient dans son som- 
meil, d'un coup de feu. Après quoi, ils prenaient la fuite 
vers 1e Nord. 

Cette disparition de celui qui, en somme, depuis quatorze 



144 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ans était l'Emir officiel du Trarza et qui, las (T intrigues, 
inquiet pour l'avenir, travaillé à point, arrivait enfin à la 
botte, était un coup sensible pour la politique de Coppo- 
lani. Il n'eut pas le temps de remédier à la situation et sui- 
vit de près Ahmed Saloum II dans la tombe, assassiné lui- 
même à Tijikja, le 12 mai 1905.. .. . 

On a beaucoup épilogue sur le meurtre de l'Emir Ahmed 
Saloum. On a prêté à Sidi des vues politiques, profondes 
qui auraient fait de lui une sorte de héros national, ordon- 
nant la disparition de l'Emir, au moment où celui-ci allait 
définitivement passer au parti des Français. Il n'en est rien 
évidemment, et les Maures intéressés ne voient pas si loin. 
Sidi a fait assassiner Ahmed Saloum, d'abord par ven- 
geance, parce que celui-ci avait vingt ans plus tôt, tué 
Mohammed Fal, père de Sidi, ensuite parce que la récon- 
ciliation officielle de l'Emir et des Français confirmait offi- 
ciellement la prépondérance d'Ahmed Saloum et détruisait 
les derniers espoirs du prétendant Sidi. Cela est si vrai 
qu'au lendemain même de la mort d'Ahmed Saloum, le héros 
national, Sidi, faisait immédiatement entamer à Bou Tilimit 
par Cheikh Sidïa des pourparlers secrets, pour être envoyé 
en possession de l'héritage politique^ de l'Emir assassiné. 

Son système consista simplement à simuler la plus pro- 
fonde douleur de la mort tragique de son cousin. Il désavoua 
son frère Ahmed, l'auteur du crime, et vint se jeter en 
grand apparat dans les bras de Cheikh Sidïa, déposant à 
ses pieds le fusil du guerrier et demandant qu'on lui passât 
au cou le chapelet du Taleb et qu'on le considérât comme 
« revenu à Dieu » (taïb). Quelques jours plus tard, la co- 
médie se terminait par une grande réception des Oulad Da- 
man, ses partisans, qui le suppliaient de revenir sur sa dé- 
cision : il ne résista pas à ces supplications et reprit son 
fusil. Sa non-participation au crime était ainsi établie, et 
l'entrée en matière des négociations était toute trouvée. 

Le 28 avril, Saad Bouh faisait connaître que la famille 




*:,- 



Abou Médiana, 
Gendre de Cheikh Sidïa 



L EMIRAT DES TRARZAS 145 

d'Ahmed Saloum II, réfugiée dans son campement, deman- 
dait à confier sa vie et ses biens à F autorité française. Celle- 
ci pour mettre un terme à ces assassinats, acceptait de pren- 
dre sous sa protection les héritiers de l'Emir disparu, à con- 
dition que les troupeaux razziés aux marabouts leur se- 
raient restitués et que ses partisans nous prêteraient un con- 
cours effectif. 

II. — L'Administration directe (1905- 19 10) 

La succession politique d'Ahmed Saloum II était immé- 
diatement briguée par le jeune Ahmed Saloum ould Brahim 
ould Mohammed Ai-Habib, cousin germain de l'Emir défunt, 
cousin, au cinquième degré du prétendant Sidi. Dès que la 
nouvelle de l'assassinat de l'Emir et de son frère lui fut 
parvenue, il devina parfaitement ce qui l'attendait, s'il ne 
prenait pas ses précautions et se réfugia chez les fractions 
fidèles Oulad Beniouk et Zomboti. Il était temps, car la 
bande d'Ould Deid arrivait. Les deux troupes se heurtèrent 
au marigot de Teniader, près de Garak (mai 1905). Les 
haratines d'Ahmed Saloum II, qui avaient été incorporés 
d'office dans le camp d'Ahmed ould Deïd, lâchèrent pied 
pendant le combat et passèrent à l'ami de leur ancien maître. 
Ahmed Saloum ould Brahim remporta donc la victoire et 
ayant mis en fuite Ould Deïd, vint immédiatement faire sa 
soumission au poste de Biakh (mai 1905). 

Ahmed Saloum ould Brahim Saloum (l'actuel Emir 
Ahmed Saloum III), alors âgé de 23 ans, n'était connu que 
pour être un des actifs lieutenants de son prédécesseur. Il 
avait pillé à plusieurs reprises les tribus maraboutiques, et 
s'était heurté, quelques mois auparavant, à un détachement 
de tirailleurs sénégalais à Djibounou. Il s'appuyait sur les 
partisans d'Ahmed Saloum II, à savoîrlà plus grande partie 
des Oulad Ahmed ben Daman et une fraction d'Euleb, sur 
les Oulad Beniouk, les Zomboti et les Zeilouïa, les Ahel Ag 
xxxvi 10 



146 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Moutar, les haratines Ahel Cherqi, et les Rehahla,. toutes 
fractions du Trarza Occidental. Sidi groupait derrière lui 
la plupart dès Oulad Daman et des Euleb (fractions Oulad 
Mohammed" et KoHel), ainsi que les Ouled Bou Ali, Aroueï- 
jat, Eoubbeïdàt, Tàghredient et Oulad 1 Agçhar,, concentrés 
dans la partie orientale du Trarza. JCes marabouts eux-mêmes 
ne manquent pas de s'en mêler et soutiennent de leurs in- 
trigues et de leurs bénédictions, chacun leur candidat : Saad 
Bouh est aux côtés d'Ahmed Saloum, et Cheikh Sidïa marche 
avec Sidi. 

Lva lutte allait donc continuer ardente entre les- deux pré- 
tendants, et, chose plus grave, s'étendre aux autorités fran- 
çaises des deux Trarza. Les résidents de Biakh (Trarza Occi- 
dental) et de Bou Tilimit (Trarza Oriental) pernnent fait et 
cause pour leur prétendant respectif. Biakh fait du recrute- 
ment pour Ahmed Saloum ; Bou Tilimit fait marcher ses 
troupes indigènes contre le candidat de Biakh ; elles razzient 
lès tribus qui lui ont fourni des hommes et viennent camper 
à Khéo dans une attitude menaçante. « Pour ces deux rési- 
« dents, là politique du pays était inévitablement synthé- 
« tiséè par là rivalité' de Sidi et d'Ahmed Saloum ould 
« Brahim. Chaque résident, prenant en conscience les- inté- 
rêts particuliers de sa région et manquant de direction -d'en- 
« semblé, était fatalement entraîné à en épouser les > que= 
« reliés, en sorte que le différend personnel entre Sidi et 
« Ahmed Saloum est devenu comme le symbole de la riva- 
« lité dès deux résidents ; et là où il fallait intéresser pour 
« concilier, tout a été" mis en œuvre pour exciter les adver- 
« saires, accentuer les animosités et augmenter le dé- 
« sordre (ï). 

Il ne fallut rien moins que l'intervention personnelle de 
M: Adam, Commissaire p. i. du Gouvernement Général en 



( 1 ) Rapport dii? * Commissaire! de 1 a Mauritanie âtr Gouverneur Géné- 
ral, en date du 6 février 1906. 



L EMIRAT DES TRARZAS 147 

Mauritanie, et son voyage sur .ks lieux, pour faire cesser 
ces rivalités ridicules. Il recevait, le 30 juin 1905, le préten- 
dant Ahmed Saloum et lui intimait l'ordre de cesser toute 
lutte avec Sidi et de fixer son campement en tel point qu'on 
lui désignerait. En même temps, il exécuterait sa mission de 
police à notre compte, tout en assurant la protection des tri- 
bus maraboutiques soumises, qu'en allant percevoir l'impôt 
sur les tribus maraboutiques qui, trop éloignées du poste, 
apportaient la plus mauvaise volonté à s'acquitter de ce de- 
voir. Pendant cette première année d'épreuve, il pouvait per- 
cevoir pour son propre compte la redevance bakh sur ses 
Zenaga. 

Cette concession finale était contraire à la politique de 
Coppolani ; elle était cependant nécessitée par l'obligation de 
faire vivre Ahmed Saloum et ses cinq cents guerriers exté- 
nués, sous peine de les voir recommencer leurs pillages. Elle 
était d'ailleurs provisoire en principe, mais la justification de 
ce maintien des coutumes éclate aux yeux, puisqu'elles sub- 
sistent encore en 1915 et qu'on. cherche toujours sa solutoin, 
satisfaisante pour tout le. monde. 

Quant au versement de l'impôt zakat par les guerriers,, il 
fallut l'écarter, quand on comprit que les gens, aussi pieu mu- 
sulmans que possible, repartiraient en dissidence plutôt que 
d'accepter cette condition, pourtant d'origine religieuse. 
Ahmed. Saloum avouait lui-même que seule l'occupation fran- 
çaise de l'Adrar, en coupant les derrières du Trarza, per- 
mettrait à l'autorité d'imposer sans réserves ses volontés aux 
Hassanes de la région. 

Ahmed Saloum revêtait aussitôt la culotte Manche • de 
l'émirat. 

Ces palabres de Garak jetèrent Sidi et ses partisans dans 
la consternation. C'était là un merveilleux exercice d'assou- 
plissement moral. Le mot de Coppolani se vérifiait de tous 
points : « Si Ahmed Saloum n'existait pas, il faudrait l'inven- 
ter. » Déjà, la veille de cette réunion de Garak, Sidi avait 



; 148 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

expédié son frère Ahmed ould Deïd à Dikten, sur le neuve, 
pour demander à M. Adam une entrevue officielle à Saint- 
Louis. Elle lui était refusée et il était convoqué à Podor pour 
les premiers jours d'août. 

Travaillé par Cheikh Sidïa, Sidi accepta sans difficultés, 
le 4 août 1905, les conditions qui lui furent présentées et qui 
étaient les mêmes que celles qui avaient été imposées à son 
rival. 

Ainsi donc, à la mort de Ahmed Saloum II (1905), il n'y 
a plus d'Emir en titre, mais deux chefs, portant tous deux 
la culotte blanche, s' appuyant sur deux partis hassanes et 
zouaïa et aspirant à recevoir une investiture officielle du Gou- 
vernement français. Celui-ci entend administrer directement, 
à l'aide des Cheikh de tribus, et joue une politique de bas- 
cule entre les deux prétendants. 

Cette situation d'attente ne se prolongea guère d'ailleurs. 
Sidi, d'un caractère plus raide, manifesta vite son impatience. 
Quelques mois plus tard (fin 1905), il abandonnait la partie, 
et se retirait vers l'Adrar avec quelques-uns de ses partisans, 
dont les plus notables étaient son frère Ahmed ould Deïd 
et les deux chefs Isselmou, et Ahmed Saloum ould Mokhtar 
Oumou. Plusieurs personnalités hassanes ou maraboutiques, 
du même âge que Sidi, et ses compagnons de jeunesse, de 
guerre ou d'études, devaient le rejoindre par la suite, tels 
Sidi Ahmed et Sidïa, fils et frère du Cheikh Sidi Mohammed 
ben Ahmeddou ben Sliman, des Oulad Dîman. Les autres, 
lassés de ces vaines luttes, et ayant goûté à la paix, restèrent 
dans les parages de Bou Tilimit, groupés autour de leurs 
chefs de tribu. 

En même temps, une nouvelle ligne politique, plus adaptée 
aux circonstances, était instaurée : les deux résidences indé- 
pendantes du Trarza Occidental et du Trarza Oriental étaient 
réunies dans la même main et le capitaine Théveniaut, en 
prenant le commandement du cercle du Trarza, désormais 
unifié, allait pouvoir assurer l'unité de vue et d'action 



L EMIRAT DES TRARZAS 149 

(juin 1905). Ses instructions lui enjoignaient, « en atten- 
« dant l'occupation éventuelle de l'Adrar, d'établir à l'aide 
« d'une ligne de défense, pourvue de postes suffisamment 
« rapprochés, un rideau protecteur que jamais ne devaient 
« traverser les rezzi. Cette ligne qui partait de Nouakchot, 
« descendait vers Khroufa, et se dirigeait ensuite vers 
« Choubouk, Bou Tilimit, Agroug et Alog ». 

On ne se contentait pas d'ailleurs d'une attitude pure* 
ment défensive. Pour battre l'estrade et assurer la police 
entre ces points d'appui, une force agissante et rapide était 
nécessaire. L'utilité de formations mobiles était reconnue 
sans retard et devait même prendre le pas sur la création 
de ces nombreux postes fortifiés, analogues aux bordjs, 
fortins et caravansérails du Sud-Algérien. Dès 1906, le 
Commandant du Cercle procédait à l'organisation des pre- 
miers pelotons méharistes, formés surtout de tirailleurs 
toucouleurs du fleuve, déjà habitués à l'élève et au mainement 
du chameau. Ces pelotons, assistés de goums d'auxiliaires 
maures, étaient capables dès les premiers mois, d'assurer 
très efficacement la politique intérieure du cercle et de don- 
ner vigoureusement la chasse aux rezzous. 

Au point de vue politique, le Commandement des tribus, 
tant marabou tiques que guerrières, passait au premier plan 
des préoccupations de l'autorité et était solidement établi. 
Les guerriers d'abord : i° Les Oulad Ahmed ben Daman, 
et leurs compagnons habituels : Haratines et Zenaga. Oulad 
Ahmed ben Daman, Ahel Abolla, Ahel Guibla restaient unis 
sous l'autorité traditionnelle du représentant des Ahel Moham- 
med Ai-Habib, en l'occurrence Ahmed Saloum ould Brahim ; 
2° les Rehahla sont placés sous l'autorité d'Othman ould 
Brahim Khalifi ; 3 les Ahel Abd Al-Ouahhab, Loubeïdat et 
Zenaga Ananca, sous l'autorité de Sidi ould Brahim ; 4 les 
Tagheredient sous l'autorité de Mbarek ould Barik Allah ; 
5 les Oulad Agchar, sous celle de Sidi ould Abdi. 

Les tribus maraboutiques étaient groupées par affinités 



150 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

en plusieurs grands commandements responsables, à sa- 
voir : i° tTous les Oulad Dîman, ainsi que les deux autres 
fractions tachomcha soumises : là Eïqoub et Ahel Barik 
Allah, sous l'autorité de Cheikh Sicfi Mohammed ould 
Ahmeddou ould Sliman ; 2° la dernière tribu tachomcha : 
Id Atjfagha Habib Allah, sous l' autorité de Sidna Mbarek ; 
3° les Ida Ou Al-Hadj Tachedbit, Koumleïlen et Id Arma- 
dieq, sous celle de Mohammed Salek ould Chems ; 4 les 
Medlich, sous celle de Mohammed Fal ; 5 les Tendgha, les 
Ntaba, les Ahel Mohammed Fadel, les l^iab Oulad Daman, 
les Tiab Euleb, les Ntouajia, sous l'autorisé de Sidi Bouïa, 
fils aîné de Saàd Bouh ; 6° les Ôuled Biri et Tagounant, 
sous celle de Sidi Mohammed ould Sidi Mohammed le Kha- 
lifa ould Sidïa Al-Kabir, frère de Cheikh Sidïa ; 7° les 
TadjalEant et Tagnit, sous celle de Qassoum ould Mokhtar. 
Cette sage et prudente organisation militaire et politique 
facilitait considérablement les débuts de l'administration 
directe et assurait au Trarza plusieurs années de calme et 
de sécurité (1906-1909). Les petits mejbour, qui, tantôt 
sous la conduite de Sidi ou de son frère, tantôt sous le com« 
mandement d'Ôuld Assas, fils de Sidi Ali ould Ahmeddou, 
ex-Emir des Brakna, viennent pousser quelques razzias en 
pays trarza, sont vigoureusement pourchassés et finissent 
par disparaître vers le Nord. 

III. — Ahmed Saloum III (1910-1915) 

Au commenceipent de io, 10, l'autorité française « se pro : 
« posant de reconnaître d'une façon éclatante ou plus exaç- 
« tement de souligner la différence de traitement entre les 
« gens qui nous sont restés fidèles et ceux qui nous ont 
« combattus jusqu'à la dernière extrémité », résolut de 
restaurer la dignité dJEmir et de la conférer à Ahrned Sa- 
loum oûld Çrahim. 

Ep réalité, il s'agissait moins de récompenser ce chef 



L EMIRAT DES TRARZAS 151 

que de tenter l'application d'un nouveau principe poli- 
tique : suppression de 1" administration directe et instaura- 
tion du protectorat des pays maures. Il ne faut pas enten- 
dre cette appellation de protectorat au sens diplomatique 
du mot. Il s'agissait en l'occurence de constituer tin grand 
commandement indigène sur les guerriers trarzas assez dif- 
ficiles à manier, et d'y affecter comme titulaire un des re- 
présentants héréditaires de la famille émirale du Trarza. 
Quant aux tribus maraboutiques, beaucoup plus commodes 
à diriger, elles restaient dans Ja main de leurs chefs poli- 
tico-religieux respectifs, mais à la suite de rivalités intes- 
tines, une forte décentralisation leur était consentie. Pour 
elles, l'Emir du Trarza devait être surtout un chef hono- 
rifique, puisqu'il n'avait à s'immiscer; en rien dans leur 
administration. 

Ce retour ( au passé s'imposait en quelque sorte en 1910, 
L'Administration directe amenait la disparition des pri- 
vilèges politiques et, par conséquent, fiscaux des guerriers. 
C'était pour les Hassanes, beaucoup plus qu'une défaite 
militaire et un abaissement politique ; c'était la ruine ma- 
térielle et la famine inévitable et prochaine. Dans ces con- 
ditions, toute soumission réelle, même offerte avec la meil- 
leure foi du monde, était impossible du côté des Trarzas. 
Malgré ses goûts personnels et le désir d'être agréable aux 
marabouts auxiliaires de sa politique, malgré la justice 
même qui, de toute évidence, était du côté des Zouaïa, fai- 
sant remarquer judicieusement que les guerriers n'avaient 
plus droit à la perception de redevances politiques, puis- 
qu'ils restaient sans utilité sociale et que c'était l'autorité 
française qui assurait la sécurité générale dans le pa3^s, 
Coppolani avait été obligé de maintenir l'état de choses 
antérieur, c'est-à-dire d'assurer la domination de la France 
en pays maure sous la forme du Protectorat. L'expérience, 
qui avait d'ailleurs donné d'excellents résultats pour les 
Marabouts, mais qui ne pouvait se prolonger pour les 



152 REVUE DU MONDE MUSULMAN > 

guerriers, sous peine devoir à renoncer aux moyens pacifi- 
ques, ramenait le commandement à la conception Coppo- 
lani mise au point. 

Les Djemaas consultées firent un accueil favorable aux 
propositions du Gouvernement, et toutes les tribus hassanes 
du Trarza Occidental (Résidence de Méderdra) , qui sont 
d'ailleurs de beaucoup les plus nombreuses, acclamèrent leur 
Emir Ahmed Saloum, troisième du nom. Il fut solennellement 
reconnu par l'autorité française à Méderdra, en mai 19 10, et 
une convention fut signée entre les deux parties. 

La situation de l'Emir, telle qu'elle résulte de cette con- 
vention, et telle que le cours des événements Ta modifiée et 
consacrée depuis 19 10, sera exposée plus loin. Il suffit de re- 
tenir qu'une limite territoriale : ligne Lemleïga, Souet el-Ma, 
et prolongement, était fixée au commandement du nouvel 
Emir et que seules les tribus, comprises entre cette ligne et 
l'Océan, étaient placées sous son autorité. Il s'agissait en 
l'occurrence de l'ancien parti d'Amar Saloum, passé à son 
neveu, et qui lui restait toujours fidèle. Les quelques campe- 
ments irréductibles étaient autorisés à venir s'établir dans 
la Résidence de Bou Tilimit. 

Il était une raison qui poussait le Gouvernement français 
à délimiter aussi nettement, ratione personarum et ratione 
loci, l'autorité de l'Emir ; c'était le fait de la soumission 
d'Ahmed ould Deïd, frère de Sidi, et la nécessité de lui ré- 
server une situation. Ahmed ould Deïd, en effet, travaillé 
depuis longtemps par Cheikh Sidïa, venait de faire sa sou- 
mission sans conditions, dans les premiers jours de janvier 
19 10. Il était suivi dans cette voie par ses deux principaux 
lieutenants et chefs de bandes : Isselmou et Ahmed Salem 
ould Mokhtar Oumou. 

Il importait au plus haut point pour la tranquillité du 
pays de séparer nettement les zones d'influence des deux an- 
ciens adversaires et de leur assurer à chacun des moyens 
d'existence suffisants, sans toutefois que le dissident fût, 



l'émirat des trarzas 153 

malgré ses prétentions, placé sur le même pied que l'Emir, 
qui nous avait servis avec dévouement, pendant plusieurs 
années. 

Au point de vue politique, les fractions guerrières sises 
à Test de la ligne Lemleïga, Souet el-Ma, Jerarïa et pro- 
longements, c'et-à-dire les Hassanes du Trarza Oriental 
furent partagés entre les trois dissidents venus à résipis- 
cence, Ahmed ould Deïd reçut le commandement des petits 
groupements Oulad Daman et Oulad Ahmed ben Dâmân : 
Oulad Bou Bakar Ciré, Oulad Reguïeg, Ahel Abella, Ahel 
Ag Mouttar qui lui étaient fidèles et entendaient rester dans 
la région orientale, tous très partiellement, ainsi que celui 
de quelques Euleb, Oulad El-Lab, et de ses haratines 
Dokhon. Il devenait le Cheikh indépendant de ce groupe- 
ment, comme Ahmed Salem Oumou devenait le Cheikh de 
la fraction Ahel Atam, des Oulad Dâmân, comme Isselmou 
celui des Rehahla de l'Est. Celui-ci était, en outre, envoyé 
en possession d'une partie de l'héritage de son oncle Oth- 
man ould Khalil, et se voyait confier la tutelle profitable 
de ses deux cousins fils d'Othman. 

Cette situation était inférieure à celle de l'Emir, mais 
elle était parallèle et indépendante, les nouveaux chefs re- 
levant directement du Résident français de Bou Tilimit. 
Il était alors formellement défendu aux Hassanes de l'Emir, 
comme .à ceux des trois Cheikhs du Trarza Oriental, de pas- 
ser réciproquement dans la zone du voisin, autrement que 
pour un but bien déterminé et avec l'autorisation du Com- 
mandant de cercle. Quant aux moyens de subsistance ré- 
clamés par les guerriers, ils consistaient en horma, taxe 
personnelle coutumière payée par les tributaires Zenaga et 
en bakh, redevance locative sur les terrains du Chamana, 
perçue sur les Zenaga haratines, captifs et noirs libres qui 
mettent en valeur ces terrains. Il s'agissait d'opérer une 
juste répartition de tous ces droits plus ou moins indivis. 
La solution pressait d'autant plus que les dissidents ren- 



154 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

très, les mains vides, du nord, mouraient littéralement de 
faim. 

Les quatre principales fractions qui payaient la v horma 
étaient : les Rehalha, les Aroueijat, les Oulad El-Faghi et 
les Oulad Aïd. Les traditions anciennes étaient respectées 
en ce qui concerne le paiement des hormas individuelles, sur 
lesquelles- il n'y avait pas de litiges, et c'est encore cette 
disposition qui règle la matière à l'heure actuelle. Pour les 
horma indivises, comme pour les bakh (ceux-ci surtout 
payés par les Zenaga Oulad Aïd, ils provenaient en grande 
partie de la succession des Ahel Ali ould Khamlich qui 
avaient été assassinés par l'Emir Sidi ould Mohammed Ai- 
Habib' dont eux-mêmes venaient d'assassiner le père (1S61). 
Les biens avaient été séquestrés à ce moment par Sidi et 
Habib qui détenant la force, s'emparaient des richesses de 
leurs prédécesseurs. De longues discussions s'élevèrent à ce 
moment entre les lettrés maures sur la modalité du partage 
de ces droits coutumiers, les uns arguant pour la répartition 
conformément au droit naturel, puisque la horma n'est pas 
d'origine coranique, les autres déclarant qu'à l'aide cje l'ana- 
logie, c'était aux règles ordinaires de la succession juridi- 
que (ju'on devait s'en rapporter. La nécessité politique 
d'assurer à tous les moyens de vivre conduisit à un par- 
tage moins académique, mais plus équitable. Les revenus, 
tirés des Oulad Aïd et s 'élevant annuellement à dix tonnes 
de mil environ, furent divisés en deux parties égales : 
l'une réservée à l'Emir et à son jeune cousin Mohammed 
Ai-Habib, fils de l'Emir Ahmed Saloum II, l'autre donnée 
à Ahmed ould Deïd et aux siens. Pour éviter tout conflit, 
ces perceptions furent effectuées par l'autorité française, 
en même temps que. l'impôt achour, et en dehors de toute 
ingérence des intéressés : c'est d'elle qu'ils recevaient leur 
part. 

Par la même occasion, au point de vue politique, les 
Oulad Aïd étaient rendus autonomes et placés sous le com- 



L'ÉMIRAT DES TtfARZAS 155 

mandement de l'un des leurs. En compensation, l'Emir 
grossissait ses revenus, de hormas plus considérables, se 
montant à la jouissance de trente-cinq chamelles et à la 
perception de trente-trois pièces de guinée, Ould Deïd n'ayant 
droit qu'à la horma de douze chamelles. 

Ce premier point de politique alimentaire réglé, il convenait 
de définir le plus exactement possible, la situation d'Ould Deïd, 
autant pour afltter sa vanité ombrageuse que pour reconnaî- 
tre les services rendus et surtout que pour le tenir en main 
et tenir par lui les guerriers, ses partisans. On lui donna, 
en fin 1912, dans la région de Bou Tilimit un commande- 
ment à allure militaire sur ceux des Oulad Daman et Ou- 
lad Ahmed ben Daman et sur leurs haratines et tributaires, 
qui lui avaient toujours été fidèles et dont le sort était lié 
au sien. Dans la dernière partie de cette étude, où l'orga- 
nisation actuelle de l'émirat, est traitée en détail, on ana- 
lysera d'une façon plus précise la situation politique 
d'Ould Deïd. Il suffit de constater ici que, chef de goum 
et partiellement satisfait de ses attributions, Ould Deïd se 
tient tranquille et a même eu l'occasion de rendre des ser- 
vices dans les diverses colonnes où il a été utilisé. 

Depuis le jour où cette organisation de l'émirat a été ins- 
taurée avec le sens politique le plus avisé par le capitaine 
Gerhardt, Commandant le cercle, ou sur ses propositions, 
la situation s'est maintenue, excellente dans le Trarza. 
Avec le temps et à l'user quelques modifications de détail 
ont été apportées et des précisions se sont imposées sur 
certains points. Il est inutile de faire l'historique de cette 
cuisine administrative. L'exposé de la situation actuelle 
de l'Emir, de ses attributions, de ses prérogatives, comme 
des coutumes politiques des tribus, se trouve fait dans le 
tableau d'ensemble qui constitue la dernière partie de ce 
mémoire, 



LIVRE II 

Chronique des Tribus 



TABLEAU DE COMMANDEMENT 
A. — Résidence de Bou Tilimit 

I. — Guerriers (Trarza). 

Oulad Ahmed ben Daman 59 tentes 

Oulad Daman : 

Oulad Sâssi 51 — 

Ahel Attam - 25 — 

Oulad Al-Bou Alïa 33 — 

Haratines Oulad Sâssi 94 — 

Haratines Ahel Attam 50 — 

Euleb : 

Oulad Mohammed 52 — 

Ahel Aouis 32 — 

Adiokhokha 8 — 

Oulad Al-Lab 4 — 

II. — Zenaga Tributaires. 

Rehahla : 

Loubboïrat 26 tentes 

Oulad Obeïd 43 — 

Ahel Bou Zid ./. 31 — 

Oulad Al-Faghi : 

Torch 80 — 

Oulad bouKharç 109 — 

Aroueijat : 

Oulad Labiod 64 — 

Ahel Aïa & 63 — 



158 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 



III. — Marabouts. 



Tadjakafit . . 
Tagounant . 
Id Eïbôussat 
Ida Belhasen 



Oulad Baba Ahmed (Oulad Dirnan). 

AhelÉatik Allah (TaêKotncha) 

Tendgha de l'est (Tendgha) 

Id Ag Madiek (Tenidgfcâ) 

Oulad Biri 



436 
415 
193 

1.507 
747 
165 
335 
169 
316 

1.962 



B. — Résidence de MederdraL 



I. — Guerriers (Trarza). 



Oulad Ahmed ben Daman : 

Ahel Ali Chandora 

Ahel Tounsi 

Ahel Ag Mouttar 

Ahel Abella 

Oulad Siyed 

Ahel Mokhtar ould Cherqi 
Euleb : 

Al Kohol ^. . . . 

Lgouafif (Lghouafif) 

Legneïdïat 

LoubbéYdat : 

Lefmancé . 

Oulad Bou Sliman 

L$8gfeïfat 

Oûî^id Hennou 

Oulad Chouikh 

Débris: d'anciennes tribus : 

Oûhad Beniouk 

Oulad Bou Ali 



21 tentes 
16 — 
6' — 

4 — 
11 - 
43 — 

35 — 

30 — 
42 - 

126 -J 

34 — 

38~ ~ 

15 — 

72' — 

48 — 
36 — 



L EMIRAT DES TRARZAS 



159 



Oulad Khalifa ....,,.,....,.... 29 — 

>Taghredient > 29- — 

Oulad Agchar . W — 

Oulad Bou Sba : 

Demouissat 33 — 

Ahel Sidi Abd Allah 30 — 

Oulad Azzouz 1JS — 

AM Abd-Al-Ouahhab ,....-. 20 — 

Al-Gora (des Oulad Délira) *M X tentes 

II. — Zenaga Tributaires. 



Aroueïjat (Oulad Ahmed Maham) : 

Oulad Adam . . ... 54* tentes 

Ahel Samba Mbaye 23 — 

Ahel Seïdat 35 — 

Ahel Çafi 13> — 

Rehahla : 

Lehsaïnat 1 88 — 

Lghiounat 56 — 

Zembott : 

Afleïliat 63 — 

Reriouat 58 — - 

Zetlouf a 37 — 

Oulad Aïd : 

OùW M'hammed 31 — 

AM Ahmed m — 

Lefenaïb 3& — =• 

Legtêïbat 12- — 

Lebreïkat 27 — 

Débris de fractions anciennes : 

Legneïdiat 12 — 

Loumaguî ) 

Soueïlat > 45 — ■ 

Agfoulaten ) 

Oulad Abda-Ouahad 25 — 



l6o REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Lemradines : 

/ Oulad AbdrEL-Ouahad ) ,~ 

Lemnacir ) 

Lemzazga ... 1 72 — 

III. — Marabouts. 

Ouiladi Dîmao (Tadiomcha) : 

Oulad Barik Allah 219 tentes 

Oulad Yoqban Allah 419 — 

Oulad Sidi-1-Falli 571 — 

Id Abehoum 279 — 

Ida Oudaï . 166 — 

Id Eïqoub (Tachomcha) 427 — 

Tepdlgha (de l'ouest) : 

Rekakna 258 - — 

Id Ag Foudia 530 — 

Meddlouda 225 — 

Id Ag, Madiek 145 — 

Ida Ou Ali 400 , — 

Ida Ou AUHadj 316 ' — 

Tachedbit 288 — 

Medlieh 188 — 

Oulad Atjfagha Habib Allah 124 — 

Oulad Bazeïd 56 — 

Telabines 56 — 

Ntaba : 

Ntaba blancs 36 — 

Ntaba noirs 46 — 

Tiab Loubbeïdat 99 — 

Groupement de Saad Bouh 150 ' — 

Chorfa (Cantons noirs) . 



L EMIRAT DES TRARZAS i6l 



Notices monogr aphiq v é î= 



Chacune de ces tribus du pays trarza fait ci-après l'objet 
d'une notice monographique. L'ordre adopté est celui du 
tableau de commandement précité. Il est arrivé toutefois, au 
cours des âges, par suite de dissensions intestines, d'allian- 
ces, de nécessités de pâturage ou d'abreuvoir, que des frac- 
tions de même origine se sont séparées, pour vivre, chacune 
de leur côté, ou s'incorporer à d'autres tribus. C'est pour- 
quoi l'on trouve par exemple des fractions Oulad Dîman, 
Tendgha, etc.. dans la Résidence de Bou Tilimit et dans 
celle de Méderdra. Le fractionnement administratif et la ré- 
partition des fractions actuelles ne correspondent donc pas 
exactement à l'unité d'origine ethnographique. Toutefois les 
divergences sont peu importantes. Elles seront signalées au 
fur et à mesure qu'elles apparaîtront. 



Tî 



162 REVUE DO MONDE MUSULMAN 

A. — Résidence de Bou Tilimit. 
I. — Guerriers. 

Les guerriers hassanes, à la suite des dissensions intes- 
tines, qui, depuis Ahmed fils de Daman, n'ont cessé de trou- 
bler les tribus, ont fini par se partager en deux clans plus 
ou moins hostiles, suivant les circonstances : 

Les Oulad Ahmed ben Dâmân, 

Les Oulad Dâmân. 

Les Oulad Dâmân vivent dans le Trarza oriental (Bou 
Tilimit). Les Oulad Ahmed ben Dâmân campent dans le 
Trarza occidental (Méderdra) avec rémir. Ce partage n'est 
naturellement pas absolu. 

Une fraction de 59 tentes des Oulad Ahmed ben Dâmân, 
mécontents de leur ancien émir Ahmed Saloum II, et qui ne 
se sont pas ralliés à son successeur, Ternir actuel Ahmed 
Saloum III, sont venus rejoindre les Oulad Dâmân. 

De même, plusieurs petits campements Oulad Dâmân ont 
lâché leurs frères, pour venir s'installer avec l'émir et les 
Oulad Ahmed ben Dâmân. 

Les Oulad Dâmân, ressortissant à Bou Tilimit, se par- 
tagent entre les fractions suivantes : 

Oulad Sassi 51 tentes 

Ahel Attam 25 — 

Oulad Al-Bou Alïa 33 — 

Haratines Oulad Sassi 94 — 

Haratines Ahel Attam 50 — 

Les Oulad Sassi et les Ahel Attam sont les descendants 
de Sassi et d' Attam, deux des fils de Dâmân . Ils se frac-' 
donnent ainsi : 




L'union sacrée, 
Mgr Jalabert, évéque du Sénégal, et Cheikh Sidia, à Bou Tilimit {\9 l l) 



L EMIRAT DES TRARZAS 163 

Oulad Sassi : 

Ahel Kouri-Cheikh Mokhtar Ould Mbarek efuld Mohammed. 

Oulad Khalifa-Cheikh Ali ould Ali. 

Oulad Fadima-Cheikh M'hammed ould Al-Lab. 

Oulad AmmoueiMini-Cheikh Ahmed Salem ould Alia ould 
Mekhiiratt. 
Ahel Attam : 

AI Aliouna-Cheikh Ahmed Salem; ould Mokhtar Oummou. 

Oulad Jebir-Cheikh Ahmed Salem ould Mohammed ould Bekkar. 

Oulad Menfoua-Cheikh Mohammed Salem ould Baïa. 

Oulad Brahim men Attam-Cheikh Mohammed Fal ould Sidi. 

A signaler deux ou trois tentes Oulad Zennoun, dont le 
Cheikh est Mbarek Fal ould Gakkou. 

Les Oulad Bou Al-Alïa sont ainsi nommés de leur ascen- 
dante, qui était une Alïa, id est, une femme des Oulad Bou , 
Ali, fraction des Oulad Rizg, dont les descendants sont au- 
jourd'hui hassanes à la suite de l'émir. Les ancêtres des 
Oulad Bou Al-Alïa étaient Bella, Ahmed et Mhammed, tous 
trois fils d'Azzouz, fils de Messaoud, fils de Moussa, fils de 
Terrouz. Ces trois frères étaient donc les frères de Daman, 
mais frères consanguins seulement, car leur mère était une 
Alïa, tandis que la mère de Daman était une femme des 
Anatra, fraction des Oulad Nacer, du Hodh. Il importe de 
ne pas confondre Oulad Bou Al-Alïa et Oulad Bou Ali. On 
comprend ordinairement les Oulad Al-Bou Alïa, sous le 
nom d' Oulad Daman, quoiqu'il soit en réalité les descen- 
dants des frères de Daman. 

Daman avait eu, outre Bella, trois autres frères Ahmed, 
Zennoun et M'haïmdat. Leurs descendants, réduits à quel- 
ques tentes, n'ont pas d'existence propre comme fraction et 
sont englobés dans les Oulad Daman. 

Ces trois fractions, nobles et hassanes, sont suivies de 
deux gros campements haratines, affranchis et fils d' affran- 
chis , également guerriers, djicheurs et non tributaires. 
Il est inutile de revenir ici sur la constitution originale 



IÔ4 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

et sur les annales de ces fractions qui ont été décrites dans 
la première partie. Ce sont en effet les fils de Daman, l'en- 
vahisseur arabe, qui ont dirigé l'histoire générale du Trarza. 

* 

Les EulEB se sont également partagés, au gré de leurs 
sympathies, outre les Oulad Daman et les Oulad Ahmed 
ben Daman. Dans le Trarza de Bou Tilimit, vivent trois 
campements Euleb : 

Oulad Mohammed 52 tentes 

Oulad Aouïs 32 — 

Adiokhokha 8 — 

Ils sont de lointaine origine Trarza. Leur ancêtre épo- 
nyme est Bou Alba fils de Terrouz. Ils sont les meilleurs 
méharistes du Haut-Trarza, et entrent en nombre dans nos 
formations mobiles. 

Les Euleb n'ont pas pu se reconstituer en fraction unifiée. 
A leur rentrée de dissidence, leur chef Ahmeddou ould Mou- 
lay mourut et fut remplacé par son oncle Bou Bakar ould 
Hommeïda. Il ne tarda pas à se rendre insupportable, tant 
aux Français par son manque de dévouement, qu'aux Euleb 
par la façon révoltante dont il pillait la succession de son 
neveu et « mangeait » les Zenaga du défunt Cheikh. Il fut 
destitué. Les fractions se reconstituèrent alors, en dehors 
des traditions ethniques, au seul point de vue de leurs affi- 
nités. C'est ainsi qu'on les trouve partagés aujourd'hui 
entre Bou Tilimit et Méderdra. 

Le Cheikh des Euleb de Bou Tilimit est Ahmed ould 
Othman ould Bou Bakar Seddiq. 



Les OiJtAB Al-Lab sont une tribu de l'Adrar dont l'an- 
cêtre était Chouikh fils de Delim. C'est pourquoi on les 



L EMIRAT DES TRARZAS j 65 

désigne quelquefois avec leurs cousins Al-Gra sous le nom 
d' Oulad Chouikh. Tout en leur reconnaissant leur origine 
Oulad Delim, F habitude s'est implantée chez les Maures de 
n'appeler Oulad Delim que les seuls Remeïthïa, c'est-à-dire 
les descendants de Remeïth, frère aîné de Chouikh. 

Les Oulad Al-Lab ne partagent avec les Ahel Barik Allah 
tant les territoires sis entre Trarza et Adrar, que les tribus 
zenaga : Adam et Legouidsat. On en comptait quatre tentes 
seulement dans le Trarza, il y a quelques années. C'étaient 
les descendants des gens qui accompagnaient la mère d'Ould 
Deïd quand elle fut épousée vers 1875 par l'émir Mohammed 
Fal, fils de Sidi Mbaïrika, fils aîné de Mohammed Ai- 
Habib. Ils sont naturellement attachés à la fortune de la 
branche aînée et soutiennent les prétentions de Sidi et 
d'Ahmed ould Deïd. Depuis quelques temps, plusieurs 
tentes de dissidents ont demandé en retrant à se joindre au 
groupement du Trarza. 

Le souvenir de leur grand Cheikh Ali ould Ahmed ould 
Lefdil, dit Rmouga (c'est-à-dire à la mâchoire difforme) est 
resté vivace chez les Oulad Al-Lab. Il fut un homme juste 
et un chef de guerre remarquable. Attaqués par les Djaafrïa 
et les Oulad Reïlan de l' Adrar, et les Oulad Ahmed ben 
Daman du Trarza, coalisés par le pacte de Zoug, il les 
battit et les dispersa avec ses seuls contingents Al-Lab. 
Cette victoire de Glib Bakhouga, à la limite méridionale du 
Tiris, est restée célèbre dans les annales du siècle dernier 
de la Mauritanie. 

Des pièces poétiques de tout genre l'ont chantée. On peut 
citer celle d'un zenagui des Ahel Barik Allah, nommé Boui- 
kiri Ould Addïa qui était venu visiter le tombeau de son 
marabout, le saint Bokhari ould Filali, des Ahel Barik 
Allah, et lui ayant demandé le don de poésie, s'en alla subi- 
lement inspiré, en chantant : 

« Les Béni Reïlan sont arrivés, cherchant leur vengeance.. 



l66 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ils étaient accompagnés des Khanicussa et des tribus Djaa- 
frïa. 

« Mais Rmouga s'est dressé en un jour de bataille, monté 
sur sa jument aux jambes bien arquées, à Y encolure dé- 
gagée, à la svelte maigreur, il déclamait : 

« Nous ne pouvons pas rendre la vie à un cadavre, mais 
nous tuerons l'âme des corps qui vivent (i). » Rmouga 
accueillit assez froidement, en 1860, le capitaine d'Etat - 
Major Vincent qui se rendait dans l'Adrar ; mais, s'étant. 
radouci, il lui facilita considérablement son voyage. Vincent 
en fait un grand éloge. 



Les guerriers de la résidence de Bou Tilimit ont une popu- 
lation totale de 408 tentes, 415 hommes, 401 femmes, 509 en- 
fants, 145 captifs et 228 captives. 



_r-c g •• • •• • + J /V* - / ■ 



L'EMIRAT DÈS TRARZAS 16' 



II. — Zenaga Tributaires. 

Les Zenaga de la résidence de Bou Tilimit constituent, en 
dehors des tentes isolées qui vivent avec les tribus hassanes 
ou maraboutiques, trois fractions spéciales ayant leur auto- 
nomie et une vie administrative propre. Ce sont les Rehahla, 
les Oulad Al-Faghi et les Aroueïjat. Deux de ces deux frac- 
tions d'ailleurs : les Rehahla et les Aroueïjat ne sont pas 
tout entières à Bou Tilimit. Elles se sont partagées entre 
résidence et la résidence de Méderdra. 

Rehahla. 

Les Rehahla sont d'origine arabe. La chose est hors de 
doute, car la tradition maure leur assigne très fermement 
une place au milieu des bandes hassanes de l'invasion, et 
Ton sait que, si les origines orientales que s'attribuent les 
Marabouts par delà leur ascendance Canhadja n'ont aucune 
valeur, les traditions arabes des hassanes sont au contraire 
authentiques et doivent être acceptées au moins comme 
schéma historique. 

Les Rehahla sont les descendants des fils, compagnons et 
serviteurs de leur ancêtre éponyme Rehhal. Rehhal était fils 
d'Othman, fils de Maghfar, fils d'Oudeï, fils de Hassan, 
l'ancêtre éponyme et historique des tribus arabes, dites 
hassanes, des pays maures. Il était donc le frère de Yahia, 
l'ancêtre des Oulad Yahia ben Othman (Adrar), d'Antar, 
ancêtre des Oulad Nacer (Hodh), et d'Amran, l'ancêtre des 
Trarza, Brakna etc.. (cf. les différents tableaux généalo- 
giques de la première partie). 

Les Rehahla n'ont jamais exercé de prépondérance poli- 
tique ou guerrière en pays maure. Ils ont marché d'aborH à 
la suite des Oulad Rizg (xv e siècle), puis des Oulad Mbarek 



t6S 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 



(xvi e siècle) et enfin des Trarzas (xvn e siècle jusqu'à nos 
jours). Ils sont guerriers actuellement, mais de deuxième 
catégorie. Ils ne sont pas hassanes nobles, ils sont zenaga, 
c'est-à-dire tributaires. Nous trouvons ici un exemple de 
cette déformation du sens original de Zenaga. Les Rehahla 
sont des Zenaga (tributaires) sans être des Zenaga (d'ori- 
gine, id est çanhadja). Les tribus maraboutiques au con- 
traire repoussent toute appellation de Zenega (tributaires) 
alors que ce sont elles qui sont les véritables Zenega d'ori- 
gine. 

Fractionnement des Rehahla. 
Rehahla de Bou Tïlimit : 

Loubboïrat 26 tentes 

Oulad Obeid 43 — 

Ahel Bou Zid . . ... , 3Î — 

Rehahla de Méderdra : 

Lehsaïnat : 

Ahel Mbarek' : 

Adnounat 21 — 

Ahel Chioukh 22 — . 

Ahel Kouiri ould Mahmat . . 41 — 

Ahel Ahmed Meska 16 — 

Ahel Heddar 12 — 

Ahel M'haïmed 5 — 

Ahel Maham 61 — 

Ahel Nagued 10 — 

Leghiounat : 

Oulad Amran : 

Ahel Feïjah 16 — 

Ahel Sidi Ahmed ould Moissé. 25 — 

Ahel Himer 15 — 



Ces trois derniers campements, Ahel Feïjah, Ahel Le- 
ronizi et Ahel Himer ne jouissent pas de la tradition des ori- 



L ÉMIRAT DES ÏRARZAS 169 

gines arabes. Ils sont d'origine çanhadja, ayant fait partie 
de la méhalla-almoravide d'Abou Bakr ben Omar. 

Les Rekahla sont inféodés anx Oulad Ahmed ben Daman. 
Chaque fraction vassale a sa fraction suzeraine : 

Les Loubboïrat, les Ahel Tounsi. 

Les Oulad Obeïd ould Naga; les Lereïta dont la tente principale 

est les Ahel Brahim Achcha. 
Les Ahel Bon Zid : les Ahel Alïa ould Arnar ould Kouinba. 
Les Lahsaïnat : les Ahel Tounsi. 
Les Leghiounat : les Ahel Ahmed ould Al-Kouri. 

Leur contribution, horma, consistait dans le lait d'une 
chamelle ou d'une vache, par tente. A défaut de bête laitière, 
la tente Rehahla est imposée pour trois pièces de guinée. 

Les tentes Rehahla sont aussi grevées d'une hekka, ou 
don gracieux envers les tentes de leurs suzerains. Cette 
hekka consiste en la remise annuelle de deux brebis : l'une 
est laitière, le suzerain doit la rendre quand le lait est épuisé; 
l'autre est destinée à être mangée. 

Les Rehahla, étant guerriers à la suite des Ould Ahmed 
ben Daman, étaient tenus de suivre leurs suzerains dans 
toutes leurs expéditions. Cette obligation toutefois ne 
s'étendait pas aux luttes qu'ils soutenaient contre leurs cou- 
sins Oulad Daman, et, à plus forte raison, aux luttes intes- 
tines entre campements Oulad Ahmed ben Daman, car 
c'eût été contraindre les campements vassaux à se partager 
à la suite de leurs maîtres et à se battre entre eux. 

Les Rehahla, comme toutes les fractions Zenaga, n'ont 
pas de territoire propre. Ceux de Bou Tilimit vivent chez les 
Ida Ou Ali et les Ida Belhasen ; en hiver, c'est-à-dire du 
15 novembre au 15 février, ils nomadisent dans l'Aoukar et 
chez les Oulad Biri. Ils ont, en outre droit au tiers de l'eau 
sur les puits de l'Iguidi des Oulad Dîman. Ceux de Mé- 
derdra nomadisent chez les Oulad Dîman et boivent aux 
puits de Jellat. Pendant l'été, c'est-à-dire du 15 mai au 



170 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

15 août, ils errent autour de Taguilelt, Tagoufit, Bouir oukl 
Al-Maloum, Badi, Jouïhel, Birhoum. 

Comme tous les Zenaga, ils n'ont pas de marque spéciale 
pour les animaux, mais prennent celle des tribus marabou- 
tiques chez lesquelles ils vivent. Les Lericunat ont donc soit 

9 

l'amama /|\ des Id Atjfagha (Oulad Dîman),soit la tclieqria 



«Hp 



des Ida Choqra (Ida Belhasen) ; les Lahsaïnat ont le 



lam-alif des Ida Belhasen VJ . 

Les Rehahla de Bou Tilimit comprenent 100 tentes, 105 
hommes, 103 femmes, 180 enfants, 66 serviteurs et 89 ser- 
vantes, 

Oulad Al-Faghi. 

La tradition maure attribue aux Oulad Al-Faghi la même 
origine qu'aux Tadjakant. Ils seraient donc Çanhadja au 
premier degré, ce qui est assurément vrai, et Himyarites, au 
delà, ce qui est certainement faux. 

Ils comprennent deux fractions : 

Torch 80 tentes 

Oulad Ben Kharç 109 — 

toutes deux relevant de Bou Tilimit. 

Ils sont Zenaga tributaires, à la suite des Oulad Dâtnân, 
et marchent avec leurs suzerains en temps de guerre. Ils 
ont le devoir de les accompagner dans toutes expéditions, à 
l'extérieur, ou intestines. 

Ils doivent un horma d'une chamelle ou d'une vache lai- 
tière. A défaut de ces deux animaux, ils se rachètent pour 
l'année par le versement fixe de ip pièces de guinée. 

Ils n'ont pas de puits, mais, comme tous les guerriers, 
boivent aux puits d'eau des Marabouts, en l'occurence dans 
le Chamama et chez les Tadjakant. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



171 



Leurs terrains de parcours sont : pendant l'été, c'est-à- 
dire du 15 mai au 1.5 août, la région comprise entre Souet 
el-Ma, et Tichint Al-Aïdi ; Aoulïife, et Mbarek ould 
Soueïdi ; en automne, c'est-à-dire du 15 août au 15 novem- 
bre, l'Aoukeïra, et de Tin Timourzin à Kendelek de l'Af- 
tout ; pendant l'hiver, c'est-à-dire du 15 novembre au 15 fé- 
vrier, les Lemsaïdat. Ils possèdent des lougans assez bien 
cultivés autour du Mari goût de Roundi. Leurs marques sont 
empruntées aux Tadjakant, à savoir, l'outarde v|\, l'okh 

7 l * 

^ , et le waw y . Ils ont de grands troupeaux. 
Les Oulad Al-Faghi jouissent d'une assez détestable répu- 
tation. On connaît le proverbe maure, qui leur est commun 
d'ailleurs avec les Oulad Bou Sba : 

« Si tu rencontres une vipère et un Al-Faghi, tue r Al- 
Faghi et laisse la vipère. » 

Les Oulad Al-Faghi comprennent 189 tentes, 219 hommes, 
91 femmes, 105 enfants, 73 captifs et 147 captives. 

Le£ Oulad Al-Faghi possèdent sur leurs origines les lé- 
gendes les plus fantaisistes. 

Faghi, l'ancêtre éponyme, était un Djakani venu chercher 
fortune, il y a plusieurs siècles, dans le Trarza, au Sud de 
Nouakchot. Le campement de son fils Lemhouindat s'éle- 
vait sur le rivage de la mer, quand un jour la femme de ce 
dernier aperçut sur le rivage un petit enfant qui paraissait 
abandonné, et dont on ne peut jamais découvrir l'origine. 
Comme" il portait de petites boucles d'oreille (khorç), on 



172 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Tappela Bou Khorç. Ce fut l'ancêtre éponyme de la première 
fraction des Oulad Al-Faghi. Ses trois fils Mbeïga, Saïd et 
Rounbat, s'étant querellés par la suite, les gens de Rounbat, 
ou Irounbaten, descendirent vers le Sud, jusqu'au delà du 
marigot des Maringouins. On ne les compte plus aujour- 
d'hui comme Oulad Bou Khorç. 

Vers cette même époque, un autre Djakani, Torch Ouled 
Taleb Tinguïou, fuyant Tiniégui (Adrar) sa ville natale, 
dévorée par les dissensions, vint chercher asile dans le cam- 
pement de Mbeïga. Il y épousa sa fille, y fit souche et ne 
tarda pas à être considéré comme citoyen des Oulad Al- 
Faghi. Ses descendants ont constitué la deuxième fraction 
de la tribu : les Torch. 

Aroueïjat. 

Les Aroueïjat se disent d'origine berbère et de la même 
souche que les Tadjakant, par conséquent Canhadja au pre- 
mier degré, et Himyarites au delà. Ils' appartiennent au 
grand clan berbère mal défini des Irallen. Lors des pre- 
mières invasions hassanes, ils durent se soumettre et gar- 
dèrent quelque temps le chapelet ; mais quand les fils de 
Daman, à la tête des Trarzas, acquirent la prépondérance 
sur les autres tribus, les. Aroueïjat se rangèrent résolument 
à leurs côtés et reprirent le fusil. Depuis ce jour, ils sont 
restés guerriers à la suite des Oulad Daman et des Quia 1 
Ahmed ben Daman. Ils sont donc leurs Zenaga et leur 
paient un tribut. Cette horma consiste en une chamelle lai- 
tière que les Ahel Labiod doivent aux Ahel Agmouttar, les 
Ahel Aïa aux Ahel Abella, et les autres aux Euleb. 

En outre, les Ahel Ali Kouri ould Ahmed Leïgat per- 
çoivent une agnelle d'un an sur toutes les tentes des Aroueï- 
jat, sans exception. Une même contribution d'un agneau est 
perçue par les Ahel Bou Bakar Sadiq sur quelques tent.es 
seulement. 



L EMIRAT DES TRARZA3 



173 



Enfin la liekka, ou don gracieux, de deux brebis, une lai- 
tière et une de boucherie, est presque de rigueur, quand lis 
relations sont bonnes. 

Dans la résidence de Mederdra, les Oulad Adam sont es 
Zenaga des Ahel Mohammed Ai-Habib ; les Ahel Samba, 
ceux des Oulad M'hammed, les Ahel Seïdat, ceux des 
Ahel Amor Agjïel, sauf quelques-uns qui sont Zenaga des 
Oulad Siïed ; les Ahel Çafi, ceux des Euleb et des Ahel 
Agmouttar. 

Les Aroueïjat faisaient partie du groupement de Ternir, 
au commencement du siècle. 

Le meurtre d'Ahmed Saloum II (1905) provoqua la scis- 
sion chez eux. Un petit groupe fit sa soumission immédiate 
et resta fidèle, mais la plus grande partie suivit la fortune 
d'Ahmed ould Deïd. Ils furent employés par lui à l'entre- 
prise dangereuse d'aller vendre des troupeaux dans les 
escales du Sénégal pour y acheter de la poudre. Dans ce but, 
ils firent appel à la ruse, offrirent leur soumission et sous 
ce couvert, purent se livrer à leurs achats de munitions. 
Mais les convois eurent un autre résultat, auquel Ould Deïd 
ne s'attendait aps. Les Aroueïjat comprirent, au contact des 
Français, et au vu de leurs forces, que la cause de leur maî- 
tre était perdue. D'autre part, esprits pratiques, ils virent 
tous les avantages qu'il y avait à commencer avec les Fran- 
çais ou à leur compte. Aussi ne tardèrent-ils pas à revenir 
loyalement et à faire une soumission effective. 

Les Aroueïjat de Bou Tilimit sont campés dans la région 
de Biar Tagounant et des Oglat Ida Belhassen. Ceux de 
Mederdra chez les Tachedbit et les Oulad Dîman qualité de 
guerriers, ils boivent aux puits des Marabouts, car ils n'en 
possèdent pas au propre. Ils se spécialisent depuis quelques 
années dans les convois de l'administration . ou viennent 
faire du commerce dans le Oualo et le Cayor. Ils sont très 
riches en chameaux et en petit bétail. Leurs troupeaux de 
bœufs sont moins nombreux. 



174 REVUE DU MONDE MUSULMAN 






Les Aroueïjat sont partagés entre les résidences de Mé- 
derdra et de Bou Tilimit. 
De Méderdra relève la fraction Oulad Ahmed Maham. 

Oulad Ahmed Maham : 

Oulad Adam 54 tentes 

Ahel Samba M'Baye 29 — 

Ahel Seïdat 35 — 

Ahel Çafi ? .. 13 — 

De Bou Tilimit, les fractions 

Oulad Maham : 

Oulad El-Abiad 64 tentes 

Ahel Aïa , 63 — 

Soit une population totale de 285 tentes. 

Les Aroueïjat de Bou Tilimit comprennent 127 tentes, 
139 hommes, 104 femmes, 143 enfants, 36 captifs et 88 cap- 
tives. 

Ils ont adopté les marques des tribus maraboutiques, au- 
près desquelles ils vivent. Les uns, télamides de Mohammed 




Al-Yadali ont la vipère / . Les autres télamides de Mo- 



la khatma ^y/^ ; 



hammed Al-Aqel ont la khatma («\/^ ; les derniers ont le feu 
des Tachedbit. 



L'ensemble des Zenaga de la résidence de Bou Tilimit 
forme une population totale de 416 tentes, 463 hommes, 
298 femmes, 428 enfants* 155 serviteurs et 324 servantes. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



175 



III. 



Marabouts. 



Tadjakant. 

Les Tadjakant s'attribuent une origine arabe himyarite. 
On sait le cas qu'il faut faire de ces prétentions. Cette tribu 
est d'origine berbère-chleuh, comme les autres tribus ma- 
raboutiques de Mauritanie. Elle l'est d'autant plus sûrement 
que d'après la tradition, un lien de cousinage assez récent 
unissait les ancêtres de Tadjakant à ceux des Tendgha et 
des Ida Ou Aïch ; et qu'un lien de parenté plus lointain les 
unit aux Ida Ou Al-Hadj et aux Tafoulalet. On peut voir en 
effet par le tableau généalogique ci-après que les ancêtres 
de ces trois tribus, Djakan, Al-Hadj et Afolla, ont un père 
commun et qu'ils se rattachent au rameau Messouma de la 
grande famille Lemtouna. 

Lemtouna 
ancêtre des Lemtouna 

Nebtan 

I 

Yalkakir 



Amsen 
ancêtre des Messouma 

1 
Awan 

! 
Cherouan 



/' 



Djakan, 

ancêtre des 

Tadjakant 



Al-Hadj, 

ancêtre des 

Ida Ou 

Al-Hadj 



Afolla, 

ancêtre des 

Tafculalet 



\ 



176 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les campements Tadjakant vivaient jadis groupés en une 
nation puissante dans l'Adrar, sous le commandement de 
Sidi Al-Maïou. Ils s'étaient construits un qçar à Tiniégui, 
entre Chingueti et Ouadane. Abandonnant peu à peu la vie 
nomade, ils finirent par devenir sédentaires. La légende 
attribue à leur scission les causes suivantes : 
• Une femme des Kounta était venue au kçar des Tadja- 
kant, pour y voir sa mère qui en était originaire. Elle voulut 
pénétrer dans une maison pour rendre visite à une amie. 
Or un homme était couché en travers de la porte. Elle lui 
demanda de la laisser passer. Comme il n'en faisait rien, 
elle voulut l'enjamber, mais tomba à la renverse dans une 
position peu décente. Le scandale fut grand ; il dégénéra 
bientôt en bataille, et Ton ne put recouvrer la tranquillité 
qu'en se séparant pour toujours. 

Une fraction partit vers le Nord et s'établit sur la rive 
gauche du Dra. C'est celle qui nomadise de cette vallée jus- 
qu'au Tombouctou et dont le centre est Tindouf . Une 
autre fraction émigra vers le Trarza ; c'est celle qui 
nous occupe ; de celle-ci, plusieurs individus passèrent le 
Sénégal et vinrent s'établir dans le Diolof et le Cayor où 
ils se sont fondus parmi les noirs. Ils forment aujourd'hui 
le clan Ouolof des_Babou, dont les familles sont dispersées 
dans ces deux provinces. Les noirs les appellent aujour- 
d'hui encore « Boïdanes », id est « les Maures », et les 
Maures eux-mêmes ne font pas trop de difficultés pour re- 
connaître comme des cousins. Beaucoup d'entre eux savent 
l'arabe. Baba Diakhoumpa, ex-cadi du Cayor, est du clan 
Babou. La dernière fraction enfin s'enfonça vers le Sud et 
le Sud-Est, vers le Tagant, le Gorgol et Tichit sous la con- 
duite des Cheikhs Id Eïchef et Legouali. La discorde étant 
survenue entre ces deux chefs, Legouali émigra plus à l'Est, 
mais s'étant heurté aux Lorlal Sahéliens, il dut revenir sur 
ses pas et compenser avec son compagnon. La paix fut ré- 
tablie sur des bases solides, et depuis ce jour les Tad- 



L EMIRAT DES TRARZAS 177 

jakant ont abandonné le fusil et adopté définitivement le 
chapelet. Ces faits se seraient passés vers le xvn e siècle. 

Les Tad jakant ne paraissent pas avoir pris part à la 
guerre de Babbah. Ils furents néanmoins au courant des 
projets de l'Imam Nacer ad-Din, puisqu'un de leurs saints, 
Mahdjoub le Djakani, se fit sou prophète et son champion. 



* 

La fraction des Tad jakant du Trarza comprend les sous- 
fractions suivantes : 

Tadjakant du Trarza : 
Ould Moussanni : 

Ahel Hend Maham 116 tentes 

Ahel Atjfagha Maham 117 — 

Remadin 41 — • 

Ahel Bouna 28 — 

Ahel El-Hadj El-Qorbi 46 — 

Id Arzembo 16 — 

Ahel Aïdou 25 -- 

Tiab Oulad Daman 47 — 

soit un total de 436 tentes. 

Les Oulad Moussanni sont seuls de pure origine djaka- 
nïa. Moussanni, l'ancêtre éponyme, était un pieux mara- 
bout qui vivait à Tiniégui au commencement du xvn e siècle, 
avant la scission des Tadjakant. Lors des événements re- 
latés ci-dessus, il émigra avec les siens vers le Sud-Ouest. 
Il eut trois fils : Hend Maham, Atjfagha Maham et Ramdan, 
qui ont donné naissance aux trois sous-fractions qui com- 
posent le groupement Oulad Moussanni. Les deux pre- 
mières sous-fractions, ainsi qu'une partie des Remadin, sont 
installés dans le Trarza. La plus grande partie des Remadin 
nomadise dans l'Agan et le Tagant. Le chef des Remadin 
du Trarza est Ahmed Lamin ould Mouloud ; leur savant 
xxxv. 12 



178 Revue du monde musulman 

national est Mohammed Lanrin ould Abder-Rahman ould 
Mokhtar. 

Les Ahel Bouna sont la descendance du Marabout Bouna, 
d'origine Ida Ou Ali du Tagant, qui vivait vers le milieu du 
xvnf siècle, et vint s'installer auprès des Tadjakant. Marié 
à une femme Djakanïa, il a fait souche chez eux et s'est 
incorporé à la fraction (fin clu.xvm 6 , commencement du xix e 
siècle). Le membre le plus célèbre de campement est 
Mokhtar Ibn Bouna (commencement du xix e siècle) qui a 
composé plusieurs ouvrages, universellement réputés dans 
le Sahara maure. 

Les principaux de ces ouvrages sont : 

Al-Oi*assila f long poème sur l'exégèse coranique. Il a été 
commenté par Abdel-Qader ould Mohammed Salem, des 
Ahel Mohammed Salem, le campement juridique des Re- 
gueïbat. 

Ihmirâr Al-Alfiya, long poème grammatical. 

Torrat Al-Alfiya, ouvrage de grammaire, etc. Ces deux 
ouvrages sont un commentaire de VAlfiya, de l'Imam Ibn 
Malik. Les vers du commentateur sont intercalés dans les 
vers du commenté, et de nombreuses gloses marginales y 
ont été ajoutées. Texte et paragraphes ont été imprimés au 
Caire, à la Matbaa Hosseïnïa, par les soins du commerçant 
sénégalais Adb Bl-Kérim Mourad. 

Les Ahel El-Hadj El-Qorbi sont la descendance d'un Ma- 
rabout du Nord qui s'installa chez les Tadjakant, y épousa 
une de leurs femmes et y a fait souche (xviii 6 siècle). 

Les Id Arzembo paraissent être une des plus vieilles tri- 
bus berbères de Mauritanie. Jadis puissants, ils ont souffert 
de l'épreuve du temps et ne sont plus guère aujourd'hui 
qu'une quinzaine de tentes. },ls se prétendent à la fois cou- 
sins des Medlich, ce qui serait fort possible, étant donné que 
les Medlich paraissent descendre des invasions almoravides, 
et les cousins des Kounta, ce qui est plus douteux. La lé- 
gende intervient sans tarder pour donner aux Id Arzembo, 
Medlich et Kounta une origine ommeïade. 



l'émirat des trarzàs 179 

Etablis dans le Chemama, autour de Ras el-Kra, les là 
Arzembo se sont souvent mêlés aux noirs, soit libres, du 
fleuve voisin, soit affranchis par eux-mêmes, et sont aujour- 
d'hui fortement colorés. Ils ont pris les mœurs de leur mé- 
tissage, et mettent aujourd'hui en valeur les terrains de 
cette partie du Chemama. Outre le,urs propriétés person- 
nelles, ils cultivent en location des terrains appartenant aux 
Oulad Abd Allah, du Brakna. Les Id Arzembo ont des ha- 
ratines, inscrits à Boghé (cercle du Brakna). 

Les Tiab Oulad Daman (surtout Oulad Sassi) sont des 
Hassanes Trarza qui ont abandonné les armes pour se faire 
Marabouts, les uns sous Ali Chandora ; les autres, vers le 
milieu du XIX e siècle, d'abord sous le règne de l'Emit Mo- 
hammed Ai-Habib et ensuite sous celui de .son fils Ali 
Diomhot. Ce sont les trois chefs Mokhtar ould M'hammed 
Ciré, Ahmed ould Ali ould Bou Khoukha, et Mohammed 
Fal ould Abd Allah Fal qui ont dirigé ce mouvement de 
conversion. Les causes en furent les vexation^ et pertes de 
toute sorte que leur causait leur état de guerriers. 

On trouve encore chez Tadjakant trois tentes de Chorfa ; 
trois tentes de Zenaga Touabir, sous le commandement de 
Mohammed oujd Baba ould Ouaïdat, Ils descendent de 
Rehahla et d'Aroueïjat mélangés, et ont été très réduits par 
des luttes aves les Oulad Faghi ; une tente de Rehahla, et 
enfin deux tentes de Laghlal. ( 

Le territoire des Tadjakant s'étend au Sud -Ouest de 
l'Ogol (1) comprenant une partie de l'Atkoura, de l'Aftout 
et de l'Aoukeïra (2). Le lac Reqiz et une fraction du Cha- 
mama dépendent de leur autorité. Ces terrains du Chamama 
leur ont été vendus jadis, à leur arrivée dans le pays, par 
des Marabouts Tanak, alors puissants, mais qui, amoin- 



(1) L'Ogol, région au nord de l'Atkoura. 

(2) L'Aoukeïra ou petit Aoukar, région de petites dunes tourmen- 
tées, avec eau peu profonde, qui s'étend entre Souet el-Ma et la 
route Bou Tilimit-Podor. 



l8o REVUE DU MONDE MUSULMAN 

dris, ont émigré vers le Brakna, où leurs descendants vivent 
aujourd'hui. 

Leurs puisards sont dans l'Ogol : Sersara, Agboussik, 
Ag Falit, Tin Médou, Tin Agmouttar, Tin Touajem, Oglat 
ould Oumata, Oglat, Ahmed, Oglat Al-Qassem, Tin Da- 
zara, Rzaf'ïa, Loumaïla, Oglat Ahel Beïou Nilfa, Sbeilou, 
Ouber Ahmed, Ouber Al-Afouna. 

Leurs puits sont : Gouabil, Bou Reïga, Reichat, Lemtin 
et Sbeïbir. 

Les Tadjakant sont très industrieux. C'est la seule tribu 
qui se soit mise résolument à la taille du sel gemme ; les 
autres se contentent de le ramasser. Ils le transportent chez 
les Maures du Brakna et du Gorgol et dans toutes les es- 
cales du fleuve jusqu'aux confins du Soudan. Ils ont, comme 
on l'a vu de nombreux puits et puisards. Récemment un 
puits en ciment leur a été construit sur leur demande et à 
leurs frais, à Douguedj. 

Ils ont un riche cheptel. A la date du 30 mai 1913, le 
recensement de leurs animaux s'établissait ainsi d'après 
leurs déclarations : chevaux, 2; juments, 13;, bœufs, 1.007; 
vaches, 4.758; chameaux, 687; moutons, 6.776; ânes, 500. 

Ils avaient, en outre, récolté dans l'année 130 tonnes de 
riz, 750 kilos de pastèques et 2.500 kilos de gomme. 

Les marques des Ahel Bouna sont pour les chameaux, 

bœufs et ânes C_ . Celles des Ahel Rend Maham sont 



*i 



poui les mêmes animaux 



t= r v t*t %? 






. On trouve encore d'autres marques : 
D 



l'émirat des trarzas 181 

Les Tadjakant du Trarza sont au nombre de 436 tentes, 
comprenant 473 hommes, 287 femmes, 631 enfants, 172 cap- 
tifs et 143 captives. Ils possèdent 20 écoles coraniques offi- 
cielles, comprenant 382 élèves. 

Ils ont conservé d'excellentes relations avec leurs cousins 
de l'Est et du Nord. Un courant très intense de visites et de 
commerce règne entre ces diverses fractions. 



Le chef des Tadjakant du Trarza est Oassoum ould 
Mokhtar ould Miloud, figure très curieuse. C'est un vieil- 
lard de 75 ans, intelligent et fin, très documenté sur toutes 
les affaires de la Mauritanie, fort riche. Il est un des pre- 
miers chefs de tribu qui vinrent à Coppolani, au début de 
l'occupation. Il offrit sans tarder la soumission des siens à 
Souet el-Ma, puis, commerçant avisé, comprit les avan- 
tages sérieux qu'il pourrait retirer de son contact avec les 
Français, gens achetant beaucoup et payant bien. Il fit faire 
à ses gens une grande partie des convois de l'époque et les 
enrichit tous. 

Son fils, Mohammed Cheïn, fanfaron, fourbe et sans va- 
leur, ne paraît pas susceptible de remplacer Qassoum. 

Son beau-frère, Mohammed Abd Allah ould Mokhtar, a 
été, deux ans, en résidence surveillée à Dagana. Il avait été 
surpris à faire de la propagande anti-française dans les es- 
cales du fleuve jusqu'à Kayes. 

Tagounant. 

Des deux fractions qui composent actuellement la tribu 
des Tagounant : Id Ab Maham et Oulad El-Mouloud, la pre- 
mière justifie seule son origine ethnique. 

L'ancêtre éponyme, Gounan, était, dit la légende, un 
Hartani des Hassanes des premières invasions : les Oulad 
Rizg, Il eut un fils, Maham, qui est l'ancêtre de la fraction 



t%2 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Id Ab Maharn, comme ses fils Yahia et Baï sont les ancêtres 
des sous-fractions Oulad Yahia et Otilâd Ëaï. 

La femme de Mahain, s'étant remariée à un individu des 
Médlich, mit au monde Amrar, qui vécut avec ses frères 
utérins, et fut l'ancêtre des Id Ab Amrar. 

Les Oulad Baï se subdivisent en Oulad Baï proprement 
dits, et en Nguerda, lès premiers descendants dé Soleïnïan 
et d'Adeïja, les seconds de Nguerda, tous trois fils de Baï, 

Un individu, d'origine inconnue, et du nom de Taleb 
Lamin vint s'installer auprès de Maham. Il a fait souche et 
sa postérité forme aujourd'hui la sous-fraction des Ahel 
Taleb Lamin. Telle est d'après la tradition, l'ascendance de 
cinq sous-fractions qui composent aujourd'hui la fraction Id 
Ab Maham, ou Tagounant de pure origine. On peut réca- 
pituler ces origines suivant le tableau ci-après : 



GOUNAN 



•*>C- 



De la femme dé 
Maham . iVJaham et d'un 

ancêtre des Id Ab Maham père Medlich 



! I > I 

Yahia Bai Amrar 

ancêtre des ancêtre des ancêtre dés 

Oulad Yahia Oulad Baï Id Ab Amrar 

/ p- , — \ 

x Soleïnïan Adija / Nguerda 

N y ancêtre 

ancêtres des Oulad Baï des 

proprements dits. Nguerda 

Un Chérif, du nom de Mouloud, se fixa au cours de ses 
pérégrinations auprès de Yahïa et de Baï fils de Maham. Il 
épousa une de leurs filles et devint l'ancêtre des Oulad Mou- 
loud, considérée comme la seconde fraction des Tagounant 
par suite des nombreux mariages qui ont uni les uns aux 
autres. Ces Oulad Mouloud ont toujours argué de cette ori- 



>tà 



LE1VÎ1RAT DES TRARZAS 183 

gine chérifienne pour essa5^er d'échapper au paiemeût des 
redevances coutumières, réclamées par les Emirs. 

Les Tagounant avaient jadis comme Zenaga ou Haratines 
les sous-fractions : 

Ahél Moslim. 

Ahel Atjfagha Ahmed. 

Ahel Seïga. 

Les Ahel Seïga descendent d'un affranchi de Yahïa, fils de 
Maham, du nom de Seïga, t)es difficultés étant survenues, 
provoquées par les fils de Yahia, qui réclamaient les trou* 
peaux que Seïga affranchi avait élevés, Yahia imposa à ces 
animaux une marque spéciale au fer rouge, de façon à met» 
tre son ancien esclave à l'abri de toutes revendications. 
Mahmoud, fils de Seïga, libéra définitivement sa famille. 
Grand puisatier et riche éleveur, il jouit de la considération 
d'un parfait homme libre. 

Ces trois sous-fractions, aujourd'hui indépendantes et 
affranchies de tout tribut, marchent toujours dans le sillage 
des Tagounant. 



Fractionnement des Tagounant, 
Tagounant : 

Fraction des Tagounant : 

Id Ab Maham 250 tentes 

Oulad Yahia. 
Oulad Bai : 

Oulâd Bai proprement dits. 
Oulad Amrar. 
Oulad Taleb Lamin. 

Oulad Mouloud 165 tentes 

Fractions à la suite de Tagounant : 
Ahel Moslim. 
Ahel Atjfagha Ahmed, 
Ahel Seïga. 



184 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Pendant les années qui suivirent l'occupation française un 
certain flottement se fit sentir chez les Tagounant. Plu- 
sieurs tentes, notamment des Haratines Ahel Moslim et Ahel 
Atjfagha Ahmed s'enfuirent dans l'Adrar. La plupart vin- 
rent faire leur soumission au Trarza par l'intermédiaire de 
Saad Bouh et de Mohammed ben Sliman, et furent recensés 
avec les groupements de ces Cheikhs. Par la suite, les nota- 
bles envisagèrent la reconstitution de leurs fractions et vin- 
rent demander l'autonomie. La chose leur fut accordée en 
fin 1912, et depuis ce jour, la tribu Tagounant reconstituée 
jouit de son indépendance. Un certain nombre d'Ahel Seïga 
pourtant sont restés attachés au groupement des télamides 
du Cheikh Sidïa et ont refusé de se joindre aux campements 
Tagounant. 

Les fractions Tagounant, quoique d'origines si diverses, 
vivent en très bons termes, à conditions d'être toutes placées 
sur le même pied. Leur esprit démocratique, vrai cachet de 
la race berbère, est si vif qu'elles se sont refusées à choisir 
un chef de tribu ou des chefs de fractions. Les affaires sont 
réglées dans chaque fraction par une Djemaa, responsable 
vis-à-vis de l'autorité française et indépendante vis-à-vis des 
autres Djemaa. 



Les puits et terrains de parcours des Tagounant sont sis 
3 ans la région appelée Hassaïat Tagounant. Les puits sont : 
Lemhaïrïd, Ajreïd, Nouadibou, N'zamadi, Bou Drega. 



t*; 



Les marques des bœufs sont J N» ; celles des chameaux 



sur la cuisse gauche 



& m 



Ils comprennent un total de 415 tentes, 449 hommes, 
279 femmes, 334 enfants, 58 serviteurs et 76 servantes. 



l'émirat des tïurzas 185 

Id Eïboussat. 

Les Id Eïboussat se prétendent descendants des Ançar ou 
compagnons du Prophète. Ils seraient donc, à les en croire, 
d'origine arabe-himyarite. 

Ils reconnaissent ensuite que leurs pères Qanhadja sont 
arrivés en Mauritanie dans la méhalla d'Abou Bekr ben 
Omar. Cette origine berbère est beaucoup plus vraisem- 
blable, et on peut s'y tenir. 

Les Id Eïboussat n'ont pas pris part aux guerres de 
Babbah (Cherr Babhah) qui mirent aux prises Arabes has- 
sanes et Berbères çanhadja du Sahara occidental. Aussi 
leur situation fut-elle meilleure que celle de leurs frères 
Marabouts, et les contributions qu'ils eurent à payer aux 
Hassanes furent-elles beaucoup plus légères. 

Ils s'enrichirent et crûrent rapidement. Leur cheptel se 
développa dans de grandes proportions ; de toutes parts, les 
opprimés vinrent se mettre sous leur protection, leur offrir 
le tribut et se constituer leurs Zenaga (xvnr 9 siècle). 

Au début du xix e siècle, les Id Eïboussat constituaient 
une des plus importantes tribus de la région Trarza. Les 
vexations sans nombre, dont eux-mêmes et leurs Zenaga 
furent alors l'objet de la part des Hassanes jaloux et cupides, 
déterminèrent une partie de leurs campements à émigrer. 
Plusieurs tentes se rendirent dans le Tagant et s'installè- 
rent près des Tadjakant de Moudjerïa. D'autres, plus nom- 
breuses, allèrent chercher leur vie dans le Regueïba au Sud 
du Tagant, et jusque dans le Hodh ! 

Ceux qui restaient dans le pays Trarza, surtout Oulad 
Moussa des environs de Khroufa, résolurent de se donner 
un maître, susceptible de les protéger contre lés pilleries 
des Arabes. Ils se mirent eux-mêmes et leurs trois grands 
campements Zenaga sous la protection de l'émir Mohammed 
Al -Habib, et s'engagèrent à lui payer un ghafer permanent. 

Ce ghafer se décomposait ainsi : Chacune des fractions 



186 REVUE DU MONDÉ MUSULMAN 

Oulad Moussa : i° Ahel Lamin Al Boubak et leurs campe- 
ments Zenaga Laneïssat ; 2° Ahel Abd Allah Al Moussa 
et leurs Zenaga Id ag Heïnd ; 3 Mahmat et leurs Zenaga 
Lemrakhi, donnait, chaque année en toute propriété à leur 
suzerain, un chameau, une vache et un âne, et d'autre part 
lui confiait pour l'usagé du lait seulement, deux vaches lai- 
tières. 

La fraction Oulad Kl-Atj payait ses redevances aux gens 
du Nord et notamment aux Oulad Delim. 

La fraction Oulad Maham à l'Est, payait aux Ahel Ali- 
Oulad Al-Lab (Oulad Dâmân) le lait de six vaches, évalué 
24 pièces de guinée, et de deux chamelles, évalué 20 pièces 
de guinée. Ils leur donnaient en outre un chameau en toute 
propriété. Ils se rachetèrent de ce ghafer, dès 1898, par le 
paiement de la valeur de cent génisses et de cent petites 
chamelles, et par le versement de 1.200 pièces de guinée, de 
4 captifs et d'un cheval. 

Tant que vécurent Mohammed Ai-Habib et ses trois pre- 
miers successeurs, les Id Eïboussat jouirent d'une tranquil- 
lité relative. Les querelles intestines, qui divisèrent l'émir 
Ahmed Saloum II et les fils de Mohammed Fal, à partir de 
1898, rendirent la vie impossible aux Id Eïboussat. Leurs 
Zenaga d'abord, eux-mêmes ensuite, furent pillés succes- 
sivement par l'Emir et par les prétendants. L'exode des Id 
Eïboussat s'accentua vers le Nord. Quant aux Zenaga, une 
petite partie passait le fleuve et se réfugiait chez les noirs. 
Les autres recouvraient la paix en changeant simplement de 
maîtres et devenaient tributaires des Ahel Mohammed Ai- 
Habib. 

Lés quelques tentes Id Eïboussat qui n'émigrèrent pas du 
Trarza vinrent se réfugier, dès l'occupation de Bou Tilimit, 
auprès du poste ; elles opposèrent la plus énergique résis- 
tance aux prétentions émises par l'Emir, et obtinrent 
d'abord de Coppolani, ensuite du colonel Gquraud, d'être 
délivrées de toute redevance. 





Cheikh Sidïa 
et ses talibés en tournée à Dakar. 



l'émirat des trarzàs 187 

Les Id Eïboussat du Trarza comprennent aujourd'hui les 
quatre fractions. 

Oui ad Moussa 22 tentes 

Oulad Maham 58 — 

Oulad Al-Atj 65 — 

Id ag Ben Moussa 48 — v 

et une population totale de 193 tentes, 324 hommes, 224 
femmes, 408 enfants, yS captifs et 93 captives. 



■ * 



Les Oulad Moussa et Oulad Maham ont pour Cheikh 
Ahmed Brahim. L'ancienne famille dirigeante des deux 
fractions étaient les Ahel Taqqi, qui étaient disciples de 
Cheikh Sidïa Al-Kabir. 

Les Oulad Al-Atj ont pour chef Cheikh Maaloum, qui a 
reçu î'ouerd de Cheikh Ma el-Aïnin. 

Les Id ag Ben Moussa ont pour Cheikh Sidïa ould Ta- 
lebna. Ils vivent enchevêtrés chez les Oulad Khadiel et les 
Oulad Mohammedden Allah, des Oulad Biri. 

Les Id Eïboussat nomadisent dans l'Aftout : deNkettaw 
à Aguilal. Ils boivent aux puits et puisards de Tagoura, Al- 
Mimoun, Bir Allah, Melhas, *Ktouf. Pendant la saison 
froide,, ils vont dans l'Aoukar. 

La marque de leurs troupeaux est le çad f i _j 

Un grand nombre d'Id Eïboussat relève de l'obédience 
qadrïa de Cheikh Sidïa. 

Ida Belhasssen. 

Les Ida Belhassen sont d'origine çanhadja. Ils sont les 
descendants des contingents de cette tribu, qui avaient été 
incorporés dans la méhalla d'Abou Baker ben Omar. Au 
delà de cette ascendance çanhadja, ils s'attribuent une loin- 
taine origine arabe : ils seraient Himvarites, Certains sont 



l88 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

même plus précis. Leur ancêtre Aboul-Hassen serait chérif : 
il ne serait autre que le fils ou le petit-fils même d'Ali, gen- 
dre du Prophète. Cette opinion n'est pas admise dans le 
monde lettré maure. 

Une tradition particulière leur attribue un lien de parenté 
avec les Aït Lahsen des Tekna d'Oued Noun, ce qui confir- 
merait leur commune origine Zenaga. 

L'usage de la langue zenaga est très répandue chez les 
Ida Belhassen. On l'emploie même de préférence à l'arabe 
dans les relations intérieures de la tribu. 

Les Ida Belhassen ont fait bloc avec les autres tribus ma- 
raboutiques, au début du xvii e siècle, pour résister aux 
dépréciations des Aroussïïn. Le biographe de Nacer ad-Din 
rapporte que les deux diplomates Abou Zeïd, les Yaqoulés et 
son cousin Baba Ahmed, joutant sur le terrain magique avec 
Sid Ahmed, chef des Aroussïïn, se targuèrent d'avoir une 
armée puissante, et, sous ce nom, ils désignaient les Oulad 
Amar Agdach, importante fraction des « Ida Belhassen. » 

Un peu plus tard, lors de la grande guerre "de Babbah, les 
Ida Belhassen ont fait bande à part et ont même pris fait et 
cause à plusieurs reprises pour les Hassanes. On a vu qu'un 
de leurs cadis, le Hadj Abd Allah, ne craignit pas de ren- 
dre une fetoua, déclarant licite le meurtre et le pillage de 
certains Zouaïa par les Hassanes, et que ce fut sous le cou- 
vert de cette décision canonique que débutèrent les hostilités. 
Leur neutralité leur valut un traitement de faveur lors, 
du règlement final du sort des Zouaïa. Ils durent reconnaître 
évidemment la suzeraineté des Hassanes, mais ne furent pas 
soumis à la plupart des obligations qui frappèrent les tribus 
maraboutiques, notamment à l'hypothèque du tiers d'eau sur 
leurs puits. De plus, l'émir Haddi leur fit don en toute pro- 
priété de la plus grande part de l'Ogol. C'est à peu près le 
seul exemple qu'on voit dans les annales maures de con- 
cessions domaniales par les émirs. 

Moins éprouvés que les autres tribus maraboutiques; les 
Ida Belhassen furent les premiers à entrer en contact avec 



l'émirat des trarzas. 189 

les Européens de Podor. Ils inaugurèrent la traite de la 
gomme à la limite du Brakna, comme les Ida Ou Al-Hadj le 
faisaient alors en bordure du Trarza (lin du xvir 9 siècle). 
Leur chef Al-Alouiu touchait une coutume à l'escale du Coq. 

Les Ida Belhassen se subdivisent aujourd'hui entre les 
fractions suivantes : 

Ida Belhaseiî : 

Ida Ou Gadchalla 316 tentes 

Oulad Bon Al-Falli ' . . 46 — 

Oui ad Ahmed ben Y.oussef 1 30 — 

Oulad Amar Agdach 264 — 

Oulad Khetcïra 160 — 

Oulad Bou Amrar 192 — 

Oulad Bou Al-Moktar . 61 — 

Ida Choqra : 

Ahel Atjfagha Ahmed J 

Ikoukan V 238 — 

Al-Falli Agda Maham ...... \ 

On voit qu'ils constituent une nombreuse et florissante 
tribu de 1.507 tentes. Le dernier recensement donnait 1.597 
hommes, 1.271 femmes, 1.474 enfants, 383 captifs et 423 
captives domestiques. 

Les Ida Ou Gadchalla nomadisent et boivent à Lembeïdïa, 
Al-Afanïa, Nfasou, Bou Sedrat, Tin Derchin, Touaïbîssit, 
Oum Touaïchtïa, Logaïlat, Ben Noussourt, Lemkhaïniz, 
Nemoura, N'deïbirat, Touaïfidirt, Moundrich, Ogueïlat 
Ahel Dris, Bijdour, Al-Mimoun, Tin Hamdan, Bir Touaï 
Boukhcheïbia, Hasseï Ahel Issagh. 

La marque de leurs animaux est & %Ja J^^ 



h ^ 



JOX) REVUE PU MONDE MUS^lMàN 

Les Oulacl Bou Al-Falli nomadisejit et boivent à Tin 
Mehaïnen et Djebriat. 

Leur marque générale est j , sauf pour les chameaux, 

pour qui, elle est / Jj 

Les Oulad Ahmed ben loussef nomadisent et boivent à 
Nbeïtia du Nord, Amzezaq, Sanad et Ag Moutidit, 

Les Oulad Amar Agdach nomadisent dans l'Aftout, PAd- 
kour et l'Ogol. Dans l'Aftout, à Touaïdima, Al-Mouaïssar, 
Loumeïlah, Aleïb Al-Ouahche, Berkaïzat. Dans l'Adkour, 
à Bir Al-Bags, Abarraz, Belhamoucha Teïb, Al-Fakroun ; 
dans TOgol, à Tin Bëlil, Tin Mohammed, Lembeïdïa, 
Nfeïri, Loufeïssid, Al-Massoumïa, Tin Darmaclieq, N'terki, 
Touaïja, Ogailat Habib, Choubouk, Selsebil, Tin Deijimal, 
Al-Aouaissïa, Bou Naga, Tin Zeïdan, Tin Soukhna. Ils 
possèdent en plus la partie orientale du lac Reqiz. 

Leurs marques sont fil'" j£ <pT\ et toutes les coni« 
lunaisons du lam-alif et de routarde avec leurs sous-marques 

(ohouahèd) % 4, 0/ tf W ^, etc. 

Les Oulacl Kheteïra boivent, nomadisent et cultivent dans 
l'Aftout, (puits d'Al-Mauar et de N'Karmodi) ; dans l'Ad- 
kour, (puits de Lemheïen); dans TOgol (puits de Salloumïa); 
ainsi qu'à N'Trafel, N'Koudou, Hassei Ahel Mahmoud, Tin 
Dazahar, Maglouha, Nelfali, Al-Houaïmel, Tin Yazkar et 
Ncheïlat. Jk 

La marque générale des Oulad Kheteïra est l'outarde j 
La tente, du Cheikh Hassan l'appose sur le cou de ses cha- 
meaux et y ajoute la marque de Cheikh Sidïa, son maître 
spirituel. 

Les Oulad ben Amar boivent et nomadisent à Tagroroït, 
Lajourïa, N'toug, Lemras, Tin Ouaïour, Tin Abehoum, 
Souaïguïa, Tin Amaïra, Bir Oulad Aïssa. 



L EMIRAT DES TRARZAS iÇll 

La marque des ânes ei des bœufs est l'outarde ; celle des 

chameaux ^ . 

Les Oulad Bou Al-Mokktar boivent et nomadisent à 
Khaira, Bijdour, Mbarek ben Souaïd, Rar Rabhoum, Za- 
roura, Loubeïr, Horth, Al-Aguel, Armoura, Jereraten. 

Leur marque générale est // o . Us ont, en outre, une 
marque particulière pour les bœufs et les moutons, qui con- 
siste à fendre l'oreille droite en haut et l'oreille gauche en 
Dazahar, Maglouha, Nelfali, Al-Houaïmel, Tin Tazkar et 
bas. 

Les Ida Choqra ne sont pas d'origine hassani. Ils seraient 
chorfa. Depuis un demi-siècle environ, ils vivaient avec u s 
Ida Belhassen proprement dits et en portaient même le nom, 
mais gardaient leur existence propre comme fraction. C'est 
ainsi que si un indigène des Ida Choqra était condamné 
pour meurtre, les fractions Ida Belhassen ne contribuaient 
pas au paiement de la dïa. Et réciproquement. 

Toutefois de nombreuses alliances de familles et des rela- 
tions amicales avaient étroitement uni les deux fractions. - 

En 1902, CoproLANi, constatant cette sympathie, réunit 
administrativement et avec leur assentiment les Ida Choqra 
aux Ida Belhassen et leur donnant comme chef unique, 
Cheikh Hassan, Cheikh des Belhassen. Toutefois les Ida 
Choqra gardèrent leurs cheikhs particuliers, Yahia ould 
Mohammedden, et Al-Amine ould Rajah. La situation est 
restée telle jusqu'à nos jours. 

Le Cheikh des Ida Belhassen est Cheikh Hassan, à la fois 
chef administratif et cheikh religieux de la tribu. C'est un 
vieillard impotent et cassé, qui a été consacré par Cheikh 
Sidïa Al-Kabir, il y a cinquante ans, et qui a joui d'une 
grosse réputation maraboutique. Il est remplacé pratique- 
ment par son fils Brahim, disciple de Cheikh Sidïa Baba. 
Cheikh Hassan a de nombreux télamides qui n'ont pas tous 



192 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

une attitude correcte. L'un d'entre eux, Abd Allah ould 
Habib Allah, né vers 1860, s'est signalé par une propa- 
gande déplacée au Sénégal, et par de nombreux voyages 
clandestins. En temps normal, il fait commerce de livres 
arabes. , 



Tagnet. 

La tradition maure fait des Tagnit des « chebahin » , 
c'est-à-dire une fraction composée d'éléments divers, venus 
d'un peu partout, que leur vie en commun, leurs intérêts, 
des mariages, a cimentés peu à peu et a constitués en frac- 
tion indépendante. On rencontre quelques tribus, composées 
de la sorte dans les pays maures. Ces éléments constitutifs, 
dont l'origine n'est pas toujours connue, partout le nom de 
« meregga » et d' « Argoub » dans le Trarza, de « chebka » 
dans le Tiris, de « Kars » dans le Tagant. 

La sûreté de cette tradition n'a pas empêché quelques let- 
trés Tagnit de se forger de toutes pièces une légende chéri- 
tienne, qui les ferait fils d'un ancêtre éponyme, dit Aguini, 
immigré en Mauritanie à une époque inconnue. Cette lé- 
gende ne jouit d'aucun crédit chez les Maures, et même 
chez la plupart des lettrés Tagnit. 

Les Tagnit étaient déjà constitués en tribu sous ce nom, 
vers le milieu du xvii e siècle. Le biographe de Nacer ad-Din, 
rapporte, en effet, qu'une délégation d'entre eux vint faire 
visite , à l'Imam, et s'entendit prédire par lui en s'en allant 
qu'ils dîneraient le soir dans une tente de son campement. 
Cette prédiction les étonna fort, puisqu'ils partaient, et ils 
en admirent la réalisation à longue échéance. Mais une tour- 
mente de sable les surprit en route. Ils s/égarèrent, tour- 
nèrent à travers les dunes et finalement tombèrent, sans le 
savoir, sur le campement de Nacer ad-Din et sur la tente 
qu'il leur avait indiquée, le matin. 




ChKIKH SlDI MoiiAMMIil) OUI I) A HMH!)l>OU OULD SlJMAN, 
UJiS OULAJL) DlMAN 



l'émirat des trarzas 193 



■35- 



Les Tagnit se partagent en les fractions suivantes : 

Ahel Habib 173 tente» 

Ahel Sidi 91 — 

M Ab Nezar 56 — 

Timirigiiïoun 24 — 

Ahel Mohammed Abdallah 22 — 

Oulad Bou Samba 114 — 

Oulad Ndama 62 — 

Igounaten 67 — 

Oulad Taleb Ahmed 76 — 

soit au total 747 tentes, 770 hommes, 651 femmes, 773 en- 
fants, 294 serviteurs-captifs et 260 servantes. 



■X- 

* * 



Les Ahel Habib et Ahel Sidi sont de même origine. Leur 
ancêtre commun est Atjfagha Al-Hommed dont le tombeau 
est à Zar. C'est son descendant, Sidi Ahmed ould Taleb, qui 
est aujourd'hui le cheikh de la tribu. On appelle quelquefois 
ces deux fractions du nom de leur ancêtre, les Atjfagha Al- 
Hommed. Ils jouissent d'une grande réputation de science 
et de piété, et sont la fraction dirigeante de la tribu. 

Les Oulad Bou Samba partagent cette réputation. Leur 
ancêtre Abou Samba serait, disent les uns, un Canhadji ; un 
noir de la rive gauche disent les autres. Tout le monde est 
d'accord pour reconnaître en lui le premier noyau de la 
tribu. C'est autour de son petit campement que les immi- 
grations successives constituèrent les autres fractions. Il 
portait le surnom d'Agni, id est « le noir » et c'est de lui 
que serait venu le nom de la tribu « Tagnit ». Chez les 
Oulad Bou Samba vivent deux campements de « halif », 
c'est-à-dire d'étrangers, venus s'installer chez eux : les 
Gouanit et Id ag Brahim. 

xxxvi 13 



194 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les Oulad Taleb Ahmed sont d'origine regueïba. Leur 
ancêtre éponyme, Taleb Ahmed, petit-fils d'Ahmed le Re- 
gueïbï, serait venu s'installer à côté des autres éléments 
Tagnit, il y a plusieurs siècles. 

L'origine des autres fractions est inconnue, mais leur 
dénomination, comme la tradition, en fait des Çanhadja ber- 
bères. Il faut signaler pourtant qu'une tradition fait les 
Ahel Atjfagha Al-Hommed, cousins des Oulad Ndama et 
leur donne pour ancêtre commun Id ag Faïdenni, fils de Che- 
beliaiî, des Çanhadja. 

Quelques tentes tagnit ont émigré depuis plusieurs géné- 
rations sur les Oiilad Sidi El-Falli (Oulad Dîman) et y ont 
formé les campements Ahel Sidi Mohammed, et Ahei 
Khalef. 

Les terrains de parcours des Tagnit vont de Haïtou à 
Nteïchot et à Zar. Ils sont enchevêtrés au milieu de ceux 
des Oulad Biri. Les puits sont communs. 

Les Tagnit ont pour marque l'outarde *\ el le lam-alif 



^ u 



Ils ont de très nombreux «troupeaux. Comme ils les ont 
mis, dès les premiers jours de l'occupation française, à la 
disposition de l'administration pour faire les convois de 
ravitaillement , leur fortune s'est accrue rapidement. Ils 
sont dans une excellente situation économique. Ils se livrent 
aujourd'hui au trafic des caravanes. 

Oulad Baba Ahmed. 

Les Oulad Baba Ahmed sont une petite fraction des Oulad 
Dîman (Tachomcha) qui vit, autonome, sur le territoire de 
Bou tilimit depuis 1910. Rattachés d'abord à l'ensemble de 



l'émirat DES TRARZAS 105 

la tribu sous le commandement du Cheikh Sidi Mohammed 
ouldi Ahmeddou ould Sliman (résidence de Méderdra), ils 
n'ont eu de repos qu'ils n'en aient été séparés. Ils étaient 
soutenus dans cette, lutte sourde contre le chef de tribu par 
Baba Ahmed, gendre de Sid Al-Mokhtar, Cheikh des Oulad 
Biri. 

Ce travail de dislocation du commandement de Cheikh 
Sidi Mohammed, c'est-à-dire des Oulad Dîman, aller amener 
T autonomie d'autres fractions et notamment, deux ans plus 
tard, celle des Oulad Ba Zeïd dont le chef était très lié avec 
le chef des Oulad Baba Ahmed, mais ces fractions sont res- 
tées campées sur leur territoire et relèvent toujours de Mé- 
derdra. 

Les Oulad Baba Ahmed ont toujours prétendu avoir des 
droits à la perception de horma sur certains haratines Aheî 
Barik Allah. La chose n'a jamais pu être éclaircie. 

Leur fraction se subdivise en 

Ahel Ahmed Nalla , .... 21 tentes 

Ahel Rellaoui 120 — 

Ahel Cebbar 24 — 

suit une proportion totale de 165 tentes, 180 hommes, 155 
femmes, 215 enfants, 69 captifs et 67 captives. Leur cheikh 
est Mohammed Salem ould Mohammed Lamin. 



ils boivent aux puits de Tm-Merkaï, Ichenkat, Nacer ad- 
Din, Tin Ouaïom, Berkeïzat. Ils ont des lougans dans les 
terrains de l'Ataïeurt de Bou Dana, au Sud du puits de Tin 
Chikil. 

Ahël Barik Allah. 
La tribu des Ahel Barik Allah forme avec les Oulad 



196 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Dîman e,t les Id Eïqoub la confédération historique des Ta- 
chomcha, 

Pour ne pas scinder ce groupement, l'étude en a été faite 
au chapitre suivant « Résidence de Méderdra », d'où dépen- 
dent les deux tribus Oulad Dîman et Id Eïqoub. 

Tendgha de l'Est et Id Armadiek 

Les Tendgha de l'Est et Id Armadiek sont deux fractions 
de là confédération tendgha qui se sont détachées de la tribu- 
mère, campée dans la résidence de Méderdra, et vivent po- 
litiquement autonomes dans la résistance de Bou Tilimit 

Leur étude n'est pas séparée de celle des Tendgha qu'on 
trouvera infra, au chapitre : « Résidence de Méderdra ». 

Oulad Biri. 

Sur les Oulad Biri, on pourra consulter Y Islam Maure : 
« Les confréries religieuses de la Mauritanie : « Cheikh Si- 
dïa et sa voie » dans la Collection de la Revue du Monde 
Musulman. 



l'émirat des trarzas 197 



Résidence de Méderdra. 



I. — Guerriers. 

Sauf une petite fraction passée dans le Trarza de Bou 
Tilimit, chez les Oulad Daman, les Oulad Ahmed ben Da- 
man vivent dans la Résidence de Méderdra, groupés autour 
de la famille de l'Emir. Ce sont eux qui) constituent l'aristo- 
cratie trarza. 

On distingue les campements suivants : 

I. Ahel Ali Chandora : 

Ahel Mohammed Ai-Habib. 

Ahel Ahmed ould Leïgat. 

Ahel Bou Hobboïni. 

Ahel Ali Khamlich. 

Ahel Ali Kouri. 

Ahel Mokhtar ould Amar ould Ali Chandora. 

Ahel Arnib (Ahel Mohammed Babana). 

2. Ahel Tounsi : 

Ahel Bou Bakar Ciré. 
Ahel Khalil. 

3. Ahel Cherqi ould Haddi. 

4. Ahel Ahmed Deïa. 

5. Ahel Amor Agjïel. 

6. Ahel Dokhon ould Hiba ould Brahim. 

7. Oulad Siyed. 

8. Ahel M'haïmdat 

9. Ahel Abella. 

10. Ahel Ag Mouttar. 

11. Ahel Al-Bou Alïa. 

12. Ahel Abd Al-Ouahhab. 

13. Oulad Reguïeg. 

Il n'y a rien de particulier à dire sur les sept premiers 



I98 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

campements qui sont les Oulad Ahmed ben Daman authen- 
tiques, dans les appellations desquels on reconnaît les noms 
des émirs trarzas des trois derniers siècles, et qui, à ce titre 
ont, avec leurs cousins Oulad Daman, dirigé l'histoire gé- 
nérale du Trarza. On signale la réputation de droiture et de 
justice dont jouissent les Ahel Tounsi dans les tribus mara= 
boutiques. Ce sont de « bons Hassanes ». 

Les Ahel M'haïindat sont les descendants forts réduits 
de M'haïmdat, frère de Dârtiâtt. 

Les Ahel Abella et les Ahel Ag Mouttar sont des Oulad 
Daman qui ont lâché leurs frères, pour venir camper avec 
l'Emir. Le chef des Ahel Abella est Mohammed Fal ould 
Samba Fal. Le chef des Ahel Ag Mouttar est Oulad ould 
Aleïouika. Agmouttar, fils de Daman, et ancêtre éponyme 
de la fraction, est enterré à Mouniri dans l'Iguidi. 

Les Oulad Bou Al-Alïa ont été étudiés avec les Hassanes 
de Bou Tilimit. Un campement de cette fraction est venu 
prendre place sous l'autorité d'Ahmed Saloum III. 

Les Ahel Abd Al-Ouahhab sont une fraction de lointaine 
origine trarza, vivant avec les Ahel Tounsi. 

Les Oulad Reguieg sont une fraction de guerriers qui 
depuis deux siècles vivent dans le village des Ahel Ali 
Chandora. Leur fidélité a valu à ces descendants d'un for- 
geron une situation, acquise désormais, de Hassanes. Ils 
sont les suivants de l'Emir, sa garde, son conseil, ses agents 
de perception, de justice et d'administration. Les Trarzas les 
appellent les « Merakebin ». Une semblable ébauche de 
cour (terkib) existe dans l'Adrar, où ces agents sont dits 
« Abid » et chez les émirs Ida Ou Aïcli, où ils sont dits 
« Aggarid ». 

Leur légende nationale rapporte que l'ancêtre de la frac- 
tion Reguieg était un artisan, chargé de la gestion des biens 
privés d'Ali Chandora. Il accompagna son maître dans le 
voyage que celui-ci fit auprès du sultan du Maroc. Le sultan 
répondit à l'émir, qui lui exposait sa requête : « Elle est 



L EMIRAT DES TRARZAS 



199 



accordée, si tu accomplis trois faits : i° m'apporter les petits 
d'un lion terrible qui dévaste les campagnes; 2 grimper au 
sommet d'un arbre, qui est ici et dont la tête est si élevée 
que personne n'a jamais pu y passer Une nuit sans y mourir 
de froid ; 3 couper cet arbre dont le bois est si dur qu'on 
n'ait jamais parvenu à l'entamer ». 

L'Emir accepta, et partit sans retard pour la brousse avec 
son forgeron. Ils en rapportèrent bientôt les petits du terri- 
ble lion. 

Il dit ensuite à Reguieg : « Monte au sommet de l'arbre, 
j'allumerai du feu; tu verras la flamme et elle te réchauf- 
fera ». Reguieg monta; Ali Chandora attisa le feu toute la 
nuit, et son serviteur put descendre au matin, transi mais 
bien vivant. 

Aussitôt après, l'Emir et Reguieg entourèrent le pied de 
l'arbre d'une couronne de feu, à la façon saharienne. Il se 
consuma lentement et finit par s'écrouler. 

A la suite de ces exploits, le sultan tint sa parole et 
accorda à Ali Chandora les secours qu'il lui demandait. 



* 
* * 



Les Oulad Ahmed ben Dâmân de Méderdra comprennent 
aujourd'hui 303 tentes, 530 hommes, 728 femmes, 428 en» 
fants, 125 captifs des deux sexes. 



Les Euleb se Sont partagés entre la résidence de Bou f i- 
limit (déjà vus) et celle du Trarza occidental. 

Ceux-ci, amis et compagnons de guerre des Oiilàd Ahmed 
ben Dâmân, comprennent les trois fractions : 

Ai-Kohol (35 tentes), chef : Mon. ould Ma Yarba (id est, il ne 

craint pas). 
Lgouafif (30 tentes), chef ; Mokhtar ould Ali, 



200 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Legneïdiat (42 tentes), chef : Moh. ould Debezni (id est, il m'a 
frappé). 

Leur cheikh général est Ahmed Saloum ould Moulay. 
Ils comprennent 202 hommes, 246 femmes, 245 enfants, et 
une trentaine de serviteurs. 

Deux des principaux Cheikhs Euleb dissidents, Mokhtar 
Fal et Bakkar ould Mohammed Na, ayant été pris dans un 
contre-rezzou au printemps 1905, furent internés avec le 
cadi de leur tribu à Khroufa. Ils tentèrent de s'évader, une 
nuit, et furent tués par la sentinelle. Ces morts pouvaient 
soulever des haines inextinguibles contre les Français. On 
trouva cette solution élégante de faire mettre en liberté le 
cadi Euleb prisonnier et de lui confier en toute liberté l'ins- 
truction de l'affaire. Il opéra avec soin, établit les respon- 
sabilités, et amena l'apaisement. 



• * 

Les Loubbeïdat se subdivisent administrai vement, ainsi 
qu'il suit : 

Loubbeïdat : 

Lehnamcé 1 26 tentes 

Oulad Bou Sliman 34 — 

Lougf eïf at 38 - — 

Oulad Hennou 15 — 

Oulad Chouikh 72 — 

Les Lehnancé sont dits Loubbeïdat Sahelïin (les occiden- 
taux), ou Loubbeïdat Chouk (les Loubbeïdat, des épines), 
parce qu'ils habitent le Dahar Noualalane, région de gom- 
miers et d'épineux à l'est de l'Aftout. 

Les autres Loubbeïdat sont dits « Cherqïin » (les orien- 
taux). Ils pâturent d'Ammidir à Jejaïat. 

Les Lehnancé se subdivisent originellement en Kreïba et 
Oulad Hennou. Ce n'est que de nos jours que les Oulad 



L EMIRAT DES TRARZAS 201 

Hennou ont été constitués pour les besoins de l'administra- 
tion, en fraction autonome. Le chef des Lehnancé est Ahmed 
ould Sidi ould Othman. 

Les Oulad Bou Sliman ont pour cheikh Brahim ould 
Cherqi. 

Les Lougfeïfat comprennent trois sous-fractions : les 
Ahel Brahim et les Ahel Hellal, dont Mokhtar ould Ali ould 
Mohammed est le cheikh, les Ahel Amor, dont Nbeïga ould 
Othman est le cheikh. Ces Ahel Amor sont d'origine Oulad 
Yahia ben Othman de l'Adrar. 

Les Oulad Chouikh se partagent en : 

Al-Aleïoua. 

Ahel Bou Zid. 

Oulad Moumen. | 

Ahel Telmoudi. ( Cheikh Brahimi ould Yali - 

Le cheikh général de la fraction est Mohammed Salem 
ould Ghali. 

Parmi les Ahel Bou Zid, on distingue une tente : les Ahel 
Sidi Mbakour qui sont marabouts, et se sont même fait une 
certaine réputation d'instruction et de sainteté. Le chef de 
ces Zouaïa est Sidi Mouïla ould Alïm ould Sidi. 

Les Oulad Moumen et les Ahel Telmoudi sont des 
Trarzas, c'est-à-dire des descendants de Terrouz. Ils sont 
réputés comme les meilleurs et les plus honnêtes des Loub- 
beïdat. 

Les Loubbeïdat comprennent 285 tentes, 351 hommes, 
430 femmes, 353 enfants, 68 serviteurs. 



Les Loubbeïdat sont guerriers à la suite des Trarzas. Ils 
ne paient donc pas de redevances. Leur fidélité à l'Emir, 
quel qu'il soit, pourvu naturellement qu'il soit de la famille 
d'Ali Chandora, est une tradition chez eux. Ce fait confirme 
la légende qui fait des Loubbeïdat, au moins partiellement, 



202 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

les descendants des contingents marocains que l'émir AH 
dhandorâ reçut du sultan Moulay Ismaïl. 

Les Loubbeïdat jouissent d'une excellente réputation au- 
près des Marabouts. On s'accorde à les reconnaître comme 
des guerriers presque corrects. Ils ne sont inféodés religieu- 
sement à aucune obédience, mais il est d'usage chez eux, 
quand Cheikh Sidia se déplace pour un grand voyage, de 
lui envoyer un chameau par tente. C'est tout au moins ]e 
principe. 

Les Loubbeïdat possèdent de très nombreux troupeaux : 
bœufs, petit bétail, chameaux. Pendant la saison sèche, ils 
passent au Sénégal et y font le transport des arachides dans 
le Diolof, le Càyor et le Baol. On rencontre leurs caravanes, 
à leur propre compte ou au service des commerçants d'au- 
tres tribus, dans toute la basse Mauritanie. 

Ils n'ont pas de marque spéciale, mais empruntent celles 
des tribus m arabou tiques sur lé territoire desqueullës ils 

vivent : îe lam-alif des Naba, le & USSfc» des Tâchedbit 

l'outarde, grande 1 des Oulad Diman } ou petite g 
des Tendgha. 

DÉBRIS D'ANCIENNES TRIBUS 

A la suite des tribus Trarzas (Oulad Ahmed ben Daman 
et Oulad Daman), Euleb et Loubbeïdat, on trouve aujour- 
d'hui un certain nombre de fractions guerrières que les 
Maures appellent « beqaïa », id est, restes, débris ». Elles 
continuent en effet les derniers survivants des tribus arabes 
qui ont exercé la prépondérance sur la Mauritanie au XV 
siècle (Oulad Rizg) et au xvi e siècle (Oulad Mbafek), et qui 



L EMIRAT DES TRARZAS 203 

furent vaincus et assujettis par une troisième invasion 
arabe, celle des Trarza. 

On a vu dans la première partie l'histoire de ces luttes et 
leur conclusion. Il suffit de dire que les Oulad Mbarek, 
n'ayant pas accepté leur défaite, émigrèrent vers l'Est, où 
on les retrouve aujourd'hui nombreux et florissants dans le 
Hodh. Ces débris du Trarza sont donc surtout des Oulad 
Rizg; ils constituent les descendants des premières migra- 
tions arabes, venus des steppes du Sous dans le Sahara 
occidental, Les Zenaga les appellent quelquefois du nom 
déformé d' Oulad Nirzig. 

On en compte actuellement sept petites fractions savoir - 

Oulad Behiouk 48 tentes 

Oulad Bou Ali (Id ag Badié) 36 — 

Oulàd Khalifa 29 — 

Taghredient 29 — 

Oulad Agohar (Azzouna) 11 — 

Les Id ag Badié n'ont pas aujourd'hui d'existence auto- 
nome comme fraction, encore qu'ils aient un cheikh : Mo- 
hammed Salem ould Moawïa ould Ammar Diop. Ils sont 
compris dans. les Oulad Bou Ali, dont le cheikh est Ahmed 
ould Lebbouk ould Ali Ouennas. 

Semblable est la situation des Azzouna, compris, dans les 
Oulad Agehar. Ils ne sont plus représentés aujourd'hui que 
par deux tentes : les Ahel Bou Bakar et les Ahel Brik. 

Les Taghredient renfermeraient dans leur sein les des- 
cendants de quelques guerriers marocains de l'Emir Ali 
Chandora, qui ne fusionnèrent pas, comme la plus grande 
partie de leurs camarades, avec la tribu Loubbeïdat. 

Cette tradition paraît authentique, encore qu'on ne puisse 
pas citer normalement les tentes qui auraient cette origine. 

On désigne généralement ces fractions sous le nom d'Al- 
Guibla, c'est-à-dire les Méridionales, parce qu'elles sont les 
plus proches du fleuve. Cette situation géographique leur a 



204 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

valu de recevoir, depuis Faidherbe, les premiers et plus 
nombreux coups des Français, ce qui n'a pas peu contribué 
à leur affaiblissement. Elles sont très fortement teintées 
de sang noir. Les Maures assurent qu'il y a à peine une 
demi-douzaine de familles, d'origine vraiment pure, telles 
les Ahel Lebbouh ,chez les Oulad Bou Ali, et les Oulad 
Amar Titou, chez les Oulad Khalifa. Toutes les autres 
tentes ne seraient que les descendants de leurs anciens cap- 
tifs et clients. 

On les désigne encore sous le nom d'Arabes Regueïtat, ou 
arabes venus du Sahara du Sous. 

Plusieurs fractions Oulad Rizg autrefois florissantes ont 
disparu aujourd'hui : telles les Oulad Mazzoug, les Se- 
kakna, les Djaafra, les Oulad Agbat, les Oulad Othman, 
les Oulad Rahmoun et les Zebeïrat. Les Zebeïrat se seraient 
reconstitués au Tafilelt, où ils émigrèrent, à la suite de leur 
ruine au Trarza. 

Leur population totale est 143 tentes, 221 hommes, 286 
femmes, 239 enfants, 83 serviteurs. 

Les Oulad Bou Sba 

Les Oulad Bou Sba sont originaires du Maroc, où ils 
constituent encore dans le Houz de Merrakech une puis- 
sante tribu. Leur arrivée en Mauritanie remonte au milieu 
du xviii 6 siècle, mais ce n'est qu'au début du xix e siècle que 
se produisit la principale de leurs migrations, celle qui 
allait leur permettre de jouer un rôle politique. Ils attri- 
buent cet exode de leur pays au désir de se soustraire aux 
mauvais traitements des chefs auxquels le Makhzen les avait 
rattachés, à savoir les caïds des Abda et des Haha. Après 
un séjour de quelques années dans le Sous, ils pénétrèrent 
dans le Sahara sous la conduite de leur cheikh Moulay 
Ahmed ould Bechiga, des Oulad Beggar. 

Ils n'acquirent le droit d'y avoir leur place au soleil qu'a- 



r 




Cheikh Sidi Mohamed Yahdhi, cadi des Oulad Bou Sba. 



L'EMIRAT DES TRARZAS 



205 



près s'être affaiblis par des luttes intestines entre les fa- 
milles dirigeantes Ahel Minahna et Oulad Boudda, les pre- 
miers appuyés sur les Oulad Al-Lab et les Trarzas, les 
seconds sur les Oulad Delim; et surtout après de nombreuses 
et sanglantes luttes avec leurs voisins, dont la tradition est 
restée vivace chez eux. Faidherbe disait, en 1859, dans le 
Moniteur du Sénégal : 

« On trouve dans les environs de l'île d'Arguin, sur la 
« terre ferme, un certain nombre de villages en paille d'Ou- 
« led Abou Sebâ : le chef de cette tribu était, il y a huit 
<i ou dix ans, Mohammed el Omar, de la famille des El 
« Omar ould Mimin-Mahna. Il était nommé par Mohammed 
« El Habib (1) pour les Oulad Abou Seba de son territoire, 
« et reconnu par les Oulad Abou Seba du Tiris. IF fut tué 
« dans une guerre intestine excitée par Mohammed El 
« Habib; il s'agissait d'un navire naufragé. 'Mohammed El 
« Omar prit de force les naufragés d'entre les mains d'une 
« partie de ses sujets qui lui faisaient opposition et voulaient 
« les donner à Mohammed El Habib. Il les amena à Saint- 
« Louis et un bateau à vapeur les reconduisit à Arguin. De 
« là, la colère du roi des Trarza, et la fuite de Mohammed 
« El Omar, quoique celui-ci eût donné, pour apaiser la co- 
« 1ère de son suzerain, deux juments et un captif. 

« Des six fils de Mohammed El Omar, le plus jeune, 
« Mohammed Saloum vengea son père en tuant le chef du 
« parti ennemi dans une embuscade et il se réfugia à Saint- 
« Louis où il est encore, suivant assidûment l'école des 
« frères. 

« Un frère de Mohammed Saloum a été autrefois emmené 
« en Angleterre par un bâtiment de guerre anglais qui vi- 
« sitait Arguin et y a appris l'anglais. Il est aujourd'hui 
« chez les Trarza. 

« Mohammed El Habib a nommé pour chef des Abou 



(1) L'Emir des Trarzas. 



206 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

« Seba un simple tx'ibutaire, pour abattre entièrement la 
« famille des El Omar ould Minin-Nahna, » 

Quant aux luttes des Oulad Bon Sba avec les tribus voi- 
sines, on peut les énumérer ainsi, d'après la tradition : 

i° Luttes avec Sidi Mohammed le Kounti, fils du grand 
Cheikh de Tombouctou, Sidi Mohammed ould Cheikh Sidi 
Al-Mokhtar. Dans cette guerre, les Kounta ne suivirent pas 
leur chef. Il eut en revanche sous ses ordres les contingents 
des tribus Aouïssïat et Djaafrïa de l'Adrar. Les Oulad Bon 
Sba que commandait toujours Moulay Ahmed ould Bechiga 
furent vaincus entre 1860 et 1862, à Reddar Talhou et 
Glibat Leffouda. Ils y perdirent beaucoup de monde et du- 
rent refluer vers l'Oued Dra. Là ils s'assurèrent l'amitié 
des Tekna et des Aroussïin. Fortifiés par des contingents 
Iggout et Izerguïïn (Tekna) et Aroussïin, ils prirent leur 
revanche à Gneïfida, près de Zemmour (1870 environ). Le 
Cheikh Kounti, Sidi Mohammed, et son fils Sidi Moham- 
med y furent tués. 

Les Oulad Bou Sba purent dès lors s'installer dans l'ar- 
rière-pays du Rio de Oro. Ils y prospérèrent rapidement. 

3° Luttes, vers jSSo, avec les Oulad Al-Lab. Le Cheikh 
d'une fraction Sbaï, Baba ould Hareïtani ould Moska fut 
tué avec un grand nombre des siens à la journée d'Arouïet 
dans l'Adrar Sottof. Par la suite, les Oulad Al-Lab subirent 
des pertes à leur tour. La guerre prit fin par une récon- 
ciliation entre les deux tribus. 

3 Luttes, vers 1888, avec les Kounta de l'Adrar. Ces 
luttes, qui furent très meurtrières, s'achevèrent par la défaite 
des Kounta à Al-Arguïa et par la mort des chefs des deux 
partis : Sidi Ahmed ould Baba ould Abidin, des Kounta, et 
Mohammed ould Mekhiter ouïs Khennous, des Oulad Bou 
Sba. Les deux tribus firent la paix. 

4° Luttes avec les Oulad Ammoueui, de l'Adrar, à partir 
de 1900. Les deux chefs y furent encore tués : Cheikh Al- 



l'émirat DÉS TRARZAS 20? 

Graa des Oulad Aininoueni, et Cheikh Siyed ben Abd Allah 
ben Lazraui, des Oulad Beggar. A la même époque, lutte 
avec les Regueïbat. Décimés au combat de Foucht en 1902, 
les Oulad Bou Sba durent évacuer l'Adrar et se retirer vers 
l'Oued Noun. C'est là qu'une grande partie de leurs Campe- 
ments est encore installée. Ils marchent avec le groupe Ait 
Bella, de la confédération takna. En 1905 enfin, les Oulad 
Bou Sba surprirent à Negfir le campement de l'émir de 
l'Adrar, Sidi Ahmed II ould Aïda, le massacrèrent, ainsi 
que ses haratines, et le razzièrent de fond en comble. Ses 
chevaux notamment furent tous enlevés. 

C'est à partir de cette date que les Oulad Bou Sba négli- 
gèrent leur commerce et devinrent tous guerriers et bri- 
gands de grand chemin. Ils se mirent à rançonner les cara- 
vanes et à mettre à mort les voyageurs qui ne possédaient 
rien. C'est ce qui amena leur conflit récent avec les Tad- 
jakant et les Oulad Biri. Ces deux tribus maraboutiques y 
perdirent sans profit la fleur de leur jeunesse. 

Un certain nombre de guerriers Oulad Bou Sba ont em= 
brassé la cause des Ahel Ma el-Aïnîn. Ils y yoy aient, outre 
les bénéfices de pillages escomptés, l'honneur de rentrer au 
Maroc par la large porte du Makhzen du nouveau sultan. Ces 
espoirs se sont évanouis, mais beaucoup de ces hommes bleus 
du cheikh de Smara ne sont plus revenus dans le Sahara, 
et depuis cette date, les exodes individuels vers le Nord con- 
tinuent. Les Oulad Bou Sba sont de grands nomades de trop 
fraîche date pour avoir pu s'habituer aux dures conditions de 
la vie saharienne. 

La tribu a prit part à l'ensemble des combats que notre 
pénétration a provoqués en Mauritanie mais sans grande 
vigueur, semble-t-il. On retrouve leurs contingents dans les 
bandes ennemies de 1903 à 1909. En juillet 1909, le mou- 
vement de soumission s'ébauche. Deux membres de la 
Djemaa des Demouissat, suivis de 20 tentes et de 110 fusils 



2o8 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

se présentent, le 7 juillet 1909, à Nouakchot et demandent 
l'aman. Ils sont accompagnés de leurs Zenega Legouidsat et 
Oulad Brahim, que suivent de nombreux troupeaux. 

L'aman leur est accordé aux conditions suivantes : Ver- 
sement des armes 1886 et 1892. 

Paiement d'une contribution de guerre, évaluée approxi- 
mativement au 1/10 de leurs chameaux. 

Paiement annuel de l'impôt, évalué au 1/40 de leurs trou- 
peaux. 

Ces conditions étant acceptées, le plus grand nombre des 
campements Bou Sba se présente à Nouakchot, en décembre 
1909, et sous la conduite du Cheikh de la tribu, Sidi ou 
Sidna Mbarek, fait sa soumission. 

Ils étaient armés, à ce moment, de fusils modèle 1874, et 
de Martini-Henry, et possédaient un grand nombre de car- 
touches, de marque allemande et espagnole. 

A la même époque (janvier 19 10) la fraction Ahel Sidi Abd 
Allah faisait sa soumission dans l'Adrar, avec son chef, 
Alioun Al-Merrakechi. 

Il y eut un certain flottement alors pour la création du 
commandement indigène. Les fractions se partagèrent entre 
Sidi Mbarek et Alioun Al-Merrakechi, les Demouissat tenant 
pour le premier qui est des leurs et dont la famille a de tra- 
dition fourni les cheikhs de la tribu, les autres se rangeant 
sous les ordres d' Alioun, à qui sa valeur personnelle et ses 
manières affables avaient attiré beaucoup de sympathies. 
Par la suite, le tassement s'est opéré ; les fractions se sont 
partagées au gré de leurs intérêts, entre le Trarza et l'Adrar, 
et chacune a reçu son cheikh particulier. 



L EMIRAT DES TRARZAS 20Q 

Schéma généalogique des Ahel Cheikh Mokhtar, 
famille dirigeante des Oulad Bon Sba. 

Cheikh Mokhtar 

/ j j \ 

Ali Cheikh Mbarek 

I / i i \ 

Abd Al Bari, Mohammed Ahmed Baba Mohammed Mokhtar 

marié tout / ; j v \ 

d'abord à la Hareitan Sidi Mbarek Mohammed Rouïchi 

femme d Ah- « Abd Allah 

med Baba > : v 

3 fils fille mariée 
Yahdih à Rouïchi 

Sidi Mbarek, Mohammed Abd Allah, et Rouïchi sont les 
personnages notoires actuels de Demouissat. Cette famille 
a été inféodée jadis à Ma Al-Aïnin et, quoique ayant aban- 
donné la cause de ses fils, leur conserve des sympathies re- 
ligieuses. 

Yahdih, frère de mère de Sidi Mbarek et son ennemi, est 
le cadi des Oulad Bou Sba. C'est un lettré et un jurisconsulte 
éminent. Il a rendu, il y a quelques années, cette fetoua cé- 
lèbre qui autorisait les Oulad Bou Sba, en leur qualité de 
Chorfa, à prélever sur les tribus maraboutiques le tiers de 
leurs revenus. Ce fut un beau scandale dans le monde des 
Zouaïa maures. Les luttes des Oulad Bou Sba avec les Tad- 
jakant et les Oulad Biri en furent en partie la conséquence. 

Les Oulad Bou Sba ont rendu quelques services depuis 
19 10, en poussant de vigoureux et lucratifs contre-rezzous 
chez les Tekna et les Oulad Delim. C'est surtout leur uti- 
lité actuelle de servir de couverture à la Haute-Mauritanie. 
Plus tard, il sera possible sans doute d'utiliser leur génie 
commercial. 

* 

Les Oulad Bou Sba sont partagés administrativement en- 
tre le cercle du Trarza et le cercle de l'Adrar. 

xxxvi. 14 



2io REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les fractions relevant du Trarza (Résidence de Merderdra) 

sont : 

Demouissat '• • 33 tentes 

Ahel 5idi AW Allah 30 — 

Oulad Azzouz 18 — 

Ahel Abd AI~Ou;ahhab 20 — 

La population totale est de roi tentes, 175 hommes, 182 
femmes, 195 enfants et une trentaine de captifs. 

Les fractions de l'Adrar beaucoup plus populeuses, sont : 

Ahel Sid Siyed. 
Ahel Taîeb Abd Allah, 
Oulad Al-Baggar. 
Ahel Taleb Tahar, 
Oulad Ahmeïda, 
Ahel Hadj Ahmed, 
Oulad Amran, 
Jemnouda. 

De nombreuses tentes de ces fractions de l'Adrar, sans 
distinction d'origine, sont venues s'installer chez leurs cou- 
sins du Trarza. 

Il y a encore un certain nombre de campements, dont 
l'exode depuis deux siècles n'est pas achevé, et qui sont éta- 
blis sur les rives de l'Assaka et du Dra. 

Quelques petits campements Oulad Bon Sba sont installés 
près de N'Diago, à une vingtaine de kilomètres au nor4 de 
Saint-Louis, dans le triangle Océan-fleuve Sénégal-Marigot 
de Maringouins. Ils y paient l'impôt de capitation, comme 
les noirs, depuis le premier jour de l'occupation de la Mau- 
ritanie. Ce sont surtout des Oulad Al-Beggar. L es autres 
nomadisent dans le Haut-Trarza, de Novakchot à la baie 
d'Arguin, se reliant ainsi aux Oulad Bou Sba de l'Adrar. 

Les Demouissat ont leurs pâturages dans l'Adrar Sottof. 
Ils boivent aux puits de Bou Gueffa, de Guendouz, de 



L EMIRAT DES TRARZAS 211 

Techba, de Maatallah, Souih al-Abiod, d'Hassi-Farès, 
d'Iïassi-Taeliektemt, de Taguerzimet, et à plusieurs puits 
d'eau du Rio de Oro. 

Ils ont de très nombreux troupeaux de chameaux, mais 
ni bœufs, ni petit bétail. Ils n'ont pas de captifs, ni 
de serviteurs noirs et font un commerce des plus actifs 
entre les Kçour d'Oued Noun, l'Adrar, le Tagant et Saint- 
Louis. 

Les Oulad Azzouz nomadisent avec les Oulad Delim, du 
côté de Negjir, Bir Nethram, Reg, Inejdeïlen, Zemlet Dje- 
dari, Jouaïat, Lahfour et Khat Semsarou. 

Les autres fractions Bou Sba du Trarza, ainsi que les frac- 
tions de l'Adrar, sauf toutefois les Oulad Al-Baggar et les 
Oulad Ahmeïda, nomadisent dans le Tiris et boivent à Zoug- 
rat Ahel Hadj, Meregba, Gnifat Al-Rechioua. 

Les Oulad Al-Beggar nomadisent dans l'Agchar, le Tiji- 
rit, l'Azeffal et le Tiris oriental. Ils boivent à Ben Amira, 
Labba, Mouileah, Ouadi, Akouinit, Idachar. Ils possèdent 
dans l'Adrar des maisons et des palmeraies. 

Les Oulad Ahmeïda nomadisent et boivent à Al-Aouj, 
Fédirek, Zel Al-Meleh, Mijek, Al-Orguïa, Tourarin du 
côté de Magtir, Zadnas. 



L'arrivée des Oulad Bou Sba dans le Sahara méridional 
est trop récente pour qu'ils aient le temps de se couler dans 
le moule de la société maure. Aussi ne voit-on pas chez eux 
cette distinction de personne en clans ou castes : guerriers 
et marabouts. Ils se sont asservi toutefois des fractions ze- 
naga. Ils sont tous sur le même plan, comme les membres 
d'une tribu de l'Afrique du Nord, et leur origine chérifienne 
(cette prétention est d'eux) les a tous nivelés. Ils peuvent 
donc sans déroger porter les armes, se livrer à l'étude, faire 
du commerce et élever des troupeaux. C'est pourquoi l'étude 
est fort en honneur chez ces guerriers. 



212 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les Oulad Bou Sba sont d'infatigables pillards.- Leurs rez- 
zous de dissidents s'aventurent de nos jours encore, pour en- 
lever captifs et troupeaux dans le Hodh et jusqu'à Ras El- 
Ma, dans la vallée du Moyen-Niger. 

Parmi les tentes réputées pour leur science, il faut citer 
— outre les Aliel Sidi Mohammed Tichiti, de l'Adrar, dont 
la réputation est universelle dans les pays maures : 

Les Ahel Abd Allah Mâti ould Ahmed, le Jemmoudi. 

Les Ahel Mohammed Mokhtar, Ahel Sidi Si}'ed, Moham- 
med Mokhtar, chef de la fraction, fut tué à Arouïnt dans les 
luttes avec les Kounta. Son fils Hommadi l'a remplacé. 

Les Oulad Mbaïrik ould Ahmed Fal, des Oulad Ahmeïda. 
Ils sont les élèves des Ahel Mohammed Salem, la célèbre 
Zaouïa nomade universitaire de l'Adrar. 

Les Ahel Khorchi, des Oulad Azzouz. Les membres les 
plus notoires de cette famille sont : Mohammed Mbarek et 
Ahmed Baba ; enfin Mohammed Yehdih (id est, « que Dieu 
le garde ») qui a été vu plus haut. 



Les Oulad Bon Sba donnent certaines étymologies fantai- 
sistes de leur nom. Leur ancêtre éponyme serait un chérif du 
nom de Bes, grand commerçant devant l'éternel, sur qui 
on ne pouvait avoir d'autres renseignements, quand on s'en- 
quérait de sa santé, de ses migrations, que celui-ci : « Bes 
est en train de vendre » (bes baa). 

D'autres disent que ce chérif, dont on ignore le nom, était 
ordinairement suivi par un lion, qu'il avait approvoisé, d'où 
son surnom « l'homme au lion » (Bou Sbaa). 

D'autres enfin disent que Bou Sbaa veut dire simplement 
F « homme aux sept » (femmes, enfants, tentes...) 



Les Al Gcra sont une petite fraction d'origine Oulad De- 



L EMIRAT DES TRARZAS 2J3 

lim, qui vivent, au nombre de 21 tentes, dans le Haut- 
Trarza. Les Al Gora sont d'ailleurs partagés entre les cer- 
cles du Trarza et de la Baie du Lévrier. 

Ils constituent avec les Oulad Lab la fraction des Oui ad 
Chouikh (Oulad Delim). Chouikh et Remeith étaient les 
deux fils de Delim. Leurs descendants sont devenus les Ou- 
lad Chouikh et les Remeïthia. Seuls aujourd'hui les Remeï- 
thia sont compris couramment sous la domination Oulad 
Delim. Cette origine n'est d'ailleurs pas refusée aux Oulad 
Chouikh, mais pratiquement, il n'en est pas tenu compte. 

Les Al Gora ne sont pas de pure origine delimia, La tra- 
dition fait de leur ancêtre un « hanif » des Oulad Al-Lab, 
c'est-à-dire un individu qui vint s'installer chez les Oulad 
Al-Lab, s'y maria, y eut des enfants et finalement fut con- 
sidéré comme faisant partie de la tribu. 

Les Al Gora se subdivisent en : 

Oulad Mehelhel, 

Dokhon, 

Leheminat. 

Leur cheikh est Ali ould Sidi ould Al-Hiba. Ils compren- 
nent 41 tentes, 71 hommes, 76 femmes, 83 enfants, et une 
dizaine de captifs. 

Ils nomadisent au nord de Nouckchot, du cap Timiris à la 
baie du Lévrier, en bordure du pays Trarza proprement dit. 
Ils vivaient jadis avec les Oulad Al-Lab, leurs cousins. Ils 
s'en sont séparés et marchent maintenant à la suite des Ou- 
lad Bou Sba. Ils n'ont pas de Zenaga. 



La population totale des tribus guerrières de la Résidence 
de Alederdra est de 980 tentes, 1.600 hommes, 1.748 femmes, 
1.543 enfants et 346 serviteurs des deux sexes. 



214 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

H. — Zenaga tributaires 

La plus grande partie des fractions zenaga de la Rési- 
dence de Méderdra, ainsi que plusieurs tribus, fractions ou 
canlpetàaits extérieurs au Trarza, déclarent avoir une ori- 
gine bèrbëre et une dénomination commune. Ils se disent 
Yafallen. Ils sont d'ailleurs incapables de donner quelque 
explication sur cette appellation qui remonte aux temps lés 
plus reculés, et qu'ils se sont transmise, alors que leurs 
fractions fusionnaient, se fondaient dans d'autres tribus, 
essaimaient dans tout le Sahara méridional ou émigraient. 

Le lien qui les Unit est Un simple souvenir traditionnel, 
n'entraînant aucune sympathie ou relation spéciale. 

Se dénomment Irallen les Aroùeïjat, les Agfoulaten, les 
Irenbaten, les Oulad Abd Al-Ouahad, les Oulad Rahmoùn, 
les Oulad Mbarek, les Al-Omch, les Smaïd, les Soueïlat, 
les Sbiat, les Seguïat, les Loumagui, les Id Ag Jemouella, 
les Leboured et les Touabir. On retrouve des représentants 
de ces tribus dans toutes les régions maures, dépendant de 
l'Afrique Occidentale française. 

La plus grande partie des Zenaga est constituée en frac- 
tions autonomes avec leur chef et leur vie propre. Il y a ce- 
pendant un certain nombre de tentes zenaga qui vivent iso- 
lées dans les campements des guerriers et des marabouts, 
et sont comprises avec eux et à leur suite. 

Les Aroùeïjat se partagent entre les Résidences de Bou 
Tilimit et de Méderdra. Ils ont été étudiés supra, à la sec- 
tion de Bou Tilimit. 

Là population totale des Aroùeïjat de Méderdra est de : 
131 tentes, 179 hommes, 219 femmes, 166 enfants, 48 ser- 
viteurs des detix sexes. 



L EMIRAT DES TRARZAS 215 

f 

* * 

Les Rehahla se partagent entre les Résidences de Bon 
Tilimit et de Méderdra. Ils ont été étudiés supra, à la sev* 
tîon de Bou Tilimit. 

La population totale des Rehahla de Méderdra est de 264 
tentes, 342 hommes, 376 femmes, 266 enfants, 68 serviteurs 
des deux sexes. 

Les Zembott (au singulier Zombotti) sont des baratines et 
comprennent trois sous-fractions : 

Afleïlïat 65 tentes 

Reghiouat 58 — - 

Zeïlouf a , 37 — 

Les Afleïliat sont en général les descendants de captifs 
affranchis par les Ahel Agmouttar (Oulad Daman). 

Les Reghiouat sont les descendants de captifs affranchis 
par les Ahel Abolla et les Oulad Ahmed ben Daman. La 
tente, qui jouit de la meilleure réputation, possède le tam- 
bourin et fournit les chefs de la fraction, est celle des Ahel 
Endiagmaye, d'origine ouolofe. 

Les Zeïlouf a sont les fils d'affranchis de toutes les frac- 
tions Oulad Ahmed ben Daman. 

On voit que les Zembott, fils de captifs affranchis, sont 
loin d'avoir une origine commune. C'est cette diversité d'as- 
cendances que désignerait leur nom, vocable soudanais, qui 
signifierait : « mélangés, sangs-mêlés, bariolés ». Zoinbott 
signifie aujourd'hui en maure, « collier de femme aux perles 
multicolores ». Cette basse extraction comporte pour les 
Zombott un certain mépris de la part des autres tribus. 

Les Zembott sont guerriers à la suite des Oulad Ahmed 
ben Dâmân. . 

Ils campent dans le Chetnama et le Khechouriia, de Biakh 



./ . . ■ 

2i6 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

à la hauteur de Richard Toll, sur la rive 'droite. Ils passent 
d'ailleurs très facilement sur la rive sénégalaise, où ils ont 
souvent des campements. On les comprend avec les autres 
tribus maures riveraines sous là dénomination générale d'Al^ 
Guibla, id est, les gens du midi. l * 

Ils possèdent quelques troupeaux de bœufs de chameau:}: 
et de petit bétail, amis sont surtout des cultivateurs. Ils la- 
bourent et ensemencent une portion de Chamama inondé. 

Leur population totale est de 158 tentes, 193 hommes, 232 
femmes, 186 enfants, 109 serviteurs. I 



/ 



* * 

Les Oulad Aïd ne sont pas à proprement parler des Ze- 
naga, car ils ne sont inféodés ni aux Oulad Daman, ni aux 
Oulad Ahmed ben Daman et ne leur paient aucun tribut. Ils 
marchaient autrefois tantôt avec l'une de ces tribus, tantôt 
avec l'autre, et quelquefois se désintéressaient de Tune 
comme de l'autre. 

Les Oulad Aïd se décomposent aujourd'hui administrati- 
vement en : 



Oulad M'hairaned 


... 31 tentes 


Oulad Ahmed 

Lebnaïb 

Legteïbat 


66 — 
36 — 
12 — 


Lebreïkat 


... 27 — 



soit un total de 172 tentes, 205 hommes, 238 femmes, 190 
enfants, %% captifs. Si toutes ces sous-fractions sont d'ori- 
gine Oulad Rizg elles ne sont pas toutes de pure origine 
Aïd. Il est constant en effet, d'après la tradition maure, que 
les descendants et clients de Rizg, constituaient au commen- 
cement du xvti 6 siècle une tribu affaiblie qui tînt tête à Da- 
man et à ses fils, dans l'Inchiri et les battit même à Nich, 
mais la mort de leur chef Mahinin ould Aïssa entraîna leur 



L EMIRAT DES TRARZAS 217 

ruine. Ils durent reculer vers le Ned et se partagèrent en 
deux groupements : celui des Oulad Aïd qui s'établit dans 
la région de Choubouh, avec Tin-Yaci comme puits ; les Leg- 
teïbat, qui nomadisèrent de Nouakchot à Tilmas. 

Sous la pression de nouvelles luttes avec les Trarza, les 
Oulad Rizg ont dû à nouveau reculer vers le sud et s'établir 
dans le Chamama. Mais tandis que les Oulad Aïd s'adap- 
taient à leur nouvelle vie et se mettaient au travail de la 
terre, les Legteïbat entamaient de nouveaux combats contre 
les Peul du Fouta et s'usaient peu à peu. Ils ne sont plus au- 
jourd'hui qu'une douzaine de tentes, constituant un petit 
campement des Oulad Aïd. 

Des sous -fractions Oulad Aïd jadis florissantes, tels les 
El-M'hamid, les Oulad Salem, les Jeradat, ont aujourd'hui 
disparu. Les quelques tentes qui en restent se sont fondues 
dans les autres campements Oulad Aïd. 

Le Cheikh des Oulad Aïd est Al-Oualed ould Al-Oualed 
ould Endiawara. 

Cette tribu est campée aujourd'hui dans cette partie de 
Chamama, dite de leur nom, la Dakhla des Oulad Aïd, près 
de l'Idawfal. Ils cultivent la terre comme les noirs qu'ils 
entourent. 

Ils ont rendu de précieux services à Coppolani qui trouva 
en eux des guides et des agents de renseignements. Leur 
désintéressement de la cause des Trarzas, qui furent leurs 
oppresseurs séculaires, servit bien la politique française. 
C'est pourquoi Coppolani les groupa en fraction autonome et 
leur donna comme chef l'un d'entre eux, Hassan ould Tal. 

-X- -X- 

Sous le nom de « Beqaïa Zenaga » les maures du Trarza 
désignent un certain nombre de campements, installés dans 
le sud du pays et dont les origines, pour être berbères- 
çanhadja, sont fort mal définies» Ce sont les 



2l8 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Legneïdat 12 tentes 

Loumagui J 

Soucilat > 45 — 

Agfoulat. (Ig. foulaten) . . . . \ 

Oulad Abdi Àl-Ouahhab .... 25 — 

Ils comprennent au total 82 tentes, 85 hommes, 92 femmes, 
87 enfants et une vingtaine de captifs. 

Les Legneïdat sont d'origines très diverses. Une partie 
d'entre eux aurait pour ancêtre un certain Nouaffout, nom 
qui arabisé était Bou Rekeïba, « l'homme au petit genou ». 
Une autre partie descendrait d'Id-Eïfou, c'est-à-dire Bou 
Rouis, « l'homme à la tête bourgeonnée ». Les autres enfin 
seraient des Derakîa, c'est-à-dire les Oulad Laôuer ou fils 
du borgne. Les Legneïdat sont tous d'origine çanhadja, mais 
les Derakla seraient d'origine juive, venus de chez les Ber- 
bères. Il est regrettable que l'absence de toute autre tradi- 
tion ne permette pas d'approfondir ce renseignement si in- 
téressant. 

Les Legneïdat sont les « aïal » des Ahel Abd El-Ouahad 
(Oulad Bou Sba), c'est-à-dire que leurs biens leur ont été 
donnés par cette fraction et que celle-ci est toujours maî- 
tresse d'en disposer. Pratiquement, il n'en est plus ainsi. 
Les Legneïdat doivent simplement nourrir et hospitaliser 
leurs patrons et à l'occasion leur faire des cadeaux. En re- 
vanche, ils recevraient une certaine protection contre les 
pillages des hassanes. 

Les Loumagui, Soueïlat, Agfoulat et Oulad Abd Al-Oua- 
had sont d'origine çanhadja, du clan des Irallen. Les Soueï- 
lat comptent avec les Aroueïjat, à qui les unissent des liens 
traditionnels d'amitié. Les Agfoulat auraient pour ancêtre 
Othman, des Irallen. 



* 

-tt -X- 



Les Lemradines (au sing. Merdâni) sont d'origine 
çanhadja. Ils comprennent les deux sous-fractions 



L EMIRAT DES TRARZAS 2îg 

Outad Abâ AlrOuahad. 
Lemnacir (sing, Mançouri). 
au total 62 tentes. 

Ils ont la plus mauvaise réputation. Les Maures jouant 
sur le nom d'un de leurs campements, Anatit (sing. Antouti), 
les appelaient Henatit, c'est-à-dire « les voleurs à la ruse ». 

Le surnom que leur a donné Faidherbe <c Lemradine- 
Bla Dine » c'est-à-dire « Lemradine — Gens sans religion » 
leur est resté dans le Trarza. 

Leur recensement accuse 71 hommes, 84 femmes, 127 en- 
fants et une vingtaine de captifs. 



Les Lemzazga (sing. Mezzagui) descendraient d'un certain 
Mezzagui, arabe venu de l'Iraq et qui s'établit dans l'Adrar, 
à l'ouest d'Atar. Aussi appellerait-on encore aujourd'hui la 
piste qui s'enfnoec d'Atar vers le Saheî, la Mezzaga. Les 
enfants vinrent dans le Trarza, il y a plusieurs siècles et y 
forment aujourd'hui une fraction de 172 tentes. 

Leur recensement accuse 290 hommes, 336 femmes, 372 
enfants et une cinquantaine de captifs serviteurs. 

Ils sont les tributaires des Euleb, sur le territoire de qui 
ils vivent. 

La population totale des tribus zenaga de la Résidence de 
Méderdra est de 1.041 tentes, 1.365 hommes, 1.524 femmes, 
1.394 enfants et 401 captifs-serviteurs des deux sexes. 



220 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

III. — Les Marabouts 

Les Tachomcha : 

OULAD DÎMAN — ID EÏQOTJB — AhF,I, BARIK ALLAH 

Les Tachomcha, c'est-à-dire le groupement des trois tri- 
bus actuelles : Oulad Dîman, Id Eïqoub, Ahel Barik Allah, 
sont originaires de Taroudant (Sous). Vers la fin du xm* 
siècle, au cours d'une guerre, qui éclata entre deux partis 
ennemis, l'un deux subit une grave défaite. Le chef des 
vaincus alla trouver un homme pieux et sage pour l'inter- 
roger sur les causes de sa défaite. Le marabout ne manqua 
pas de lui expliquer que c'était son injustice vis-à-vis des 
Musulmans qui lui avait attiré les rigueurs divines, et 
comme le chef de bande demandait à connaître les personnes 
qu'il avait lésées : « Etends un tapis sur le sol, lui dit le 
« marabout et ordonne à tes gens de venir y déposer, chacun 
« une datte. Ensuite chacun devra venir y déposer sa datte. » 
C'est ce qui fut fait. L'opération achevée, il restait cinq hom- 
mes devant le tapis. Ils refusaient de prendre leur datte, 
alléguant qu'il leur était impossible de la reconnaître, et 
que daȣuxes conditions, ils aimaient mieux s'abstenir que 
de risquer de commettre une injustice, en prenant ce qui ne 
leur appartenait pas. Ces scrupules désignaient évidemment 
ces cinq personnages pour être les parfaits Musulmans, 
chers à la justice de Dieu, et le marabout ne manqua pas 
de le faire remarquer au guerrier. Celui-ci s'abstint donc de 
les maltraiter et fut désormais vainqueur. 

Le Chiam ez-Zouma, qui rapporte cette légende, ne dit pas 
pourquoi ces cinq individus : « les Tachomcha », qui dès 
lors auraient dû se trouver heureux dans le Sous, en émi- 
grèrent pour venir à Abeïr, alors ville principale de l'Adrar 
(XIV e siècle). 



L'EMIRAT DES TRARZAS 221 

lis eu furent chassés par les luttes intestines qui sévis- 
saient dans la ville, et émigrèrent à nouveau niais isolément 
cette fois, vers le sud. C'est à partir de cette heure qu'on 
perçoit les destinées particulières de nos actuelles tribus ta- 
chonicha. 

Ces cinq hommes portaient les noms de : 

Id Abiaj Yookob, 
Mohond Amrar, 
Id Moussa, 
Iddaj agda Borgha, 
Abhendam. 

Le premier qui part d'Abeïr, fuyant cette situation trou- 
blée, est Id Abiaj Youkob. A peine est-il hors de la ville avec 
sa femme et sa sœur, et une ânesse qui portait ses livres, 
qu'un éléphant tout sellé apparaît à leurs yeux émerveillés 
et vient s'agenouiller devant eux. Id Abiaj charge ses gens 
et son bagage et marche dans la direction du Sud. Il arrive 
au campement des Medlich dans le Tiris. Là l'éléphant 
s'agenouilla, indiquant par là qu'on était arrivé au terme 
de ce voyage miraculeux. Id Abiaj abandonnant l'animal, 
s'installa chez les Medlich et y prit femme. Il est l'ancêtre 
des Id Atjfagha, lesquels constituent aujourd'hui une frac- 
tion des Oulad Dîman. 

La légende des origines arabes fait d'Id Abiaj (appelé 
aussi Id Abial en zenaga) un chérif, descendant d'Ali et de 
Fatima par leur fils Hassan. Les Id Atjfagha constitue- 
raient donc une fraction de chorfa ; mais ils n'insistent pas 
outre mesure sur ces prétendues origines chérifiennes. 



Le second des Tachomcha, Mohond Amrar, ne tarde pas 
à rejoindre Id Abiaj chez les Medlich. Il épousa sa fille, 
puis la répudia pour épouser une femme de ses hôtes me- 



222 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

dlicfr, appartenant à la fraction Id ag Chiddag, vieille tribu 
marocaine. Ce fut celle-ci qui fut la mère d' Alfagha Moussa. 
Moussa vint au monde en prononçant ses paroles : « Malik 
a dit » (i). Les accoucheuses épouvantées n'en entendirent 
pas plus et s'enfuirent. Peu après, elles revinrent et la mère 
leur dit : « Si vous n'aviez pas pris la fuite vous auriez en- 
« tendu de l'enfant l'explication de ce cas juridique » et 
elle ajouta : « Je suis le neuvième des neuf Carans' de ma 
famille », ce qui voulait dire : « Je suis la neuvième généra- 
tion de ma famille qui connaît par cœur le Coran, et voilà 
pourquoi cet enfant venant au monde est déjà susceptible de 
vous donner des explications juridiques. » 

Les autres 'fils de Mohond Amrar furent: Alfagha Abhond, 
Alfagha' Aoubak, Alfagha Abiaj Yakoub et Id Hond Kadda. 

Mohond Amrar, par son fils prodige Alfagha Moussa, 
père de Yaqoub, père de Dîman, est l'ancêtre des Oulad 
Dîman proprement dit (fractions Oulad Sidi El-Falli et 
Oulad Yoqban Allah). 

Par son deuxième fils Alfagha Abhond ou Abehoum il est 
le père des Id Abehoum. C'est d'Alfagha Abhond que devait 
sortir, cinq ou six générations plus tard, l'imam Nacer Ad- 
Din. 

Par son troisième fils, Alfagha Aoubak, il est le père des 
Oulad Yend Ahmed, fraction aujourd'hui disparue. 

Par son quatrième fils, Alfagha Abiaj Yakoub, il est le 
père des Oulad Agd Al-Has, campement des Oulad Dîman- 
Oulad Falli. 

Par son cinquième fils, Id Hond Kadda, il est l'ancêtre ô!es 
Ida Eïd Hond, fraction aujourd'hui comprise dans les Ou- 
lad Dîman-Oulad Yoqban Allah. 

Le tableau généalogique ci-après permet d'embrasser d'un 



(î) L'imam Malik, fondateur du rite juridique, dit de son nom, « Ma- 
lekite )). 



L EMIRAT DES TRÀHZAS 223 

seul coup d'oeil l'origine des fractions, issues de Mohond 
Amrar. Par la suite, les Oulad Dîman, fils d'Alfagha Moussa, 
ont pris une telle importance qu'ils ont fini par englober non 
seulement les autres fractions : Id Abehoum. Oulad Yend 
Ahmed, aujourd'hui disparus, Oulad Agd Alhass, petit cam- 
pement chez les Oulad-Falli, Ida Eïd Hond, aujourd'hui 
petit campement chez les Oulad Yoqban Allah, toutes nées 
aussi de Mohonid Amrar, mais même celles issues du pre- 
mier et des troisième et quatrième Tachomcha, à savoir les 
Id Atjfagha, les Id ag Bon Henni et les Ida Oudaï. C'est 
pourquoi l'actuelle tribu des Oulad Dîman comprend toutes 
ces fractions. 



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REVUE DU MONDE MUSULMAN 



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Ahmed Your.v, 
Poète et historien de Oulad Diman, et son fils aine Mohammed 



L EMIRAT DES TRARZÀS 225 



Chacune des familles Oulad Dîman se relie aujourd'hui 
par sa chaîne particulière à l'un quelconque des ancêtres de 
ce tableau. Par exemple le Cheikh Mohammed est fils d'Ah- 
meddou fils de Sliman, fils de Ahmed Salem, fils de Moham- 
med Atjfagha, fils d'El-Fadel, fils de Barik Allah, fils de 
Yoqban Allah. Le cheikh lettré et généalogiste, M'hammed 
Youra, est fils d'Ahmed Youra, fils de Mohammed, fils 
d'Ahmed fils de Mohammed El-Aqel, fils de Mahommed, fils 
d'El-Mahi, fils de Mokhtar, fils d'Othman, N fils de Yahia, 
qui était Alfagha Abhond, ancêtre des Ida Abehoum. 

On peut donc considérer comme authentiques ces généa- 
logies jusqu'à Mohond Amrar, mais, au delà, la légende 
des origines arabes est intervenue immédiatement. On ne 
pouvait nier que Mohond Amrar, le deuxième des cinq, ve- 
nait du Sous, qu'il était donc berbère. Mais on l'a rattaché, 
par une chaîne forgée de toutes pièces, tout simplement à 
Abou Bekr, beau-père du Prophète et premier khalife, ce qui 
dans le Corpus des légendes sahariennes, concernant les pré- 
tendues origines arabes des tribus maures, situe les Oulad 
Dîman dans la famille Qoreïchite. Cette chaîne a été don- 
née dans mon étude antérieure (i). 



Le troisième des Tachomcha, Id Moussa, rejoignit les 
deux premiers. Il épousa la sœur d'Id Abiaj, venue avec son 
frère de l'Adrar. Il aurait épousé ensuite une femme des Me- 
dlich, sœur de la femme d'Id Abiaj. Il est l'ancêtre des Id 
ag Bou Henni, compris aujourd'hui parmi les Oulad Dîman- 
Oulad Yoqban Allah. Leur cheikh et savant aujourd'hui 
Bachir ould Mbarigui, disciple très considéré de Saad Bouh. 



(1) Cheikh Stella et sa Voie, dans L' Islam maître : Les confréries 
i*£tgieuses de la Mauritanie. 

xxxvi. 15 



■22$ REVUE DU MONDE MUSULMAN 



Le quatrième des Tachomcha, Iddag Agda Borgha, suivit. 
Installé chez les Medlich, il épousa la fille de Mohond Am- 
rar, ainsi qu'une femme du campement de ses hôtes, sœur 
de la femme de Mohond Amrar. Iddaj, qu'on prononce ainsi 
Iddaï, à la Zenaga, est l'ancêtre de l'actuelle fraction des 
Ida Oudaï. Lej Idaï, qui ne comprennent aujourd'hui que 
quatre campements, sont avec le temps entrés dans le grou- 
pement Oulad Dîman et en constituent aujourd'hui une frac- 
tion. La légende des origines arabes relie Iddaj à la fraction 
mecquoise des Béni Makhzoum, assignant ainsi aux Ida 
Oudaï une ascendance qoreïchite. 



, Le cinquième des Tachomcha, Abhendam, arriva à son 
tour. Il épousa aussi une femme medlich, mais elle n'était 
pas d'une parenté aussi proche que celle qui reliait les fem- 
mes des quatre premiers. Ils constituèrent un petit campe- 
ment à part. C'est par cette raison que la tradition explique 
l'état d'indépendance où vivent actuellement vis-à-vis des 
Oulad Dîman, les Id Eïqoub et les Ahel Barik Allah dont 
Abhendam est l'ancêtre par ses deux petits-fils Yaqoub et 
Barik Allah. 

La légende des origines arabes rattache Abhendam, sur- 
nommé Youqob, à Abd Allah ibn Djafer, fils d'Abou Taleb. 
Elle fait donc des tribus Id Eïqoub et Ahel Barik Allah, des 
fractions de la grande famille djafrïa, à laquelle, par une 
autre lignée, appartiennent aussi les Oulad Biri et tous les 
Hassanes de Mauritanie. 



En résumé, des cinq Tachomcha, les quatre premiers, sous 
les réserves exprimées plus haut, ont donné naissance à Tac- 



l'émirat des trarzas • 22.7 

tuelle tribu des Oulad Dîman ; le dernier a donné naissance 
au groupement qu'on désigne quelquefois de son surnom, 
« Yaquoubïïn » et qui comprend les deux tribus Id Eïqoub et 
Ahel Barik Allah. 



* * 



Les Tachomcha paraissent avoir eu à se plaindre, lors de 
la domination Oulad Rizg (xv e siècle) des tyrannies d'une 
de ces tribus hassanes : les Oulad Khalifa. 

Le Chiam ez-Zouaïa rapporte que le Cheikh des Oulad 
Khalifa venait régulièrement prélever sur eux le tribut, 
mais les marabouts s'y refusaient avec obstination, ce qui 
contraignait les Arabes à se servir eux-mêmes, c'est-à-dire 
à piller. « Voici comment Dieu les en délivra », dit le pieux 
auteur. Les exemples de cette intervention divine sous les 
formes d'empoisonnement et autres sont nombreux dans 
tous ces événements, pour qu'on n'y voit pas la main de ses 
zélés serviteurs. Le Cheikh des Oulad Khalifa tomba ma- 
lade, et, fort inquiet, fit appel à la science et aux prières de 
son ami et marabout, un saint homme des Rekaina (Tendgha) 
que la tradition rapporte être l'ancêtre de Sidi Meïtour ben 
Abou Calah. Celui-ci lui expliqua que c'étaient ses dépré- 
dations vis-à-vis des Tachomcha qui lui valaient ce châti- 
ment divin, et ne lui montra d'autre solution que la restitu- 
tion de leurs biens aux intéressés. Il est à peine utile d'ajou- 
ter qu'à la suite de ces événements, les Tachomcha jouirent 
de la plus haute considération, pour quelque temps au moins, 
auprès des Oulad Rizg, 

Ces immigrations de Berbères du Nord paraissent avoir 
fortement contribué à une recrudescence d'islamisation chez 
les gens du Sud, retombés dans leurs croyances et pratiques 
coutumières. On verra par la suite que c'est leur influence 
qui ramena à la vie droite des groupements tendgha. 



228 REVUE DU MONDE MUSULMAN 






Les tribus Oulad Dîman, Id Eïqoub et Ahel Barik Allah, 
campées toutes trois dans la région Trarza, constituent au- 
jourd'hui le groupement historique des Tachomcha. Les 
deux premières relèvent de la résidence de Méderdra ; la 
troisième de celle de Bou Tilimit. 



L EMIRAT DES TRARZAS 229 



A. — Oui, ad Dîman 

Les Oulad-Dîman actuels, ainsi qu'il a été démontré su- 
pra, englobent non seulement les descendants de Dîman, 
arrière petit-fils de Mohond Amrar, le deuxième des cinq 
Tachomcha, mais même les descendants de ses oncles et cou- 
sins, et jusqu'aux descendants des premier, troisième et 
quatrième Tachomcha. Il n'est donc plus besoin d'y revenir. 

Leur fractionnement s'établit ainsi à l'heure actuelle : 

OULAD DÎMAN •" 

î. Oulad Barik Allah : 

Ahel Cheikh Sliman 123 tentes 

Ahel Mbarek 32 — 

Touajin 18 — 

Tiab Ahel Abella 8 — 

Tiab Ahel Ag Mokhf ar ......... 8 — 

Tiab Ahel Attam 13 — 

Ahel Marouf 4 — 

Oulad Falli O.. Barik Allah 8 — 

Ahel Taleb ben Ajoued 5 — 

2. Oulad Yoqban Allah : 

Oulad Yaqoub 57 — 

Id Eïd Hond 12 — 

Oulad Bou Mija : 

Ahel Krim 19 — 

Ahel Mohammedden 3 — 

Ahel Attjfagha Yahïa 41 — 

Tamagla 49 — 

Id Ag Bouhenni : 

Ida Oudeï Iguidi 30 — 

Ahel Ahmed Abhend 27 — 

Ida Hond Ahmed » 18 — 

Id Atjfagha : 

Oulad Hond 68 — 

Ida Ou Ahmed Nalla 47 — 



230 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Oui ad HoubboM 28 — 

3. Oulad Sidi Falli : 
Ahel : 

Ahel Hotina .............. 71 — 

Abel Alïïet 7 — • 

Ahel Bahanini , 21 — 

Kouri : 

Ahel Miloud 4 — 

Ahel Mohammed Kerim .... 21 — 
Ould : 

Ahel Brahim 33 — 

Ahel Lamin 8 -— 

Sidi Falli : 

Ahel Ahmed Zerrouq 19 — 

Ahel Mahi . 2 — 

Ahel Moutteïlia 9 — 

Ahel Aboubas 4 — 

Ahel Fara Lamin 82 — 

Ahel Boubilla 8 — 

Ida Ouden Yaqoub : 

Ahel .Maham .V,'". 36 — 

Ahel Fagha Aima 46 — 

Ahel Agd Alhas 20 — 

4. Id Abehoum : 
Atneïminat : 

Ahel Aqel 33 

Ahel Aoubak / 9 

Ahel Kalounant 8 

Ahel Billa ' 22 

Ahel Adeïja 17 

Ahel Amar Id Eïqoub : 

Ahel Mohammedden ben Amar 14 

Ahel Atjfagha Abd Allah .. 12 

Ahel Sidi Lamin 4 

Ida Koudié : 

Ahel Atjfagha Moussa 78 

Ahel Ahmed Tiébah ' 12 



L EMIRAT DES TRARZAS 23 I 

Oulad Mahamden Idiouk 38 — 

Ahel Bon Fouian 32 <** 

5. Ida Oudaï : 

Ahel Abeï 64 — 

Ahel Atjfagha Mokhtar Babou ... 34 — 
Ahel Maham Saïd : 

Ahel Mokhtar 15 — 

Ahel Mostaf 53 ■— 



Dans l'hagiologie des Oulad Dîman, il faut compter les 
premiers ancêtres : Dîman (fin du xvi e siècle) , son petit-fils 
Sidi El-Falli, et le fils de ce dernier, Abou El-Falli AÏ- 
Kouri (xvii e siècle). Ceux-ci prirent part aux luttes des 
Marabouts contre les Hassanes. 

Aboul-Falli Al-Kouri est célèbre par ses aventures avec 
Al-Khadir, ce prophète immortel qui, d'après la mythologie 
islamique, a été emporté au ciel, comme le Prophète Elie, 
et vient quelquefois sur la terre prêter assistance aux vrais 
croyants. L'imamat de Nacer ad-Din passe pour avoir été 
favorisé de ces apparitions. 

Il advint donc que des bandes Zouaïa, ayant razzié quel- 
ques chevaux aux Arousïïn, tribu arabe qui nomadîse entre 
le Dra et la Seguia, Aboul-Falli, qui craignait des repré- 
sailles, fit rendre ce butin aux pillards Aroussïïn, encore que 
la prescription canonique interdit la chose. Or, le marabout 
priait quelque temps après, aux côtés de Nacer ad-Din, 
quand Al-Khadir le saisit par derrière les deux épaules et 
lui serra le cou avec une telle force que le Zaouï fut sur le 
point de s'évanouir. Al-Khadir disait : a Rendras-tu en- 
core leurs biens à ces infidèles que sont les Aroussïïn? » 
Aboul-Falli put à grand peine se rapprocher de Nacer ad- 
Din, pour solliciter son intervention, et l'imam dit : 
a Laisse-le, cela suffit. » Al-Khadir l'abandonna à regret, 



22)2 



REVUE. DU MONDE MUSULMAN 



répondant : « Je le laisse, cet homme qui rend leurs biens 
aux infidèles ». 

Aboul-Falli n'eut qu'à se louer de sa seconde aventure. 
Al-Kbadir lui guérit son fils Ibrahim, sur la seule imposi- 
tion des mains que la sœur du jeune homme lui fit, après 
toutefois qu'elle eût touché l'endroit par où le marabout avait 
failli être étrange. Malgré ce prodige, Aboul-Falli con- 
serva toujours sa méfiance à l'égard du Prophète ; il préten- 
dait le reconnaître à son odeur ; un jour qu'il se promenait 
avec un ami, il se mit tout à coup à tourner autour de cet 
ami, comme pour échapper à quelqu'un, et comme l'autre 
lui demandait ce qu'il avait, il fit connaître qu'il voulait évi- 
ter la présence d'Al-Khadir qu'il reconnaissait à son odeur. 

Le père d' Aboul-Falli, Sid Al-Fadel, était aussi un grand 
saint dont l'imam Nacer ad-Din disait : « Celui qui sera en- 
« seveli avec Sid Al-Falli, ou à ses côtés, ne sera puni pour 
« ses péchés, ni dans ce monde, ni dans l'autre. » 



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* 4 



Des éléments étrangers sont venus s'incorporer aux Ou- 
îad Daman. Le plus notoire est Modi Malek qui descendait 
du célèbre chérif de Tombouctou, Sid Elias, mais dont l'as- 
cendance, par un curieux phénomène, s'était quelque peu sé- 
négalisée et avait perdu la foi islamique. 

Sid Elias, quittant Tombouctou, s'était en effet installé 
à Ouadame. De ses deux fils, l'un y resta après sa mort, 
et ses descendants s'incorporèrent aux Ida Ou Al-Hadj, de 
l'Adrar, où ils vivent encore et sont l'objet de la considéra- 
tion générale. 

L'autre fils passa le fleuve, et s'établit chez les Saltigui 
ou Siratik des Toucouleurs, encore fétichistes, à Walaldé. 
Il y épousa une femme infidèle du pays, et en eut des en- 
fants qui furent païens comme leur mère. Six ou sept géné- 
rations plus tard, ils émîgrèrent dans le Cayor, s'y fixèrent 



L'EMIRAT, DES TRARZAS 233 

et fondèrent la ville d'In Daguel, près de Ngaye-Mékhé. 
C'était Abdoulaye Dieng, c'est-à-dire Abd Allah le savant, 
qui était à ce moment le chef de la famille. De ces sept fils, 
six devaient rester sur place et continuer à faire souche de 
Ouolofs. On retrouve leur descendance aujourd'hui à In Da- 
guel et environs, et cette tradition de leurs origines maures 
y est demeurée vivace. 

Quant au septième, Modi Malek, ayant entendu dire le plus 
grand bien des Tachomcha, il se rendit chez eux, prit goût 
à la vie saharienne et s'installa définitivement chez les Ou- 
lad Dîman, comme maître d'école. Comme il était habile cal- 
ligraphe, on lui confia des enfants, mais Ouolof d'origine et 
ne sachant pas l'arabe parlé, il était obligé de se servir d'un 
interprète. 

Les enfants abusaient de la situation et écrivaient pieuse- 
ment les exclamations ouolof es qui lui échappaient, faisant 
semblant de croire que c'étaient des phrases dictées. 

Le Livre des Origines narre ce petit fait qui serait arrivé 
à Khalima Alama, père de l'auteur. Modi Malek lui dit un 
jour sur une faute d'écriture : « Alif nako faye », que l'élève 
écrivit. Modi se fâchant cria : « Ouaye sakako haye », que 
l'élève narquois écrivit encore. Or, la première phrase signi- 
fiant : « Cette lettre est-elle un alif » et la seconde « Cet 
enfant mérite une correction. » Et l'auteur ajoute que son 
père reçut en l'occurence la verte correction, promise en 
ouolof. 

Modi Malek épousa une femme des Oulad Dîman, Sakhna, 
sœur d'Abou Meïja, et fit souche dans la tribu. Ses cinq 
enfants furent des saints et des savants. Ils ont tous été 
enterrés en territoire dîmani, et leurs tombeaux y sont vé- 
nérés. Celui de Modi Malek est à Tin Bellila, à côté de celui 
du Cadi Chingueti. 

A signaler que l'un deux, Ahmed Bou Ras, fut chargé, 
après la grande défaite des Marabouts par les Hassanes 
(1674), de l'éducation des innombrables orphelins zouaïa. 



234 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 



Cette circonstance permet de fixer l'époque de la vie de 
Modi Malekj dans la première moitié du XVii* siècle. 

Schéma généalogique. 
Sid Elias, de Tombouctou, mort à Ôuadane (Adrar) 



/" 



Nombreux 

enfants 

qui restent 

au Cayor 



Chenkat 

Bejja 

Mijou (Imijen) 

Mamadou (Mohammed) 

Abdallah Dien (épouse Houa Thiam) 



Modi Malek 



Mostafa, Mohammed, Ahmed Lamin, sa jumelle 
dit dit Bouras, Khadidja 

Betef, Minahna, 



-X- 



Le personnage politique et religieux le plus important des 
Oulad Dîman est à l'heure actuelle sans contredit le Cheikh 
Sidi Mohammed ould Ahmeddou ould Sliman dont la vie, 
la famille, la Zaouïa et l'influence ont été étudiés ailleurs (i). 
Il suffit d^ renvoyer. 

Il serait impossible de vouloir mentionner toutes les per- 
sonnalités remarquables de cette puissante, riche et savante 
tribu des Oulad Dîman. On se bornera à signaler les plus 
remarquables. 

i° La tente des Ahel Al-Aqel, du campement Atheïminat 



(1) Cf. L'Islam maure. Les confréries religieuses de la Mauritanie. 



_ l'émirat des trarzas 235 

(ainsi nommé de leur ancêtre Othman) de la fraction Id Abe- 
houm. Les représentants les plus notoires de cette tente sont : 

Mohammed Fal ould Mohammedden ould Ahmed ould Al- 
Aqel, vieillard à la fin de ses jours, qui fut un savant très 
considéré et a laissé de nombreux ouvrages, à savoir : « La- 
mi at al-Mihrab, commentaire grammatical du Coran. « So- 
tour », ouvrage de logique ; « Adhka Al-Nachr fi-l-Massaïl 
Al-Achr » ouvrage de théologie ; « Teriaq Al-Lasa fi-l-Mas- 
saïl Al-Tasa », compendîum de théologie, droit, et gram- 
maire. « Loghaz » et son commentaire, ouvrage judiridique ; 
« Naf hat Al-Yasmin fi Çalat ala Siyed Al-Morsalin » , livre 
liturgique ; le livre des traditions prophétiques sur les dix % 

années passées par le Prophète à Médine ; « Al-Andjom As» 
Siyarah », ouvrage de grammaire ; « Al-Nafhat Al-Cama- 
diyah », commentaire de la qacida d'Ibn Bouna, le Djakani, 
sur les énigmes. Cet ouvrage a été imprimé à Fez. 

Son fils, Mohammedden, né vers 1875, dans l'Iguidi, ha- 
bituellement campé à Hassi Amar. Mohammedden a été 
nommé successivement assesseur du tribunal de la Résidence 
de Méderdra en 1908, chef de la fraction des Id Abehoum en 
1909, et cadi de l'émir des Trarzas le I er janvier 191 1. C'est 
un esprit très ouvert et qui sait parfaitement s'adapter aux 
nécessités de cette période de transition que traversé la Mau- 
ritanie. 

Son cousin, M'hammed ould Ahmed Youra, né vers 1855, 
dont le campement est habituellement installé à Mimoun, 
Lachoucha Bou Sedra, Bamba, Manar et Al-Aïdïa. C'est un 
lettré fort distingué et qui connaît parfaitement toutes les 
traditions locales. Il a composé à la demande du commandant 
Gaden un petit opuscule, intitulé : « Instruction des savants 
sur la connaissance des puits » édité en arabe, sans traduc- 
tion française, par M. René Basset, dans lé tome III de sa 
« Mission au Sénégal ». Cet ouvrage arabe de M'hammed 
Youra a été plusieurs fois utilisé dans le présent travail. 

Outre ces personnalités remarquables, la tente des Ahel 



236 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Al-Aqel renferme un certain nombre de Marabouts instruits, 
religieux sans fanatisme, d'un traditionnalisme qui demande 
à être ménagé, mais qui ne les rend pas systématiquement 
hostiles à notre domination. 

Les annales de cette famille comptent plusieurs personna- 
lités qui ont laissé leur souvenir dans les pays maures. Les 
plus brillants sont : Ahmed ben Mohammed Al-Aqel et sa 
sœur aînée Khadidja. Ahmed mourut vers 1827, ^ a même 
année que deux autres grands marabouts de Mauritanie : 
Horma ben Abd El-Djelil, le cadi des Ida Ou Ali, et le sa- 
vant et poète Mouloud ben Ahmed Al-Ajouad, des Id Eïqoub, 
l'auteur du poème bien connu, la Merjanïa. L'émir des 
Trarzas, Amar ould Mokhtar, qui mourut peu après (1827) 
voulut être enseveli à Bamba, à côté du saint marabout' di- 
mani. Ahmed Al-Aqel avait fait ses études islamiques com- 
plètes auprès de sa sœur Khadidja. Il était allé les complé- 
ter par la cryptographie et les sciences magiques dans le 
Fouta Diallon, auprès du Cheikh Alfa Brahim. 

Khadidja ment Mohammed Al-Aqel a laissé une réputation 
de femme instruite entre toutes, et l'on sait que dans les 
tribus maraboutiques les femmes sont toujours lettrées, et 
que beaucoup sont maîtresses d'école. Elle a eu la gloire 
d'avoir pour élèves trois hommes qui ont tenu leur place 
dans l'histoire locale : son frère, Ahmed, précité ; Mokhtar 
ibn Bouna, le grand savant des Tadjakant ; et le Toucouleur 
Abd oul-Qader, qui devait, vers 1775, réunir autour de lui 
le parti musulman du Fouta Toro, renverser la dynastie 
traditionnelle des siratiks et faire des Toucouleurs le peuple 
si fanatiquement islamisé que nous trouvons aujourd'hui. 
L'almamy Abd oul-Qader devait mourir en 1807, et les 
« Chroniques du Fouta Sénégalais » rapportent qu'il fut 
enseveli en présence du saint marabout Din Allah des Ou- 
lad Dîman, après que celui-ci l'eut revêtu pour la suprême 
toilette de ses propres vêtements. 

2 Les Ahel Mohand Baba, tente très savante et très res- 



l'émirat des trarzas 237 

pectée du Campement Oui ad Barik Allah, de la fraction 
Oulad Yoqban Allah. Les personnalités notoires de cette 
tente ont été étudiés ailleurs (1). 

3 Lbara ould Beggui ould Sidi ould Horma, des Oulad 
Sidi Al-Falli sous-fraction des Ahel Alfagha-Lamin, né vers 
1857, dont le père Beggui a été un savant considéré de son 
temps. Lbara a été cadi de l'émir Ahmel Saloum II ould Ali. 
4 Omar ben Abdam, des Oulad Sidi Al-Falli, sous frac- 
tion des Ahel Mostaf, né vers 1865, cadi des Oulad Sidi Al- 
Falli depuis 191 1. 

5 Mohammed Fal ould Ziyad, des Id Abehoum, né vers 
1850, lettré distingué. 

6° Mohammed ould Al-Mahboub, lettré des Ida Oudaï, 
personnalité éminente par sa science du droit. 

Dans la fraction Ida Oudaï vit un campement de Tiab 
Ahel Attam : les Ahel Abbeï ould Ahmed ould Attam, dont 
le chef actuel est Mohammed ould Aoua. Abbeï est l'ancêtre 
qui abandonna la vie de guerrier pour se faire marabout. La 
légende dit qu'il avait été victime d'une injustice de la part 
des autres Oulad Daman qui lui enlevèrent ses Zenaga. Ne 
pouvant rentrer dans son droit, il se retira avec ses gens 
dans le campement d'Atjfagha Mokhtar Baba, des Ida Ou- 
daï (Oulad-Dîman), et embrassa la voie de ce grand mara- 
bout. 

* 

* ■* 

La population des Oulad Barik Allah est de 219 tentes, 
248 hommes, auxquels il faut ajouter 300 Zenaga et tiab en- 
viron, 469 femmes, 409 enfants, et 112 serviteurs des deux 
sexes. 



(1) Cf. Cheikjk Sidta et sa voie èans V Islam marne : Les confréries 
religieuses de la Mauritanie, 



■2rS REVUE DU MONDE MUSULMAN 



La population des Oulad Yoqban Allah est de 419 tentes, 
630 hommes, 675 femmes, 493, enfants, 150 serviteurs des 
deux sexes. 

La population des Oulad Sidi Al-Falli est de 571 tentes, 
665 hommes, 798 femmes, 720 enfants, 161 serviteurs des 
deux sexes. 

La population des Id Abehoum est de 279 tentes, 598 hom- 
mes, 677 femmes, 545 enfants, 237 serviteurs. 

La population des Ida Oudaï est : 166 tentes, 309 hom- 
mes, 342 femmes, 310 enfants, 117 serviteurs. 

La population totale des Oulad Dîman est de : 1.654 ten ~ 
tes, 2.750 hommes, 2.961 femmes, 2.477 enfants et 767 ser- 
viteurs des deux sexes. 






Les Oulad Dîman pâturent dans la partie septentrionale 
de l'Iguidi, dans l'Inchiri, et dans les régions Amlil, De- 
khina, Amkhacir, Arfaït et Faye de TAftout. 

Ils boivent aux puits et puisards d'Agdernit, Aghnaje- 
bert, Tin Yekhlef, Teguirmen, Tin Deïjemal, Almimoun, 
Bou Hofra, Mesdouq, Taguilalt, Al-Aouinat. 

La marque générale de la tribu est la grande outarde (he- 

bara) J . Chaque fraction a en outre sa marque particu- 
lière. Les Ahel Cheikh Sidi Al-Falli, des Ida Abehoum, ont 

les lunettes (bessara) @&\y . Ils sont les Telamides de 
Cheikh Sidïa. Les Ahel Falli ould Al-Maqour ont la 

khatma 



L EMIRAT DES TRARZAS 239 



B. — Ahei* Barik Ali, ah 



Les Ahel Barik Allah sont les descendants de Barik Allah, 
fils de Bazeïd, fils d'Abhendam Youqob, lequel était le cin- 
quième des Tachomcha. Barik Allah ayant eu un frère : Ya- 
qoub fils de Bazeïd, qui est l'ancêtre des Id Eïqoub, il se 
trouve que Ahel Barik Allah et Id Eïqoub sont cousins. Ces 
deux fractions sont appelées, dans la tradition maure, Yaqou- 
bïïn du nom de Youqob, grand-père commun des deux ancê- 
tres éponymes. 

La légende des origines maures donne aux Yaqoubïïn une 
ascendance hassane. Le cinquième des Tachomcha en effet, 
Abhendam Youqob, était fils d'Abiaj, fils d'Aamer, fils 
d'Abiaj, fils d'Abhendam, fils de Mohammed, fils de Yaqoub, 
fils de Mohammed, fils de Sam, fils d' Abd Allah, fils d' Amor, 
fils de Hassan, fils d'Aqil. 

De Yaqoub major (fils de Mohammed, fils de Sam) descen- 
dent les Ahel Taleb Moçtaf du Hodh, cousins éloignés par 
conséquent de nos Id Eïqoub et Ahel Barik Allah du Trarga. 
Barik Allah eut six fils : Abd Allah, Mouloud El-Fadel 
(ou El-Falli, Moska, Habib Allah, Medda, qui sont les an- 
cêtres des fractions actuelles Ahel Barik Allah, sous la ré- 
serve d'une certaine fusion de campements au cours des siè- 
cles. 

Dans le courant du xix e siècle, les Ahel Barik Allah occu- 
pent les vastes territoires qui séparent le Trarza de l'Adrar. 
Pressurés sur le flanc nord par les Oulad Delim, à l'ouest 
par les Oulad Bou-Sba, ils finissent par se placer sous la 
suzeraineté des Oulad Yahia ben Othman, et choisissent pour 
protecteur l'Emir lui-même de l'Adrar, à qui. ils paknt la 
redevance eoutumière* Cette protection fut à peu près illu- 
soire, aussi la plupart des tentes Barik Allah descendent-elles 
vers le sud, dès qu'elles le peu vent,, c'est-à-dire dès que la 



240 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

colonne Gouraud prépara sa marche vers l'Adrar (1907). 
Les autres, avec leurs haratines, restent dispersés dans 
l'Aoulil et le Targa. 

Les Ahel Barik Allah firent leur soumission, au gré de 
leurs sympathies, partie à Méderdra, partie à Bou Tilimit. 
En attendant qu'on eut des données plus précises sur la 
composition et les tendances de la tribu, ses fractions furent 
rattachées administrativement à des cheikhs zouaïa sur les- 
quels on pouvait compter : Cheikh Sidi Mohammed ould 
Sliman, à Méderdra ; Sidi El-Mokhtar à Bou Tilimit. Cette 
situation n'était que provisoire. Avec la paix, ces campe- 
ments firent figure d'intrus dans les fractions Oulad-Dîmàn 
et OuladvBiri. Il y eut des contestations au sujet des puits 
d'eau ou des pâturages ou du bétail. Bref, il devenait* urgent 
de reconstituer le groupement ethnique des Ahel Barik Al- 
lah, sur les bases de l'autonomie et d'un commandement 
propre. C'est pourquoi, dès 1910 on encouragea leur mou- 
vement d'exode vers leurs anciens territoires. Puis en 1912, 
les tentes qui étaient de la Résidence de Méderdra : Ahel 
Moska et Ahel Abd Allah furent rattachés à Bou Tilimit ; et 
enfin au début de 19 13, tous les Ahel Barik Allah du Trarza 
furent groupés administrativement et fiscalement sous les 
ordres d'un de leurs cheikhs héréditaires : Mohammed ould 
Ahmed Moska. 

Cette mesure était tout à fait agréable à la tribu. Elle était 
non moins opportune pour notre politique car elle repeuplait 
la grande route, devenue déserte, de Bou Tilimit à Atar ; et 
les caravanes commerciales, comme nos convois militaires 
étaient assurés de rencontrer désormais sur leur chemin des 
campements, de l'eau, et des animaux de boucherie. Les 
résultats ont confirmé ces prévisions : la route de l'Adrar 
est considérablement facilitée par la présence de cette frac- 
tion, et la région commence à s'enrichir de puits, tel celui 
d'Oued Jedaa, entre N'toumi et Imlich, dans l'Amlil. Les 
Ahel Barik Allah jouissent d'ailleurs de la réputaion d'ex- 



L EMIRAT DES TRARZAS 24 1 

cellents puisatiers. Eux seuls peuvent forer les puits du 
nord qui atteignent de 60 à 80 mètres. 






Les territoires du parcours normal des Ahel Barik Allah 
sont : l'Akchar, l'Inchiri et l'Agneïtar, entre Trarza et 
Adrar. Leur cheptel de chameaux a été à peu près pillé aux 
cours des derniers événements, de sorte qu'il n'en subsiste 
qu'un nombre très restreint. Ils ont mieux conservé leurs 
troupeaux de bœufs et de moutons, qu'ils mènent pâturer 
jusque dans le Tiris. Les marques des Ahel Barik Allah 



sont 



CKC^ 



Le fractionnement de la tribu Barik Allah s'établit ainsi : 
Ahel barik allah : 

Ahel Moska : 

Ahel Filali, 

Ahel Ahmed Khorehi. 
Ahel Abd Allah : 

Ahel Mahmoud, 

Ahel Ahmed ould Abd Allah. 
Ahel Mouîoud : > 

Ahel Baraka Allah, 

Ahel Boukhara. 
Ahel Fadel : 
Ahel Habib Allah : 

Le nombre des tentes recensées est de 335, comprenant 
353 hommes, 328 femmes, 416 enfants, 95 serviteurs et 69 
captives. 

* * 

Un grand nombre de tentes et petits campements sont ve- 
îxxvi. 16 



242 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 



nus de toutes parts s'installer chez les Ahel Barik Allah, 
marabouts vénérés. Ils constituent les fTelamides de là frac- 
tion : les uns sont haratines et possèdent surtout des bœufs, 
des ânes et du petit bétail. Ils sont en général grands chas- 
seurs et vivent en grande partie du produit de leurs chas- 
ses. Ils usent du fusil, des filets et pièges, et de la chasse à 
courre avec les chiens. Leurs campements sont isolés de ceux 
de leurs maîtres zouaïa. 

Les Zenaga possèdent des troupeaux de chameaux. Ils ne 
se séparent pas de leurs suzerains, par crainte des dépréda- 
tions des Hassanes. Ils relèvent en général du campement 
Ahel Fadel, et les haratines du campement Ahel Abd Allah, 
et Ahel Habib Allah. Ce sont : 



Ahel Bilal, 


Haratines, 


Ahel Mehaïdi, 


M. 


Ahel Grimich, 


Id* grands propriétaires de troupeaux 




et chasseurs émérites. 


Ahel Hebïeb, 


Id. 


Ahel Maïouf, 


Id. 


Ahel Zeïdan, 


Id. i 


Legouidsat, 


Zenaga, 


Ahel Abouech, 


Id., dits aussi Ahel Dafi. 


Ahel Noueïgued, 


Id. 


Ahel Al-Beïed. 


Id. 


Oueïssat, 


Id. 


Leroueïdijat, 


Id. 


Ahel Mouilid ould Rahil 


, Id. 


Ahel Aloueïniiin. 


Haratines, possesseurs de bœufs. 


Ahel Ourizeg, 


Id. 


Ahel Amin, 


Haratines, 


Ladam, 


Zenaga, 


Ahel Bou Dik, 


Id. 


Ahel Abouad, 


Id. 


Ahel Dreïniz, 


Haratines, 


Ahel Aïssa, i. 


id. r ; _ _;-; y x ,, 


Ahel Agjoul (Bassin), 


Zenaga, . ; 



l'émirat des trarzas 243 

Ahel Fouaïla, * Haratines, 

Ahel Lemhaimdat, Id. 

Les Id Eïqoub sont les descendants de Yaqoub, fils de Be- 
zeïa, fils d'Abhendani Youqoub,le cinquième des Tachomcha. 
Ce Yaqoub étant le frère de Barik Allah, les Id Eïqoub et les 
Ahel Barik Allah sont cousins. La tradition maure ne les 
sépare pas et leur a donné, du nom de leur ancêtre commun, 
Youqob, le nom de Yaqoubïïn. 

Tableau généalogique. 

Abhendam Youqob, 

le cinquième des Tachomcha 

Baze'ïd 

/ i i \ 

Barik Allah Yaqoub 

ancêtre ancêtre 
des Ahel Barik des 

Allah Id Eïqoub 

/ j \ 

Yaqoubïïn 



* * 
Les Id Eïqoub se fractionnent ainsi : 
Id Eïqoub : 

Ahel Atjfagha Moussa : 

Ahel Mokhtar 62 tentes 

Ahel Falli 17 — 

Ahel Brahim 17 — 

Id Eïqoub : 

Ahel Mohammedden Mahmoud . . 41 — 

Ahel Fagha Mohktar 32 — 

Ahel Lakhcual 30 — 

Lamam 58 — 

Ahel Mohammedden Ahmed 18 — 

Ahel Taleb Maham 5 — 



244 * REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ahel Jenna 6 — 

Ahel Abeïd 8 — 

Ahel Haoumalla 8 — 

Oulad Al Hossein 30 — 

Ahel Falli Seddiq 11 — 

AhelXalleïa ; 18 — 

Ahel Lebar 14 — 

Ahel Oktagha 15 — 

Ahel Maham 33 — 

Ahel Brahim . . 4 — 

-X- 

Les Id Eïqoub sont une tribu maraboutique très reli- 
gieuse et très lettrée dans son ensemble. Elle compte un 
grand nombre de savants arabes. 

Plusieurs d'entre eux ont passé avec Mouloud Fal, chez les 
Ida Ou Ali et ont embrassé le Tidjanisme (i). Les autres ne. 
sont en généra] attachés à aucune obédience eoufique. 

A signaler toutefois Mohammer Mouloud ben Mohammed 
ben Ahmed, plus connu du nom de sa mère sous l'appella- 
tion de Ould Chérif Baoubba. C'est un ardent missionnaire 
des pays noirs. Il a jadis été expulsé du Soudan pour agita- 
tion dangereuse dans des villages à peine islamisés et faci- 
lement fanatisés. Il opère aujourd'hui au Sénégal, sous le 
couvert de tractations commerciales. 

* 
* * 

Les Id Eïqoub nomadisent dans le Haut-Trarza jusqu'au 
Tiris. Ils boivent ajux puits et puisards de Hasseï Al-Han- 
cha, de Tin Yafil et Tin Yahïa. 



(1) Cf. Y Islam marne : Les conjéries religieuses de h Mauritaine. 
Les Ida Ou AU. 



l'émirat des trarzas 245 

* ' 
La marque particulière de leurs troupeaux, portée sur la 
cuisse gauche est N^^ .XI 



Ils comprennent une population de 427 tentes, 672 hom- 
mes, 770 femmes, 558 enfants et une cinquantaine de servi- 
teurs des deux sexes. 

Les Tendgha 

Les Tendgha sont d'origine berbère. Leur père était un 
Chleuh du Maroc, nommé Tendagh, qui tirait son nom de 
la ville où il était né : Endagh. Les lettrés de la tribu ne 
manquent pas de rattacher ce Tendagh à une souche himya- 
rite d'Arabie, mais on sait ce que valent ces prétendues ori- 
gines sémites chez les tribus maraboutiques. La tradition 
rapporte qu'il existait un lien de parenté, non défini d'ail- 
leurs, entre les ancêtres des Tendgha et ceux des Ida Ou 
Aïch et des Tadjakant. Ce renseignement ne fait que confir- 
mer l'origine berbère des trois tribus, d'autant plus que les 
Ida ou Aïch affirment hautement leur ascendance çanhadja. 

Tendgha aurait eu quatre fils : Ideïja, Yahia, Aoubak: et 
Malek, qui sont les ancêtres des actuelles fractions tendgha. 

Les Tendgha étaient déjà constitués en tribu au temps 
des Almora vides. Ils auraient fait partie' de la troupe du 
conquérant Abou Bekr ben Omar, sous la forme de deux 
fractions : les Tendgha El-Biïed et les Ahel Danabja. Ils 
participèrent aux opérations contre les noirs bafour de 
l'Adrar (xi e siècle) et aidèrent à la conquête du pays. Par la 
suite, probablement deux ou trois siècles plus tard, la mar- 
che vers le Sud fut reprise, et il firent halte à Nbak Lekh- 
çouma, point à l'ouest de Zar. De là, ils envoyèrent deux 
reconnaissances en avant : l'une vers l'ouest, l'autre vers 
l'est. 



246 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les éelaireurs de Test rendirent compte que les pâturages 
étaient excellents, mais qu'une grave difficulté provenait de 
la profondeur des puits. Les Ahel Danabja, que cette diffi- 
culté n'arrêtait pas, mirent aussitôt le cap sur l'est et s'ins- 
tallèrent dans l'Aftout et l'Amechtil. 

Les éelaireurs de l'ouest firent connaître au contraire que 
l'eau était proche et abondante, mais que les pâturages 
n'avaient qu'une valeur relative. Les Ahel El-Biïed portè- 
rent leur choix sur ce pays, riche en eau, et allèrent y plan- 
ter leurs tentes. C'est ainsi qu'après une année de discus- 
sions, l'accord se mit entre les deux fractions tendgha. Telle 
est, d'après la légende, l'origine de la scission territoriale 
de la tribu. 

L'cacord moral subsista néanmoins et jusqu'à nos jours les 
Tendgha de l'Est ont continué à compter dans le corps de 
la tribu. On le constate par le paiement des dïa, qui est la 
preuve la plus sûre de l'unité de la tribu. Les Tendgha de l'est 
étaient tenus à un sixième de la dïa, au même titre que les 
Ahel Danabja, les Medlouda, les Rekakna/ les Id ag Fou- 
dia et les Tendgha Al-Biïed-Ichouganen. 

Les Tendgha de l'est ne trouvèrent que peu de monde dans 
l'Aftout. Seules, quelques bandes lemtouna, au nord d'Aleg, 
cherchaient comme eux un emplacement pour leurs campe- 
ments. On fut donc tout de suite en bons termes. 

A l'ouest, au contraire, les Tendgha tombèrent sur la 
tribu des Medlich déjà constituée et nombreuse. Les Medlich 
firent un accueil plutôt froid à ces intrus. On en vint rapi- 
dement aux mains. ^Vaincus, les Tendgha furent refoulés 
vers l'Adrar. Ils n'abandonnèrent pas la lutte. Leurs rezzous 
vinrent sillonner le territoire medlich, pillant les campe- 
ments, capturant les caravanes, rendant la vie de la tribu 
à ce point impossible que plusieurs fractions passèrent le 
fleuve et se réfugièrent au Sénégal. 

Le souvenir de ces luttes entre Medlich et Tendgha, c'est- 
à-dire vraisemblablement entre les tenants des premières in- 



l'émirat des trarzas 247 

vasions berbères et les hordes des invasions postérieures, 
est resté très vivace dans la tradition, et semble se rapporter 
aux XIV e et XV e siècles environ. C'est vers cette époque qu'ap- 
paraissent les ancêtres éponynies des fraction^ actuelles, 
notamment Malik, dont la prononciation berbère fait Madiek 
et dont les descendants sont les Id ag Madiek de nos jours. 

Les faits, que narre le Chiam ez-Zouaïa, se rapportent au 
XV e siècle environ, car on y constate la présence des pre- 
miers Hassanes envahisseurs : les Oulad Rizg. 

Malik, et son frère Id Moussa, rôdaient, une nuit, autour 
d'un campement medlich, guettant une occasion favorable 
pour s'y introduire et voler, quand ils passèrent à proximité 
de quelques tentes où deux des Tachomcha, hôtes des Me- 
dlich : Id Abiaj Youqoub et Mohond Amrar, faisaient leurs 
dévotions. La voix de ces deux hommes en prières ramena 
Id Moussa vers le bien, et abandonnant son compagnon de 
rapine, il alla se joindre aux deux marabouts. Au retour de 
sa course, qui avait été fructueuse, Malik, pensant que la 
fantaisie pieuse de son frère était passée, voulut le reprendre, 
mais Id Moussa se refusa obstinément à abandonner les deux 
cheikhs. 

Par la suite, Malik lui-même fut touché par la grâce et se 
fit marabout, mais marabout « séculier », si on peut dire, 
chapelain à l'usage des Hassanes chez lesquels il campait. 
Au cours des pilleries dont furent victimes, au XV e siècle, 
les Tachomcha de la part des Oulad Khalifa hassanes (frac- 
tion des Oulad Rizg), on le voit proposer son influence à son 
frère Id Moussa, pour faire rendre leurs biens aux Tachom- 
cha .Mais Id Moussa ne voulut pas consentir à cette humi- 
liation, encore que l'amitié et le lien de paiement de la horma 
qui unissaient Malik aux Oulad Khalifa, l'assurassent du 
succès de la négociation. 

L'accord finit par se faire, vers ce temps-là, entre Medlich 
et Tendgha. Les terrains de parcours furent délimités, et 



248 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

chaque tribu en jouit en paix, sans chercher querelle à sa 
voisine. 

Au xvn e siècle, les Tendgha prennent une part active à 
la guerre de Babbah. Ils fournissent jusqu'au dernier jour 
des contingents importants aux imams berbères'; l'imam 
Nacer ed-Dine jouit parmi eux d'un grand prestige, dû à 
ses miracles. Le Chiam ez-Zouaïa en rapporte un concernant 
la propriété d'une vache dénommée Tin Tinjert « la vache 
« au mufle ». Cette vache était l'objet de contestations. 
« Un jour les deux adversaires vinrent interroger Nacer ed- 
€ Din et lui dirent, sans préciser autrement : « A qui ap- 
t partient-elle? » Il répondit en désignant l'un des compéti- 
« teurs. Ils demandèrent : « Qui est-elle ?» Il répondit : 
« Tin Tinjert, » tandis que sa main passée sur son visage, 
« descendait vers la bouche pour indiquer' la lisse en tête, 
a prolongée sur le mufle, de la vache contestée. Celui à qui 
« appartenait l'animal s'écria alors : » « Par Dieu! je le 
a jure, vous ttes un saint ». 

Finalement écrasés par les Hassanes, les Tendgha durent 
subir leurs conditions comme les autres Zouaïa. 

Les Tendgha de l'est n'avaient été mêlés que très indi- 
rectement dans ces luttes de leurs frères contre les Medlich. 
Leur tradition historique est muette jusqu'au xix e siècle, où 
ils ont eu à soutenir deux guerres contre les Oulad Biri et 
contre les Tagnit. 

La première guerre eut pour cause le refus, que les Tend- 
gha opposèrent aux Oulad Biri, de leur livrer Bakar, l'an- 
cêtre des Ahel Oueillili, qui vivait chez eux, mais était un 
des Télamides des Oulad Biri. Ceux-ci pour se venger, mi- 
rent à mort un Tendghi qu'ils rencontrèrent isolé dans la 
brousse, et lui enlevèrent ses troupeaux. Cet acte de traî- 
trise souleva l'indignation des Tendgha, qui jetèrent une 
forte bande sur un campement biri, installé au puits d'Agui- 
lal Faye, alors en cours de forage. Ils précipitèrent sept 
Oulad -Biri au fond de leurs puits. C'était au tour des Ou- 



l'émirat des trarzas 249 

lad Bidi à prendre leur revanche. Grossis d'un contingent de 
leurs cousins, les Oulad-Ahmed, du Brakna, ils marchèrent 
sur les Tendgha, alors campés à Kendellek, sur la lisière 
du Chemama. Les Tendgha affolés passèrent le fleuve, se 
mettant ainsi hors d'atteinte. La campagne se termina par 
la mise à mort d'une députation tendgha que les Oulad Biri 
surprirent chez les Ida Ourich. 

Des personnalités maraboutiques voisines, et notamment 
le grand-père de Cheikh Ai-Hassan, étant intervenues, l'ac- 
cord fut rétabli entre Tendgha et Oulad -Biri. La paix est 
maintenue. 

Il faut remarquer ici que N'Tachaït, l'ancêtre éponyme 
des N'Tachaït, fraction Biri de Cheikh Sidïa, est d'origine 
Tendgha-Danabja. On trouvera, dans la notice consacrée aux 
Oulad-Biri le récit des origines de cette fraction. Daûs la 
première moitié du xix e siècle, les Tendgha, quelque peu 
jaloux de la prospérité apportée aux Oulad Biri par Cheikh 
Sidia Al-Kabir, souhaitèrent le ramener dans sa tribu d'ori- 
gine. Ils lui dépêchèrent une délégation de leurs notables à 
Meïjour. Celle-ci lui fit don d'un magnifique chameau hon- 
gre, à robe pie, célèbre à ce moment dans les annales des 
troupeaux mauritaniens. Cheikh Sidïa Al-Kabir, flatté, était 
sur le point d'accepter, mais les Oulad Biri firent la plus 
vive résistance, et finalement le saint homme n'osa pas les 
abandonner. 

Vers 1875, une autre guerre vint troubler la quiétude des 
Tendgha. Une caravane de leurs gens passant au puits de 
Nteichot se vit refuser l'abreuvoir par quelques Tagnit peu 
accommodants. Comme les Tendgha protestaient et élevaient 
la voix, les Tagnit leur prirent un certain nombre de leurs 
bœufs porteurs et s'en furent. Rentrés chez eux, les vic- 
times répandirent la nouvelle de ce pillage. L'alarme fut 
donnée et les Tendgha se précipitèrent sur les campements 
Tagnit. Mais ceux-ci qui les attendaient, les - repoussèrent et 
leur tuèrent plusieurs personnes. Tous les Tendgha se con- 



250 * REVUE DU MONDE MUSULMAN 

centrèrent alors dans l'ouest, et une guerre inexpiable allait 
commencer, quand l'Emir Ali Diombot, fils de Mohammed 
Habib, jugea de son devoir d'intervenir. Il convoqua les 
Djemaa des deux tribus et soumit l'affaire à son cadi ordi- 
naire, El-Bari ould Begui, des Ouîad Dîman (Oulad El- 
Falli). 

Les Tagnit furent condamnés au paiement de la Dïa. Ils 
s'acquittaient déjà de leurs 11.000 pièces de guinée, quand 
l'Emir des Ida Ou Aïch, Bakar ould Soueïd Ahmed, invo- 
quant les liens originels de parenté avec les Tendgha entra 
en scène. Il se déclara solidaire de l'injure faite à ses cousins, 
et exigea une seconde composition pécuniaire. En attendant, 
il arrêta et séquestra plusieurs Tagnit. Cette tribu dut fina* 
lement s'exécuter. Des transactions intervinrent et la dia 
fut payée, ce qui ramena le calme dans la région. 

Fractionnement politique. 

Tendgha El Biïed : 
Rekakna : 

Ahel Bou Hobboïni : 

Oulad Ben Hobboïni : 

Ahel Chaban 40 tentes 

Ahel Abd Allah 13 — 

Ahel Abbas 12 — 

Ahel Agd ElhAmm 4 —* 

Ahel Mokhtar : 

Ahel Abekd 23 — 

Ahel Abd Allah 28 — 

r Ahel Habib Allah 11 — 

Ahel Mohammedden : 

Ahel Habib Allah 16 ^ 

Ahel Boulaha 13 — 

Ahel Mokhtar Baba 18 — 

Ahel Engouran * . 19 — 



l'émirat des trarzas 



251 



Id Imijen : 

Ahel Sidi Mahmoudi 37 

Ahel Habib Allah 15 

Ahel Ahmed 9 

TENDGHA EL BlïED (T. de l'ouest) : 
Id ag Foudié : 

Ahel Agd Yahia 83 

Ahel Maham Abdi 29 

Ahel Maham Çadiq 38 

Ahel Foudia (Ahel Aoubak) 156 

Ahel Amar Inhalla 20 

Ahel Maham 10 

Ahel Mokhtar 22 

Tekarir 6 

Ahel Amar agd Abija : 

Ahel Ahmed Lamar 52 

Ahel Abd Allah . 71 

Ahel Maham 

41 

Ahel Habib Lamar 

Ahel Abija 11 

Médlouda : 

Ida Ouadji : 

Ahel Nacer ad-Db 20 

Ahel Mousseh 11 

Ahel Mehaïma 19 

Ahel Dof 11 

Ahel Maham ould Yamin ... 7 

Ahel Abhond 16 

Id ag Bolla : 

Ahel Aoubak 16 

Ahel Imijen 13 

Ahel Lamin Il 

Ahel Baba Habib 20 

Ideija Agourar : 
Ahel Alïa : 

Ahel Moski 6 

Ahel Jemal [ 17 



252 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ahel Mokhtar .... 5 — 

Ahel Khiar 16 — 

Ahel Ahmed : 

Ahel Merabet Telamid .. 10 — 

Ahel Mehitour 11 — 

Ahel Khïar . 16 — 

Id ar Madiek : 

Id ag Madiek de l'ouest : 

Ahel Maham Hamou 22 — • 

Ahel Habib 22 — 

Ahel Mazeri 24 +- 

Id ag Madiek de Test : 

Ahel Abiod el-Ma (Id ag 

Mohond) 11 — 

Ichouganen Ouladl Sidi : 

Ahel Lamin 38 — 

Ahel Ba 29 — 

Ahel Mokhter 10 — 

Les Rekakna et les Id ar Madiek ne seraient pas de pure 
origine Tendgha. 

Rekkoun, l'ancêtre éponyme des Rekakna, aurait été Me- 
dlich. Il épousa une femme des Tendgha et ût souche dans 
sa nouvelle tribu. 

Les Id ar Madiek, déformation berbère d'Oulad Malik, 
sont, selon les uns, fils de Malik, fils de Tendgha. D'autres 
disent au contraire que Malik n'était pas de pure origine 
Tendghi par son père. Seule, sa mère était de la tribu. Son 
père était un Hassani Oulad Rizg. A signaler enfin que cer- 
tains lettrés disent, sans autre spécification, que les Id ar 
Madiek sont d'origine juive. Ils ne savent pas d'ailleurs ce 
que sont exactement les Juifs, ce peuple n'ayant actuelle- 
ment aucun représentant en Mauritanie. 

Les Medlouda tirent leur nom du groupement de trois frac- 
tions tendgha, qui ne se séparaient jamais. C'est pourquoi 
on les appelait les Medlouda : les « Trois ». Ces trois frac- 



1JL 



L EMIRAT DES TRARZAS 253 

tions : Ida Ouadji, Id ag Bolla, Deïja Agourar, constituent 
toujours le groupement Medlouda. Les Ida Ouddji seraient 
d'origine Ida Ouali, Ida Ouadji étant la déformation ber- 
bère d'Ida Ouali. Les Ideïja Agourar tirent leur nom de leur 
ancêtre Ideïja et de son cheval Agourar « à l'oreille cou- 
pée ». Le nom d'Ideïja étant commun à cette époque chez 
les Tendgha, on accola le nom du cheval à celui du proprié- 
taire, comme sobriquet pour le distinguer de ses homonymes. 

Seuls, de tous les Tendgha, les Ahel Amar agd Abija 
avaient suivi les dissidents trarza dans l'Adrar, au début de 
l'occupation de la Mauritanie. Ils ont fait leur soumission 
en 1907, au moment où se dessinait la colonne de l'Adrar. 

La plus grande partie des Id ag Fodié, à savoir les sous- 
fractions Ahel Maham (ou Mahmen) Abdi, Ahel Maham 
Çaddiq, Ahel Agdi, Ahel Taleb, Mostaf, Ahel Fodié, dont 
le marabout réputé est Kachef, et Ahel Amar Agd Abija se 
prétendant chorfa, et se disent, du nom de leur ancêtre épo- 
nyme, Oulad Bou Bezzoula. Ce nom de Bezzoula fut donné 
au chérif, à la suite d'un miracle qu'il accomplit chez les 
Tendgha. Sa femme mourut laissant un enfant en bas-âge. 
Cet enfant ne voulut têter aucune des nourrices qui offrirent 
leurs bons offices. Dieu fit alors pousser un sein sur la poi- 
trine du père, qui allaita ainsi son enfant. 



La majeure partie des Tendgha relève du ocmmandement 
de Méderdra. Seuls, relèvent de Bou Tiimit les Tendgha de 
l'est et les Id ag Madiek. Ceux-ci sont quelquefois englobés 
dans la dénomination générale des Tendgha de l'est. 

Leur fractionnement est le suivant : 

Tendgha de l'est : 

Ahel Danabja 130 tentes 

Ichouganen 39 — - 



254 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Id AG Madiek : 

Ahel Ababak 53 — 

Ahel Maazour 11 — 

Oui ad Bou Khiar 37 — 

Ahel Aboueïri 83 — 

Ici ag Mohand 85 — 

Ahel Ahmed Endeïja 47 — 

Les Ichouganen descendraient d'un individu des Ahel Da- 
nabja qui pour se singulariser fit bande à part et fut sur- 
nommé Chougnan « Tente nouvelle » . Ces descendants, sans 
cesser de faire partie de la tribu, ont constitué une sous- 
fraction spéciale : les Ichouganen. 

Les Tendgha El-Biïed, relèvent de la Résidence de Méder- 
dra ; les Tendgha de Test de la Résidence de Bou Tilimit. 
Comme on Ta vu dans le fractionnement politique, une par- 
tie des Ichouganen (de Bou Tilimit) est passée à Méderdra et 
forme unité administrative avec les Id ar Madiek. 

Les Tendgha El-Biïed (Méderdra) comprennent la popu- 
lation suivante : 





Tentes 


Hommes 


Femme» 


Enfants 


Captifs 


Rekakna , 


253 


417 


459 


322 


149 


Id ag Foudié 


539 


799 


877 


637 


279 


Medlouda 


225 


327 


362 


270 


37 


Id ar Madiek .... 


145 


226 


246 


181 


48. 


Total . . . 


.. 1.162 


1.769 


1.944 


1.410 


515 



Les Tendgha de l'est (Bou Tilimit) comprennent : 

Les Ahel Danabja 130 tentes 

Les Ichouganen 39 — 

Les Id ar Madiek 316 — 

et un total de 495 hommes, 460 femmes, 580 enfants, 158 
captives, 125 captifs. 

L'ensemble de la tribu Tendgha comprend : 1.647 tentes, 



L EMIRAT DES TRARZAS 255 

2.264 hommes, 2.404 femmes, 1.990 enfants, et 796 servi- 
teurs des deux sexes. 



Les Tendgha comptent des personnalités Tout à fait énii- 
nentes par le savoir et la piété islamique. 

La tente la plus remarquable est celle des Ahel Moutali 
(Ahel Amar agd Abija). 

Schéma généalogique» 
Moutali 

Mohammedden Fal 

/ j j ; j \ 

Abder-Rahman Ahmeddou Habib Mohammedden 
f 191° f f 

/ j | | \ 

Mohammedden Fal Mostafa Mokhtar 

Oummou 
Mohammed Mahmoud 



Moutali qui vivait au début du XIX e siècle, a laissé la ré- 
putation d'un grand saint. 

Son fils, Mohammedden Fal, en hérita et y joignit celle 
d'un savant arabe de premier ordre. Il a composé plusieurs 
ouvrages ; sa renommée s'étendit jusqu'au Hodh, et on peut 
voir dans l'Annuaire du Sénégal de 1864, q ue I e lieutenant 
des spahis Alioun Sal, envoyé en mission dans le Hodh, et 
fait prisonnier par les gens d'Al-Hadj Omar fut l'objet 
des tentatives de rachat des habitants de Bacikounou, quand 
il eut invoqué le nom du cheikh Mohammedden Fal qu'ils 
vénéraient (1861). C'est ce marabout qui a le premier 'in- 
troduit l'ouerd de la confrérie chadelïa dans le Trarza. Il le 
reçut d'un missionnaire, de passage dans le Trarza, et qui 
avait été envoyé dans le Sahara occidental par le Cheikh 
de l'ordre à Sidjilmassa (Tafilalt), Ahmed Ai-Habib. Moham- 



256 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

meddeu Fal a été enterré à Manamart sur le territoire Noua- 
lalane (Tendgha) . Le surnom de « Mrabet » lui est resté ac- 
quis. 

De ses deux fils, l'aîné seul, Abd Er-Rahman, avait hérité 
de son prestige et de ses qualités. Il est mort en 19 10. Habib', 
l'autre fils, né vers 1857, et campé dans la région de Taf- 
fouelli, est actuellement le chef de la famille, et le cheikh du 
campement Ahel Ahmed Lamar. Parti en dissidence avec la 
fraction, en 1907, il est rentré un des derniers en 1909. 
Abd Er-Rahman ould Mohammed den Fal a laissé trois fils : 
les deux derniers, Mostafa et Mokhtar Ounmou, vivent dans 
leur campement des Ahel Amar Agd Abija. L'aîné, Moham- 
medden Fal, né vers 1870, n'a pas suivi les siens à leur retour 
de dissidence. Il vit toujours sur l'oued Dra. Il avait épousé 
une fille du chef de tribu, Mohammedna Khorchi, décédée 
depuis lors, lui laissant un fils, Mohammed Mahmoud, qui 
vit chez son grand -père maternel. 

Après les Ahel Moutali, la famille la plus influente des 
Ahel Amar Agd Abija est celle des Ahel Maham, qui four- 
nit le chef de la fraction, Mohammedna ould Khorchi. Ce- 
lui-ci né vers 1865, es t Chadeli aussi. Il a été fait cheikh, à 
son retour de dissidence (1900). C'est un meurtre commis 
par son fils, Ahmed Salem, sur un goumier à notre service, 
Ifekkou, qui provoqua d'ailleurs leur dissidence. Ahmed Sa- 
lem fut tué par la suite à la journée de Moïnan (juin 1908). 

Chez les Ahel Bou Hobboïni, sous-fraction des Ahel Cha- 
ban, la personnalité en vue est Ahmed Imma ould Moham- 
meddou ould Ennih, né vers 1865, qadri de l'obédience de 
Saad Bouh. Son père Mohammeddou fut un grand marabout. 
Imma n'a pas hérité de son prestige complet, mais sa si- 
tuation et ses alliances en font le cheikh notoire des Ahel 
Bou Hobboïni. En 1906, il a quitté le Trarza pour aller 
chercher, disait-il, des chameaux enlevés par un rezzou Bou 
Sba, mais il ne revint pas et s'installa chez les Oulad Delim. 
Il se joignit, en 1907, à la délégation qui, conduite par 



L EMIRAT DES TRARZAS 257 

Ma al-Aïnin s'en fut présenter les doléances de la Mauri- 
tanie au Sultan Abd El-Aziz. Il est définitivement rentré 
de dissidence en 1909. 

Les Ida Fodié, sous-fraction des Ahel Aboubak, fournis- 
sent le cadi de la tribu, Ahmeddou ould Mohammeddou ôuld 
Ahmed ould Mahim, plus connu sous le nom d' Ahmeddou 
ould Oubboï. Il est F élève et le disciple de Cheikh Mostaïn, 
des Koumleïlen de la rive gauche. Il a fait ses études chez les 
Idag Fodié, les Id Eïqob et les Oulad Atjfagha Habib Al- 
lah. 

Il fut utilisé à plusieurs reprises, dès le début de l'occu- 
pation française, par les officiers résidents de Nouakchot 
pour le règlement d'affaires religieuses. Ses qualités lui va- 
lurent la nomination de cadi (octobre 191 1). 

Chez les Tendgha-Arbaïn Jiïed, de la résidence de Bou 
Tilimit, Cheikh Sid Al-Mokhtar ould Abd El-Djalil à la 
réputation d'un illuminé et d'un motazélite. Il a soutenu des 
thèses théologiques à faire frémir les orthodoxes zouaïa du 
Trarza. Il a soutenu, un jour notamment, dans une contro- 
verse publique que la parole de' Dieu, et même ses com- 
mentaires humains, pouvaient être Dieu même, et saisis- 
sant un ouvrage qui était là et qui se trouva être Y Aqida 
de Senoussi, il l'adora. Le cheikh est né vers 1867, son 
campement est ordinairement au puits d'Agueroui. Il a des 
lougans à Dagana et à Boghé et y compte des Télamides. 
Il voyage beaucoup dans tout le Sénégal, et est en relations 
étroites avec la plupart des grands cheikhs noirs. Son atti= 
tude frondeuse et ses propos anti-français lui ont valu une 
condamnation et nécessitent une surveillance spéciale. 

•* * 

Les Tendgha s'expatrient facilement comme marabouts 
enseignants et maîtres d'école. On les trouve dans la plupart 
des escales du fleuve, de Saint-Louis à Kayes, et dans les 
xxxvi, 17 



258 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

provinces intérieures du Sénégal. Ils se font généralement 
affecter un lougan comme rémunération de leur enseigne- 
ment et le font travailler par leurs élèves. On en trouve 
également un certain nombre qui exploite la crédulité publi- 
que comme fabricants d'amulettes et de gris-gris. 

t 

•X- #• 

Les Tendgha ont leurs terrains de parcours dans le Ziré 
(Chamama) et le Zbar (Aftout). Leurs puits et puisards sont 
Biret, Ziré, Ndaramcha, Niaban, Khachem, Boubout, Bou- 
Hajra, Kellafer, Mdagh SagU, BriakJj, Baguent, Mouakchot 
et Akredieh 

Pendant l'hivernage, ils remontent avec leurs troupeaux de 
chameaux vers le Tiris, pâturent dans t'Agneïtir et le Ta- 
siast, et boivent à Nouaferd. 

La marque générale de leurs troupeaux est la « jeïja » 

ou petite outarde '§ . Chaque fraction y ajoute son signe 
particulier. 

Ida Ou Ali 

La tribu Ida Ou Ali, non seulement dans sa fraction du 
Trarza, mais encore ] dans ses fractions du Tagant et de 
l'Adrar, a fait l'objet d'une étude spéciale. 

On trouvera cette étude dans L'Islam maure. — Les con- 
fréries religieuses de la Mauritanie. 

Ida Ou Al-Hadj 

Les Ida Ou Al-Hadj prétendent être d'origine qoreïchite 
et se rattachant aux Ançar ou Compagnons du Prophète. 
Leur ancêtre légendaire serait des Béni Makhzoum, l'un de 
ces auxiliaires de la première heure de Mahomet. Un de ses 
descendants, Al-Hadj Othman, ayant émigré dans le Sahara 
occidental, mourut à Ouadane clans l'iVdrar. vSes enfants y 



l'émirat des trarzas ., 259 

« 

prospérèrent. C'est d'eux que proviennent les Ida Ou Al- 
Hadj. 

La tribal prit part au grand mouvement d'extension qui, 
vers le milieu du xvn e siècle, emporta les Berbères marabouts 
à la conquête des pays sénégalais. On les voit prêter leur 
concours au chef des troupes zouaïa, Al-Fadel ould Moham- 
med Al-Kouri, pour l'occupation des deux rives du Bas-Sé- 
négal. 

Quelques années plus tard, ils sont encore à ses côtés, 
alors que la guerre de Babbah est déjà engagée et qu'une is- 
sue fâcheuse pour les Marabouts ne peut plus guère faire 
de doutes. Ils sont déjà pourtant en relations de sympathie 
avec les Hassanes, car on les voit, au combat de Sag, près 
Touizikt, essayer d'arracher aux coups d'Al-Fadel, le chef 
des Oulad Khalifa ennemis, Oudeïk, battu et fait prisonnier 
(vers 1665). 

Ils se retirent de la lutte avant la rin et se renferment dans 
une neutralité, sympathique aux Hassanes ; c'est ce qui leur 
vaudra d'être exemptés des dures conditions, imposées, en 
1674, aux Marabouts par les tribus guerrières victorieuses, 
Dès cette époque, les Ida Ou Al-Hadj sont déjà établis sur 
leur territoire actuel, sur la rive gauche du Sénégal. Ils sont 
en relations étroites de commerce et d'amitfé avec les noirs, 
et ceux-ci qui ont donné un nom mélanien à toutes les tribus 
maures, les appellent « Dar mankou » c'est-à-dire « faire 
union ». Les Français, qui apparaissent à cette date, les 
nommeront donc tantôt Ida Ou Al-Hadj ou Oui al iU-Iiadji, 
à la façon maure ; tantôt Darmankour, et même Darmantes, 
à la façon noire. 

Les Ida Ou Al-Hadj sont les premiers d'entre les Maures 
du Trarza qui entament avec les Français la traite des gom- 
mes sur le fleuve. Ce fut vraisemblablement entre 1600 et 
1650. A propos du voyage de La Courbe vers 1685, le Père 
Labat dit en effet que c'est à cet endroit (à l'escale du Désert) 
que « depuis bien des années » on a coutume de venir corn- 



26o REVUE DU MONDE MUSULMAN 

mencer tant avec les noirs qu'avec les Ida Ou Al-Hadj. C'est 
leur nom qui apparaît dans les premières relations des voya- 
geurs français. Dès ce moment, ils viennent, à la date ré- 
gulière de la traite, sur le fleuve, à cet emplacement vaste 
et sablonneux, bien fait pour un marché arabe, qui devait 
prendre le nom caractéristique de « Désert » et qui restera 
pendant près de trois siècles leur escale officielle. Elle se 
trouvait à deux kilomètres de Lawakel, près de Mbagam. 
L'Emir des Trarza n'exerçait aucun droit sur cette escale et 
s'interdisait de se mêler aux opérations de commerce ou de 
police. 

C'est dans la brousse des Biar, complantée de gommiers 
rouges et que les anciens auteurs appellent la « forêt d'El- 
Hiébar » , que les Ida Ou Al-Hadj vont faire la cueillette de 
la gomme. Elle fait partie du domaine propre de la tribu. 

Leur chef portait alors le som de Chams ad-Din. Ce qui 
n'était qu'un nom particulier devait, par l'emploi qu'on en 
fît, l'appellation officielle du Cheikh de la tribu. Comme en 
parlant de lui les Français lui donnaient toujours la dési- 
gnation de Chams des Darmankour les intéressés eux-mê- 
mes, puis tous les Maures, ont fini par accepter le vocable ; 
et le cheikh de la tribu est devenu le Chams des Ida Ou Al- 
Hadj, ou le « chamchi » comme l'ont écrit certains auteurs, 
sur la prononciation des noirs. 

Une traduction locale veut pourtant que le Chams ait dû 
son surnom à son union sympathique et mystérieuse avec le 
soleil. Quand lui ou la tribu avait à se plaindre de quelqu'un, 
il se tournait vers le « soleil » levant et prononçait certaines 
prières cabalistiques, à la suite desquelles l'envoûté mourait 
d'une façon ou de l'autre pendant l'année. Cette puissance 
mystique n'est pas sans avoir impressionné les Hassanes 
qui ont touojurs vécu en assez bons termes avec les Ida Ou 
Al-Hadj. Il faut ajouter d'ailleurs que le Chams rendait à 
l'émir d'importants services. Il a été pendant deux siècles 
son intermédiaire auprès des Français, son conseiller diplo- 



l'émirat des trarzas 261 

matique, et la plupart du temps son agent de renseignements. 

Pour les Français, il jouait aussi quelque peu ce rôle. Il 
était en particulier l'informateur officiel et l'initiateur de 
la traite. Le Père Labat dit : « Chamchy, chef des maures 
marabouts, appelez serin « (id est serigne, qui est le nom 
« ouolof désignant marabout, cheikh) envoya à La Courbe 
u son interprète nommé Mahagne (id est Maham) pour luy 
« donner avis qu'il étoit temps d'envoyer ses barques à la 
<c traite. Ce marabou ne manque jamais à donner cet avis~ 
« aux Directeurs généraux; outre le profit qu'il retire de cette 
« traite, ou ne manque pas de lui faire un présent pour le 
« remercier de son avis. » 

C'était au Chams que revenait le soin de la police de l'es- 
cale, au moins du côté des Maures. A cet effet, il touchait 
une quote-part d'un huitième sur l'ensemble de la gomme 
traitée. Ce huitième lui était évidemment versé sous forme 
de marchandises. De leur côté, les Français lui payaient une 
coutume déterminée par traité et lui faisaient des présents. 
Ces coutumes montaient, à la fin du XVII e siècle, « à la va- 
leur de dix quintaux de gommes environ ». On les lui 
payaient après avoir « déduit le prêt qu'on luy avait fait 
« l'année précédente ». On lui consentait aussitôt après un 
nouveau prêt « à reprendre sur les huitièmes de l'année sui- 
« vante. C'est un usage établi qui le met en état de faire les 
« affaires, pendant qu'on ne traite point et qui le retient 
« dans les intérêts de la compagnie ». Si l'on en croit Labat, 
le Chams n'était pas mieux servi que la Compagnie, car ses 
suivants s'entendaient avec les commis français pour frustrer 
réciproquement leurs maîtres. 

« Dès le premier jour de la traite, Mahagne (id est Ma- 
« ham) maître-langue de Chamchi, vint trouver le sieur 
« Briie, et lui dit que tous ceux qui avaient eu la direction 
« de la traité s'étaient toujours accomodés avec lui, pour 
a frauder les huitièmes que ce chef des Maures prend sur 
a toute la gomme qu'il traite, et qu'ils partageaient avec 



262 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

« lui ce qui aurait dû revenir à son maître, et qu'en recon- 
« naissance de cela, il leur faisait traiter en leur particulier 
« l'Or et l'Ambre gris que les Maures apportaient. C'était 
« justement ce que le Général souhaitait de savoir. Il fei- 
« gnit d'abord de ne pas le croire, et il tira par cette ma» 
« nœuvre les éclaircisements qu'il cherchait sur la conduite 
« de beaucoup d'officiers que la Compagnie avait employés 
« dans ces affaires. Mais quand il eut tiré de ce Ministre 
« infidèle le détail de toutes ces malversations, il lui fit une 
« sévère réprimande de sa trahison ; et le menaça d'en aver- 
« tir Chamchi, à moins qu'il ne lui promit et lui jura tout 
« ce qu'il voulut ; et le sieur Brùe, content d'avoir tiré de 
« lui les éclaircissement qu'il voulait avoir, lui promit un 
« présent raisonnable, outre les droits qu'on lui payait ordi» 
« nairement ». 

Au xviif siècle, les relations commerciales des Français 
et des Ida Ou Al-Hadj se maintiennent excellentes. Dans la 
perpétuelle agitation intestine, qui divine guerriers et mara- 
bouts du Trarza et du Brakna, ils arrivent à se tenir presque 
à l'écart des troubles. Oolbery fait remarquer (1760-1780 en- 
viron) qu'ils se sont à cette date rapprochés des Brakna et 
vivent en quelque sorte dans leur orbite, reconnaissant 
M'hammed ould Mokhtar, l'Emir des Brakna, comme chef 
général de la nation. Ils ne subissent même pas la loi géné- 
rale des migrations maures, et Lajaille les trouve, quelques 
années plus tard, en 1784, où La Courbe et André Brûe 
les avaient vus, un siècle plus tôt, et où ils campent encore 
aujourd'hui. L'escale commerciale du Désert les a fixés dans 
ces parages, sans qu'ils s'en doutent. <( La tribu Aulad EL 
« Hagi, dit Lajaille, possède les terres à l'est et au stid-est 
« des Trarza. La forêt de Lebiar en dépend... Leurs forces 
« consistent principalement dans leur cavalerie ». 

Les Ida Ou Al-Hadj se fractionnent ainsi à l'heure ac- 
tuelle : 



l'émirat des trarzas 263 



Ida Ou Al Hadj : 
Oulad Mokhtar : 

Ahel Baba Chems 21 tentés 

Àhél Hamdi • . . 63 — 

Ahél Baba Al-Hadj 15 — 

Ahel Habib Allah aéû Maham ._. 15 — 

Ahel Baba Amar ......... . . 10 — 

Oulad Maham 5 — 

Ahel Mohammed Hossein 6 — 

Ahel Atjfagha Mohammedden Fa] 4 — 

Ahel Abd Allah ould Sidi Ahmed. 12 — 
Ahél Atjfagha Aoubak : 

Ahel Atjfagha Aoubak 42 — 

Ahel Baba Bambey Maham 12 — 

Ahel Ahmed Ai-Habib . . ,3 — 

Boudder 19 — 

Tafrella 9 — 

Ahel Qeïs 14 — 

Ahel Lakhouat 7 — 

Oulad Bou Khiaf (Id ar Madiek) ..... 18 — 
Koumleïlen du Tra.:zà : 

Ahel Louli 8 — 

Ahel Ndeïria 18 — 

Ils accusaient au recensement de 1913 une population de 
316 tentes, 482 hommes, 526 femmes, 675 enfants et 251 
serviteurs-captifs. 

-X- 

* -* 

Les deux campements Ahel Baba Chams et Âhel îîàmdi 
sont de beaucoup les plus importants de la tribu, le premier, 
parce qu'il ,a fourni presque constamment le Chams, le 
deuxième, parce qu'il est le centre religieux de la tribu. 

Les trois tentes Ahel Ahmed Ai-Habib, de la fraction 
Ahel Atjfagha Aoubak, ne sont pas de pure origine hadjïa. 
Ce sont des Tiab. 

Lés Boudder et lis Trâfella sont aussi des guerriers re- 
pentis. Ils sont d'origine Ahel Abella. 



264 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Les Ahel Qeïs sont, d'après la tradition, d'origine bafour, 
c'est-à-dire descendants des premiers habitants de la basse 
Mauritanie. 

Les Koumleïlen n'ont que la mineure partie de leurs cam- 
pements sur la rive maure. Ces deux fractions ont pour 
cheikhs : Les Ahel Louli Mohammed Abdallah ould Rih'; 
les Ahel Ndeïria, Ahmeddin ould Lamin. 



Les personnages les plus considérables des Ahel Baba 
Chams sont : 

M'hammed ould Salek ould Abd Allah ould Mokhtar, né 
vers 1870. Il est allié par sa mère, Fatma ment Ahmed ould 
Mohammedden ould Hamdi, au campement Ahel Hamdi. Il 
porte le surnom de Salek ould Chems, car son père a été long- 
temps le Chems de la tribu. Les Ida Ou Al-Hadj, conduits 
par le Cheikh, se rallièrent dès la première heure à l'auto- 
rité française ; M'hammed fut donc nommé chef supérieur 
d'un des grands commandements maraboutiques, créés^ alors; 
le sien comprenait les Ida Ou Al-Hadj, les Tachedbit et les 
campements chorfa. En 1909, chacune de ces tribus, ayant 
reçu son autonomie, M'hammed reprit sa liberté. De 1908 
à 19 10, il a été chargé de la perception des droits d'extrac- 
tion du sel, mais résilia encore ces fonctions en 1910, quand 
le produit des salines eut été attribué à l'Emir. M'hammed 
est un homme intelligent et plein d'initiative qui utilise ses 
loisirs actuels dans des travaux agricoles d'hivernage, et no- 
tamment dans des essais de culture d'arachides. 

Mokhtar ould Mohammedden Kherabat (déformation de 
Merabet) ould Ahmed Miloud ould Mokhtar, né vers 1865. 
Mohammedden Kherabat son père a été Chems des Ida Ou 
Al-Hadj, à la mort de Salek ould Abd Allah. Son fils ne lui 
a succédé que comme chef de la fraction Oulad Mokhtar 



/ 



l'émirat des trarzas 265 

(1909). Présenté à l'élection de ses pairs en 1910, sa can- 
didature a soulevé une vive opposition de la part de nombre 
de tentes. 

x\hmed ould Mohammedden Fal ould Abd Allah ould 
Mokhtar, né vers 1870, connu dans la haute Mauritanie 
sous le nom de Cheikh Ahmed ould Chems. Après avoir 
fait ses premières études dans sa tribu puis chez les Ida Eï- 
qoub, Ahmed se rendit vers 1895 chez Ma el-Aïnin, où 
il compléta son instruction. Il reçut Touerd de ce Cheikh et 
vers 1898, se rendit à la Zaouïa Aïninia à Fez, où il professa 
un cours. Revenu au campement des Tindala, chez les Ida 
Ou Al-Hadj ,vers 1900, il y séjourna un an à peine, et dès 
Tentrée en scène de Coppolani, il retourna à Smara, pour en 
repartir peu après pour Fez où il représenta plusieurs années 
le Cheikh Ma el-Aïnin auprès du Makhzen d'Abd Al-Aziz, 
Ahmed est un savant réputé. 

* 
* # 

Les Ahel Hamdi sont le campement religieux, directeur 
spirituel de la tribu. Le représentant actuel est Ahmed ould 
Raba, né vers 1886. 

Schéma généalogique. 
Taleb Ajouad, le Dîmani 

Mokhtar Mahjoub 

Hamdi 



Mokhtar Baba Mohammedden 



Baba Ahmed Abd Allah 'Mokhtar 



Mokhtar Ahmed 1. Mokhtar Mohand Moham^ 

f 19 10 2. Baba Baba Baba 

3. Abd Allah 



266 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Taleb Ajouad, l'ancêtre, était originaire des Onlad Dî- 
man. 

Ce fut son fils Mokhtar Mahjoub qui, le premier, vint 
s'établir chez les Ida Ou Al-Hadj et s'y maria. 

Son fils Hamdi fut un des savants les plus réputés et un 
des marabouts les plus considérés de son temps (fin du xvnr 9 
siècle). C'est lui qui par ses nombreux voyages en pays noir 
et maure a fondé ce groupement religieux des Ida Ou Al- 
Hadj et l'a fait ra}^onner jusque dans le Fouta etle Oualo. 
Il mourut vers 1S02, et a été enterré à Tindala. Il avait 
épousé la fille du Chems Salek ould Abd Allah. 

De ces trois fils, Mokhtar Baba et Mohammedden, ce fut 
ce dernier, le cadet, qui hérita de la baraka paternelle. Il 
la transmit à son fils aîné Baba, le grand nom des Ida Ou Al- 
Hadj au XIX e siècle. 

Baba ould Mohammedden a recruté des disciples dans tou- 
tes les tribus maraboutiques du Trarza et dans tous les vil- 
lages ouolofs du Bas-Sénégal jusque et y compris le Cayor. 
Ce fut Un saint, mais ce fttt surtout un savant, doué au sur- 
plus d'une mémoire prodigieuse. Il a composé Une trentaine 
d'ouvrages divers, touchant à la mystique, ail droit, à là 
théologie et à la pédagogie. Les plus importants, encore usi- 
tés dans beaucoup d'écoles maraboutiques des pays maures 
sont : 

Un commentaire sur YAlfiyah d'Ibri Malik, malheureuse- 
ment inachevé et qui a pour titre : « 1/ ouverture par le Ma- 
lik (Dieu) de YAlfiyah d'Ibn Malik » ;■ 

Un poème théologique, nommé « L'échelle de l'enfant ». 

Un poème sur les cycles des grammairiens ; 

Un poème sur la science de l'orthographe ; 

Des manuels courants de prières pour toutes les circons- 
tances de la vie, etc. 

Son biographe dit de lui « qu'il courait en avant de la 
« poussière que sa marche soulevait. » 

Il est mort en décembre 1898, après avoir été utilisé comme 



l'émirat DES TRARZAS 2ÔJ 

conseiller islamique par les émirs du Tfarza et comme agent 
conciliateur par les gouverneurs du Sénégal. Il fut notam- 
ment d'un grand secours pour le règlement des incidents 
de 1S94, lors de l'assassinat de l'administrateur de t)agana 
par Un prince maure. 

Baba ould MohammeddeU (plus connu sous le nom de Baba 
onld Planidi) paraît avoir Utilisé tous les ouifd. Il se ratta- 
chait par son cousin Mohand Baba au tidianisrtïe du Cheikh 
Mohammed et Hafedh, des Ida Ou AH, l'importateur de la 
voie en Mauritanie. Il savait d'autre part reçu de son père 
l'ouird Chadeii. cuti était en quelque sorte leur propriété fa- 
miliale. C'était en effet Hamdï, l'ancêtre, qui l'avait intro- 
duit chez les Ida Où Al-Hadj, et depuis ce temps c'était dans 
leur tente qu'on venait le chercher. Hamdi se rattachait par 
son maître Ahmed Ll-Hadj, des Tamegla, à la célèbre ztaouïa 
Chadelia de Deraat, dans le Sud marocain. 

Baba laissa plusieurs fils. L'aîné, Mokhtar, marchait sur 
les tracés de son père, mais une mort prématurée en 1910 a 
interrompu sa carrière. Ahmed, héritier de la baraka, né 
paraît pas vouloir jouer au marabout, jeune, intelligent, ac- 
tif, mais relativement peu lettré, il a été nommé en 1910, 
Cheikh des Ida Ou Al-Hadj. A défaut du prestige religieux, 
il retient autour de lui par des avantages matériels la clien- 
tèle familiale. Il parle quelque peu le français. 

Ces Chadelia de la génération précédente évoluent à l'heure 
actuelle vers le qadérisme. 



Le fleuve Sénégal n'a jamais été une séparation pour les 
Maures comme pour les Noirs. Les Ida Où Al-Hadj, rive- 
rains de droite, dans la vallée inférieure, n'ont pas hésité à 
îa traverser et à se répandre sur îa rive gauche. 

Beaucoup de ces campements ou individualités maures se 
sont fondues dans la masse ouolofe. C'est ainsi qu'il est ad- 



268 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

mis sans contestation que les clans ouolofs de Darmankour, 
du Diolof et du Cayor sont d'origine maure — Ida Ou Al- 
Hadj. Leurs principaux kçour sont : Ouasane, keur Bâti, 
Mqalil, Khadié, dans ces deux provinces. Ils ont toujours 
été renommés dans le monde noir comme des Marabouts et 
des lettrés. Il est de fait que leur instruction est généralement 
plus développée que celle de leurs compatriotes ouolofs. 

Le chef de Khadié, près Kébémer, qui en est aussi l'imam 
Sidi Mahmoudou ould Falibé, cultivateur, né vers r86o, fait 
bonne figure de lettré pour un noir. Son instruction islami- 
que témoigne en faveur de ses origines. Une autre personna- 
lité intéressante est Baba Diakhompa, qui était le chapelain 
et le conseiller islamique des derniers damel du Cayor. Après 
avoir été quelque temps cadi de Tivaouane à notre service, il 
est rentré dans le rang. Il fait aujourd'hui le cultivateur et 
le marabout mouride. C'est un bon lettré, s'exprimant assez 
facilement en arabe littéraire. 

Ces clans de Ouolofs ont conservé avec leur tribu maure 
originelle d'excellentes relations, et plusieurs chefs et nota- 
bles envoient leurs enfants faire quelque temps d'étude cora- 
nique ou supérieure aux campements de leurs cousins blancs 
de Mauritanie. 



Plusieurs campements Ida Ou Al-Hadj, surtout des Koum- 
leïlen, ne se sont pas écartés du fleuve. Pouvant se retremper 
dans le monde maure, ils ont su garder leur personnalité 
blanche. On les trouve dispersés dans le Oualo. 

Quelques tentes Oulad Mokhtar et Id Atjfagha Aoubak, 
mais surtout les Koumleïlen, dont la majeure partie est ins- 
tallée sur la rive sénégalaise, habitent le cercle de Dagana, 
canton de Ross-Mérinaghen, depuis Ronk jusqu'à Tiguète. 
Ils sont encadrés au nord et à l'ouest par le fleuve Sénégal, 
au sud par le marigot de Goroum ; à Test par le marigot de 
Kassak. 



L 'MIRAT DES TRARZAS 269 

Ils y séjournent pen< ^nt toute la saison sèche, c'est-à-dire 
d'octobre à juillet, Dès que les tornades arrivent et que le 
pays est inondé par la crue, ils remontent vers la Mauritanie 
pour fuir l' humidité et les moustiques. 

Le fractionnement des Koumleïlen du Sénégal s'établit 
ainsi : » f 

Koumleïlen : 

Il Atjlagha. 
Diaïdiam, 
Ahel Ndeïrïa, 
Ahel Agd Aoubak, 
Ahel Louli. 

Ils forment un total de 300 tentes environ, Au Sénégal, ils 
boivent au fleuve, dans les marigots ou à leurs puits. En 
Mauritanie, ils n'ont pas de puits d'eau, et boivent aux puits 
des Ida Ou Al-Hadj et des Tendgha. Ils sont pasteurs et 
quelque peu cultivateurs. Ils font notamment un peu de gros 
mil sur les terrains d'alluvion de la rive droite, Leur fortune 
consiste en bœufs, moutons et chèvres, ainsi qu'en trou- 
peaux de chameaux, ceux-ci moins nombreux. Ils font du 
commerce dans les escales, et le transport des marchandises 
en convois libres, de Louga à Dagana ou en Mauritanie, 

Ils parlent tous la langue ouolofe et vivent en très bons 
termes avec leurs voisins noirs. 

Le personnage religieux le plus important de ce groupe- 
ment est le Cheikh Mostaïn ben Talhata, né vers 1855. C'est 
un homme fort lettré, dont la vie austère, la simplicité de 
vêtement, la frugalité ont consacré la réputation de sainteté. 

Il a reçu l'ouerd qadri du Cheikh Dïa ou Din, des Tend- 
gha, qui le tenait du Cheikh Ahmed ould Mokhtar ould 
Zouin, des Ahel Babouïa (Assaba). Cet Ahmed était un des 
principaux disciples de Cheikh Sidïa Al-Kabir. Il l'assista 
longtemps et dirigea une opération géométrique dont le sou- 
venir est resté attaché à son nom : la mesure de la distance 



270 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

entre Bou Tilimit et Tamerezguid. Cette distance fut cons- 
tatée en mesure arabes classiques : fersekh, barid et dra. 
Elle servit désormais d'unité de longueur pour les étapes en 
pays maure ? ce qui permit aux personnes pieuses de faire 
leurs prières, selon les rites, 

Mostaïn s'est fait renouveler l'ouârd par Cheikli Sidia 
Baba. 

Sans avoir été le disciple du Cheikh Baba ould Hanidi, 
des Ida Ou Al-Hadj il a toujours professé à son égard de 
grands sentiments de vénération. 

Son influence dépasse les campements Koumleïlen du Ross- 
Mérinaghen. Il a des disciples dans plusieurs escales de la 
voie ferrée. Il les visite d'ailleurs quelquefois. Les princi- 
paux sont : 

A Thiès, Mostaf Fal, maure Larlal, commerçant et cul- 
tivateur. 

A Dakar, Ma Pata Bèye, Lébou, qui possède deux maisons 
de traite à Joal et N'Gasobil, où il réside ordinairement» 

L'influence des Ida Ou Al-Hadj s'exerce sur les peuples 
noirs ouolofs des deux rives du fleuve. 

Dans le Chamama, canton de Keur Mour, le village de 
Garak relève partiellement de leur obédience. C'est à Baba 
ould Hamdi qu'elle est due et c'est pourquoi ils se .réclament 
tous de l'ouird chadeli. 

Les personnages notoires sont Dam Yar Fal, fils de Bouna 
Fal, né vers 1870, imam de la mosquée de Garak, et son 
frère Saïer Fatim Fal, né vers 1872. Ils out fait leurs études 
chez un marabout de renom, Ouolof de Garak, Amar Fal ould 
Massamba ould Mokhtar, qui était disciple de Baba ould 
Hamdi ; Ma Fal fils de N'Doumba Fal, élève et disciple de 
Baba ould Hamdi ; il a des talibés dans les villages du fleuve- 
Ronq, Brenn et Diek ; Bara M'Bati Fal, fils de Ndérj Passa 



l'Émirat des îrarzas 271 

Fal, né vers 1870, disciple d'Abd Allah ould Mohainmedden 
ould Mokhtar lima, des Ida Ou Al-Hadj. Il a fait ses études 
chez Mohammed ould Mohammedden ould Bibilou. Il voyage 
beaucoup au sud du fleuve. Sidi Guèye,.nls de Mokhtar Bra- 
him, né vers 1870, élève et disciple du cheikh Baba ould 
Hamdi. 

Sur la rive sénégalaise l'influence de Baba ould Hamdi, 
qui fut très grande dans le dernier quart du siècle dernier, 
a à peu près disparu aujourd'hui avec ses fils. On cite en- 
core quelques notables âgés, maîtres d'école, qui se réclament 
de son ouird. Les plus importants sont : Dans le cercle de 
Dagana, à Yati Yane, Bara Fal, né vers 1845, et Ba Bakar 
Diaw, né vers 186 1, se prétendant tous deux Chadelia. 



Les Ida Ou Al-Hadj cultivent à Ndieden. Ils pâturent et 
boivent à Loumeïlat, Tin Dahla, Al-Orch, Tin Barkat, Bou 
.Tellis, Bou Zobra, Hassi Meï, Lemgaïrinat, entre Méder- 
dra et l'Océan. Leurs puisards sont : Loutil et Bou Azam, 

Les marques de leurs troupeaux sont ) 1 \^ 

Les Koumleïlen habitent la région de O uni Ach Chib à 
Meriou, les terrains inondés en face de Rehouma, et de là 

jusqu'à Nouakchot. Leur marque est le laai-alif ^ , qu'ils 
apposent sur la cuisse droite des troupeaux, 



.TachKdbit 

Dans la légende des origines arabes des tribus maures, 
les Tachedbit s'attribuent une souche himyarite, et se don- 
nent pouf ancêtre un des compagnons du Prophète, de la 
fraction Aous. Ils seraient donc de ce côté les cousins des 



272 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tribus Tendgha, Tadjakant, du pays Trarza, Ida Ou Aïch 
du Tagant-Assaba. 

Les Tachedbit formaient déjà une tribu constituée, lors 
de la naissance du mouvement almoranide. La tradition leur 
assigne une place dans la méhalla d' Abou Bekr ben Omar, qui 
vint conquérir le Sahara méridional. 

Ils s'établirent à ce moment dans le Tiris, puis descen- 
dirent peu à peu vers le sud. 

Vers la fin du xvi e siècle et le commencement du XVII e siè- 
cle, on trouve les Tachedbit puissants, et groupant autour de 
leur chef In dag Saad la plupart des tribus maraboutiques 
de Mauritanie. Ce sont eux qui dirigent la résistance contre 
les razzias de Sid Brahim l'Aroussi, et par leurs pratiques 
de magie font reculer à plusieurs reprises ce chef de Hassa- 
nes. 

Le nom de Tachedbit remonterait à In dag Saad ; d'où il 
suit, si cette tradition est vraie, que la tribu portait antérieu- 
rement un nom qui n'est plus connu. Elle avait dû d'ailleurs 
se fondre avec le temps, puisque c'est un In dag Saad qui la 
rénova et lui rendit son ancienne propriété. 

Le Cheikh de la tribu a fourni une note, dont voici la tra- 
duction : 

« L'origine de ce mot remonte à In dag Saad, homme 
« vertueux, compté parmi les saints de Dieu. Son père, pieux 
« pèlerin sur la terre passa un jour chez les Chorfa Glagna 
« (Hodh). Ceux-ci le marièrent à une de leurs filles, et elle 
« lui donna un enfant : In dag Saad. Celui-ci s'établit par 
« la suite à Ouadane avec ses Télamides. 

« La sécheresse s'abattit sur le pays et l'eau devint sa- 
« lée (i). Les gens dirent au marabout : « Ou il va pleuvoir, 



(1) Ce phénomène se reproduit dans le Haut-Sahara maure, lès années 
où la sécheresse sévit. L'eau des sources et puisards devient de plus 
en plus salée, à mesure qu'elle diminue. Elle finit par devenir impo- 
table. 



l'émirat des trarzas ; 273 

« ou tu pars avec nous. » Eu tendant ces plaintes il leur dit : 
« Faites vos bagages ; après la prière de la mi-journée, nous 
« quitterons ces lieux ». Ainsi fut fait. Quand la prière 
« du dohor fut achevée, il décampa et partit accompagné de 
a trente individus et partit pour le Guénar, c'est-à-dire le 
c pays des Maures du fleuve. 

« C'est pour cela qu'ils furent nommés Tasedbit, puis 
« Tachedbit, (id est, qui marchent le soir). 

« Parmi les compagnons du marabout se trouvaient lîam- 
« dan, ancêtre des Ahel Haïmedda et Othman, ancêtre des 
« Arala (ou Iralenj. 

« In dag Saad- eut cinq fils : Al-Mokhtar, Al-Am, Maham, 
Mostaf et Ahmed, * 

« Hamdan, ancêtre des Ahel Haïmedda, avait pour frère 
Tàleb Mostaf ». 

Telles sont en effet les origines des six actuelles fractions 
qui composent la tribu Tachedbit. 

Oulad Mokhtar 38 tentes 

Oulad Al-Am 29 — 

Oulad Maham 80 — 

Oulad Mostaf 24 — i 

Oulad Ahmed 41 — 

Larlal 76 — 

Les cinq premières sont issues des cinq fils d'In dag Saad, 
leurs ancêtres éponymes. La dernière, les Larlal, descendant 
de Hamdan et de Taleb Mostaf, les deux chorfa, compagnons 
d'In dag Saad. Ils avaient pour ascendance Aboubak, fils 
d'Abd Allah, fils d'Ahmed, fils de Mohammed, fils de Yen- 
nada, chérif hassani. Leurs femmes furent des filles de la 
tribu Larlal ; c'est pourquoi on donna ce nom à la fraction 
qui se formait à côté des campements des fils d'In dag Saad. 
Aujourd'hui elles font toutes corps, pour former la tribu 
Tachedbit. 

Quoique Lemtouna d'origine et parents des tribus zouaïa, 

XXX VT. 18 



274 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

les Tachedbit ne firent pas cause commune avec elles, lors 
de la guerre de Babbah, au xvn e siècle. Ce fut même d'un 
geste du chef des Tachedbit que surgit, sfnon la cause, au 
moins l'occasion de cette grande lutte. Sur les conseils de 
ce cheikh, Babbah, son zenagui, refusa de payer la zakat 
au percepteur de l'imam Nacer ad-Din. Comme ce percep- 
teur, Sid Ai-Hassan tentait de recourir à la contrainte, le 
chef des Tachedbit fit appel à l'Emir des Trarza, Haddi, 
fils d'Ahmed ben Daman. Celui-ci se jeta sur les agents du 
cadi percepteur, les mit en fuite et captura le produit. La 
guerre entre l'imamat berbère et l'émirat arabe était com- 
mencée (vers 1644). 

N'ayant pas été mêlés aux luttes qui se continuèrent entre 
Haâsanes et Zouaïa jusqu'en 1674, les Tachedbit ne parta- 
gèrent pas le sort des Marabouts vaincus. Avec le temps tou- 
tefois, ils ont été soumis à la condition générale des Zouaïa 
et en dernier lieu, rien ne les distinguait d'eux. 



La tribu compte 288 tentes, 452 hommes, 555 femmes, ygô 
enfants et 133 serviteurs . 

Bile a pour Cheikh, depuis 1909, Mokhtar ould Maham 
Beïdi, né vers 1875, de la sous-fraction Oulad Ahmed et 
pour marabout en titre Mohammed ould Mokhtar ould Haï- 
medda, de la sous-fraction Oulad Maham, né vers 1850, qui 
en est aussi le cadi depuis 191 1. Ces deux personnages, ainsi 
qu'un certain nombre de Tachedbit, sont inféodés à l'obé- 
dience tidianïa des Ida Ou Ali. 

* 

Les Tachedbit boivent aux puits d'eau de Hamra El-Ma, 
Chagenda, Himer Timezguida ; dans les puisards des dé- 
pressions (Dekhel) de Digueïna et Nacra, aux puits de Tech- 



l'émirat des ïrarzas 275 

taïa, Kermaïa, Ferraïa, Hassi Raougha, Kra El-Haddad, 
Touraten, Agaddaï Ndiourmeïl, Gaçaa, Khouara, Hosseï Ba- 
rab Nakla, Khennou, Aferchïa, Sgarit, Hosseï Delim. 
Grands cultiavteurs, ils cultivent autour de ces points d'eau. 

En saison sèche, ils remontent avec leurs troupeaux vers 
Al-Aouinat, Arenjeïlit, le Tafouelli et 1'Agneïtir. 

Ils ont des troupeaux variés et florissants. Leur marque 



est le « hat maasri » ou hat renversé, à savoir 



Medlich 



ï7 



Les Medlich, dans la tradition de leurs prétendues origines 
arabes, assurent descendre d'Abd Allah ben Omar ben Abd 
El-Aziz, des Béni Ommïa. 

Beaucoup plus vraisemblablement, ils ajoutent que leurs 
ancêtres faisaient partie de l'invasion berbère d'Abou Bekr 
ben Omar (xi 6 siècle). Le Chiam ez^Zouaïa confirme cette 
tradition ; suivant son récit, on les trouvait vers le xm é siècle 
dans le Haut-Trarza, alors connus sous le nom de Medjlis, 
de même qu'aujourd'hui on écrit encore quelquefois leur 
nom à l'ancienne mode : Medjlis. Jouant sur ce mot qui si* 
gnifie en arabe : cercle, assemblée, on les appelait les Med- 
jlis Al-Alm, id est « le cercle d'études » ou « les Medlich 
de science ». 

Par l'accueil hospitalier qu'ils firent aux immigrations 
ultérieures, notamment à celles des Tachomcha, les Medlich 
contribuèrent à renforcer l'élément berbère de Mauritanie. 
Ils étaient déjà soumis aux règles de transhumance qui ré- 
gissent la vie maure, et se rassemblaient à la saison sèche, 
autour des puits, pour se disperser dans la brousse, quand 
les pâturages reverdissent et que les mares s'emplissent. 



276 REVUE DU MONDE MUSULiVLV 

Les Medlich se fractionnent ainsi : 
Ida Ou Amar : 

Id ab Youbak 10 tentes 

Ahel Bou Mijen 15 — 

Idl ag Fagha 26 — 

Ahel Fagha Yahïa 11 — 

LASSABA : 

Ida Oujan 38 — 

Ahel Abou Gadchalla 13 — 

Ahel Hadj 11 — 

Ahel Taleb Amar 13 — 

Ahel Ahmedden Maham : 

Ahel Bou Ahmed 36 — 

Ahel Abeïdi 7 — 

Ahel Amar Maham . . 8 — 

Soit un total de 188 tentes, et une population de 333 hom- 
mes, 360 femmes, 463 enfants et une centaine de serviteurs. 

Le Cheikh de la tribu est Mohammed ould Haoum Allah. 
Le personnage le pus en vue est le cadi de la tribu, Chérif 
ould Sidi Ahmed ould Cebbar, né vers 1875, qui se prétend 
chérif par sa mère, Ment Mohammed Mahmoud ould Sidi 
Mohammed Chérif, et sa grand'mère, Miriam ment Sidi 
Mohammed. Il a fait ses études chez les Ahel Mohammed 
Salem, l'université juridique nomade de l'Adrar. Il était 
cadi de l'Emir Ahmed Saloum II ould Àli, avant de l'être 
au nom des Français. 



Les Medlich boivent aux puits de Yara, Tin Mara, Ndag 
Biré, Maazel, Tel Barkat, Bou Jaïba, Timsïa, Lereïcha, 
Alfilat, Tin Gueïdia, Nimjar, Hosseïn ould Diobba. 

Ils ont peu de chameaux, mais beaucoup de troupeaux de 



L EMIRAT DES TRARZAS 277 

bœufs et de petit bétail. Leur marque est le lam alif, avec 
contremarques par dessous ~~ — 






Oulad Atjafagha Habib Allah 

L'origine des Oulad-Atjafagha Habib Allah est confuse. 
Leur ancêtre, le faqih Habib Allah, descendrait d'un certain 
Id agh Ghouza qui était le cousin des Id ag Fodié (Tendgha) . 
Mais une autre tradition leur attribue une origine Tachom- 
cha. 

Ils se fractionnent en : 

Id Achehadien, 
Id Ahmed Diédié, 
Ahel Saïd, 
Ahel Khiar. 

L'Administration les a fondus en deux sous-fractions : 

Ahel Saïd 92 tentes 

Ahel Khiar 32 — 

Lors de la constitution des grands commandements mara- 
boutiques du Trarza, la fraction Habib Allah fut laissée in- 
dépendante sous le commandement de son chef Sidna Al- 
Mbarek, qui s'employa à faire descendre la majeure partie 
des tentes encore en dissidence dans le nord. Elle a depuis 
conservé son autonomie. 

Son chef est Mokhtar ould Sidi, vieillard centenaire. Le 
cadi de la tribu est son fils Mohammed. . 

Les Id Atjfagha Habib Allah campent au nord de l'Iguidi, 
au milieu des Ahel Barik Allah et des Id E'iqoub. Ils boivent 
aux puits de Tin Yera, Agoumart, Aïrech, Aouleïgat. Ils 
comprennent 124 tentes, 134 hommes, 165 femmes, 160 en- 
fants et 60 captifs. 



37$ REVUE DU MONDE MUSULMAN 



Ils possèdent des troupeaux de bœufs et de petit bétail. 
mr'marque est le lam-alif contremarque d'une barre à 



Leur marque 
droite, soit j£ 1 



Oulad Ba Zeïd 



Les.Oulad Ba Zeïd ont pour ancêtre éponyme Ba Zeïd, 
fils de Bou Drïa, fils d'Abd En-Nebi fils d'Ahmed Serïer, 
fils d'Ali et d'Azzouna. Ali était fils ou descendant de Ter- 
roux, ce qui donne donc à la fraction une origine Trarza. 
Ils ont les cousins des Telabine, puisque l'ancêtre de ceux-ci, 
Beniouk, était fils aussi d'Ahmed Serïer. 

Schéma généalogique. 
Terrouz 

Ali (époux d'Azzouna) 

Ahmed Serïer 

/ ' r i > 

Abd En-Nebi Beniouk 

Bou Drïa Moussa 

Ba Zeïd, Ali Briba 

ancêtre des | 

Oulad Ba Zeïd Taleb, 

ancêtre des 
Telabine 

Leur ancêtre Abd En-Nebi, fils d'Ahmed Serïer, avait 
laissé de nombreux fils, qui firent souche, et il y eut bientôt 
une tribu Ahel Abd En-Nebi ; mais les luttes intestines les 
décimèrent à un tel point que bientôt il ne resta plus que 
Ba Zeïd. Celui-ci se fit marabout pour échapper à la mort. 
Il y a plus de deux siècles que l'événement s'est passé. Aussi 
les Oulad »Ba Zeïd sont-ils considérés comme de francs et 
pieux Zouaïa. 



L EMIRAT DES TRARZA8 279 

Ils se fractionnent en quatre campements : 

Ahel Adeïja, Ahel Mohammed Mokhtar, Ahel Beïlla^ 
Ahel Hobbeïl, et comprennent 56 tentes, 84 hommes, 113 
femmes, 179 enfants et 40 serviteurs. Leur Cheikh est Ah- 
med ould Abid. 

Ils campent sur le territoire des Oulad Dîman, à Méder- 
dra même. 

Ils possèdent des troupeaux de bœufs et de petit bétail 
qu'ils marquent du feu des Oulad -Dîman. 

Telabine 

Les Telabine sont cousins des Oulad Ba Zeïd (Cf. le ta- 
bleau généalogique, supra). Ils descendent de Taleb fils d'Ali 
Beïba, fils de Moussa, fils de Beniouk, fils d'Ahmed Sérier, 
fils d'Ali, époux d' Azzouna et fils de Terrouz. Ils sont donc 
d'origine trarza. Leur retour à Dieu remonte au XVII e siècle 
environ, époque où Taleb, las de la vie de guerrier, se fit 
marabout. 

Un certain nombre de tentes Azzouna (Oulad Rizg) sont 
venues se fondre chez eux, ce qui a porté atteinte à leur ré- 
putation de tolba. Aussi le poète dimani, Ahmel Al-Aqel, 
a-t-il pu chanter : ' 

« Combien mauvais est It chemin qui conduit chez la plus 
mauvaise des tribus, à savoir les campements Telabine. 

a On ne trouve nul bien dans le pays où on les voit. Pour- 
quoi? parce qu'ils ont pour origine la lie des Azzouna ». 

Ils se fractionnent en Ahel Ali Beïba et Ahel Sembali, 



28o REVUE DU MONDE MUSULMAN 

comprennent 49 tentes, 75 hommes, 86 femmes, 89 enfants et 
30 serviteurs. Rattachés d'abord aux Tachomcha avec Sidi 
Mohammed ould Cheikh Sliman, comme cheikh, lors de la 
constitution des grands commandements maraboutiques dans 
le Trarza (1906-1909), ils ont, depuis cette époque, été cons- 
titués en fraction autonome, sous le commandement du 
Cheikh Ahmed ould En-Nah ould Hommeïda ould Semlal. 

, Ils campent sur le territoire des Oulad Dîman, à qui ils 
.ont emprunté leurs troupeaux de bœufs et de petit bétail. 

Ntaba 

Les Ntaba comprennent deux fractions, les Ntaba La- 
bïod (blancs) et les Ntaba Lkohol (noirs), et se subdivisent 
ainsi : 

Ntaba blancs : 
Ahel AI Jar, 

Ahel Aoubak (Ahel Atjfagha), 
Oulad Mahand. 

Ntaba noirs : 
Ahel Ndiak, 
Ahel Moumeni, 
Aheî Darek. 

Les Ntaba blancs accusent une population de 36 tentes, 
88 hommes, 85 femmes, 92 enfants, 4 serviteurs ; les Ntaba 
noirs, une poulation de 46 tentes, 10 1 hommes, 108 femmes, 
107 enfants, 14 captifs. 

Lors de la constitution des grands commandements mara- 
boutiques du Trarza, les Ntaba furent groupés avec les Tend- 
gha sous l'autorité de Sidi Bonïa,fils de Saad Bouh. En 1909, 
ils recouvrèrent leur autonomie et ont aujourd'hui pour 
cheikh commun des deux sous-fractions (blancs et noirs), 
Mohammed ould Dieba. Le saint et savant de la tribu est 
son frère Ai-Habib ould Dieba. 



l'émirat des trarzas 281 



Aucune différence de teint ne sépare les Ntaba blancs de 
leurs frères noirs. La tradition explique ainsi cette double 
dénomination. 

L'ancêtre épbnyme, Ntaba, appartenait à la tribu des Ou- 
lad Nacer (Hodh), fraction des Anatra ou fils d'Antar. Il 
arriva un jour dans le pays Trarza avec un individu de 
peau noire, qu'il présenta comme son frère, et en qui d'ail- 
leurs beaucoup ne voulurent voir que son captif. Ils se ma- 
rièrent dans le pa} r s et y prospérèrent.- Ce sont les deux an- 
cêtres des deux fractions Ntaba. 



-X- 



Les Ntaba n'ont pas de puits et puisards personnels, ni de 
terrains de parcours propres. Ils vivent et boivent avec les 
Tendgha. 

Les puits d'eau que fréquentent les Ntaba blancs sont : 
Tin Djemaren, Baguend, Agammoun, Tin Maten, Leddaïat, 
Semsïat, Bel Maared ; ils nomadisent dans l'Aftout Sahell, 
de Ziré à la hauteur de Khroufa. 

Les Ntaba noirs campent dans le Khechouma et le Ticha- 
laten, région du Chamama. 






Les Ntaba ont des^troupeaux de chameaux, de bœufs et 
de petit bétail. Leur marque commune avec les Medlich est 

le lam-alif /\ avec simple ou double contre-marque à 

droite ou à gauche IjÇ lyS jS 2S" I1s l'apposent 

sur la cuisse droite de la bête, 



282 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

TlAB IvOUBBEÏDAT 

Les Tiab" Loubbeïdat, ou Loubbeïdat guerriers, mués en 
marabouts, se subdivisent en 

Ahel Taleb Ahmed 29 tentes 

Ahel Mohammed ould Ali 39 — 

Ahed Sidi ould Ahmed 14 — 

Ahel Hadj oiild Ahmed 17 — 

soit un total de 99 tentes, 123 hommes, 143 femmes, 151 en- 
fants, 30 captifs. 

Ils vivent sur le territoire des Larlal, fraction des Tached- 
bit. Ils ont un Cheikh autonome, Abd El-Fettah ould Mokh- 
teïer, mais leur cadi Mohammed Haïmedda leur est commun 
avec les Larlal. 

Ils boivent surtout à Tin Djemaren. 

Ils possèdent quelques chameaux, mais surtout des bœufs 
et du petit bétail. Ils le marquent du feu des Tachedbit « le 
hat renversé » . *çp> ^-~— 

i 

Groupement de Cheikh Sa ad Bouh 

Le groupement de Cheikh Saad Bouh n'a pas d'unité ethni- 
que. Il se compose de divers petits campements, venus 
se réfugier auprès du marabout, et qui croissent à l'ombre 
de sa baraka. 

il a été étudié en détail antérieurement (1). 

Cheikh Saad Bouh est le chef administratif de ce groupe- 
ment. 

A signaler qu'il appose sur ses troupeaux la marque géné- 
rale des Fadelïa, le neqli : | , mais il le contremarque 
d'un point à droite, soit J? . 

(1) Cf. Y Islam maure. — Les confréries religieuses de la Mauritanie : 
les Faâelia. 



l'émirat des trarzas 283 



Les Ahel Al-Hadj Al-Qorbi qui constituent la fraction la 
plus importante de son groupement ont un feu spécial, le 

larn-alif, apposé [J sur les bœufs et les ânes, et /K 
sur les chameaux. 

Chorfa 

Le Trarza comprend plusieurs groupements de Chorfa 
d'inégale importance. Sauf pour la fraction Ida Ou Ali, ils 
se présentent en général sous la forme de petits campements, 
vivant en marge ou à la suite d'une tribu maraboutique. Leur 
qualité de Chérif est communément admise sur le vu de leur 
arbre généalogique, mais il est évident qu'aucun lettré arabe 
ne saurait faire la critique sérieuse de ces origines. 

Le tableau de ces campements chorfa est donné ci-après. 
La plupart d'entre eux ont d'ailleurs été signalés dans la 
notice consacrée à la tribu, où ils sont installés. 

1. Chez les Medlich, au puisard de Ballal, un petit campe- 
ment de Chorfa, disciples de Cheikh Sidïa (Méderdra). 

2. Chez les Medlich encore, les Ahel Tenguen, dits aussi 
Ahel Mohammed Mouloud, du nom de leur ancêtre éponyme. 
Ils comprennent une quinzaine de tentes sous le commande* 
ment de Sidaïn (Méderdra). 

3. Chez les Medlich et les Aroueïjat, se partagent deux 
tentes Ahel Baraka Allah (Méderdra). 

4. Dans le groupement de Cheikh Saad Bouh, un petit cam- 
pement de Chorfa, relevant de son obédience (Méderdra). 

5. Chez les Ida Ou Al-Hadj, la fraction des Ahel Sidi Ya- 
raf, qui descendent de Chérif Sidi Yaraf et sont soumis à 
l'autorité spirituelle des Ida Ou Al-Hadj. Ils sont campés à 
Berouït, derrière Aoulïeg. Ils comprennent trois sous-frac- 
tions : les Ahel Sidi Yaraf proprement dits, dont le chef est 
Sidi Yaraf ould Sidi Ahmed ould Baba ; les Ahel Imam ad- 
Din dont le chef est Mohammed ould Imam ad-Din ; les 



284 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Ahel Mohammed Miloud dont le chef est Ali ould Sidi Beïat. 
Ils comprennent environ 200 tentes. Leur importance numé- 
rique les a faits constituer en fraction jouissant d'une cer- 
taine autonomie. 

6. Chez les Ida Ou Al-Hadj encore, les Ahel Chérif Bou 
Qoubba, dont le chef est Abd Allah, et qui font le commerce 
des chevaux entre la Mauritanie et le Sénégal. 

7. Dans l'Iguidi, chez les Oulad Dîman et Tendgha, les 
Ahel Moulay, campés dans le Dahar Noualalane, et buvant 
aux puits de Tin Guend, Tijoub et Nouamart. Leur chef est 
Mohammed Mouloud. Ils sont une quinzaine de tentes de 
grands nomades. Le grand saint et savant réputé des Tend- 
gha, Mohammed Fal ould Motalli, a été enseveli à Nouamart 
et son tombeau se trouve sous la garde des Ahel Moulay 
(Méderdra). 

8. Chez les Oulad Dîman, fraction des Ahel Ahmed Al- 
Aqel, les Ahel Sidi Mohammed Chérif. L'ancêtre Moham- 
med Chérif est enterré à Nkallaw-Diallo, dans le Chamama. 
Ce tombeau est l'objet de nombreux pèlerinages. 

On raconte qu'au lendemain de ses funérailles, ses fidèles 
étant venus prier sur sa tombe y trouvèrent une magnifique 
colonne de pierres vertes, qui manifestement n'avait pas pu 
être élevée, pendant la nuit, par des mains humaines. C'est 
pourquoi Mohammed Chérif est appelé aujourd'hui par la 
voix populaire « Le saint à la colonne verte ». 



J 



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Peu de temps après, un arbre aux feuilles multicolores 
poussa sur sa tombe. Il suffisait qu'un malade se frattât le 
corps avec l'une de ces feuilles pour être aussitôt guéri. 

Les deux petits-fils du marabout : Mohammed Nafa, et 
Mohammed Mamoun se sont adonnés au commerce et à l'éle- 
vage. Us ont de beaux troupeaux de bœufs. Mohammed Nafa 



l'émirat des trarzas 285 

fait en outre l'entreprise des transports de la Mauritanie au 
Cayor et au Baol (Méderdra). 

9. Chez les Oulad Dînian, fraction Ida Oudeï, les Al-Houa- 
kir, descendants d'Aouta, qui appartenait aux Oulad -Sidi 
Elias de Tombouctou. On sait que le tombeau de Sidi Elias 
est à Tombouctou et fait l'objet d'un culte général (Méder- 
dra). 

10. Chez les Tendgha, les Oulad Bou Bezzoula, considé- 
rés aujourd'hui comme partie intégrante de la tribu et qui 
ont été étudiés avec elle (Méderdra). 

11. Chez les Ida Belhassen, les Ida Choqra dont la tente, 
réputée pour sa science et sa piété est celle d'Ahmeddou ould 
Sidi Amin. Les Ida Choqra faisant partie intégrante des 
Ida Belhasen ont été étudiés avec cette tribu (Bou Tilimit). 

12. Chez les Tagounant, les Oulad Al Mouloud, dont la 
famille dirigeante est celle des Ahel Mokhtarna (Bou Tilimit) 

13. Chez les Oulad Biri, les Oulad -Sidi Al-Hadj, à Bou 
Tilimit même. 

14. Chez les Oulad Biri* dans la fraction des Id Amijen, 
les Ahel Maqam. Ils ont des cousins dans l'Adrar qui possè- 
dent les deux kçour et palmeraies de Naama et de Gassar 
(Bou Tilimit). 

15. Chez les Oulad Biri encore, dans la fraction des Oulad 
Mohammedden Allah, les Ahel Mohammed Khouna, réputés 
pour leur science. Il n'y a pas un seul illettré dans ce cam- 
pement. Leur chef Abd El-Ouadoud ould Mohammed Habib 
Allah est un des muezzins de la Zaouïa de Cheikh Sidïa, à 
Bou Tilimit. L'ancêtre épouyme, Mohammed Khouna, est 
enterré à Hassi Nebka (Bou Tilimit). 

16. Chez les Oulad Biri, parmi les Télamides Laghlal, les 
Chorfa Moqaddemin, à N'Dokhon et Nebka, sur la route de 
Bou Tilimit à Podor. Ils sont les descendants d'un chérif Abd- 
El-Moumen, originaire de Tichit, où ils ont encore des cou- 
sins (Bou Tilimit). 

17. Chez les Tagnit, les Chorfa Nouagour, installés au 



286 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

puits de Nouagour, sur la route de Bou Tilimit à Podor (Bou 
Tilimit). 

18. Le groupement sédentaire de Chorfa noirs du village 
de Garak et environs dans le canton de Chemama de Keur 
Mour en face de Richard Toll. L'enseignement coranique de 
ces marabouts jouit d'un grand prestige, et il est de bon ton 
chez les noirs du Oualo et même du Diolof, de leur envoyer 
leurs enfants pour y parfaire leurs études. 

Les Chorfa de Garak descendraient d'un chérif, Redouan 
Fal, venu d'Egypte en Mauritanie au commencement du XVI e 
siècle. Il s'installa dans le Targa, au nord-est de Nouakchot, 
et fit de Tin Brahim, son point d'eau et le centre de son 
rayonnement. C'est là qu'il mourut, et on y montre encore 
son tombeau. Un siècle plus tard, ses descendants à la qua- 
trième génération, les Ouarank, fils d'Amar Fal, fils de 
Brahim Fal, fils d'Oumat Fal, fils de Redouan Fal, prennent 
part à la guerre de Babbah sous la direction de leur aîné 
Massemba Ouarank. Vaincus avec les autres tribus mara- 
boutiques, ils durent se disperser et fondèrent, chacun de 
leur côté, les villages de Mbol, Tin Maten, Tounguen, et 
Garak, toujours florissants. Certains mêmes passèrent le 
fleuve et créèrent sur la rive gauche le village de Thall. 

Au xviii 6 siècle, les Chorfa Fal s'unissent par des liens 
d'amitié à leurs puissants voisins les Ida Ou Aî-Hadj. Aussi 
subirent-ils leur influence religieuse au xix e siècle. Quoique 
Qadrïa, ils se font initier à la confrérie chadelïa dont cette 
tribu est la représentante quasi-officielle. 

Ils se sont toujours posés en catéchistes et missionnaires 
d'Islam sur le fleuve. Leurs alliances avec leurs voisins ouo- 
lofs et leurs consins sénégalais les ont fortement teintés de 
sang noir. Leur qualité de Chorfa leur a évité de se laisser 
prendre dans l'engrenage des guerres civiles des tribus 
maures. 

C'est à Garak que sont installés les descendants de la bran- 
che aînée de Massemba Ouarank. En 1S55, lors des premiè- 



l'émirat des trarzas 287 

res luttes du Gouvernement Faidherbe contre les Trarza, le 
Chef de la famille Ahmed Fal Mokhtar fils de Marfal, fils 
de Mamadi Dimbé, fils de Massemba, dut évacuer le village 
et se réfugier dans l'intérieur. Mais il se hâta de revenir, 
dès 1S5S, quand l'Emir Mohammed Ël-Habib eût fait sa sou- 
mission aux Français. 

Le Chef du village est aujourd'hui son neveu Ahmed Fal 
Bouna, fils de Bouna Mokhtar fils de Bouna. C'est un vieil- 
lard très considéré dans le groupement et qui jouit dans toute 
la région d'une grande réputation de sainteté. ! 



Cantons noirs 



Le Trarza comprend en outre, en bordure du fleuve sur la 
rive droite, un certain nombre de noirs libres, descendants 
de ceux qui habitaient autrefois cette province du Chemama, 
comprise dans le royaume Oualo. Ils sont partagés en quatre 
cantons, qu'il y a lieu d'énumérer simplement car l'étude de 
ces populations noires se rattache au Sénégal et non au 
Trarza Mauritanien. 

Ce sont, en partant de Saint-Louis et en remontant le 
fleuve : 

Le canton de N'Diago, peuplé de Ouolofs. 

Le canton de Dar es-Selam, peuplé de Ouolofs, 

Le canton de Keur Mour, peuplé de Ouolofs. 

Le canton de Thiékane, peuplé de Ouolofs et Toucouleurs, 
relevant tous quatre de la Résidence de Méderdra. 

Thiékane est remarquable dans l'histoire du peuple tou- 
couleur, comme berceau de l'importante famille des Kane. 

Les indigènes noirs, âgés de plus de dix ans, pajent une 
taxe annuelle de capitation de 4 francs. Cette taxe a produit 
pour l'Exercice 1913 une somme de 10.800 francs. 



288 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Récapitulation 

Le Trarza, au recensement de 1912-1913 et sur 4es décla- 
rations des intéressés, comprenait : 



Tentes Hommes Femmes Enfants Captifs Captives 

Résidence de Bou 

Tihroit ........ 7.069 8.611 5944 8.197 2.008 2.574 

Résidence de Mé- . 

derdra ........ 7.252 11.084 13.234 10.858 3.151 

soit une population totale de 14.321 tentes et de 75.751 per- 
sonnes (19.685 hommes, 29.278 femmes, 19.055 , enfants, 
7.739 captifs). 

; Les écoles coraniques, si l'on veut y 'comprendre les petites 
tentes où le père de famille enseigne à ses, enfants et neveux 
la lecture et l'écriture arabes et la science du « Livre », 
s'élèvent à 500 environ. En ne comptant que les écoles publi- 
ques, ouvertes par un maître à tout venant, -le chiffre recensé 
est de 49. 

Il y a une dizaine d'écoles supérieures de droit, de gram- 
maire, de théologie, de langue et littérature arabes. Dans ce 
nombre il ne faut pas oublier la Médersa de Bou Tilimit, ou- 
verte le I er janvier 1914, et dont les cours ont été suspendus, 
dès le 31 juillet suivant, par suite de la mobilisation. 




SENNAD BEN MoHAMMEDDEN, DES OlJLAD DlMAN, 

Secrétaire du Comité consultatif des Affaires Musulmanes, 



LIVRE III 



L'Emirat des Trarzas en 1915 



CHAPITRE PREMIER 
Les attributions politiques de TEmir. 

La situation politique de l'Emir du Trarza a été établie eu 
mai 19 10 par un contrat bilatéral entre le Gouvernement 
français et l'Emir Ahmed Saloum III. 

En rétablissant l'Emir dans les fonctions exercées hérédi- 
tairement dans sa famille, l'autorité locale française n'enten- 
dait pas évidemment revenir à l'ancien état de choses. Il 
s'agissait simplement de passer de l'administration directe à 
un régime de protectorat qui était plutôt une sorte de tutelle 
très serrée. On voulait délivrer les autorités locales françai- 
ses des soucis d'une administration intérieure de tribus, aussi 
délicate dans ses conséquences possibles qu'insignifiante dans 
le fond. On visait à remettre ce soin aux chefs naturels des 
tribus, qui s'en tireraient plus facilement et beaucoup mieux; 
en un mot à faire administrer les Maures par les Maures, 
mais à la française, c'est-à-dire avec précision et sans dépré- 
dations. 

Cette nouvelle organisation ne s'étendait d'ailleurs qu'au 
Trarza occidental. Le Trarza oriental est resté soumis à une 
tu>elle plus directe de l'autorité française, et aucun Emir 
n'est venu s'interposer entre les tribus commandées par leurs 
chefs élus et les Commandants du Cercle et Résidents. Il est 
xxxvi. 19 



2^0 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

vrai de dire que c'est dans le Trarza occidental qu'est con- 
centrée la grande majorité des tribus hassanes, tandis que le 
Trarza oriental renferme surtout des tribus maraboutiques, 
dont l'administration est beaucoup plus facile. 

Une limite territoriale a été tracée au commandement de 
l'Emir. Bile suit la ligne idéale Lemleïga, Souet el-Jera- 
rïa, et son prolongement vers le nord. Ahmed Saloum doit 
également s'abstenir de toute immixtion dans le Chemama 
noir. 

En revanche, le Gouvernement français s'engageait à 
« assurer protection à l'Emir dans tous les cas où il aurait 
« à repousser un ennemi venu de l'extérieur. Il l'appuierait 
« à l'intérieur dans toutes les circonstances où il se confor- 
« merait aux obligations de son titre. » 

Les Djemaas des tribus furent toutes consultées indivi- 
duellement et séparément. Elles donnèrent leur plein assen- 
timent à la nouvelle organisation, et c'est après que cet assen- 
timent eût été fourni par écrit, que le contrat fut dressé et 
ses dispositions mises en vigueur. 

Politiquement, l'Emir sert d'intermédiaire entre le Gou- 
vernement français et les tribus qu'il commande et dont il 
est le représentant officiel. Il est chargé de la police inté- 
rieure et de la sécurité extérieure. A cet effet, il doit avoir 
une force organisée, avec des chefs connus et agréés. Il peut 
être appelé à fournir des partisans, marchant directement 
sous les ordres des officiers français. Ses hommes doivent se 
soumettre à des exercices de tir. Un certain nombre de ses 
guerriers peut être retenu en service en permanence. Les 
armes confiées doivent être périodiquement présentées, pour 
qu'on puisse s'assurer de leur existence et de leur entretien. 
Eu leur imposant cette responsabilité de l'ordre intérieur et 
de la sécurité des frontières du Trarza, on a fait de l'Emir 
et de ses gens les auxiliaires directs et dévoués de notre po- 
litique. Cette responsabilité est d'ailleurs rendu effective par 
la présence au milieu des tribus de nos pelotons méharistes 



L EMIRAT DES TRARZÂS 2ÇÎ 

qui appuient les forces locales, affermissent les bonnes vo- 
lontés et servent de point de ralliement à tous les fidèles de 
l'Emir et à tous les amis de la cause française. 

L'Emir a aussi le devoir de favoriser de toutes ses forces 
l'extension de l'influence française et notamment de faire 
envoyer les fils de chefs et de notables dans nos écoles. Il 
doit encourager les entreprises industrielles et commerciales 
françaises, réserver le meilleur accueil à tout visiteur euro- 
péen, et assurer l'exercice du droit de propriété. 

Un Résident, représentant le Gouvernement français, est 
placé à ses côtés (Méderdra). « L'émir s'engage à agir cons- 
« tamment d'accord avec le Résident, à déférer à ses. avis, et 
« à lui rendre compte de tous les actes administratifs ». 

Quoique les droits de l'Emir en matière immobilière n'aient 
pas été déterminés, il est entendu que ce chef indigène ne 
pourra disposer d'aucune parcelle de terrain, sans l'autorité 
du Gouvernement français. Les concessions de pâturages ou 
autres, comme celles que certains de ses prédécesseurs ont 
faites à des tribus, lui sont interdites. 

La dignité émirale n'est pas héréditaire dans la descen- 
dance d'Ahmed Saloum III, ou tout au moins elle ne l'est 
qu'autant que le Gouvernement français' le juge à propos. 
Utilisant habilement l'élasticité des conceptions maures sur 
la succession du pouvoir émiral, le commandement se réserve 
le droit de faire prévaloir son candidat, lors de la disparition 
de l'Emir en fonctions. 

On trouvera ci-après en annexe, le texte de la convention 
de mai 19 10, intervenue entre le Gouvernement français et 
Ahmed Saloum III. 

L'Emir a conservé autour de lui les principales dignités 
qui, de tous temps, constituent la cour royale ou mahçar. 
Mahçar est en effet la dénomination officielle réservée au 
campement émiral. A vrai dire, ces fonctions de vizir, per- 
cepteur, chambellan (terkib) n'ont jamais été bien définies, 
même sous l'ancien régime, et ces dignitaires étaient em- 



292 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ployés indifféremment à une fonction de leur -emploi ou de 
l'emploi voisin. C'est ce qui se passe encore aujourd'hui. Le 
sentiment d'indépendance de Hassanes est tel, qu'ils n'ont 
jamais consenti à ce que ces hauts dignitaires se recrutas- 
sent parmi eux, et c'est ainsi que la tradition s'est établie 
que seules les tribus Zenaga ou haratines pouvaient fournir 
les auxiliaires administratifs de l'Emir. 

Les principaux personnages du mahçar d'Ahmed Saloum 
III sont encore aujourd'hui soit des Zenaga, tel Sebti ould 
Saddiq et Hassan ould Taleb, des Ould Aïd ; Bouirik ould 
Othman, des Réhalila ; Mohammed ould Boïlat, des Arroueï- 
jat ; soit des Haratines, tel Ould Iïch. Son conseiller et re- 
présentant est Mohammed ould Bou Chareb, des Oulad Re- 
guïïeg. 

Il en est de même d'ailleurs dans le Trarza oriental pour 
le campement d'Ould Deïd, et c'est Amar ould Miloud, chef 
de ses Haratines Dokhon, qui est son grand vizir et le secré- 
taire de ses commandements. 

Le campement de l'Emir est en général installé autour des 
puits de Khroufa, mais de ce point central il rayonne, sui- 
vant les lois de la transhumance mauritanienne, vers les puits 
de Tin Ouermi, Tifouachit (Youri), Tin Tagounant et Hos- 
seïn Marouf. 

* * 

La situation d'Ould Deïd 

Ahmed ould Deïd, âgé de 33 ans, est le fils cadet de l'Emir 
Mohammed Fal, assassiné en 1886, avec ses trois frères 
par l'Emir Amar Saloum. A cette heure critique ; il se réfu- 
gia avec Sidi, son frère aîné, chez les Ould El-Lab, fraction 
de sa mère, et plus tard au Tagant. Dès 1898, à la tête de 
leurs partisans, Sidi et lui apparaissent dans le Trarza et 
revendiquent l'Emirat contre Ahmed Saloum II qui, dans 
l'intervalle, avait détrôné et tué Amar Saloum. Cette lutte 



l'émirat des trarzas 293 

de détail se poursuivit avec une fortune inégale. Les deux fils 
de Mohammed Fal étaient les représentants héréditaires de 
la branche aînée des descendants de Mohammed Ai-Habib, 
et à ce titre comptaient bien des sympathies, mais ils avaient 
à lutter contre les gens ayant des situations acquises. Ils 
avaient surtout à vaincre l'hostilité des Français qui, las de 
ses perpétuelles dissensions, soutenaient soit directement, 
soit par leurs sujets noirs, l'émir en fonctions. 

Sidi et Ould Deïd firent leur soumission au début de 1905, 
sur les exhortations de leur ami Cheikh Sidïa, mais leur des- 
sein de supprimer l'Emir était bien arrêté, et en avril 1905 
Ould Deïd assassinait de sa main Ahmed Saloum II et son 
frère. Sidi prend alors le titre d'Emir et donne à Ould Deïd 
le commandement militaire de ses bandes. Tous deux es- 
saient, avec ou sans les Français, de reconsituer l'Emirat à 
leur profit. Ayant échoué dans cette tâche, ils partent en 
dissidence dans l'Adrar, et, de 1906 à 1910, on va les voir, 
surtout Ould Deïd prendre part à toutes les affaires dirigées 
contre nous par les rebelles. On retrouve Ould Deïd à Amatil 
(30 décembre 1910). Un peu plus tard, c'est lui qui met à 
mal le peloton de spahis Reboul. Il vient piller à maintes 
reprises les tribus Zouaïa du Trarza et se signale par des 
atrocités sans nom, comme l'assassinat de ces deux meha- 
ristes qui, étant venus en permission dans leurs campements 
à Bir Bou Tomboustik, furent surpris par lui, roulés dans des 
nattes, et brûlés vifs. 

Il cherche visiblement à inspirer la terreur et à détacher de 
nous par ce moyen les hésitants. 

Mais la progression continue des armes françaises en Mau- 
ritanie rend sa situation de plus en plus difficile. Tandis que 
son frère aîné, Sidi, irréductible, abandonne la partie dans 
le sud et se réfugia auprès des Ahel Ma Al-Aïnin, sur la Sé- 
guia. Ould Deid cède aux sollicitations de Cheikh Sidïa et, 
gagné par la politique habile du commandant Gaden, fait sa 
soumission en 1910. 



294 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Pour être d'un autre genre, les difficultés de cette nou- 
velle situation n'étaient pas moindres que les difficultés an- 
térieures. Ils s'agissait de trouver à Ould Deïd soumis une 
position convenable et de revenus suffisants ; ef comme, en 
l'absence de Sidi, Ould Deïd est le représentant de branche 
aînée des Ahel Mohammed Ai-Habib et le chef d'un nombre 
important de guerriers encore plus frémissants, la question 
était délicate. Elle l'était d'autant plus cjue, Ahmed Saloum 
III étant l'Emir de Trarza occidental, il était difficile de faire 
de notre ennemi Ould Deïd, soit son égal, ce qui eût froissé 
l'Emir, ce que Ould Deïd ne mérite ni ne vaut, soit son 
subalterne, ce que Ould Deïd n'eût pas accepté. 

La question a été tranchée adroitement quand on a fait 
d'Ould Deïd le chef militaire des fractions Oulad Daman et 
Oulad Ahmed ben Daman, ralliées à sa cause, et qu'on a 
cantonnées, à partir de ce jour, dans le Trarza oriental. L'ab- 
sence d'Emir dans cette partie du Trarza et l'administration 
des tribus .par l'intermédiaire de leurs Cheikhs facilitent 
au Résident de Bou Tilimit cette interposition d'un chef de 
goum, purement guerrier. 

Ould Deïd groupe aujourd'hui sous ses ordres les classes 
Oulad Daman, et Oulad Ahmed ben Daman et leurs clients, 
inféodés à la branche aînée. On en trouvera plus loin la liste 
à laquelle il faut joindre quelques tentes Ould Al Lab, ve- 
nues de l'Adrar, lors du mariage de Mohammed Fal avec une 
femme de leur tribu et qui se sont attachées à son fils. 

Sans rôle politique, Ould Deïd n'a ni le pouvoir ni la 
faculté de changer ou de désigner les chefs de fractions et les 
Cheikhs de tribu. Chefs et Djemaa continuent à correspon- 
dre directement avec l'autorité française au point de vue 
administratif. S'il perçoit l'impôt, c'est sur les Oulad Ahmed 
ben Daman et Haratines seuls et en qualité de Cheikh de 
tribu. 

Sans pouvoir judiciaire, il n'agit sur son groupe qu'en 
arbitre. On peut bien lui présenter certains différends pure- 



L EMIRAT DES TRARZAS 295 

ment civils, mais les solutions restent dans les mains de l'au- 
torité française, puisqu'elles ne valent que par son visa. Le 
Cadi du groupe est complètement indépendant d'Ould Deïd ; 
il agit dans le groupe comme un Cadi de tribu ; et cette me- 
sure a donné les meilleurs résultats, puisqu'à plusieurs re- 
prises les Marabouts eux-mêmes sont venus lui soumettre 
leurs différends avec les guerriers. 

Il n'a pas* non plus à s'occuper des questions de terrains 
ou de cultures. Les affaires de bakh peuvent lui être sou- 
mises, mais c'est dans la mesure où l'autorité française le 
juge utile. 

Enfin pour bien marquer le caractère personnel de ce com- 
mandement, on lui a donné la dénomination officielle de 
« groupe d'Ould Deïd » et non de « groupe des Trarza de 
Bou Tilimit. » 

A la tête de ses goums, Ould Deïd a été à même de rendre 
des services distingués dans la colonne Patey, de 191 1, qui a 
amené l'occupation de Tichit et la capture d'Ahmed ould 
Aida, Emir de l'Adrar, et dans la colonne Mouret de 1913 
qui a détruit la qaçba des Ahel Ma al-Aïnin, à Smara et dis- 
persé leurs bandes sur l'oued Tagliat. On a pu constater 
au cours de ces opérations, qu'Ould Deïd avait beaucoup plus 
de talent de commandement que de valeur personnelle devant 
l'ennemi. 

En échange de l'abandon de ses revenus (horma et bakh), 
il se voit allouer une mensualité de 300 francs qui est perçu 
sur le budget de l'Emir, mais versée directement à l'inté- 
ressé, pour éviter tout frottement, par l'agent spécial de Bou- 
tilimit. 

Les principaux lieutenants et hommes de confiance d'Ah- 
med ould Deïd sont : Isselmou, fils de Mohammed Baba, des 
Ahel Brahim Khalil, famille importante de la fraction Ahel 
Tounsi (Oulad Ahmed ben Daman). Isselmou est son beau- 
frère, et en cas d'absence, son représentant. 2 Mokhtar ould 
Mohammed Bouna, frère utérin d'Ould Deïd, des Ahel 



296 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Mokhtar ould Amar (Ahel Ali Chandora). 3 Amar ould 
Miloud, chef de ses Haratines Dokhon. 

Nous donnons ci-après la convention, intervenue en octobre 
1912, entre le commissaire du Gouvernement général en Mau- 
ritanie et Ahmed ould Deïd. 

CONVENTION „ 

Article premier. — Ould Deïd reçoit du Gouvernement 
français le commandement supérieur de tous les Traza (Has- 
sanes) inscrits à Bou Tilimit, qui ont accepté volontairement 
son autorité et dont l'énumération est donnée à l'article III 
retiré en cas d'abus, d'autorité et de non conformité avec les 
vices de l'autorité française. 

Art. II. — 

Art. III. — L'autorité d'Ould Deïd s'exerce sur les Eu- 
leb : Ahel Mohammed et Ahel Oueï ;sur les Oulad Bou Ali ; 
les Rehahla de l'Est ; les Oulad Daman à l'exception de ceux 
qui sont inscrits à Méderdra ; les Haratines Ahel Attam, et 
Oulad Sassi ; les Oulad Ahmed ben Daman et Haratines 
Dokhon antérieurement sous son commandement. L'ensem- 
ble de ce groupe porte administrativement la dénomination 
de « groupe d'Ould Deïd ». 

Art. IV. — Ould Deïd s'engage à ne pas franchir, sauf 
l'autorisation de l'autorité françase, la limite de la zone dé- 
pendant de l'Emir. Cette limite est déterminée comme suit : 

De Médina Fanaye environ, à Lembeïga, sur le Koundi 
elle suit la séparation entre les terrains des O. Daman et 
ceux des Ahel Mohammed El-Habib : de Lemleiga, la ligne 
rejoint Souet el-Ma, qui est à l'Emir, et Jararïa qui est de la 
zone d'Ould Deïd. Choubouk est également de la zone 
d'Ould Deïd. 

L' interdiction de franchir la limite de la zone réservée à 
l'Emir s'étend aux seuls O. Ahmed ben Daman et Haratines 
Dokhon, du groupe d'Oulad Deïd, qui devront, chaque fois 



"w l'émirat des trarzas 297 

qu'ils ont des affaires à régler dans la résidence de Méderdra, 
demander à Bou Tilimit un laissez-passer et le présenter au 
résident de Méderdra. Les autres membres du groupe con- 
serve la liberté d'aller et venir qu'ils avaient précédemment, 
avec les restrictions administratives d'usage ; ils n'ont pas 
le droit de faire sans autorisation une absence prolongée et 
encore moins d'aller s'installr à demeure hors de la résiV 
dence. 

Art. V. — L'organisation politique et administrative des 
tribus et fractions du groupe demeure ce qu'elle est au jour 
de la signature de l'acte. Les Oulad Daman Oulad Sassi, 
dont le chef a abandonné le commandement, sont commandés 
directement ' par Ould Deïd. La Djemaa qu'ils ont élue, est 
chargée de leurs intérêts et de leurs relations avec l'autorité 
française, dans les mêmes conditions que tout chef de frac- 
tion faisant partie d'un groupement plus étendu. 

Mokhtar ould Mbarek, ex-chef des Oulad Sassi, pourra re- 
prendre le commandement des Oulad Sassi quand il aura re- 
connu l'autorité supérieure d'Ould Deïd, si sa tribu y con- 
sent. Aucun chef de tribu (O. Sassi, Ahel Aîtam, Euleb O. 
Mohammed, Euleb Ahel Oulï, O. Bou Ali Rhahla) ne peut 
être remplacé sans l'assentiment du Commissaire du Gou- 
vernement Général ; aucun chef de fraction sans l'assenti- 
ment du Commandement de cercle. 

Art. VI. — Ould Deïd assure la perception de l'impôt de 
de son groupe, et reçoit la remise à laquelle elle donne droit ; 
il remet la moitié de cette remise au chef de chaque fraction, 
autonome au point de vue du recensement. 

Art. VII. — Ould Deïd arbitre les différends que lui sou- 
mettent les guerrriers de son groupe, à l'exception des ques- 
tions relatives aux terrains de culture, qui sont réservées à 
l'autorité administrative. En particulier, les contestations 
entre guerriers de son groupe et Zenaga ne sont examinées 
par les résidents qu'après lui avoir été soumises. Les arran- 
gements qui surviennent ne sont valables qu'après appro- 
bation du< résident. Un Cadi agréé par le Commandant de 



298 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Cercle, connaît des affaires intéressant le groupe ou les frac- 
tions du groupe. Il a les attributions d'un Cadi de tribu. Ses 
sentences ne sont exécutoires qu'après avis du Résident de 
Bou Tilimit. Le recours des 'justiciables devant les tribunaux 
indigènes reste entier. 

Art. VIII. — Les réquisitions relatives au service armé, 
intéressant les- membres du groupe, se font toujours par 
l'intermédiaire d'Ould Deïd, les individus conservent toute- 
fois le droit de souscrire directement aux engagements régu- 
liers dans les formations de gardes méharistes, devant les 
autorités compétentes. En échange, Ould Deïd s'engage à 
fournira toute réquisition de l'autorité territorale, dans un 
délai maximum de 8 jours, un goum destiné à coopérer aux 
opérations qui pourraient être ordonnées à l'extérieur. 

Ce goum comprend 60 guerrers armés et montés à cha- 
meau. L'armement qu'ils détiennent actuellement ainsi que 
ment, ainsi que leurs montures provenant de la réquisition 
de 191 1, leur sont confiés à titre de prêt. Ould Deïd est res- 
ponsable de leur existence et de leur entretien. Il propose 
le cas échéant,* les mesures nécessaires à cet effet. Il rend 
compte au Résident de Bou Tilimit/ des mutations d'hommes 
et d'animaux survenues dans le goum dont le contrôle nomi- 
natif est tenu à la résidence. 

Ould Deïd s'engage à fournir sur la demande de l'autorité 
territoriale des groupes d'auxiliaires armés qui peuvent être 
chargés de missions soit à l'intérieur, soit à l'extérieur du 
Cercle du Trarza. , 

A l'intérieur du Cercle, les auxiliaires ont droit à la ration 
seulement. Toutefois en cas de service exceptionnellement 
pénible ils peuvent obtenir une gratification. 

A l'extérieur du Cercle, les auxiliaires reçoivent la ration 
et une gratification en rapport avec le service fourni. Quand 
le goum prend part des opérations régulières hors du Cercle, 
il a droit aux allocations de la garde méhariste. 

Ould Deïd s'engage à marcher de sa personne, avec son 
goum rassemblé, chaque fois qu'il en sera requis. » 



CHAPITRE II 
Attributions financières et budget de l'Emir, 



L'Emir est le collecteur de l'impôt et le répartiteur des 
réquisitions pour les tribus qu'il administre. / 

A vrai dire, ce ne sont pas ses agents personnels qui perçoi- 
vent le produit de l'impôt de tribu en tribu. C'est le Cheikh 
de chaque tribu qui opère ces perceptions sur ses gens, mais 
c'est par l'Emir que l'autorité du Cercle passe pour donner 
tous les ordres nécessaires aux Cheikhs collecteurs, pour 
activer et surveiller les recensements, la rentrée de l'impôt, 
etc. La convention de mai 1910 avait prévu que l'impôt serait 
dorénavant perçu par l'Emir à son profit. Il s'engageait à 
verser au compte de la Mauritanie, et sous la forme d'une 
contribution, û^é& annuellement au budget, une partie des 
perceptions effectuées. Cet article n'a pas reçu d'application 
pratique, exception faite pour les droits d'extraction du sel, 
dont les revenus lui ont été attribués, contre versement d'une 
somme de 2.000 francs. 

Outre sa qualité d'Emir, Ahmed Saloum est également le 
Cheikh particulier des Oulad Ahmed ben Daman, de sorte 
que dans cette tribu c'est lui, ou plutôt son représentant, qui 
perçoit directement les taxes dues au trésor. 

L'Emir a aussi la charge de la répartition des réquisitions 
d'hommes, d'animaux et de matériel entre les diverses frac- 
tions hassanes et zénaga de l'Emirat. Il a en outre le devoir 
de contrôler ces réquisitions et de veiller à ce que dans l'in- 
térieur des fractions, les Cheikhs fassent équitablement re- 
poser ces charges sur tous les gens. 

Pour les tribus marabou tiques, elles apportent à la rési- 
dence leur recensement et leur impôt, et reçoivent sans in- 



300 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ter médi aire les ordres de réquisition. L'intervention de 
l'Emir, en ce qui les concerne, est éventuelle et ne se produit 
que dans le cas de dissimulation, de retard dans le versement 
de l'impôt, ou de mauvaise volonté dans l'exécution des or- 
dres. 

Revenus de l'Emir. Les revenus de l'Emir du Trarza sont: 

i° Une remise de 10 p. ioo sur l'impôt zekat, qui grève 
le cheptel camelin, bovin, ovin, et équidé. Cette remise a 
produit en 1913 une somme de 11.464 fr. 20. En sa qualité de 
Cheikh des Oulad Ahmed ben Daman, il perçoit également, 
au même titre que les autres Cheikhs de tribu, une remise 
de 10 p. 100. Cette remise a été en 1913 de 1.524 francs. Soit 
au total un revenu, au titre de la zekat 1913, de 12.988 fr. 20. 

2° Une remise de 10 p. 100 au titre de l'achour sur les ré- 
coltes. Cette remise a été en 1913 de 1.108 frs. 73. Comme 
Chef du groupement Oulad Ahmed ben Daman, il n'a rien 
touché, car cette tribu hassane n'effectue aucun travail 
agraire. 

3 Un droit sur les salines (nkoubel, altération évidente, 
par l'intermédiaire du ouolof, du mot français « gabelle ») 
qui est de o fr. 75 par charge de 50 kilos. 

De tout temps le produit des salines a été considéré comme 
propriété de l'Emir. Il pouvait, soit les exploiter directe- 
ment par ses agents, soit les affermer à des tiers, soit même 
en faire des concessions gratuites, mais temporaires, pour 
récompenser des services rendus à sa cause. C'est ainsi qu'une 
fraction des Oulad Bou Sba du Sud : les Ahel Menna-Ahna 
revendique la jouissance des salines de Zride, que vers 1850, 
lors de leur arrivée dans le Trarza, l'Emir Mohammed Ai- 
Habib leur aurait concédée, à la suite du concours vigoureux 
qu'ils lui apportèrent. 

C'était sur les acheteurs, en général traitants noirs du 
Sénégal, venant faire sur place leurs acquisitions, que l'Emir 
percevait les droits. 



L EMIRAT DES TRARZAS 301 

Il éivtait ainsi de faire peser cette charge sur les Maures 
qui extrayaient le sel, soit par eux-mêmes, soit le plus sou- 
vent par leur zenaga et captifs. Ce droit s'élevait encore à 
o fr. 60, o fr. 70 et o fr. 80 le quintal. Quand c'était les 
Maures eux-mêmes qui transportent le sel au loin, par cara- 
vanes ou bateaux vers le Sénégal ou vers le haut fleuve, ils 
avaient à s'entendre avec l'Emir pour le paiement de gré à 
gré des redevances. En dernier lieu, Ahmed Saloum II avait 
fini par installer un percepteur à N'Dniader, sur le marigot 
des maragouins, pour les caravanes allant vers Saint-Louis. 
Il percevait le deuxième du sel recueilli. 

Les dissenssions qui agitèrent le Trarza, lors de l'entrée 
en scène de Sidi et d'Ould Deïd vers 1898, ne permirent plus 
à Ahmed Saloum II l'exercice de ses droits. Cette interrup- 
tion se continua plus tard, lors de l'occupation française, 
par suite de l'attitude peu franche de l'Emir à notre égard. 

Ce n'est que par décision du 20 novembre 1904 que le 
nommé El-Oulïïd ould Moïlid, des Oulad Agchar, ancien 
percepteur d'Ahmed Saloum et ancien concessionnaire des 
salines, est autorisé à percevoir dans les conditions antérieu- 
res les droits sur le sel. En même temps des agents percep- 
teurs sont installés sur le fleuve, à N'Diader, Rosso et Da- 
gana. 

Le meurtre dWhmed Saloum II (avril 1905) remet tout en 
question. Le prétendant Ahmed Saloum ould Brahim cher- 
che à mettre la main sur les salines et s'empresse de percevoir 
deux mesures de guinée par charge d'âne. A la faveur de 
cette incertitude, la contrebande s'organise sur une grande 
échelle par les villes escales du fleuve : Kermassen, Djik- 
ten, Rosso et Dagana, pour le compte des maisons de com- 
merce de Saint-Louis. 

La situation est enfin réglée par arrêté du 18 janvier 1907. 
Un droit de 2 francs par 100 kilos grèvera l'exportation du 
sel. C'est Mohammed Salek Oulad Chems, des Ida Ou Al- 
Hadj, qui est chargé de cette perception au nom du Gouver- 



302 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

nement français. Elle se fait aux salines mêmes. Toutefois, 
pour certaines entreprises commerciales ou industrielles, il 
peut être accordé que la taxe ne sera payée qu'au moment 
et au point de l'embarquement sur la rive maure. Au Cheikh 
percepteur est alloué comme salaire le quart de ses percep- 
tions. 

Ce droit de 2 francs par quintal était trop cher. Il ruina 
le grand comme le petit commerce, et en mars 191 1, on cons- 
tate la disparition de tous les marchés çlu sel, autrefois si flo- 
rissants. 

On a donc abaissé le taux à 1 fr. 50 par quintal, payable 
à raison de o fr. 75 par petite charge présumée de 50 kilos. 
Le commerce a repris aussitôt activement. L'Emir perçoit la 
taxe par l'intermédiaire de son percepteur, actuellement le 
hartani Sidi Saloum. Il lui abandonne, comme salaire, le tiers 
de ses perceptions, les deux autres tiers devant lui revenir. 
Cette source de revenu a procuré à son budget, en 19 13, un 
total approximatif de 10.500 francs, sur lequel il doit verser 
une redevance annuelle de 2.000 francs à l'administration 
française, comme droit d'extraction. 

Les salines du Trarza se trouvent toutes sur une ligne pa- 
rallèle à l'Océan, de Biakh au puits d'Agamoun. Les indi- 
gènes peuvent prendre cTu sel partout, pour leurs besoins 
personnels, sans avoir à acquitter de droits. Le commerce ne 
porte guerre que les quatre grandes salines de N'térert, Tin 
Djemaren, Touidermi et Moudjeran. L'exploitation de N'té- 
rert et de Touidermi donne de très belles barres de sel ; celle 
de Tin Djemaren et Moudjeran, ne donne guère que du sel 
en vrac. Le sel est recueilli par les tribus Koumleilen, 
N'Taba, Ould Agchar, Taghredient, Ida Ou Al-Hadj et par 
les fractions Zenaga. Il est porté aux escales et petits villages 
du fleuve, où les commerçants noirs du Ha ut -Sénégal vien- 
nent le chercher sur des côtes. 

4° Le montant des amendes qu'il inflige (liouanin), des 
redevances prélevées sur des tribus ou des individualités 



L EMIRAT DES TRARZAS 303 

(horma), et des loyers agraires (bakh). Ces costumes doivent 
par l'ampleur du sujet faire l'objet d'un chapitre spécial. 

5 Une source de revenus indéterminée, sorte de casuel, 
provenant soit sur les plus-values de l'impôt, dont l'admi- 
nistration peut lui faire aabndon, soit surtout de prestations 
sans quotité fixe, mais non déniées en principe, sur les Ze- 
naga, les Haratines, etc., comme par exemple l'entretien par 
ces tribus des gens de sa suite, des hôtes, des chameaux, du 
bétail ; soit enfin de perceptions plus ou moins légales sur cer- 
taines fractions de Zenaga Oulad Ahmed ben Daman qui se 
sont installées sur la rive gauche du fleuve. Plusieurs d'en- 
tre elles ont acquis assez d'indépendance morale pour rester 
indifférentes aux sollicitations des envoyés de l'Emir, mais 
la plupart continuent, en vertu de la tradition, à lui verser 
des cadeaux soit de leur plein gré, soit sous la pression des 
chefs noirs locaux intéressés. 

; t II est dificile de faire une évaluation du montant des reve- 
nus annuels de l'Emir. Les opinions les plus dignes de foi 
oscillent de 100 à 150.000 francs. Pour assurer une vie moins 
besogneuse et une certaine stabilité dans son budget, il lui 
est fait avance mensuellement par le trésor d'une somme de 
750 francs, à valoir sur ses parts d'impôt. 

Charges de l'Emir. L'Emir supporte les charges corres- 
pondant à sa dignité. 

Comme chef général des tribus guerrières du Trarza Occi- 
dental, il est sans cesse assiégé, tel un baron du Moyen-âge, 
par une bande d'aventuriers faméliques, qui trouvent tout 
naturel de venir s'alimenter quelque temps auprès de celui 
qui est leur prince traditionnel et sous les ordres duquel ils 
sont prêts à marcher en tout lieu, en tout temps, et pour n'im- 
porte quelle besogne. Comme ces troupes de « clients » se re- 
nouvellent sans cesse, la charge finit par être lourde, et 
l'Emir doit toujours avoir table ouverte. 

Comme représentant de la dynastie émirale et chef de la 
famille des Ahel Mohammed Ai-Habib, l'Emir est tenu de 



304 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

recueillir tous les enfants restés sans parents, toutes les 
femmes restées sans soutien, de sa maison princière, et de 
les entretenir. Or on sait que tous les campements Oulad- 
Dâmân et Oulad Ahmed ben Daman sont « nobles » et cou- 
sins de l'Emir. A leur majorité, les enfants sont mariés par 
ses soins. Il leur constitue un apanage de quelques tentes 
de Zenaga dont la horma leur servira de revenus. En cas 
de décès du bénéficiaire, ces tentes de Zenaga font retour à 
la couronne. Il est interdit à ce bénéficiaire de les vendre, de 
les mettre en gage ou d'en disposer d'une façon quelconque. 
Enfin la tradition impose à l'Emir de nombreux cadeaux 
aux marabouts, à l'occasion des fêtes religieuses, de céré- 
monies cultuelles, d'examens pédagogiques, de fins d'études, 
d'événements militaires, de calamités pastorales, etc. Il est 
vrai qu'il sait à son tour récupérer ces avances en installant 
chez les marabouts ses hôtes devenus gênants, et en se fai- 
sans offrir des cadeaux de même genre à propos d'alliance^ 
matrimoniales, de naissances, de rezzous, de protection, etc. 



CHAPITRE III 

La justice de l'Emir. 

Le décret du 16 août 1912 qui est la charte de l'organisa- 
tion judiciaire indigène en A. O. F. dispose dans son arti- 
cle 52 : 

s La justice indigène pour les collectivités maures de pays 
« de protectorat de la Mauritanie peut être à titre transitoire 
a administrée par les juridictions instituées par les coutumes 
« locales, suivant l'organisation particulière des groupes eth- 
« niques, en tout ce que ces coutumes n'ont pas de contraire 
« aux principes de la civilisation française. 

« Le Gouverneur Général réglera, si besoin est, par voie 
« d'arrêtés pris en conseil de Gouvernement ou en Commis- 
ce sion permanente, la composition, le mode de fonctionne- 
t ment et la compétence des tribunaux ayant juridiction sur 
« ces collectivités. 

« L'emprisonnement ou l'amende sera substitué aux châ- 
a timents corporels. 

« Les décisions prononçant une peine supérieure à cinq 
« années d'emprisonnement seront soumises à la chambre 
a spéciale de la Cour d'Appel... 

Conformément aux prescriptions de cet art. 52, un arrêté 
du Gouverneur général est intervenu à la date du 5 octobre 
19 13 pour déterminer les conditions d'application de ce dé- 
cret à la Mauritanie. Il ne semble pas qu'il ait atteint la per- 
fection désirable. Pris entre divers sentiments : désir de res- 
pecter les juridictions indigènes, conformément aux termes 
XXX.VI. 20 



306 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

du décret ; volonté de surveiller de très près leur fonctionne- 
ment ; crainte de l'unité du Juge dans le tribunal ; souci très 
militaire de garder en main la plénitude de l'autorité ; et en- 
fin connaissance imparfaite de la société maure et de son or- 
ganisation judiciaire très rationnelle, l'administration de la 
Mauritanie a cru nécessaire de s'immiscer profondément dans 
l'exercice de la justice indigène sur ces territoires. 

L/ arrêté prévoit : 
i ° Une division des tribus en sédentaires et nomades ; 
2° Chez les tribus sédentaires : 

a) Des Cadis de tribus qui, par analogie avec les chefs de 
villages noirs, sont de simples agents de conciliation et d'ar- 
bitrage. 

b) Les tribunaux de subdivisions pour chacune des tribus 
guerrières et maraboutiques. Pour le Trarza, leur président 
est commun pour celles de la Résidence de Boutilimit ; c'en 
est le Résident ; commun pour celles de la Résidence de Mé- 
derdra : c'en est aussi le Résident. Les membres sont au 
nombre de deux : le Cadi ordinaire de la tribu et un autre 
assesseur ; 

3° Chez les tribus nomades, maintien des juridictions cou- 
tumières, en tant qu'équivalentes des Cadis de tribus -et de 
tribunaux de subdivisions ; 

4° Chez les uns et les autres, création d'un tribunal de 
cercle, composé du Commandant du cercle, président, et cte 
deux assesseurs indigènes. 

Or, cet arrêté appelle de nombreuses observations criti- 
ques. Tout d'abord, la division en tribus sédentaires et tri- 
bus nomades ne correspond nullement à la réalité* Toutes les 
tribus maures du Trarza sont nomades et même grandes no- 
mades. Leur genre de vie ne peut nullement être assimilé à 
celui du paysan berbère sédentaire ou de Tarabo-berbère mi- 
sédentaire de l'Afrique du Nord. 



L EMIRAT DES TRARZAS 307 

Dans l'impossibilité de distinguer sur place, on a donc 
laissé courir les choses, de sorte qu'il y a aujourd'hui une 
double série de juridiction. Les Maures ne s'en plaindront 
pas, eux qui sont extrêmement processifs, et qui au surplus 
déclarent avoir gravement souffert jadis de l'inexistence de 
la justice. Les voilà servis. 

Les tribus étant nomades, les juridictions coutumières ont 
subsisté, conformément à l'arrêté ; mais comme d'autre part 
l'arrêté prévoyait des tribunaux et qu'il fallait bien les met- 
tre au jour, on a créé de toutes pièces des tribunaux de sub- 
divisions et un tribunal de cercle. 

La justice fonctionne donc ainsi dans le Trarza, par un al- 
liage, à dose indéterminées, de textes et de traditions. 

Les Maures étaient partagés en collectivité bien nettes, 
guerrières et maraboutiques. Chacune avait ou devait avoir 
son Cadi pour juger les différends d'ordre civil et commer- 
cial ; son chef politique (l'Bniir, Chems, Cheikh) pour répri- 
mer les infractions à la coutume pénale et aux usages locaux. 
La nomination de Cadis par l'autorité française a contribué 
à asseoir plus fortement encore cette organisation tradition- 
nelle, mais le Cadi ne s'est pas cantonné naturellement dans 
les fonctions de simple agent de conciliation qu'on voulait 
arbitrairement lui impeser. La jurisprudence, aussi bien que 
la coutume et la volonté des plaideurs, l'ont maintenu dans 
sa pleine autorité de magistrat musulman. Il est devenu dans 
la tribu le tribunal ordinaire du premier degré. 

Ainsi donc, pratiquement, en matière civile, c'est le Cadi 
qui est compétent. Chaque tribu, tant guerrière que marabou- 
iique, est pourvue de s<a\ Cadi particulier. Dans les tribus 
guerrières, c'est évidemment un marabout qui exerce les 
fonctions de Cadi. La compétence du Cadi s'étend ratione 
personarum à tous les individus de la tribu et ne s'étend qu'à 
eux ; ralione materiez à tous les litiges survenant en matière 
civile et à ces litiges seulement. 

Au-dessus des Cadis de tribus, qui règlent sur place la 



308 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

plupart des différends locaux, se trouvent les deux Cadis su- 
périeurs siégeant dans les deux résidences du cercle Trarza : 
l'un, à Bou Tilimit, Ahmed ould Mohammed Salem ; l'autre 
à Méderdra. C'est celui de Méderdra : Mohammeddene ould 
Mohammed Fal, des Oulad-Dîmân, qui porte le nom officiel 
de « Cadi de l'Emir » et est censé rendre la justice en son 
nom. En réalité, celui-ci n'a aucun ordre à lui donner et se 
borne à lui déférer les litiges dont il est saisi. D* ailleurs, la 
tente prétoire de ce « Cadi de l'Emir » est plantée, non dans 
son campement, mais dans la cour de la Résidence de Méder- 
dra. 

Ces deux Cadis, égaux en droits et en pouvoirs, chacun 
dans la Résidence, constituent la véritable haute juridiction 
du Trarza. Leur compétence s'étend ratione personarum à 
tous les indigènes de la Résidence ; ratione materiœ, à tous 
les litiges que le Cadi de tribu n'a pas pu ou n'a pas voulu 
trancher, à tous ceux dont il est fait appel, à tous ceux qui 
surgissent entre indigènes de deux tribus différentes. 

Cette organisation est en somme celle qui était en vigueur 
avant l'occupation française. Elle s'est à peu près régularisée 
et clarifiée par la seule présence des deux Résidents. 

Elle s'est imposée par empirisme parce qu'elle dégageait 
les Résidents, civils ou militaires, du maquis du droit musul- 
man. Si dans l'Afrique du Nord, une administration, bien- 
tôt vieille d'un siècle, fortement documentée et composée de 
fonctionnaires spécialisés, touche avec tant de ménagement, 
et même ne touche du tout parfois, aux questions de statut 
personnel ou réel indigène, comment la jeune administration 
maure, sans tradition, absorbée par des soucis de police mi- 
litaire, et composée de fonctionnaires, véritables oiseaux de 
passage, hier à Madagascar et demain en Indo-Chi^e, com- 
ment aurait-elle pu trancher hardiment et avec compétence 
ces questions matrimoniales, successorales, foncières, terri- 
blement compliquées en droit musulman? 

Elle s'est encore imposée par l'excellence de ses résultats. 



L EMIRAT DES TRARZAS 309 

Il ne faut pas oublier qu'on se trouve dans le Trarza (et 
ailleurs, en Mauritanie) en présence des gens intelligents 
et instruits, se rapprochant sur beaucoup de points (les 
Européens et sachant parfaitement se guider eux-mêmes, 
dans leurs institutions. Il y avait à faire pour eux l'œuvre 
d'éducation judiciaire et sociale qui s'impose à notre admi- 
nistration pour les pays noirs. Cette organisation tradition- 
nelle n'a donc donné aucun mécompte, que sur place ou ne 
fût pas tenté d'intervenir. 

Il reste enfin à dire à sa louange que c'est elle qui est la 
plus conforme a l'esprit et à la lettre du décret de 19 12 
(art. 52 maintien des institutions coutumières locales). 

Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant que les tribunaux de sub- 
divisions et le tribunal de cercle, prévus par notre réglemen- 
tation, n'aient eu que rarement à intervenir dans la vie judi- 
ciaire des indigènes. Ils ne fonctionnent guère que lorsqu'un 
Résident ou le commandant de cercle jugent à propos de les 
réunir, soit pour mettre à couvert le Cadi de l'Emir dans 
certaines affaires délicates, soit quand ils la jugent opportune, 
par exemple, quand ils veulent donner à la peine un carac- 
tère d'exemplarité, que comportent les circonstances, soit dans 
les cas spéciaux où les textes prévoient leur compétence et 
ordonnent leur convocation, par exemple, quand l'un des jus- 
ticiables n'est pas soumis à l'autorité de l'Emir, ou quand le 
crime ou le délit n'est pas prévu par la loi musulmane. Ils 
fonctionnent encore quand l'un des justiciables tient essen- 
tiellement à ce que son affaire soit tranchée par eux. Le cas 
se produit généralement quand le plaideur est mécontent de 
la décision du Cadi ou du Cadi supérieur. Le tribunal de 
résidence devient alors une sorte de juridiction d'appel. C'est 
ce qui se produit le plus souvent. Le Cadi fait de droit partie 
comme premier assesseur de ces tribunaux que préside le 
Résident ou le Commandement de cercle. 

Il est un domaine où les tribunaux de subdivision et de 



310 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

cercle ont quelquefois à intervenir, et où leur intervention est 
plus efficace. C'est dans les conflits et infractions où sont in- 
téressés à la fois des Maures et des Noirs. 

Il y a d'égales difficultés, la chose est reconnue par tous, 
à faire trancher ces cas mixtes aussi bien par les tribunaux 
maures que par les tribunaux noirs. Si les Maures sont des 
musulmans de stricte observance — ou à peu près, — l'éti- 
quette islamique qui recouvre les croyants noirs n'est qu'à 
demi religieuse, et encore moins juridique et sociale. Des ini- 
mitiés anciennes entre Maures et Noirs, entre pasteurs et 
cultivateurs, entre nomades et sédentaires, viennent encore 
compliquer la situation. Enfin chaque peuple a ses coutumes 
et ses traditions qu'il entend garder en dépit des prescrip- 
tions de l'orthodoxie musulmane. 

La juridiction impartiale que préside le Résident est ici 
à sa place. Il faut ajouter que ces cas mixtes concernent le 
plus souvent des litiges fonciers,les partages de terrains, etc.; 
qu'il y a là à faire œuvre d'administrateur et d'arbitre plu- 
tôt que de juriste, et que le Résident assisté des représen- 
tants du statut des parties, est tout indiqué pour trancher ces 
conflits. 

En matière pénale, l'Emir — juridiction séculière — a 
conservé une grande partie de ses pouvoirs traditionnels. 
Chargé d'assurer la police de l'Emirat, il a le droit de pro- 
noncer contre tous les fauteurs de troubles, telles sanctions 
que la coutume prévoit. Ici encore, il n'y a rien de bien fixe, 
et sa juridiction fait souvent double emploi avec celle des 
tribunaux de résident et de cercle, prévus par la réglemen- 
tation française. Pratiquement, et par la bonne volonté des 
uns et des autres, tout marche très convenablement. Ratione 
personarum, la compétence de l'Emir s'étend à toutes les tri- 
bus, hassanes ou zouaïa, relevant de son commandement, 
ainsi qu'à tous les indigènes de passage dans l'Emirat ; ra- 
tione materiez, à tous les attentats contre l'ordre public, la 
propriété, la vie humaine. Il est chargé aussi de réprimer 



l'émirat des trarzas 311 

toutes les contraventions aux règlements et arrêtés intérieurs 
de cercle, introduits par Y autorité française, tels que les me- 
sures de protection des forêts, la préservation des gommiers 
par des méthodes convenables de cueillette de la gomme, etc. 
En ce qui concerne les collectivités de race noire, instal- 
lées au Trarza, le problème de la justice indigène ne se pose 
pas. Bile ne se différencient nullement (Ouolof et Toucou- 
leur) de leurs contribules de la rive gauche, et c'est pourquoi 
les dispositions générales du décret de 1Q12 ont pu leur être 
intégralement appliquées comme aux autres indigènes séné- 
galais. 



La pénalité qui vient sanctionner tout délit commis con- 
tre un particulier soit dans sa personne, soit dans ses biens, 
se présente généralement sous une forme double : la « dïa » 
et le « tiouanine ». La dïa est connue : c'est la composition 
pécuniaire, la réparation du dommage causé. Le tiouanine 
paraît être spécial aux peuples maures : c'est une amende 
qui vient frapper le délinquant, coupable, en lésant un par- 
ticulier, d'avoir troublé l'ordre public et la paix générale de 
la tribu. Les deux peines s'accompagnent et sont prononcées 
par l'Emir ; mais tandis que pour la dïa, c'est surtout le 
Cadi qui apprécie le montant des séparations civiles, dues 
à la victime, de sorte que très souvent l'Emir n'intervient 
pas, pour le tiouanine, c'est l'Emir qui fixe personnellement, 
après avoir consulté les gens de son entourage, le taux de 
cette sanction d'ordre public. 

La dïa est versée à la victime. Le tiouanine est versé au 
représentant de l'Emir et est destiné à sa caisse. 

Le montant de ces impositions est fixé par la coutume et se 
présente sous des chiffres qui paraissent au premier abord 
très élevés, mais le mode de paiement traditionnel en adoucit 
singulièrement les rigueurs. C'est ainsi qu'on ne paie guère 
que le tiers du tiouanine, le surplus étant la plupart du temps 
abandonné. D'ailleurs les animaux, chameaux ou vaches, 



312 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

bénéficient d'une évaluation spéciale, dès qu'ils sont versés 
en remplacement d'une imposition d'argent ou de pièces de 
guinée. Le chameau qui dans le commerce vaudrait 150 fr., 
la vache qui sur le marché est cotée 80 francs, sont comptés 
en matière de composition pécuniaire ou d'amende 300 ou 
150 francs de numéraire, ou bien 10 ou 5 pièces de guinée. 

La dïa, comme le tiouanine, est déterminée par la cou- 
tume. Dans le vol, le coupable est ordinairement tenu à la 
restitution d'une dïa égale au double du produit de son vol. 
Dans le meurtre, et les coups et blessures, on distingue, sui- 
vant les prescriptions coraniques, entre les délits intention- 
nels et les délits non-intentionnels. Ceux-ci sont seuls sus- 
ceptibles d'être clos en principe par le versement d'une dïa. 
Elle est coraniquement de 100 chameaux ; mais la coutume 
a abaissé ce prix trop élevé à 100 pièces de guinée. Il s'agit 
bien entendu de la dïa d'un homme libre : guerrier, mara- 
bout, zenagui, hartani. Pour les captifs, comme pour les 
animaux, il ne saurait être question de dïa, mais de « qima », 
c'est-à-dire d'évaluation : on apprécie son âge, son sexe, ses 
talents, les services qu'il rendait, ou aurait pu rendre, etc. 
et on paie le montant en pièces de guinée. On procède ainsi 
encore pour les animaux, si on ne veut pas les remplacer. 

Le délit intentionnel ne peut pas être clos en principe par 
le versement d'une dïa. C'est le qiçaç, ou peine du talion, qui 
doit intervenir. Mais bien avant l'autorité française, les 
Emirs n'autorisaient pas cette coutume des premiers âges. 
Ils se saisissaient eux-mêmes de l'affaire, représentant déjà 
en quelque sorte l'action publique, châtiaient par les armes 
le délinquant, ou son campement toujours responsable, et 
contraignaient les uns et les autres à composer pécuniaire- 
ment. 

En cas de rixe entre deux individus ou deux fractions de 
minime importance, l'amende infligée à chaque partie est de 
cent pièces de guinée. Si la rixe dégénère en bataille à main 
armée entre deux campements ou deux tribus, l'Emir se 



L EMIRAT DES TRARZAS 313 

transporte avec jSon goum sur les lieux, s* installe en garni- 
saire aux dépens des intéressés, réconcilie si possible tout 
le monde, puis procède à un vaste marchandage de dettes 
du sang et d'amendes à cent pièces de guinée, tempéré par 
les discussions, les craintes et toutes circonstances oppor- 
tune». 

H faut ajouter que par un phénomène curieux de chevau- 
chement du droit coutumier sur- le droit canonique, la dïa 
avait souvent fini par disparaître de nom, sinon de fait ; et 
le tiouanine subsistait. L'Emir, qui n'éprouvait nullement le 
besoin d'utiliser les services d'un Cadi, fixait lui-même le 
montant des réparations dues à la victime, et l'augmentait 
des quelques « bissa »' (pièces de guinée) qui constituaient le 
montant de son amende. La condamnation conservait alors 
le nom général de tiouanine, englobant aussi la dïa. 

L'époque actuelle est une période de transition. Le droit 
d'infliger des amendes a été maintenu à l'Emir par la con- 
vention de 1910 qui en soumet l'exercice à l'autorisation du 
résident, mais l'administration a évidemment tendance à ca- 
naliser vers le trésor le montant des amendes prononcées. 
L'Emir, s'appU3'ant sur la tradition, entend conserver des 
droits aussi lucratifs. L'opinion publique enfin, surtout dans 
les parties d'opposition, est tentée de voir dans certaines 
condamnations beaucoup plus des mesures de fiscalité que les 
sentences d'une impartiale justice. Peut-être la solution mixte, 
qui consisterait à partager par moite les droits de tiouanine 
au profit du trésor et de la caisse de l'Emir pourrait-elle in- 
tervenir. Elle aurait le double avantage de satisfaire les in- 
téressés et de permettre un contrôle plus sévère de l'admi- 
nistration de la justice émirale. 

L'application des amendes de l'Emir est vue avec beau- 
coup de faveur dans les milieux indigènes. Elle permet de 
frapper sévèrement sans avoir recours à l'emprisonnement 
qui, dans bien des cas, individualise trop la peine pour des 



314 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

fautes qui paraissent être souvent le fait de la collectivité 
tout entière. Il est procédé à l'intérieur de la collectivité à 
un système de répartition par tente qui fait que tout le monde 
intervient pour le paiement et que tout le monde est ainsi 
puni. 

Le montant de ces amendes est reçu en nature ce qui en 
diminue considérablement le taux. 



CHAPITRE IV. 
Les coutumes politiques, 

I. — Régime des Puits et Puisards. 

Il existait avant l'occupation française un droit coutumier 
très précis touchant soit la propriété des points d'eau, soit 
le droit de puisage. A la faveur du bouleversement social, 
qui a suivi cette occupation, et du déclassement de tribus 
qui en est résulté, ces règles se sont obscurcies ; des contesta- 
tions se sont élevées, et ceux qui étaient grevés de servitudes 
n'ont pas manqué de cherché à recouvrer la plénitude de leur 
droit, en déniant tout ce qui venait l'amoindrir. 

Des réclamations se sont produites, nombreuses, contre 
les Marabouts. Elles émanaient soit de guerriers, soit de 
marabouts. 

Les guerriers, Trarzas nobles, ou Zenaga clients (Rehahla, 
Oulad-Aïd...) ont déposé des plaintes contre les marabouts 
qui leur refusaient de l'eau. C'est le cas d'Amar ould Mi- 
loud, chef des Haratines Dokhon du groupe d'Ould Deïd, 
d'une fratcion de Rehahla campée dans les Ogol ; de Sidi 
Moïlah pour une autre fraction Rehahla campée dans les Biar 
Tagounant, etc. 

Or le droit coutumier admet que les guerriers (nobles ou 
Zenaga) ne creusent pas de puits, n'en ont jamais creusé et 
n'en possèdent donc pas. En revanche, ils ont dans une cer- 
taine mesure la jouissance des puits des marabouts. Cette 
jouissance ne s'exerce que pendant le jour, où les troupeaux 
des guerriers ont droit au tiers de l'eau. On traduit couram- 
ment ce droit par la formule : « Le hassani peut disposer 



316 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

d'un seau (delou) « sur trois » . Pendant la nuit, les mara- 
bouts reprennent la jouissance entière de leurs puits. 

Pour les puisards (ogla), ce droit des guerriers s'élève à 
la moitié de l'eau et pendant le jour seulement, disent les 
uns ; à la totalité de l'eau, disent les autres, sans restriction 
de mesure ou de temps. 

Ces droits des guerriers et de leurs Zenaga remonteraient 
aux conventions qui furent passées en 1674 entre Hassanes 
et Zouaïa, à la fin de la guerre de Babbah. Toutes les tribus 
maraboutiques qui ont pris part à cette lutte y sont sou- 
mises. 

D'autre part, de fréquentes contestations s'élèvent entre 
ces tribus elles-mêmes. Les dissensions intestines de la fin 
du siècle dernier, comme les opérations militaires et la poli- 
tique des Français, avaient provoqué l'exode de la plupart des 
tribus. Beaucoup d'entre elles tendent aujourd'hui à rega- 
gner leur habitat traditionnel. D'autres au contraire, se 
touvant bien chez leurs voisins, cherchent par tous les 
moyens à y rester. Et alors surgissent deux sortes de diffi- 
cultés : 

i° Réclamations des fractions qui, désireuses de rentrer 
chez elles, trouvent la place prise et ne peuvent obtenir 
l'abreuvoir aux puits qu'elles ont jadis creusés et qui sont 
leur propriété. 

2° Réclamations des fractions qui, la paix établie, estiment 
que les campements auxquels elles avaient donné asile en 
période de troubles, n'ont plus de raison de demeurer chez 
elles et souhaitent les voir regagner leurs puits et pâturages. 

Pour le premier cas, on peut citer les Oulad-Biri en con- 
testation avec les Dieïdiba du Brakna au sujet des puits de 
l'Amechîîl ; les Ida Oudan, des Id Eïqoub, en contestation 
avec les Id Armadiek au sujet des puits d'Agoussar, etc. 
Les Oulad-Biri comme les Ida Oudan revendiquent la pro- 
priété des puits, jadis creusés par eux ; les Dieïdiba, comme 
les Id Armadïek, répondent que les puits ont été trouvés 



L EMIRAT DES TRARZAS 317 

par eux morts, comblés, sans eau, et que c'est leur travail 
et leur capital qui les a revivifiés. 

Pour le deuxième cas, on peut citer les Arroueïjat qui, se 
trouvant bien dans leurs campements actuels, ne veulent ab- 
solument pas entendre parler d'évacuation, et n'invoquent 
pas d'autre raison que leur droit à la vie. 

Il est bien difficile dans l'état actuel des choses de revenir 
intégralement au droit de l'ancien régime. Cependant l'au- 
torité française a semblé s'arrêter aux principes suivants : 

i° Le droit des Hassanes est maintenu sur les anciens 
puits. Ils continueront à en jouir dans la proportion d'un 
delou sur trois. 

2° Les nouveaux puits, forés par les marabouts, seront 
exempts de ces droits des guerriers. Il s'agit bien entendu 
de l'abreuvoir régulier des troupeaux des Hassanes. En 
dehors de ce cas, les voyageurs et troupeaux de passage 
ont droit à l'abreuvoir occasionnel jusqu'à l'étanchement de 
leur soif, suivant les prescriptions ordinaires du droit musul- 
man. 

3 La propriété du puits reste à celui qui l'a creusé. Tou- 
tefois, quand à la suite de circonstances de guerre, de trans- 
humance ou autres, un puits abandonné est devenu hors 
d'usage et a été revivifié par une autre tribu, celle-ci a droit 
à une juste indemnité, si mieux elle n'aime conserver un 
droit d'usage sur ce puits. Le mode de jouissance de cette 
servitude doit être déterminé par un accord administratif 
entre les Djemaa des tribus sous les auspices des autorités 
françaises, ou par un jugement des cadis compétents. 

La propriété d'un puits pour un individu se traduit d'ail- 
leurs pratiquement par un droit fort restreint : la jouis- 
sance de l'eau avant tout autre, et encore faut-il observer 
que pour les puits qui ont plusieurs poutres de déversement, 
ce qui est le cas général, il ne saurait en réclamer la jouis- 
sance exclusive. Il a droit d'entrer en possession immédiate 
d'une poutre. 



318 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Il n'y a pas de corps de puisatiers ; tout marabout creuse 
lui-même ses puits avec ses enfants, télamides et amis. En 
revanche, il y a des spécialistes pour « coffrer » les puits. 
Ces travailleurs ont droit à la nourriture journalière et à un 
salaire final de quelques pièces de guinée, déterminé par 
convention. 

La profondeur, d'un puits se compte par « gama » ou 
« taille d'homme ». La taille est comptée du pied au bout 
de la main tendue en*l'air, soit environ deux mètres. Mais 
il faut remarquer que cette « gama » diminue au fur et à 
mesure qu'on descend dans le puits, de sorte qu'au-delà de 
50 mètres, la gama ne vaut guère plus de 1 m. 50. Pour 
éviter toute erreur dans l'évaluation de la profondeur d'un 
puits, il y a là un calcul de correction à effectuer. 

Sur cette question de l'eau est venue se greffer celle des 
terrains de parcours. Plusieurs fractions ou individus ont 
prétendu que le forage d'un puits leur ouvrait des droits sur 
les terrains de parcours environnants, et ils fixaient comme 
mesure à ce droit la surface de pâturages que les animaux 
peuvent utiliser, tout en venant boire à ce point d'eau cen- 
tral. Ces prétentions sont évidemment exagérées. De l'aveu 
des vieillards ou des lettrés, le forage d'un puits nouveau 
n'ouvre des droits certains que sur les environs du puits, 
c'est-à-dire sur ce cercle de terrain nécessaire à l'utilisation 
du point d'eau et qui a pour rayon une longueur légèrement 
supérieure à la profondeur du puits. Quant à la zone de 
pâturage, on pourrait l'évaluer à un cercle dont le rayon 
serait une journée de marche du petit bétail, c'est-à-dire 
quelques kilomètres à peine s 

D'après le droit coutumier, les terrains de parcours appar- 
tiennent aux tribus qui en ont la jouissance rationnelle. 
Est-ce propriété? Est-ce possession? Rien ne permet de dé- 
terminer d'une façon précise la nature de ce droit ; c'est ainsi 
qu'en dehors du Chemama on n'a pas d'exemple qu'il ait 



L EMIRAT DES TRARZAS 319 

jamais été vendu une parcelle de terrain, niais il est certain 
que les tribus intéressées ont droit de s'opposer à tout empié- 
tement des tiers. Cette propriété ou possession des terrains 
de parcours est indépendante de tout forage de puits nou- 
veaux. 

Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que toute personne peut 
entreprendre le forage d'un puits en un point quelconque. 

Pour les puisards (ogla) d'abord, qui sont surtout des 
ouvertures sur cuvettes naturelles, il n'y a pas de contesta- 
tion. Les emplacements d'ogla sont connus et déterminés 
depuis longtemps et le droit du foreur est aussi complet que 
possible. 

Pour les puits, on admet que tout individu d'une fraction 
peut creuser un puits à proximité d'un puits ou d'un groupe 
de puits de sa fraction. Mais on n'admet pas qu'une fraction 
ait le droit de creuser un puits près les puits d'une autre 
fraction et sur ces terrains de parcours. Le droit coutumier 
voulait éviter ainsi tous frottements et causes de rivalités 
entre tribu. On peut le permettre aujourd'hui, où la sécurité 
publique n'est plus à la merci du plus violent, mais il est 
évident que le propriétaire du puits ne sera pas fondé à 
réclamer comme un droit, la jouissance des territoires et pâ- 
turages environnants. 



IL — Le Bakh (Redevance agraire). 



Le bakh, (déformation française d'un mot arabe-hassani 
(obbakh et obakh) est la redevance que doit au Seigneur de la 
terre celui qui la cultive, qu'il soit tributaire (zenaga), fils 
d'affranchi (hartani) ou même noir libre. Ce droit paraît 
avoir une origine féodale et remonter aux invasions arabes. 
La conquête des Hassanes refoula vers le Sud les premiers 
habitants du Trarza et les contraignit à abandonner les ter- 



320 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ritoires proprement sahariens de noniadisation et à s'installer 
dans la région du fleuve. Ce nouvel habitat transforma so- 
cialement et économiquement les Zenaga et Haratines. Par 
de nombreuses alliances, ils introduisirent une grande quan- 
tité du sang noir dans leurs tentes et ne tardèrent pas à se 
mettre à la culture des lougans de la rive droite. Mais les 
Hassanes, pillards et guerriers, veillaient. Ils n'entendaient 
pas laisser se créer cette nouvelle source de revenus chez leurs 
tributaires sans la grever d'une taxe à leur profit. Ils appli- 
quèrent donc tout naturellement les règles de la conquête des 
territoires nouveaux, prévues par le droit musulman, et firent 
admettre le principe que ces terres, jusque-là en grande par- 
tie incultes, et désormais mises régulièrement et de plus en 
plus en valeur, ne pourraient en être telles que par l'effet 
de leur générosité, et étaient en conséquence frappées d'une 
servitude pécuniaire à leur profit. 

Heureux' d'en être quittes à si bon compte, et à ce prix-là, 
de pouvoir jouir presque paisiblement de leurs récoltes, les 
Zenaga et consorts ont accepté assez facilement cet état de 
choses. Les Emirs ont partagé ou laissé partager entre leurs 
compagnons, ces nouveaux territoires conquis au Dar Al-îs- 
lam, et les cultivateurs ont régulièrement payé à leur suze- 
rain respectif cette redevance agraire. 

On serait tenté de l'appeler tout simplement le fermage de 
terres, si les guerriers ne considéraient pas ce droit beaucoup 
plus^commun hommage, dû à leur suzeraineté, que comme 
le produit d'une location. Il est malaisé de déterminer quel 
est celui qui a le droit de propriété (dominium). On distingue 
bien d'un côté un droit de suzeraineté, de l'autre un droit 
de culture et de jouissance. On ne voit pas où est le pro- 
priétaire. Le problème ne paraît pas d'ailleurs avoir gêné ni 
les uns ni les autres, au cours des siècles. C'est aujourd'hui 
seulement que nos enquêtes, les transformations de la vie 
sociale, la cupidité de certains spéculateurs noirs ou mu- 
lâtres de Saint-Louis qui poussent les cultivateurs ouolofs de 



^l'émirat des trarzas 321 

la rive gauche aux folles revendications, commencent à in- 
quiéter les intéressés, et que suzerains et tributaires, patrons 
et cultivateurs, s'avisent de prétendre tous au droit de pro- 
priété. 



Le bakh est un droit réel ; il frappe la terre cultivée ; dès 
le moment où elle reste en jachère, il n'est pas dû. La meil- 
leure preuve qu'il est issu du droit de conquête et légitime, 
c'est qu'il est dû aux seuls Hassanes, c'est-à-dire aux conqué- 
rants. Quand les marabouts font cultiver des lougans, c'est 
évidemment à leur propre compte, si ce sont leurs captifs qui 
travaillent ; mais si ce s$nt leurs Haratines ou leurs Zenaga, 
ceux-ci ne leur paient pas de bakh, ils ont à verser un droit 
de location, un fermage, une participation sur la récolte, etc., 
fixé chaque année bien compris comme tel et qui n'a rien 
de la fixité traditionnelle du bakh. 

Au surplus les marabouts eux-mêmes ont à payer le bakh 
aux Hassanes, ceux du moins qui font cultiver par leurs gens 
les champs de leur territoire inondé, par exemple les Tad- 
jakant et les Ida Belhasen. Les Chorfa Ida Ou Ali toute- 
fois, qui se prétendent les premiers occupants du sol, ont 
toujours réussi à maintenir à peu près leur indépendance 
sur ce point. Il ne s'en tirent néanmoins que par le don 
de nombreux cadeaux de grains, chaque année, mais le prin- 
cipe est sauf. 

Le droit de bakh ne se transmet dans la famille du suze- 
rain, suivant les prescriptions du droit successoral privé mu- 
sulman. On vit naturellement dans l'indivision, et c'est le 
chef de famille qui pratiquement à la gestion du droit. Il arri- 
vait jadis, en cas de dissension dans la famille suzeraine, que 
chacun des membres venait individuellement réclamer son 
dû. Le cultivateur avait alors intérêt, pour faire des verse- 
ments, à attendre que l'accord fût fait, ou tout au moins h 
faire établir la part précise (et ce n'était pas facile) qui reve- 
xxxvi. 21 



322 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

nait à chacun. Il aurait pu en effet faire son deuil de tout 
excédent de versement. 



Tous les actes bilatéraux, passés entre le Gouvernement 
français et les émirs des Trarzas, toutes les déclarations uni- 
latérales du Gouvernement français, toutes les instructions 
des Gouverneurs généraux et gouverneurs locaux ont reconnu 
cette situation de fait. La politique française a toujours 
porté sur ce double objet qu'elle a constamment lié : Droit du 
noir sénégalais de passer sur la rive pour cultiver la Cha- 
marna ; Droit du Maure guerrier de prélever sur le cultiva- 
teur ce droit coutumier du Seigneur. L'autorité du Séné- 
gal, voulant encourager cette émigration sur la rive gauche, 
en était même arrivée à sacrifier l'impôt achour sur les cul- 
tures qui y seraient effectuées. Elle étendait ainsi jusque là 
sa zone d'influence, et contribuait à développer les richesses 
agricoles de ses sujets ouolofs et toucouleurs. L'impôt achour, 
qu'on appelle ici assaka (déformation de zaka), était perçu 
par les Emirs, en sus du bakh. La perception de ce droit 
régulier est venue naturellement au trésor français, lors de 
notre occupation de la Mauritanie. 

Ce n'était pas évidemment au point de vue des Zenaga et 
Haratines maures dont il n'avait pas alors à s'occuper, que 
le Gouvernement français se plaçait, en conduisant cette li- 
gne politique et en reconnaissant officiellement le bakh. 
C'était en faveur de ses sujets sénégalais qu'il agissait. Mais 
il n'en est pas moins vrai que cette reconnaissance pour les 
uns entraînait indirectement reconnaissance pour les autres, 
et d'autant plus surabondamment qu'elle s'exerçait à notre 
détriment, c'est-à-dire au détriment de nos sujets noirs. Les 
Hassanes, à qui on voudrait dénier aujourd'hui ce droit de 
bakh, ne seraient-ils pas fondés à répondre : « Vous nous 
l'avez reconnu deux siècles durant, pourquoi n'aurait-il plus 



L EMIRAT DES TRARZAS 323 

de valeur aujourd'hui? Et si vous avez consenti à en grever 
vos propres sujets, comment ne sauriez-vous supporter d'en 
voir grever nos propres sujets, même devenus les vôtres de- 
puis 1901? » 

Il est utile de faire ces constations à l'heure où certains 
envisagent la suppression du bakh et où seule la question 
d'opportunité paraît les retenir. En résumé, en dehors de 
l'opportunité pressante qu'il y a à maintenir cette dernière 
source de revenus aux Hassanes, déjà réduits à la misère par 
notre seule présence, et dont il n'y a lieu d'espérer aucune 
évolution pour la génération actuelle, le bakh doit être sau- 
vegardé, parce qu'il repose sur un fait historique, un fonde- 
ment juridique, et les traditions diplomatiques : — un fait 
historique : la conquête, conquête consacrée par les siècles 
et qui comporte prescription ; — un fondement juridique : 
l'organisation rationnelle du pays, d'après les principes du 
droit musulman écrit, tempéré par les coutumes locales sa- 
hariennes et noires ; — des tractations diplomatiques : les 
nombreuses conventions que depuis deux siècles les Direc- 
teurs généraux des compagnies commerciales, les Comman- 
dants pour le Roi, les Maires de Saint-Eouis, et les Gou- 
verneurs du Sénégal ont signé avec les Emirs Maures. 

C'est plus qu'il n'en faut pour établir sa justification, en 
dépit des efforts faits par les Noirs et même par des Zenaga 
et Haratines pour s'y soustraire, en dépit des interventions 
intéressées, de toute nature, qui se produisent à Saint-Louis. 



La quotité du bakh est fixe. Elle était coutumière d'un 
« mata », id est 40 moudd du Trarza ou 20 moudd du Tagant, 
de grain (riz, mil, etc...), soit 80 kilos par lougan, ou grand 
champ en pleine valeur. Cette quotité était réduite de moitié 
pour les terrains qui étaient défrichés pour la première fois. 



324 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Elle était donc de 20 moudd (40 kilos) pour la première an- 
née seulement. 

Le bakh est payé par les cultivateurs à celu; des Maures 
qui est le chef reconnu de la famille suzeraine. Celui-ci ve- 
nait s'installer sur place, au moment de la récolte, amenait 
avec lui un certain, nombre d'animaux (chameaux, bœufs, 
ânes porteurs) fournis soit par lui, soit par son campement, 
soit par ses Zenaga, assistait à la moisson, et enfin enlevait 
la quantité qui lui revenait. On conçoit la multitude de pala- 
bres auxquels donnaient lieu entre suzerains et tributaires, 
également intéressés et également babillards, ces opérations 
de partage et de perception. Rentré chez lui, le guerrier ré- 
partissait entre les tentes de la famille les charges de mil 
qu'il rapportait. 

Le bakh était perçu généralement en nature. Il pouvait 
l'être en argent, après entente. , 

-X- -* 

En raison des difficultés de toute sorte qui s'élevaient en- 
tre les intéressés : dissimulation et refus de payer- d'une 
part, abus, exactions, et violence d'autre part, l'administra- 
tion française a été contrainte d'intervenir dans cette cou- 
tume du bakh. Elle l'a fait avec beaucoup de doigté et obtenu 
des résultats satisfaisants. 

La convention de mai 1910 avec l'Emir du Trarza, quiv 
instauré le régime actuel, a tout d'abord reconnu la légitimité 
ies redevances bakh. L'Emir a été chargé d'assurer la régu- 
larité de leur perception. Si une contestation s'élève, elle lui 
est transmise, à charge de soumettre sa décision à l'appro- 
bation du Résident. Il n'est pas rare, si la contestaion est 
de quelque importance qu'il s'entoure d'une diomaa d'Oulad 
Ahmed ben Daman. 

En vertu des instructions du Commissaire du Gouverne* 
ment général, du 20 janvier 1910, les bakh ont été perçus à 



l'émirat des trarzas 325 

partir de 19 10 par les soins de l'administration et consolidés 
individuellement par des conventions régulières entre Zenaga 
et suzerain, Un travail préliminaire s'imposait. Le Chamama 
a été divisé en « collés », ou secteurs géographiques ayant 
une unité personnelle et une vie propre, basée soit sur l'unité 
de la famille suzeraine, soit sur celle des campements et vil- 
lages de cultivateurs, soit sur les conditions des inondations 
périodiques et crues du fleuve. A l'intérieur du « collé & 5 
chaque lougan a été délimité et les suzerains nettement in- 
diqués. 

Les travaux de recensement et de partage effectués, des 
chefs de terrains ont été désignés. Leur tâche consiste à 
veiller au rassemblement des bakh, suivant les ordres de 
détail donnés par le Résident, et à en assurer la remise aux 
ayants-droit. Ce sont des notables, choisis de préférence entre 
les individus, qui, antérieurement à l'occupation française, 
étaient chargés de missions analogues. 

Cette ingérence de l'administration dans la perception de 
bakh, faite uniquement en faveur de l'ordre public, lui fut 
par un contre-coup inattendu des plus utiles. Parallèlement 
aux bakh se poursuivait la rentrée de l'achour. Elle donna 
une plus-value considérable, car dans les déclarations des 
suzerains on put trouver nombre d'indications qu'ils se se- 
raient bien gardés de donner, si leurs propres intérêts 
n'avaient pas été en jeu. 

Les lougans sont désormais partagés en grands et petits, 
et chacun de ceux-ci, suivant l'état de cultures, en bons et 
médiocres. Les recensements pour l'achour et le bakh sont 
uniques. 

Les quantités imposées au titre du bakh sont : 

Grand lougan, bon 100 kilos 

— médiocre 50 — 

Petit lougan. 'bon 50 — 

— médiocre.. . . . , 25 — - . , 



326 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

La répartition et la perception son faites par l'administra- 
tion, elle en assure la distribution aux intéressés par les 
chefs de terrains ou de toute autre façon. Elle peut, le cas 
échéant, prélever en nature pour elle-même le mil dont il a 

besoin, 



A. titre d'indication, on peut citer comme bakhs : 

Bakh des Oulad-Aïd, versé aux Ahel Mohammed El-Ha- 
bib : une dizaine de tonnes environ. 

Bakh de Ida Belhassen, versé aux Oulad-Ahmed ben Da- 
man (Ahel Tounsi) : 3.600 kilos. 

Bakh des Oulad-Dîmân, versé au Oulad-Ahmed ben Da- 
man (Ahel Khalil) : 3.360 kilos. 

Bakh des Ida Ou Ali, versé aux Oulad-Ahmed ben Da- 
man (Ahel Alïa) 4.880 kilos. 

Bakh des Tadjakant versé aux Oulad-Ahmed ben Daman : 
4.800 kilos. 

Bakh des Ida Belhassen versé aux Ou lad -Daman (Beau- 
blair) : 4.560 kilos. 

Les Ida Ou xAli paient le bakh, sauf pour le terrain de Hab- 
baïa, qu'ils ont acheté aux guerriers trarzas. Les autres ma- 
rabouts qui viennent cultiver Habbaïa paient le bakh aux 
Ida Ou Ali. 

Les Ida Arzembo possèdent dans la résidence de Boghé 
les terrains de Diougal qu'ils ont acheté dans les mêmes 
conditions que les Ouda Ou Ali. Ils perçoivent le bakh sur les 
autres cultivateurs. 



Rien ne s'oppose évidemeent au rachat des bakh, et prati- 
quement il y en a plusieurs. L'administration a toutefois 
fort peu incité les intéressés à cette solution, car elle a Fin- 



L EMIRAT DES TRARZAS 327 

convénient de remplacer des revenus périodiques par un ca- 
pital facile à dilapider, et le prodigue maure ne résiste pas à la 
tentation. L'armée suivante, leurs campements sont irrémé- 
diablement affamés et l'habitude les ramène à leurs lougans 
classiques, où ils pillardent et provoquent naturellement dts 
rixes. 

D'autre part, le bakh, véritable fermage agraire, ne pré- 
sente pas le cachet de servitude personnelle qu'offrait la 
horina. On a donc pu déconseiller le rachat, sans choquer les 
principes de notre droit public. 



328 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



III. — La Horma (Taxe personnelle). 

La horma est le droit de protection payé par le vassal (ze- 
nagui) à son Seigneur. Cette taxe coutumière a un fondement 
historique >; elle date de l'époque (xvi e siècle environ), où 
les tribus berbères-çanhadja de Mauritanie et leurs maîtres 
hassanes d'alors ,les Oulad-Rizg et les Oulad Mbarek, furent 
tous vaincus et domptés par une troisième invasion arabe, 
les Trarza, conduits par Daman. Les uns et les autres furent 
confondus par les Trarza dans l'appellation unique de Zenaga 
(les Azanaghes.de Ca da Mosto) et contraints à payer un tri- 
but : ce fut la horma ; moyennant le paiement de cette capi- 
tation, le zenagui conservait la vie, son indépendance fami- 
liale et ses troupeaux. 

Après la guerre de Babbah, les tribus berbères marabouti- 
ques qui s'adonnent exclusivement à la vie religieuse et let- 
trée, sont soumises elles aussi, au paiement d'un tribut, tri- 
but qui originairement ne devait pas être autre que la horma 
des Zenaga voisins et avait dû sanctionner leur défaite ; les 
Hassanes le prétendent encore aujourd'hui ; mais les efforts 
des Tolba se sont acharnés, au cours de deux siècles, à évi- 
ter cette confusion, de sorte qu'aujourd'hui on peut admettre 
que le tribut qui frappait n'était pas en somme une horma, 
mais constituait une taxe particulière, le ghafer, dont on 
verra plus loin la constitution et les modalités. 

Soumis à un tribut, les marabouts en exigeaient un à leur 
tour, de certaines fractions placées sous leur autorité ; mais 
ils affectaient de ne pas leur donner le nom de Zenaga ou de 
« acehab » (gens), ou de « lahma » (viande) dont les Hassa- 
nes décoraient leurs tributaires. Ils les appelaient « télami- 
des » . La contribution elle-même portait le nom de « horma » 
et plus souvent de « oudifa » . Ges fractions ont les origines 
les plus diverses. 



l'émirat des trarzas 329 

Beaucoup d'entre elles sont des descendants de Zenaga 
des Hassanes, qui brimés par leurs maîtres, sont venus se 
réfugier sous la protection du mara$but. Celui-ci les a ra- 
chetés et pris ainsi la place du suzerain de la veille. D'autres 
sont des fugitifs, venus des points les plus divers des pays 
maures qui, pour ne pas rester isolés dans cette dure société 
saharienne, ont acheté, moyennant horma, la tutelle de la 
baraka maraboutique. 

La protection du guerrier était d'ordre matériel, celle du 
marabout était morale et religieuse. Il est arrivé que l'une 
ou l'autre se montrant insuffisante, certains campements les 
ont acquises toutes deux. C'est ainsi par exemple qu'il était 
admis que les Brakna ne devaient pas molester les télamides 
des Oulad-Biri. Il y avait donc des campements de tributai- 
res qui Zenaga des Oulad-Ahmed ben Daman étaient assurés 
de leur protection contre les autres Trarzas, et les télamides 
des Oulad-Biri comptaient sur les baraka pour éviter les 
déprédations des Brakna, quand ceux-ci avaient battu les 
Trarzas. 

Certaines tribus de Zenaga (les Rehahla par exemple, tri- 
butaires des Oulad-Ahmed ben Daman, avaient à leur tour 
des tributaires. 

Il convient de noter que chez les Hassanes suzerains, on 
atribue l'origine de la horma ou dépôt qu'ils ont fait de leurs 
troupeaux chez les vaincus, lors de leur écrasement. Cette 
affirmation ne vise à rien moins qu'à étayer aujourd'hui leurs 
prétentions à la propriété des troupeaux des Zenaga. II y a 
évidemment peu de cas à en faire. 



La horma est donc la redevance payée par le zenagui, (qu'il 
porte ou non l'appellation) à son suzerain. G' est une taxe 
personnelle. C'est elle qui constitue même la condition de 
zenagui. Elle consiste en principe dans l'obligation pour le 



330 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

zenagui d'entretenir son suzerain dans la jouissance cons- 
tante d'une chamelle laitière. Quand le lait de cette cha- 
melle est épuisée, le zenagui averti doit la reprendre et la 
remplacer immédiatement par une aartre qui aura du lait. 
Pour certaines fractions (Oulad Mbarek, Zombott, etc..) ce 
n'est pas une chamelle qui entre en compte, c'est une vache 
laitière. 

De nombreuses contestations surgissent chaque année, car 
quand la femelle met bas, les Hassanes ne s'occupent pas 
du tout du petit, et comme souvent ils ne lui laissent pas de 
lait, la bête meurt. Le zenagui réclame une indemnité qu'on 
ne lui donne pas ; il veut reprendre la mère qu'on retient. 
Le litige finit par une transaction, ou ne finit pas. 

Si le zenagui n'a pas d'animal remplissant les conditions 
voulues, il paie en guinée. En général, l'équivalence est de 
dix pièces de guinée (bissa) pour une chamelle laitière et de 
cinq pour une vache. Cependant chez les Rehahla, qui sont 
d'origine hassane, partant plus respectés que les autres Ze- 
naga, l'équivalence d'une chamelle n'est que de deux pièces 
de guinée. 

Il y a au surplus de nombreuses conventions particulières 
entre suzerains et vassaux. 

Aux termes de ces conventions, les Zenaga peuvent avoir 
à fournir en outre soit une bande de tente (flij), soit une 
outre de beure, soit un crible- van, soit un mouton, soi^ même 
un chameau. Dans ce dernier cas le chameau a une valeur 
spéciale et déterminée de 40 moutons. 

Enfin certaines tentes de Zenaga n'ont pas de horma fixe ; 
celle-ci dépend chaque année de la situation pécuniaire du 
tributaire. Elle peut s'élever jusqu'à 40 pièces de guinée. 

Les Haratines armés sont considérées comme guerriers 
marchant à la suite de leurs patrons et ne paient pas de 
horma. Les Haratines non armés paient deux pièces de gui- 
née, généralement une pièce chandora, et une pièce filature. 

La horma entraîne la plupart du temps l'obligation pour 



L'EMIRAT DES TRARZAS ' 33 1 

le zenagui de recevoir la femme et les filles de son suzerain, 
quand elles viennent en automne faire leur cure de lait, 
« s'engraisser » suivant l'expression maure, dans son cam- 
pement. Il doit leur fournir tout le lait qu'elles peuvent ab- 
sorber et qui doit leur donner cet embonpoint majestueux, 
en quoi consiste la beauté classique et la suprême élégance 
des femmes de ce peuple. A son arrivée et à son départ, la 
Hassania fait un petit cadeau à ses hôtes : pièce de guinée, 
peau de mouton, sucre... 



Les tribus hassanes les plus favorisées en hormas sont par 
ordre décroissant : 

Euleb 

Oulad-Dâmân 

Oulad-Bou-Sba 

Oulad-Delim 

Rehahla. 

A remarquer que les Rehahla sont tributaires des Oui ad - 

Ahmed ben Daman, mais en même temps perçoivent une 

horma sur les Aroueïjat. 

On cite parmi les guerriers les plus riches en horma la 
tente du Cheikh Mokhtar ben Mbarek, des Oulad-Dâmân, 
qui possède au moins 200 tentes de Zenaga, et parmi les 
marabouts, celle de Cheikh Sidi Mohammed ben Ahmeddou 
ben Sliman, des Oulad-Diman, qui a 300 tributaires environ. 
La fraction la plus chargée en horma est la fraction Aroueï- 
jat, dont beaucoup de membres paient double horma aux Ou- 
lad-Dâmân et aux Euleb. 



Dès le début de notre occupation, de nombreuses difficultés 
touchant le montant de la horma, sa perception et sa répar- 



332 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tition n'avaient pas tardé à surgir entre bénéficiaires et im- 
posés. Les Zenaga, rapidement émancipés à notre contact, 
ne tardaient pas à refuser de payer aux Hassanes un droit de 
suzeraineté et de protection que ceux-ci n'étaient plus ca- 
pables d'exercer. L'administration française a été contrainte 
d'intervenir pour éviter des conflits sanglants. 

Un recensement très complet de toutes les horma indivi- 
duelles et collectives est intervenu. Ce répertoire a pu être 
établi sans grande difficulté sur les doubles déclarations des 
intéressés. Des complications pouvaient surgir du fait que 
les tribus hassanes, contraintes par notre présence de vivre 
en tête à tête, sans coups de fusil, se sont séparées au gré 
de leurs sympathies, les uns restant cantonnés dans le 
Trarza occidental (Méderdra), les autres allant camper dans 
le Trarza oriental (Bon Tilimit). Il a bien fallu accepter ce 
déclassement de tribus et le sanctionner, sous peine de les 
voir s'entretuer jusqu'au dernier homme. Mais les Zenaga 
n'ont pas suivi en général leurs suzerains dans ces querelles 
et ces déplacements, et si quelques mouvements se sont pro- 
duits chez eux, il y a eu surtout des chasses-croisés ; de sorte 
qu'on trouve doublement des fractions imposées dans une ré- 
sidence et des fractions bénéficiaires dans l'autre. Et l'on 
sait qu'il est interdit aux Hassanes, à cause des perpétuelles 
rixes qu'ils provoquent de passer d'un côté dans l'autre. 

La perception s'opère donc maintenant clans les conditions 
suivantes : 

Quand bénéficiares ou Zenaga campent dans la même ré- 
sidence, le guerrier vient, selon la coutume, au campement de 
son zenagui, et dépose entre ses mains la chamelle ou la 
vache dont le lait est tari. Il en reprend une autre, bonne 
laitière, et s'en va. Comme la chamelle a du lait pendant 
douze mois, et la vache pendant dix mois, on voit que Topé- 
ration ne se produit qu'à intervalles éloignés. Si le paiement 
est fait en pièces de guinée, ou autres marchandises, le Has- 



l'émirat des trarzas 333 

sani part, dès qu'il a reçu sou tribut. Quand bénéficiaires et 
Zenaga sont en bons termes, ceux-ci n'attendent pas la venue 
de leurs patrons et vont souvent leur conduire la bête de 
liorma. 

Quand Hassanes et tributaires sont campés dans des rési- 
dences différentes, il n'y a guère des difficultés, si le béné- 
ficiaire peut être autorisé à aller individuellement dans le 
territoire voisin. 11 le fait sous la protection et la surveillance 
du Résident, à qui il doit se présenter et qui juge s'il peut 
le laisser aller dans les campements tributaires. Sinon, Topé- 
ration de paiement se passe à la résidence où les intéressés 
sont convoqués. Si le bénéficiaire ne peut pas être autorisé 
à aller dans le territoire voisin, il peut envoyer tel délégué 
qui lui plaît, pourvu que ce délégué ne doive pas être, comme 
son mandant, l'objet de rixes ; le zenagui intéressé peut aussi 
envoyer directement à son patron les bêtes de liorma, et 
même, si les paiements sont effectués en espèces, verser la 
somme à la résidence voisine pour le compte du bénéficiaire, 

Toutes les contestations concernant le paiement de la horma 
sont portées devant l'Emir. Le Résident en contrôle évi- 
demment de très près le jugement. 

Des contestations surgissent souvent à propos de la répar- 
tition de la horma, surtout dans le cas où un même campe- 
ment est partagé entre les deux résidences. Les premiers ar- 
rivés sont les premiers servis et apportent par N la suite la plus 
mauvaise volonté au partage. L'Emir connaît également de 
ces litiges. D'ailleurs il profite souvent de l'occasion pour 
faire cesser l'indivision et répartir les liorma entre les di- 
verses tentes du campement. Dans ce cas, le chef de famille 
est quelque peu avantagé. Il reçoit quelques horma de plus( 
que ses frères et cousins. Ce léger supplément, qui se conti- 
nuera évidemment d'année en année, porte le nom de « khe- 
ridja. » 

La horma se transmet aux successeurs, tant du côté du 
bénéficiaire que du côté des imposés. 



334 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

A la mort du bénéficiaire, ses Zenaga sont partagés en quan- 
tités égales entre ses seuls fils. Les filles sont exclues du par- 
tage. A défaut du fils, la répartition est opérée entre les 
fils du frère paternel du de eu jus , c'est-à-dire entre ses ne- 
veux germains ou tout au moins consanguins. On le voit, la 
consanguinité est une condition de rigueur à la vocation suc- 
cessorale des horma, la féminité est exclusive. 

A défaut d'héritiers directs, c'est la collectivité des héri- 
tiers aceb, c'est-à-dire agnats, ou mâles, parents par les 
mâles, qui est appelée. 

Quand le de eu jus est un halif, c'est-à-dire un étranger, 
installé dans la tribu, et qu'il y est décédé, marié ou non, 
sans enfants mâles, c'est le cheikh de la tribu, ou l'Emir, 
ou tous les deux qui héritent des horma. 

Chez les imposés, la horma se transmet aussi, mais ici elle 
va en se simplifiant ; et cela se comprend, puisqu'elle est une 
taxe de capitalisation, une imposition personnelle, due au 
seigneur, qui protège le zenagui dans la vie, sa famille et 
la libre jouissance de ses biens. A la mort de l'imposé, cha- 
cun de ses enfants mâles aura donc à payer à son seigneur 
une taxe de horma égale à celle de son père. Les filles en 
sont exemptes. Elle ne grève obligatoirement que les fils du 
défunt. 

Si le zenagui meurt sans enfant mâle, il est fait de sa suc- 
cession deux parts : l'une est attribuée en toute propriété au 
bénéficiaire de la horma pour l'indemniser de la perte qu'il 
subit. C'est en somme un rachat forcé. L'autre part est hé- 
ritée par les collatéraux, suivant les règles ordinaires du sta- 
tut successoral. Si l'un de ces héritiers s'engage à payer au 
seigneur la horma du défunt, il n'en peut être empêché. Il 
prend alors la première part de succession, qui avait été ré- 
servée pour le suzerain et se trouve désormais son vassal. 

Le mariage du zenagui avec une fille de guerrier ne change 
rien à sa situation, ni à celle de ses enfants. Il arrive pour- 
tant que si le zenagui épouse la fille de son suzerain, celui-ci 



L EMIRAT DES TRARZAS 



ÔÔO 



lui fait remise de sa liorma. Ces mariages ne se produisaient 
jamais avant l'occupation française. Nombreux en revanche 
étaient les mariages entre Hassanes et filles de Zenaga. Dans 
ce cas, il arrivait ordinairement que le gendre faisait remise 
de la horma à son beau-père. 

Le suzerain, étant le souverain propriétaire de sa liorma, 
peut la vendre, ou la céder gratuitement ou à titre onéreux 
à un tiers. Il n'a qu'à signifier la chose à son zenagui qui se 
trouve dès lors obligé envers son nouveau suzerain. 

Le rachat par le zenagui est également permis, et l'on 
va voir que, sur les conseils de l'administration française et 
par les désirs des intéressés, il a été largement pratiqué 
dans le Trarza. 



Il est advenu en effet qu'avec notre occupation, les tribus 
zenaga, propriétaires de nombreux troupeaux, enrichies par 
les convois ou le négoce, plus industrieuses, se sont mises 
à désirer leur émancipation, et ont offert le rachat. Souvent 
armées par nous et marchant à nos côtés, elles souhaitaient 
conquérir la condition d'hommes francs et libres. Les Has- 
sanes eux-mêmes, toujours insatiables et insouciants de l'ave- 
nir, se prêtaient volontiers à ces rachats, qui leur procu- 
raient tout de suite un gros capital. 

Quant aux Français ils voyaient sans trop de déplaisir 
disparaître par le rachat cette servitude personnelle, issue 
d'un esprit féodal et d'un régime de caste. Sans préconiser 
le rachat général, qui aurait procuré aux guerriers une pro- 
priété essentiellement passagère et de courte durée, et les 
aurait laissés, l'année suivante, dans une complète misère, 
elle se prêtait facilement au rachat," chaque fois que les con- 
testations prenaient un ton aigu, comme chez les Oulad-Al- 
Faghi, tribu riche et moralement émancipée, et laissaient 
entrevoir pour l'avenir des difficultés sans cesse renouvelées 
et quasi insolubles. 



336 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Avec cette simple tolérance, les choses ont marché rapi- 
dement. Dans la Résidence de Bon Tilimit, il ne reste plus 
de horma dues aux guerriers. Seuls, les marabouts Oulad-Biri 
les ont conservées partiellement, d'ailleurs par leurs téla- 
mides. 

Dans la Résidence de Méderdra au contraire, le plus 
grand nombre de horma a subsisté. 

Le montant du rachat est des plus variables. Ici la cou- 
tume exige la valeur de dix annuités de horma ; là, ce mon- 
tant n'est pas proportionné à la valeur annuelle de la horma. 
Le zenagui ne peut se racheter qu'en abandonnant la moitié 
ou les deux cinquièmes de ses troupeaux. C'est ainsi que 
Cheikh Sidïa invité à faire connaître son avis sur le litige 
pendant entre Oulad-Dâmân et Oulad-Al-Faghi au sujet 
du rachat des hormas a évalué la fortune des Oulad-Al-Faghi 
à ioo.ooo francs, et a fait connaître que leur achat pouvait 
être fixé à 35 ou 40.000 francs. 

Ailleurs, dans ecratines fractions du Tagant par exemple, 
le zenagui doit livrer tous ses troupeaux, mais on peut croire 
qu'au moment du décompte, il en a fait disparaître une bonne 
partie. 

La formule de rachat est des plus simples. Un acte est passé 
devant un notable, ou devant le Cheikh de la tribu. Les con- 
ditions réciproques y sont exposées. Cet acte est présenté à 
la Résidence qui l'inscrit et le numérote. Copie en est donnée 
à chacun des intéressés. Désormais la horma n'existe plus, 
et il n'y a plus qu'une dette ordinaire. Le Résident n'inter- 
vient donc que pour enregistrer les arrangements conclus 
entre les parties, régler les différends qu'ils lui soumettent, 
et contrôler les paiements quand ils le demandent. Ces paie- 
ments sont effectués, en nature ou en espèces, dans un délai 
plus ou moins long qui peut aller jusqu'à quatre ans. C'est 
le zenagui qui en fixe à peu près librement les conditions. 
Décharge des versements est donnée par le guerrier au tri- 
butaire en présence du Résident. Les versements sont enre- 



l'émirat des trarzâs 337 

gistrés au fur et à mesure, au verso de l'acte conservé à la 
Résidence. 

On remarquera l'absence du Cadi dans l'établissement de 
:es actes. La horma est en effet une disposition du droit cou- 
tumier, et les Cadis, avant comme depuis notre occupation, 
n'ont jamais voulu la reconnaître, même indirectement, en 
réglant les litiges qui la concernaient ou en dressant des actes 
à son sujet. Si l'on trouve quelquefois un cadi, présidant à 
une convention de rachat, c'est qu'il a spécifié qu'il agissait 
comme notable et lettré de la tribu, comme agent de concilia- 
tion, et non comme cadi. 

Ci- joint à titre d'exemple une convention de rachat. 

CERCLE DU TRARZA 
N° 8 du registre arabe du Cercle 

Horma de Mohammed O. Ali O. Bakkar (Oulad Al Lab) réclamée 
aux Ahel Etchfagha Ahmed et aux Ahel Mouslim. 

Convention de Rachat 

Au nom de Dieu, le Clément et le Miséricordieux. 

Que le lecteur du présent écrit sache que j'ai tranché la revendi- 
cation de Mohammed o. Ali o. Bakkar, en ce qui concerne tous les 
Ahel Mouslim. pour une somme de cinq cent francs (500 fr.), deux 
cent cinquante francs (250 fr.), payables dans quatre mois ; deux cent 
cinquante payables un an plus tard. 

je parle de tous les Ahel Etchfagha Ahmed et Ahel Mouslim, 
qu'ils soient dans le Trarza ou dans I'Àdrar. 

Il est bien entendu que personne des O.-Al-Lab ne réclamera 
plus rien aux Ahel Etchfagha Ahmed, ni aux Ahel Mouslim. 

Fait en la présence de Mohammed Abdallah o. Ali o. Ahmed, 
représentant de Mohammed o. Ali o. Bakkar. 

L'écrivain du présent est de même le représentant des Ahel Etchfa- 
gha Ahmed et des Ahel Mouslim. 

Sid El-Mokhtar o. Sidi Mohammed o. Sidïa. 

Dimanche, le 22 safar 1330 (11-2-12). 
Approuvé le présent arrangement ; 
Le capitaine, commandant le Cercle du Trarza. 

xxxvi. 22 



338 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



* 



Le droit du suzerain sur un zenâgui peut encore prendre 
fin de plusieurs façons. En temps de guerre d'abord, une 
tribu victorieuse peut imposer comme conditions aux vaincus 
que leurs Zenaga lui seront cédés. Elle prend alors leur lieu 
et place et perçoit la horma. Souvent même il n'est pas besoin 
d'imposer ces conditions d'une façon ferme. Les Zenaga com- 
prenant que leurs suzerains vaincus ne sont plus capables 
d'assurer leur protection, les abandonnent et s'en vont payer 
la horma aux vainqueurs. Ceux-ci acceptent naturellement 
et un nouvel ordre de choses commence. 

En temps de paix, il y a un procédé classique par lequel 
le zenagui peut changer de suzerain. Il pénètre furtivement 
dans la tente de celui qu'il a choisi comme nouveau patron, 
et lui coupe un petit morceau d'oreille, ou tout au moins la 
lui fend légèrement d'un coup de couteau. Il est admis que 
le zenagui devient désormais l'homme de sa victime parce 
que précisément il l'a lésée et qu'il ne peut l'indemniser pé- 
cuniairement. Il faut donc qu'il reste engagé lui-même. Les 
Hassanes n'admettent pourtant pas toujours ces procédés ; il 
arrive d'abord que le suzerain, pris de rage, consent à payer 
la dïa ou composition pécuniaire à la victime et renmène 
son zenagui qu'il roue de coups, blesse ou tue. Il arrive éga- 
lement que le guerrier, choisi comme nouveau suzerain, soit 
qu'il ait été surpris dans son sommeil, soit même qu'éveillé 
il n'admette pas ces mutilations, saute sur ses armes et les 
décharge dans le corps du zenagui. 

Il y a d'autres procédés moins barbares pour un zenagui 
de changer de maître : c'est d'infliger au guerrier choisi 
une perte dans son animal de prédilection, par exemple : 
couper la queue de son cheval d'armes, trancher les jarrets 
de son méhari de razzia, etc. 

Ces procédés sont généralement employés par le zenagui 
qui a plusieurs patrons > et dont les exigences multipliées l'ac- 



l'émirat des trarzas 339 

câblent. Il fait choix de l'un d'entre eux pour patron définitif 
et le mutile. Du même coup, il met fin à tous ses biens de 
vasselage. Ces pratiques ont été empruntées aux esclaves 
qui, dans la société maure, avaient coutume de l'employer 
pour fuir une domination insupportable. 

Les horma sont individuelles ou collectives, et des deux 
côtés. 

Les plus communes sont celles d'individus à individus. 
Mais beaucoup sont collectives soit du côté zenagui, soit du 
côté bénéficiaire. Plusieurs Zenaga doivent une horma col- 
lective à un guerrier. Plusieurs guerriers possèdent un droit 
de contribution collectif sur une tente zenagui. Dans un cas 
comme dans l'autre, il s'agit généralement du reliquat d'une 
horma doublement collective qui, par héritage ou tractation 
successive, a abouti à un seul individu (bénéficiaire ou im- 
posé). 

Il y a aussi des horma doublement collectives ; toute une 
tribu, toute une fraction, tout un campement de Zenaga de- 
vant une horma à tout un campement de guerriers. Les ré- 
partitions de perception et de partage se font alors à l'inté- 
rieur de chaque groupement, et s'il y a contestation, le Cadi 
peut intervenir, car il n'a pas à connaître, argue-t-il, de l'ob- 
jet litigieux, mais simplement d'une répartition d'animaux, 
de guinées ou d'argent. 



340 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

IV. — Le Ghafer. 

Le ghafer a conservé dans les pays maures sont sens gé- 
néral et originel de « protection » puis de « contribution » . 
C'est en effet la protection qu'une personne, incapable de se 
défendre, doit solliciter et acheter du guerrier plus fort. Il 
y a autant de ghafer que de cas d'espèce ; la horma en est 
une sorte ; le droit de passage, de libre circulation et de sé- 
curité que paient les caravaniers de la haute Mauritanie qui 
viennent commencer à Saint-Louis en est une autre ; le droit 
de protection par lequel les tribus maraboutiques achetaient 
la libre jouissance de leurs troupeaux et leurs cultures en 
était un troisième. 

On ne voit pas, à vrai dire, que cette sorte de ghafer ait 
différé de la horma. Toutefois l'habileté des Zouaïa n'a ja- 
mais voulu laisser assimiler le tribut qu'ils étaient contraints 
de payer aux Hassanes à une horma régulière. Elle a toujours 
visé à lui assurer le caractère d'une tractation à temps, indé- 
finiment et forcément renouvelable, il est vrai ; mais néan- 
moins temporaire. C'est le ghafer proprement dit, communé- 
ment employé dans cette acception. 

Cette diplomatie a été couronnée de succès. A l'arrivée 
des Français, qui se chargeaient du soin de la sécurité géné- 
rale, le rôle des Hassanes est devenu inutile, et les Tolba ont 
pu arguer qu'ils n'avaient plus de ghafer à leur payer. Et 
de fait, pendant les quelques années qu'ont duré la dissidence 
des Hassanes et leurs luttes contre nous, cette pratique est 
tombée en désuétude, au point que lorsque les Hassanes ont 
voulu la reprendre, ils se sont heurtés à un refus général et 
presque étonné des Marabouts. L'autorité française n'étant 
pas intervenue, le ghafer ou horma maraboutique est donc à 
peu près tombé aujourd'hui. Il ne s'est conservé que chez 
quelques tribus : Id Eïboussat, etc., et par leur bonne vo- 
lonté. 

Le caractère principal du ghafer était donc, au dire des 
Marabouts, son instabilité de principe et son objet bien dé- 



l'émirat des trarzas 341 

terminé. C'était une convention par laquelle le guerrier s'en- 
gageait à protéger les tribus zouaïa, sans armes, pour un 
certain laps de temps ; un an..., ou pour une opération dé- 
terminée : caravanes de grains, conduite de troupeaux au sud 
du fleuve, moissons, etc. Le temps expiré, l'opération ache- 
vée,, le marabout réglait, non sans contestation, sa contri- 
bution et chacun reprenait sa liberté. Mais comme, dès le len- 
demain, le gendarme de la veille pouvait devenir le brigand, 
et brigand d'autant plus dangereux que son contact prolongé 
avec la tribu lui en avait fait connaître les richesses, les 
points faibles, etc., on renouvelait aussitôt la convention de 
ghafer. La tradition se créait ainsi entre protecteurs et pro- 
tégés. On en cite qui sont vieilles d'un siècle. 

Le ghafer était connu aussi dans cette acception sous son 
nom berbère de « tamjaret ». Il est même plus connu sous 
cette appellation dans d'autres territoires de la Mauritanie, 
tels l'Assaba et le Tagant. Le protecteur est F « omajar » ; 
ici, l' omajar suprême est l'Emir des Trarzas, qui percevait 
sur les tribus maraboutiques un deuxième et léger ghafer. Il 
avait d'ailleurs des protégés propres et les confiait à certaines 
de ses bandes, quand il voulait les récompenser. Celles-ci tou- 
chaient alors le ghafer au lieu et place de l'Emir. 

Le ghafer n'avait pas de montant déterminé. Il était dé- 
battu et fixé par les conventions. Il consistait dans la livrai- 
son d'un ou plusieurs chameaux, suivant les difficutés de 
la protection, de pièces de guinée, de quantités de sucre, thé, 
bougie. Quand il s'exerçait à propos de culture, il était perçu 
naturellement en grains : 5 à 10 moudd, suivant la surface du 
lougan ; dans les palmeraies, il est perçu en dattes. Le moudd 
de ghafer a une valeur spéciale, inférieure de moitié au 
moudd commercial. 

Une autre sorte de ghafer bien connu était le droit de pas- 
sage que devaient acquitter les caravaniers tekna, regueïbat, 
Oulad-Delim, Oulad-Bou-Sba, de l'Adrar et du Tagant, pour 



342 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

venir faire leur commerce à Saint-Louis et sur le bas fleuve. 
Ce ghafer était dû à l'Emir lui-même, chef du territoire tra- 
versé. Il le partageait avec la bande de guerriers qu'il délé- 
guait à la protection de la caravane. 

La convention de mai 1910 disposait qu'en vue de faciliter 
les relations commericales entre les Maures du haut pays et 
le fleuve, les ghafer que payaient aux Emirs les tribus saha- 
riennes cesseraient d'être perçus. Par la suite, des décisions 
partielles du Commissaire du Gouvernement général ont ad- 
mis que dans le cas où l'Emir, chargé de la surveillance des 
caravanes venant du nord, constaterait l'existence d'un dé- 
lit : contrebande de fusils et munitions ; participation à la 
caravane d'indigènes appartenant à des fractions dissidentes, 
etc., etc., il pourrait être autorisé par le Résident, indépen- 
damment des sanctions à appliquer, à percevoir le ghafer. Il 
s'agissait surtout de l'inciter par l'appât des bénéfices du 
Nord et de l'Est. 

On voit que le ghafer est utilisé dans ce cas pour un usage 
tout à fait particulier. Il a fini d'ailleurs par tomber, car ces 
délits se font de plus en plus rares. 



Il reste à citer enfin une sorte de ghafer qui donne quelque- 
fois lieu à des difficultés : c'est celui que paient les Imraguen, 
ou pêcheurs de l'Océan, aux Oulad-Àhmed ben Daman et 
Euleb, pour pouvoir pêcher librement et jouir du produit de 
leur industrie. On ne saurait rapprocher cette redevance de 
la horma, encore que les imposés soient les uns et les autres 
Zenaga, parce que la horma est toujours due par le tributaire, 
tandis que les Imraguen ne doivent leur ghafer que s'ils 
pèchent et s'ils prennent du poisson. Les imraguen, plus éloi- 
gnés de nos ports, plus frustes, dispersés le long de la côte, 
se sont moins émancipés de la tutelle des Hassanes que les 
autres tributaires. Ils continuent à payer avec régularité leur 
ghafer. 



L EMISAT DES TRARZAS 



V. — Les Classes sociales. 

La société maure a vécu jusque nos jours en classes, net- 
tement séparées. A l'heure actuelle, par notre contact et par 
les nouvelles conditions de l'existence, une fusion tend à se 
produire, mais l'égalité démocratique qui règne généralement 
dans la société arabo-berbère de l'Afrique Mineure ne sera pas 
atteinte, ici, avant plusieurs générations. 

Au sommet de la hiérarchie politique se trouvent les Hassa- 
nés ou tribus guerrières. Ce sont des Arabes, descendants des 
Béni Hassan, des invasions des xv e et XVI e siècles. Ils for- 
ment une sorte de caste féodale qu'on pourrait comparer, 
d'assez loin d'ailleurs, à la noblesse du Moyen-Age. Eux seuls 
exercent le droit de porter des armes et de faire la guerre. Ils 
ont un droit supérieur sur le sol qui porte leur nom, encore 
qu'ils soient de beaucoup les moins nombreux. On dit le « ter- 
ritoire Trarza » (trab trarza). Ils tiennent en coupe réglée 
les tribus de marabouts, de serfs-zenaga, de haratines. Ils 
ne pratiquent pas la religion, ou tout au moins fort peu ; ils 
n'étudient pas et sont fiers de leur ignorance ; ils ne sauraient 
travailler sans déroger, et en conséquence ne forent pas de 
puits, ne font pas de commerce, n'élèvent même pas de trou- 
peaux. Ils vivent en grands Bédouins nomades. C'est aux 
autres classes à les entretenir. Ils les protègent et en vivent. 

Par les exactions qu'il est entraîné à connaître, par sa vie 
areligieuse, par son mépris des choses saintes, le guerrier, 
le Hassan! pour l'appeler par son nom, n'est pas considéré 
dans le monde maraboutique de Mauritanie, comme étant 
dans la voie droite de l'Islam. On admet pourtant que cer- 
tains d'entre eux sont meilleurs que d'autres. Les lettrés en 
sont même arrivés à faire une classification de Hassanes. Ils 
les partagent en trois sections : 

i° Les Meghafra. Ce terme a étymologiquement signifié 



344 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

« les fils et gens de Maghfar » chef des Hassanes du xvi e siè- 
cle, aujourd'hui il sert simplement à désigner la classe supé- 
rieure où l'on range les meilleurs guerriers, ceux qui ne pil- 
lent ni ne volent, ni ne tuent sans nécessité, et qui se signa- 
lent même à l'occasion par des largesses aux marabouts, ou 
un traitement bienveillant envers les classes inférieures. 

2 ° Les Arabes . « Ce sont ceux dont le fusil est bon » , dit 
la définition maure. S'ils font du bien à leurs amis, ils ne 
craignent de commettre toute sorte d'injustices et d'exac- 
tions vis à vis de leurs ennemis. Ils maltraitent et tuent leurs 
Zenaga, et ne font aucun cadeau aux marabouts. Leurs agis- 
sements amènent souvent la guerre entre tribus. 

3° Les Hassanes proprement dit. Ce sont les plus mauvais. 
Ils lèsent tout le monde, amis et ennemis. Quand leur cam- 
pement s'installe en un point, toutes les tentes des environs 
fuient vers d'autres pâturages. Ils molestent les Zouaïa, et 
les tournent en dérision. 

Les Hassanes se transforment à l'heure actuelle. Leurs 
revenus baissent avec notre présence. Les marabouts se sont, 
les premiers, dégagés de leurs ghafer ; les Zenaga et Hara- 
tines ont en grande partie racheté leurs horma ; leurs captifs 
les abandonnent à la première occasion. Ils commencent donc 
à se mettre à l'élevage des troupeaux et au commerce. Quel- 
ques-uns étudient. Plusieurs, ne voulant pas déroger, conti- 
nuent à pratiquer le métier des armes, mais c'est dans nos 
formations méharistes, et non plus dans les bandes de l'Emir. 
La source la plus abondante des bénéfices commerciaux en 
Mauritanie est actuellement le transport des marchandises 
et denrées tant pour l'Etat que pour les individus, mais il 
y faut, des animaux, et les Hassanes ne les ont pas, encore 
qu'ils aient prétendu ironiquement qu'ils n'apposaient pas 
de marques de feu sur leurs chameaux et leurs bœufs, parce 
que ces animaux ont une marque naturelle commune, à sa- 
voir le nez fendu, ce qui était une façon élégante de déclarer 
que tout le cheptel maure leur appartenait. C'est en grande 



L EMIRAT DES TRARZAS 345 

partie pour leur constituer des troupeaux et leur permettre 
de commercer, que l'autorité française a encouragé les ra- 
chats de horma. 

Les Hassanes, décimés par leurs guerres intestines, cons- 
tituent aujourd'hui le dixième à peine de la population maure 
du Trarza. 



Les membres des tribus maraboutiques sont dits « Zouaïa » 
ou « Tolba » . Ils sont d'origine berbère, de la branche des 
çanhadja, et se rattachent par leur ascendance aux Chleuh 
du Sous et de l'Anti- Atlas. Ils se consacrent exclusivement 
à l'étude et à l'élevage de leurs troupeaux. Ils font travailler 
leurs Télamides et captifs aux cultures de la zone d'inonda- 
tion, au forage des puits et aux caravanes commerciales. Ce 
sont les Maures les plus riches et les plus ouverts. 

Opprimés par les Hassanes, ils sont venus tout de suite 
à Coppolani et lui ont été très utiles dans sa pénétration 
pacifique et guerrière. Aujourd'hui où les souvenir des bri- 
mades de guerre commence à s'estomper, peut-être faudra-t-il 
signaler chez plusieurs d'entre eux un certain recul. Le fer- 
ment xénophobe de l'Islam ne perd jamais ses droits. 

Les marabouts n'échappent pas à la transformation sociale 
qui touche aujourd'hui la société maure. Beaucoup d'entre 
eux se mettent à porter les armes, partent en rezzous, entrent 
même, quoique timidement, dans nos unités de police saha- 
rienne. Non sans arrogance envers leurs oppresseurs de la 
veille, ils n'hésitent à se quereller entre eux, les armes à la 
main. Il est curieux de constater que la paix imposée aux 
guerriers trarzas a amené des rixes beaucoup plus fréquentes 
entre marabouts. Autrefois, on faisait face à l'ennemi com- 
mun, et les luttes intestines des marabouts ne dépassaient 
généralement pas le sanctuaire ou restaient confinées dans le 
domaine de la satire. Aujourd'hui cette hostilité s'extériorise ; 
les rivalités d'inuflence religieuse, les prétentions aux puits, 



346 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

aux pâturages, conduisent tout de suite télamides, bergers 
et captifs aux batailles à coups de bâton et même à coups de 
fusil, et finissent très souvent par la participation peu édi- 
fiante de leurs saints patrons. 

Les Zouaïa sont mieux inspirés, quand ils travaillent avec 
ardeur au développement économique de leurs pays ; ils 
s'adonnent à l'élève du chameau et du bœuf avec ardeur et 
ont déjà magnifiquement reconstitué leur cheptel. On trouve 
leurs convois dans toute la Mauritanie et même au Sud du 
fleuve. Les Tadjakant vont acheter des chameaux dans le 
Hodh et chez les Regueïbat, les engraissent et les revendent 
au Sénégal sous le nom de chameaux du Gandiolais. 

SoUs le nom de Zenaga ou tributaires, on désigne une classe 
aux origines les plus mêlées ; les uns sont de descendance 
berbère, les autres, fils des premiers envahisseurs arabes as- 
servis par leurs successeurs ; les derniers, étrangers et d'ori- 
gine inconnue, sont venus des points les plus divers des pays 
maures et même noirs, et n'ont pu trouver une place dans la 
société trarza qu'en pénétrant dans les tentes zenaga. 

L'appellation de Zenaga (la chose n'a pas échappé à cer- 
tains explorateurs et écrivains du siècle dernier qui, sans 
connaissance spéciale, ont étudié d'un peu près la question) 
a perdu sa signification historique et ethnique et est devenue 
synonime de tributaire. C'est pourquoi on voit des fractions 
Oulad-Rizg qui sont Arabes et Hassanes, être appelées Ze- 
naga. alors qu'ils ne sont pas du tout d'origine çanhandja, et 
d'un autre côté, les tribus maraboutiques qui, elles, sont in- 
dubitablement berbères, rejeter avec horreur cette appellation 
de Zenaga, qui tendrait à les classer parmi les tributaires, et 
ne signifie que cela. Ce chassé-croisé, dû à la situation poli- 
tique, ne doit donc pas induire en erreur sur les origines 
ethniques des intéressés. 



l'émirat des trarzas 347 

Il est à remarquer d'ailleurs que le parler zenaga n'est 
usité que chez les seules tribus maraboutiques, encore qu'elles 
répudient ce nom, tandis que la majeure partie des fractions 
zenaga ne connaissent que le dialecte arabe-hassane. Le do- 
maine du parler zenaga en Mauritanie, en tant que surface 
territoriale, est constitué par une longue et étroite bande de 
terre qui court le long du rivage, de Portendik au fleuve 
Sénégal. Il apparaît que les tribus berbères, qui en faisaient 
usage, ont été refoulées peu à peu et comme écrasées sur 
l'Océan ; et cette constatation géographique ne fait que con- 
firmer ce que nous savons d'autre part des invasions arabes 
et du refoulement des Berbères. Ailleurs les berbérophones 
zenaga ne constituent que des îlots sans importance. 

Le caractère commun des Zenaga, c'est donc qu'ils paient 
le tribut aux Hassanes et quelquefois aux marabouts. Les 
tributaires des Hassanes sont les Zenaga proprement dits. 
Ils vivent généralement en tribus et fractions autonomes. Les 
guerriers les appellent « leur viande », « leurs gens ». Ils 
tendent à s'émanciper aujourd'hui. Les tributaires des Mara- 
bouts sont dits leurs télamides ou disciples. Ils vivent en ten- 
tes isolées ou petits campements dans les tribus marabouti- 
ques. Leur condition était beaucoup plus douce. Les Zouaïa, 
qui connaissent leurs auteurs, leur appliquaient avec art les 
principes politiques du tyran de la Bible : « Opprimamus 
eos sapienter » ; aussi ce mouvement d'émancipation morale 
se fait-il beaucoup moins sentir chez leurs télamides. 

On a voulu établir certain rapprochement entre la condition 
du zenagui et celle du serf au Moyen-Age. Les dissemblances 
sont beaucoup plus accusées que les analogies. Le zenagui 
n'est pas « attaché à la glèbe à perpétuelle demeure ». Il doit 
bien une redevance (bakh) pour la tenure qu'il occupe, mais 
cette occupation est occasionnelle, en principe du moins ; et 
quoique la tradition le rattache souvent pendant plusieurs 
générations à la même tenure, rien ne l'empêche d'arrêter 



348 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ses cultures après la moisson et d'être ainsi délié de tout 
bakh. 

Le vrai lien qui attache le zenagui à son suzerain est. un 
'àen personnel, une charge de tribut de capitation qui pèse sur 
sa tête au profit d'une autre personne. C'est au seigneur qu'il 
est attaché et non à la seigneurie. Il élit domicile où il veut. 

Il ne connaît ni la taille ni la corvée, impôts si lourds et 
si arbitraires. Sa redevance est un simple chevage, quotité 
fixe et peu élevée. Il est vrai qu'elle s'accroît avec la multipli- 
cation de la famille mâle, et qu'à ce point de vue le serf était 
mieux partagé. 

Aucun empêchement de formariage ou de main morte ne 
pèse sur le zenagui. Il épouse la femme qu'il veut et sans 
autorisation de son suzerain. Si pratiquement jusqu'à nos 
jours le Hassani ne lui donnait guère s# fille en mariage, 
aucun obstacle juridique ne l'en empêchait. C'était son or- 
gueil féodal qui ne voulait pas que sa fille s'unît à un tri- 
butaire, en prît la condition et mît au monde des Zenaga. Cette 
heureuse situation de principe devait produire d'excellents 
résultats, le jour où les Hassanes ont perdu une partie de 
leur orgueil avec leur autorité politique ; et c'est pourquoi 
on a pu constater avec quelle facilité les mariages entre Has- 
sanes et Zenaga se sont effectués ces dernières années. 

Aucune incapacité ne grève la transmission à cause de mort 
chez les Zenaga. La succession ab intestat, le droit de tester, 
sont soumis pour tous aux prescriptions générales du droit 
musulman et de la coutume. 

En résumé, s'il y a servage dans la société maure, c'est 
un servage spécial ; les sources seules y sont identiques. 

D'abord et surtout on est zenagui de naissance, comme on 
était serf d'origine. On peut l'être aussi par convention. 
Quand l'étranger ou halif voulait entrer dans un cadre consti- 
tué, il se liait à un Hassani fort et respecté, et s'assurait sa 
protection en lui promettant à perpétuité une horma pour lui 
et ses descendants. On l'est enfin par prescription. Quand 



L EMIRAT DES TRARZAS 349 

l'étranger, le marabout, le non-libre même a subi, un certain 
temps, les charges de la condition de zenagui, il est désor- 
mais classé tel et dans l'obligation de rester fixé dans la nou- 
velle situation. 



Les karatines sont connus dans toute l'Afrique blanche. 
Ce sont à l'origine des captifs affranchis. Avec le temps ils 
se multiplient, de sorte qu'ils finissent par ne pas comprendre 
que des fils d'affranchis. Constitués en fraction autonomes, 
ils continuent à peyer une petite redevance à leurs anciens 
maîtres et vivent pour la plupart sur la bordure sud du 
Trarza, cultivant les terrains d'inondation du Chamama. 
Mêlés aux noirs, fils de noirs eux-mêmes, ils ont tendance 
à suivre la même vie de cultivateurs et de sédentaires. Ils 
abandonnent peu à peu la vie nomade. Ils habitent bien en- 
core sous la tente, mais la construction de cases plus vastes 
et plus confortables apparaît déjà chez eux. La généralisation 
n'est qu'une question de temps. 

Ce sont surtout les haratines guerriers qui vivent consti- 
tués et fractions autonomes et accolés à celles de leurs anciens 
maîtres. Ils continent à en porter le nom. Il y a les Oulad- 
Sassi et les haratines Oulad-Sassi ; les Ahel Attam et les ha- 
ratines Ahel Attam, etc. Ceux-là prennent les armes et mar- 
chent en bandes derrière leurs patrons. Ils ne paient pas de 
tribut ou tout au plus un tribut des plus légers. D'autres 
vivent par tentes individuelles ou petits campements dans la 
fraction de leurs anciens maîtres, dont ils ne se séparent pas. 
Ceux-là ne paient pas de horma. 

Il n'y a pas lieu de s'étendre sur la condition des haratines, 
qui est suffisamment connue et paraît d'ailleurs avoir été 
empruntée par les ouléma arabe au droit romain du Bas-Em- 
pire. Il suffit d'en signaler les sources, spéciales aux harati- 
nes trarzas, et même à l'ensemble des haratines maures. 



350 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

L'affranchissement qui crée le hartani est soit, « nejez » 
c'est-à-dire gratuit et sans charge, de sorte que le hartani est 
délivré de toute redevance envers son patron ; c'est le cas le 
plus rare ; soit « bel-kitaba », c'est-à-dire qu'il n'obtient sa 
liberté que moyennant le paiement d'une redevance, dont acte 
est dressé ; soit « bet-tedbir » , c'est-à-dire que son affranchis- 
sement lui est acquis irrémédiablement à la date de la pro- 
messe du patron, mais qu'il ne produira ses effets qu'à la 
mort de ce dernier. 

Le hartani et le patron continuent à rester liés entre eux, 
au point de vue de la dïa ou composition pécuniaire, qui ne 
peut venir frapper l'un ou l'autre des deux intéressés. Cette 
solidarité familiale se poursuit sans interruption de généra- 
ration en génération. 

Les principales fractions constituées de haratines sont cel- 
les des haratines N'Dokhon, anciens captifs des Oulad-Ahmed 
une petite -redevance. Ils ont épousé les querelles politiques 
de leurs maîtres et se sont divisés comme eux. Une partie 
vit avec Ould Deïd, représentant de la branche aînée, dans 
la résidence de Méderdra, sous les ordres de l'Emir Ahmed 
Saloum III, représentant de la branche cadette. 

Plusieurs tentes de ces haratines ont du sang blanc dans 
les veines. Ce sont des enfants naturels d'hommes ou de 
femmes maures, qui n'ont pas été reconnus par leurs parents 
et qui par ce silence se sont vu interdire leur place régulière 
dans la classe du père et de la mère. Ils se rapprochent singu- 
lièrement de ces campements de « Baastards », fils de Boers 
et de Hottentote's, qu'on trouve dans les déserts de l'Afrique 
du Sud. 



Les décrets et règlements qui régissent la matière ont sup- 
primé l'esclavage en Afrique Occidentale française, juridi- 
quement il n'y a donc plus de captifs dans la société maure. 



L'ÉMIRAT DES TRARZA3 351 

Pratiquement il en reste encore beaucoup. Ce sont des captifs 
de tente, qui sont élevés avec les enfants du maître et qui res- 
tent attachés à sa famille depuis des générations. Leur con- 
dition est évidemment plus pénible que les 1 enfants du maître^ 
car c'est sur eux que retombent les gros travaux, mais ils 
ne subissent pas de mauvais traitements. Quelques-uns' re- 
prennent la liberté, et avec elle le chemin du Sénégal. De 
leur propre aveu, ils n'y sont pas toujours aussi heureux que 
dans leur condition antérieure. 

Captifs et captives ne sont pas forcément la propriété d'un 
seul maître. Ils peuvent appartenir par indivis à plusieurs 
personnes. Dans ce cas, ils passent, chez chacun de leurs 
maîtres, une période de temps proportionnée au quantum 
de son droit de propriété. Quand c'est une captive qui est 
dans ce cas, il peut arriver qu'elle n'ait pas le même maître 
que son mari et une séparation forcée s'ensuit. La tradition 
recommande toutefois de les rapprocher. Les enfants appar- 
tiennent aux maîtres de la mère dans la même proportion 
que la mère. Dès que les quote-parts se subdivisent et devien- 
nent trop compliquées, les maîtres procèdent à des transac- 
tions réciproques. 

Le prix du sang d'un captif, ce qu'on appelle la dïa pour 
fes personnes de condition libre, et qui pour le captif est 
appelé « qima » ou valeur marchande, est proportionné, 
comme son nom l'indique à son coefficient de valeur de tra- 
vail, d'âge, de beauté, si c'est une femme, etc. On estime 
qu'un captif dans la force de l'âge, ou une captive dans toute 
sa fraîcheur, peut attendre un prix maximun de cent pièces 
de guinée. 

Un enfant, une vieille femme ne dépassent pas. 40 à 50 piè- 
ces de guinée. 

On trouve enfin dans la société maure trarza un petit nom- 



352 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

bre de famille de forgerons et de griots dispersés un peu 
partout dans les tribus maraboutiques et guerrières. Les 
griots vivent de préférence chez les guerriers, et les artisans 
chez les marabouts. Les artisans sont spécialisés dans le tra- 
vail des métaux et du bois ; leurs femmes dans celui du cuir. 

Les uns et les autres viennent au dernier échelon de la hié- 
rarchie sociale maure. Ils sont à la fois méprisés et craints. 
Ils ne se marient qu'entre eux et passent leur condition à 
leurs enfants. TJn certain changement se fait pourtant sentir 
dans ce milieu si décrié, et pourtant si industrieux, des arti- 
sans. Cette transformation se remarque surtout au Sénégal 
où les artisans maures immigrés travaillent, s'enrichissent 
et reçoivent les caresses intéressées de leurs compatriotes de 
passage. 

Dans la coutume de l'attribution de dépouilles de l'animal, 
le forgeron a droit à la tête. Tout Maure qui égorge un mou- 
ton, un chameau ou un bœuf ne peut refuser la tête au for- 
geron du campement qui vient la lui demander. De même, 
le cou et les intestins sont attribués au boucher, générale- 
ment un captif ou un zenagui. Le chef de la tribu, soit guer- 
rière, soit maraboutique, a droit au dos de la bête. 

VI. — Les Tiab (Guerriers repentis). 

Parmi les guerriers, ignorants, irréligieux et en tirant 
vanité, il s'est trouvé quelques individualités, tentes ou pe- 
tits campements, à qui cette situation de mécréants a pesé 
et qui en sont sortis pour se faire marabouts. On les appelle 
les « tiab » (au singulier « taïb ») c'est-à-dire. les « revenus 
à Dieu ». Ils ont abandonné leur tribu d'origine pour venir 
planter leur tente dans une fraction zouaïa ; et délaissant le 
fusil et les razzias, se sont adonnés à l'étude, à la prière et 
à l'élevage. * 

Ces « tiab » sont en général des tentes isolées et peu nom- 
breuses. On en rencontre aussi, sous la forme de véritables 



l'émirat des trarzas 353 

petites fractions de plusieurs dizaines de tentes. Les princi- 
paux de ces groupements ont été énumérées plus haut, au 
cours de l'étude spéciale, consacrée à chaque tribu. 

Les causes qui ont amené ces individualités ou groupements 
à changer complètement de vie et à s'exposer à la risée de 
leurs parents et amis sont multiples et se combinent, d'ail- 
leurs, semble-t-il, chez les uns et les autres dans des propor- 
tions différentes. 

Il y a d'abord le sentiment très religieux, très sincère et 
très vif. Les Hassanes vivent comme des francs païens. Leurs 
connaissances dogmatiques d'Islam sont presque nulles ; la 
prière et l'étude du Coran sont à peu près inconnues chez 
eux. Les obligations rituelles et morales sont complètement 
négligées, méprisées même ; et c'est double plaisir pour eux, 
entre deux luttes intestines, que de piller un marabout, 
homme de Dieu. Or il est avéré que cet état d'irréligion, 
d'areligion même, pèse à certains. C'est pourquoi, on peut le 
dire incidemment, la superstition et la magie ont pris, à dé- 
faut de la foi divine, une telle extension dans ces tribus, les 
marabouts n'étant pas étrangers d'ailleurs à ces pratiques de 
sorcellerie, et cherchant par ces moyens prohibés à assurer 
leur domination spirituelle sur les Hassanes, insensibles à 
l'emprise religieuse. 

Or, ces Hassanes à tendance honnête entendent ne pas 
s'associer aux méfaits de leurs frères et éviter de s'attirer la 
réprobation, voire les malédictions et incantations, que les 
marabouts pillés lancent sur leurs oppresseurs. 

C'est pourquoi, chez les guerriers, les âmes de bonne vo- 
lonté et qui ont la force d'aller jusqu'au bout de leurs convic- 
tions finissent par abandonner la vie de hassani pour se 
mettre sous l'égide d'un marabout, qui les ramènera au bien 
et à la voie droite, et qui surtout instruira leurs enfants et 
fera d'eux de parfaits musulmans. On peut croire que ce 
sacrifice est aussi dur pour ces hommes que le renoncement 
xxxvi. 23 



354 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

à la vie et à soi-même que s'imposent les hommes du monde 
qui, de nos jours, vont s'enfermer dans la Trappe. 

Ce n'est pas seulement le travail individuel de la grâce qui 
ramène à Dieu les guerriers. Un souffle religieux agite par- 
fois les collectivités maures tout entières, soit sous l'empire 
de prédications de missionnaires à l'âme d'apôtres, soit par 
le fait de circonstances politiques : invasions étrangères, ri- 
valités ethniques, etc. 

Les exemples de ces convulsions religieuses abondent dans 
l'histoire mauritanienne, depuis le mouvement du xi e siècle 
jusqu'à la concentration toute récente des hommes bleus du 
Sahara, sous la baraka de Ma-Al-Aïnin. Ces épopées politico- 
religieuses, nées de la ferveur ou du fanatisme, s'achèvent 
généralement par des déclassements et transplantations de 
tribus ; et, au point de vue qui nous occupe, un certain nom- 
bre de fractions et campements guerriers viennent se ranger 
définitivement parmi les télamides ou disciples du saint 
homme et se muent en soutiens d'Islam. 

Mais des vues plus humaines, moins désintéressées, se 
mêlent souvent, à ces sentiments, nobles malgré tout, par 
sincérité et la pureté de leur but. Les avis sont unanimes à 
ce sujet. Plusieurs guerriers ont trouvé que cette situation de 
condottieri n'était pas le vrai moyen de faire fortune et de 
jouir des agréments de la vie. L'état des marabouts riches en 
puits et riches en esclaves, riches par leurs troupeaux comme 
par leur commerce, les a tentés. Si la profession a ses incon- 
vénients, ils sont après tout inférieurs aux avantages ; et il 
vaut mieux à leur sens être un musulman honnête et consi- 
déré, possesseur d'un cheptel abondant qu'on peut développer 
et vendre, même s'il faut acquitter aux Hassanes des rede- 
vances horma ou ghafer, qu'un guerrier besoigneux et famé- 
lique qui ne peut décemment commercer ou faire de l'élevage 
et s'enrichir, et doit toujours vivre, sans indépendance et 
sans espérance, dans le sillage d'un chef de bande. 

Les « tiab" » à la conversion de qui ces sentiments inté- 



l'émirat des trarzas 355 

ressés ont prédominé n'étaient évidemment que des marabouts 
peu fervents, et c'est pourquoi la situation changeant à 
l'heure actuelle, on en voit plusieurs qui ont des tendances à 
revenir à leur état ancien. Ils peuvent aujourd'hui sous 
l'égide de la paix française, mener de front à la fois le métier 
de guerrier plus relevé et la vie de marabout plus lucrative. 
C'est le cas actuel de plusieurs tiab Oulad-Dâmân. 

Il y aurait enfin un dernier mobile à la conversion de cer- 
tains tiab. C'est tout simplement la « crainte », disent iro- 
niquement les Hassanes. Ils assurent que plusieurs indivi- 
dus de leur connaissance n'ont renoncé à la profession de guer- 
riers qu'à cause des risques qu'elle comportait. Leurs mains 
débiles préféraient le chapelet et le calame au fusil, et leurs 
cœurs, sans courage aimaient mieux la sécurité dont jouit 
le marabout avec les humiliations dont elle s'accompagne que 
la noble vie du hassani avec ses aventures et ses dangers. 
Les Zouaïa, qui souvent opprimés par ces convertis assez 
tièdes, à qui ils n'osent rien refuser, prétendent même que 
la peur est la principale cause du retour à Dieu des tiab. Le 
poète maure a résumé leur jugement dans ce proverbe mépri- 
sant : 

(( Ils se sont convertis, mais leur conversion n'est pas parfaite : c'est 
la peur de la poudre et du plomb qui l'a provoquée. 

(( Puissent-ils périr pour ce qu'ils font aux gens, isurtout dans la presse 
autour des puits. » 

Les marabouts disent aussi que la meilleure des incanta- 
tions pour s'assurer la réussite d'une affaire, le bonheur dans 
la journée, etc., est de répéter cent fois au début, sur son 
chapelet « combien peu de valeur ont les tiab » . 

Toutes ces causes tendent aujourd'hui à disparaître. La 
présence des Français amène, même involontairement de 
leur part, un bouleversement considérable dans la société 
maure. Le rétablissement de la paix générale fait voir à tous, 
même aux intéressés, l'inutilité de la classe des guerriers. 



356 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Elle les contraint d'autde part à un changement complet 
d'existence, s'ils ne veulent pas mourir de faim, la source 
de leurs revenus étant, soit tarie : rezzous et expéditions 
guerrières, soit en voie de se tarir : contributions de toute 
nature sur les marabouts, les Zenaga, les commerçants. Les 
guerriers, sans renoncer à leur profession et à leur titre de 
hassanes, en arrivant donc insensiblement à faire de l'élevage, 
à creuser des puits, et subsidiairement à faire instruire leurs 
enfants. Ils n'ont plus besoin de revenir à Dieu par un acte 
solennel et un changement officiel et patent de vie et de cam- 
pements. Ils s'adaptent peu à peu (comme d'ailleurs s'adap- 
tent aussi les marabouts dans leur sphère), et si Ton en croit 
l'opinion de certains cheikhs observateurs, intelligents et 
de grande expérience, tels que Cheikh Sidïa, Cheikhouna, 
Sidi Mohammed ben Dadda, Sidi Mohammed ben Sliman, et 
même des guerriers ouverts, comme quelques-uns des hara- 
tines fonctionnaires de l'entourage d'Ahmed Saloum III et 
d'Oulad-Deïd, on peut espérer qu'ils s'adapteront encore plus 
complètement. Les voici qui entrent déjà dans les formations 
méharistes françaises et dans les goums d'auxiliaires, ou 
qui font des convois pour l'administration. C'est toujours le 
métier de guerriers, même si c'est au compte de l'ennemi. 
D'autres vont plus loin. Ils organisent des caravanes de com- 
merce, ou bien s'expatrient sur le fleuve ou sur la côte séné- 
galaise, et là, réduits à vivre d'expédients au milieu des 
noirs, pressés par la vie chère, produit d'importation des 
Blancs, finissent par se mettre au travail. 

Il y aura sans doute des résistances, surtout de la part des 
générations les plus âgées, mais ceux-là même qui sont les 
plus attachés à l'état de choses ancien seront bien obligés de 
se. plier à l'ambiance et s'ils ne veulent pas se mettre eux- 
mêmes au travail, n'en feront que plus travailler leurs servi- 
teurs, haratines et captifs. D'ailleurs ils s'élimineront d'eux- 
mêmes par l'âge, la misère, et la déconsidération. 

Telle est la transformation où tendent les guerriers. Comme 



l'émirat des trarzas 357 

d'autre part les Zouaïa subissent une adaptation semblable 
et se mettent à porter les armes, à s'engager dans les unités 
méharistes et à prendre des allures de marabouts bottés, et 
que les haratines et Zenaga participent à ce double mouve- 
ment de rénovation, on peut prévoir le moment où ce frac- 
tionnement en classes de la société maure, cette hiérarchie tra- 
ditionnelle de castes finira par se fondre, et où l'existence des 
« tiab » n'apparaîtra plus que comme un vestige du passé. 
Ce jour-là, la société maure ne se distinguera plus dans son 
égalité démocratique de la société arabo-berbère de l'Afrique 
du Nord. 

Paul Marty. 



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ANNEXES 



A L'EMIRAT DES TRARZAS 







Carte du Trarza. 



361 
Note Préliminaire. 

// a été constitué ici, sous la rubrique (( Annexes » un répertoire des 
traités et conventions, passés entre les autorités françaises et anglaises 
au Sénégal (Directeur général de la Compagnie, Commandant pour le 
Roi et administrateur, Lieutenant-Gouverneur anglais, Gouverneur, 
Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie) et les Emirs et 
chefs indigènes des tribus guerrières et maraboutiques du Trarza. 

Les textes arabes ont été joints aux textes français, chaque fois qui' ils 
ont pu être trouvés dans les archives, c'est-à-dire presque toujours. 

On remarquera dans ces textes arabes, qui sont les textes authen- 
tiques et non des fraductions, de nombreuses divergences et non-con- 
cordances avec les textes français. Il y a sans doute là, exploitée, en 
outre, par la mauvaise foi classique des Maures, une des principales 
causes des dissensions et difficultés innombrables que V interprétation 
de ces traités a soulevées au cours du XIX 9 siècle. 

Il manque au présent répertoire deux séries de traités : 1° la série 
des conventions anglo-trarza de 1760 à 1779. On la trouvera dans 
Golberry : « Fragment d'un voyage en Afrique ». M. Basset Va par- 
tiellement reproduite dans le tome III de sa « Mission au Sénégal »; 
2° la série des traités franco-trarza entre 1858 et 1885. On la trouvera 
dans les annales sénégalaises. Il a paru inutile de reproduire ici ces 
quelques traités qui avaient été imprimés. 

En revanche, je donne, sous le n° 2, le traité [texte arabe et texte 
français) passé entre Léonard Durand, Directeur de la Compagnie du 
Sénégal et les « marabouts d'Arman^our » (1785). 

Dans son « voyage au Sénégal » Durand annonce bien, en première 
page, que l'ouvrage est suivi a du texte arabe de trois traités de com- 
(( mer ce faits par l'auteur avec les princes du pays, revus par M. Sil- 
« vestre de Sacy. » Mais l'édition que je possède ne les contient pas, 
malgré cette annonce; et au surplus si ces textes arabes se trouvent dans 
d'autres éditions, ce sont les textes corrigés par Silvestre de Sacy, et 
il sera intéressant de trouver ici le texte même qui fut donné aux Ida 
Ou Al-Hadj (Darmankpur). 

L'ensemble de ces trois séries {Golberry — Annales sénégalaises 
— Présentes annexes) constitue la totalité des traités et conventions 
que nous savons, dans l'état actuel de nos connaissances, avoir été 
conclus entre la France {ou l'Angleterre) et les Trarzas. 



362 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



TABLE DES ANNEXES A L'EMIRAT DES TRARZAS 



N° 1. — Traité entre le Sieur Durand, Directeur général de la 
Compagnie et les Marabouts d'Armankour (2 mai 1785). Texte fran- 
çais et texte arabe. 

N° 2. — Traité avec le Roi Aly Koury (26 mai 1785). Texte fran- 
çais et texte arabe. 

N° 3. — Traité entre le Lieutenant-Gouverneur Maxwell et Amar 
Ouldou Boucabé, roi des Trarzas (7 juin 1810). Texte français, tra- 
duit de I anglais . 

N° 4. — Traité entre le Commandant pour le Roi et administrateur 
du Sénégal et Mohammed Kharabat Cherns, chef des Armiankours 
(30 juin 1819). Texte français et texte arabe. 

N° 5. — Traité entre Hamdoail Koury, fils d'Aly Koury, et les 
chefs du pays de Walo (15 novembre 1819). Texte français et texte 
arabe. 

N° 6. — Lettre de l'Emir Amar Ould Mokhtar 1 Texte arabe et 
traduction française. 

N° 7. — Traité du 6 juin 1826. 

N° 8. — Traité passé entre M. Le Coupé, Commandant et Admi- 
nistrateur pour le Roi du Sénégal et Mohammed Fal v fils d'Omar 
(7 juin 1821). Texte français et texte arabe. 

N° 9. — Traité avec Amar Ould Mokhtar, Roê des Trarzas et 
avec les chefs des diverses tribus de cette nation (7 juin 1821). Texte 
français et texte arabe. • 

N° 10. — Traité avec Mohammed el Habib, Roi des Trarzas 
(25 mars 1829). Texte français et texte arabe. 

N° 11. — Convention additionnelle au traité avec le Roi des Trarzas 
(23 avril 1829). Texte français et texte arabe. 

N° 12. — Traité avec Ibrahima Ould Mokhtar, chef de la tribu 
Maure des Dakhalifas (23 avril 1829). Texte français et texte arabe. 

N° 13. — Traité entre Renault de Saint-Germain, Gouverneur du 
Sénégal, et Mohammed el Habib; Roi des Trarzas (24 août 1831). 
Texte français et texte arabe. 

N° 14. — Traité conclu entre Renault de Saint-Germain, Gou- 



l'émirat des trarzas 363 

verneur du Sénégal, et les chefs de la tribu dès Dacbaguis (22 mai 
1832). Texte français et texte arabe. 

N° 15. — Traité avec Mohammed el Habib, Roi des Trarzas 
(30 août 1835). Texte français et texte arabe. 

N° 16. — Convention passée entre le Gouverneur du Sénégal et 
Mohammed el Habib, Roi des Trarzas (2 janvier 1836). Texte fran- 
çais et texte arabe. 

N° 17. — Traité du 22 octobre 1842. Texte français. 

N° 18. — Lettre de l'Emir Mohammed el Habib (6 mai 1848). 
Texte arabe et traduction française. 

N° 19. — Lettre des Ida Ou Al Hadj (1848). Texte arabe et tra- 
duction française. 

N° 20. — Lettre de l'Emir Sidi, fils de Mohammed el Habib 
(octobre 1860). Texte arabe, cachet, et traduction française. 

N° 21. — La première lettre du Cheikh Saad Bouh au Gou- 
verneur de Saint-Louis 1867). Texte arabe et traduction française. 

N° 22. — Lettre d'Ahmed Saloum, premier Emir des Trarzas, 
au Gouverneur du Sénégal. Texte arabe, cachet et traduction fran- 
çaise. 

N° 23. — Lettre de l'Emir Ali, fils de l'Emir Mohammed el Ha- 
bib. Lettre arabe, cachet et traduction française. 

N° 24. — Lettre de l'Emir Mohammed Fal (1886). Lettre arabe, 
cachet et traduction française. 

N° 25. — Convention entre Trarza et Brakna (1897). Texte fran- 
çais, texte arabe et fac-similé des signatures. 

N° 26. — Convention entre Trarza et Brakna (1898). Texte fran- 
çais et texte arabe et fac-similé des signatures. 

N° 27. — Convention entre Coppolani et les chefs Trarzas (7 jan~ 
vier 1903). Texte français, texte arabe et signatures. 

N° 28. — Convention de mai 1910 entre le Colonel Patey, Com- 
missaire du Gouvernement général en Mauritanie, et l'Emir des 
Trarzas, Ahmed Saloum III. 

N° 29. — Statistique des écoles coraniques d'il cercle du Trarza 
(mai 1915). Résidence de Bou Tilimit. 

N° 30. — Statistique des écoles coraniques du cercle du Trarza 
(avril 1915). Résidence de Méderdra. 

N° 31. — Les appellations noires des tribus du Trarza. 

N° 32. — Bibliographie. 



364 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 1. 

Traité conclu entre le Sieur JEAN-BATISTE H. E. DURAND, Direc- 
teur général de la Compagnie, sous les auspices et la protection immé- 
diate de M. le Comte DE REPENTIGNY, Gouûerneur du Sénégal et de 
ses dépendances, et les Marabouts d'Armankour, au sujet de la Gomme 
(2 mai 1785). — Texte français. 

Au nom du Dieu puissant, créateur du ciel et de la terre, et de tous 
les êtres vivants : 

Sous les auspices et la protection immédiate de M. le Comte de 
Repentigny, Gouverneur pour sa Majesté le Roi très chrétien de 
France et de Navarre au Sénégal et ses dépendances. 

Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou peut appartenir en 
manière quelconque. 

Les chefs de la nation des Marabouts d'Armankour, savoir : Chems, 
Mahammedoun, Mahambouna, Bibilou et Zeine, représentés par Bi- 
bilou, député à cet effet, chargé des pouvoirs du Chems, et de toute 
la tribu pour laquelle il traite, lequel promet et s'engage de rapporter 
les ratifications des absens ou de les faire joindre à la suite des pré- 
sentes, d'une part : 

Jean-Baptiste-Léonard Durand, ancien Consul de France, pension- 
naire de S. M. Directeur général de la Compagnie, ayant le privi- 
lège exclusif pour la traite de la gomme dans la rivière du Sénégal et 
ses dépendances, d'autre part ; 

Désirant toutes parties établir entre elles une parfaite union, une 
amitié constante et des règles positives sur tout ce qui peut les intéresser 
pour la traite de la gomme pendant tout le temps du privilège de la 
Compagnie et tout le temps encore qu'il plairait à S. M. de le pro- 
longer ; sont convenus des articles suivants : 

Article Premier. 

Les Marabouts d'Armankour par une suite de l'affection particu- 
lière qu'ils ont et conserveront toujours pour les Français, et par une 
suite encore des conditions du présent traité, jurent et promettent de 
n'avoir jamais, directement ni indirectement, aucune communication 
avec les Anglais ; ils jurent de plus et promettent d'employer tous les 
moyens praticables pour intercepter et supprimer totalement le com- 



l'émirat des trarzas 



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366 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

merce que les Anglais pourraient faire à Portendick soit avec les Ma- 
rabouts cTArmankour eux-mêmes, soit avec toute autre nation ou par- 
ticuliers qui passeraient pour cet effet dans leur pays : cette promesse 
des Marabouts d'Armankour portant non seulement sur la traite de la 
gomme, mais' encore sur toute autre traite. Dont ils entendent, veulent 
et promettent d'exclure les Anglais. 

Article 2. 

En conséquence de l'obligation portée dans le précédent article, 
et en retour des bonnes dispositions des Marabouts d'Armankour, le 
Sieur Durand, Directeur général de la Compagnie s'engage pour elle 
et promet de leur doriner une gratification en sus de là coutume, 
toutes les fois qu'ils arrêteront de la Gomme dans le chemin de Por- 
tendick et la feront conduire au désert de manière que la Compagnie 
puisse être asurée qu'il n'en sera point vendu à Portendick. 

Article 3. 
Les Marabouts d' Armankour promettent et s'engagent de faire tous 
leurs efforts pour procurer annuellement à la Compagnie la traite de 
gomme la plus abondante possible. 

Article 4. 

Les Marabouts d'Armankour considérés comme les arbitres du prix 
de la gomme et de la mesure du kantar promettent encore et s'obligent 
de régler annuellement le payement dudit kantar au plus bas prix pos- 
sible; et de fixer sa mesure conformément au kantar dont la précédente 
Compagnie était en usage de se servir. 

Article 5. 

Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, les marabouts 
d'Armankour promettent et s'obligent de favoriser en tout les opéra- 
tions de la Compagnie et particulièrement la traite de gomme ; ils pro- 
mettent encore de la servir de leur influence et de leurs bons offices 
auprès des marchands maures ou tous autres qui auraient à traiter avec 
elle. 

Article 6. 

En retour des dispositions des Marabouts d'Armankour, le Sieur 
Durand, au nom de la Compagnie, promet et s'engage de les traiter 
comme de vrais amis, et de leur accorder la plus grande faveur. 



l'émirat des trarzas 367 






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368 revue du monde musulman 

Article 7. 

L'usage ayant introduit l' habitude de porter aux Marabouts d'Ar- 
mankour une coutume quelconque pour traiter la gomme dans leurs 
ports, et cette coutume ayant varié suivant les circonstances, elle vient 
d'être fixée d'une manière positive et permanente par l'article suivant. 

Article 8. 

Lorsque les Marabouts d'Armankour viendront dans l'île Saint- 
Louis pour visiter le Directeur général de la Compagnie, ce qui né 
doit être qu'une fois l'année, le Directeur leur fera délivrer pour leurs 
vivres, chaque jour : 

12 moules de mil, 6 bouteilles de mélasse, 2 bouteilles de vin (1), 
1 mouton ou l'équivalent en bœuf, 2 chandelles, du bois à brûler, une 
quantité raisonnable. 

Lorsqu'ils partiront de l'île de Saint-Louis pour leur part, le Di- 
recteur leur fera donner : 

30 pièces de Guinée, 30 bassins de cuivre ou l'équivalent, 30 paires 
de ciseaux, 30 miroirs, 30 tabatières pleine de girofle, 30 jambettes, 
30 peignes, 30 cadenas, 30 mains de papier, 10 barres de verroteries. 

Lorsque le bâtiment sera rendu au désert, le premier kantar de 
gomme mesuré, on tirera un coup de canon pour saluer et annoncer la 
traite, et au même instant on payera aux Marabouts d'Armankour : 

20 pièces de guinée, 5 fusils à 2 coups, 20 fusils fins à 1 coup, 
15 aunes de drap écarlate, 10 pièces de platilie, 20 barres de fer de 
huit pieds, 5 ancres de mélasse, 10 barres de verroterie. 

Pendant la traite de la gomme on fournira aux Marabouts d'Arman- 
kour, pour leurs vivres au désert par chaque jour que durera la traite : 

40 moules de mil, 2 moutons, 6 bouteilles de mélasse. 

On leur fera présent en outre, d'une pièce de guinée par chaque 
huitième kantar qu'on aura mesuré et conduit à bord. 

A la fin de la traite, on leur procurera : 

30 pièces de guinée, 5 turbans de mousselines ou dix aunes. 

Finalement pour les derniers adieux on tirera un coup de canon, et 
on donnera : 

20 pièces de guinée. 



(1) Le texte arabe porte « gin » et non « vin ». 



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370 revue du monde musulman 

Article 9. 

Le Directeur général de la Compagnie s'oblige pour elle d'envoyer 
tous les ans à l'époque réglée pour la traite de la gomme, un bâtiment 
au désert, pays des Marabouts d'Armankour, dans la rivière du Sé- 
négal, pour y rester jusqu'à la fin de la traite; et dans le cas que ce 
bâtiment ne fût pas d'une capacité suffisante pour recevoir toute la 
gommé qui se présentera, le Directeur la fera enlever successivement 
par des embarcations particulières qui la conduiront dans l'île Saint- 
Louis, ce qui mettra le bâtiment en situation de recevoir à son bord 
toutes les parties de gomme qu'on transportera au désert. 

Article 10. 

Au moyen des conventions arrêtées et convenues dans l'article 8, 
les Marabouts d'Armankour n'auront plus rien à prétendre, et re- 
noncent dès à présent, pour toujours, à toutes autres demandes, qui 
seraient étrangères à ce qui vient d'être réglé. 

Article 11. 

Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'observer 
sincèrement, fidèlement et de bonne foi tous les articles contenus et 
établis dans le présent traité, sans faire, ni souffrir qu'il y soit fait de 
contravention directe ou indirecte, mais au contraire se garantissent 
généralement et réciproquement toutes les stipulations du présent traité. 

Article 12. 

En cas de contestations sur l'exécution ou l'interprétation d'un ou 
plusieurs articles du présent traité, les parties contractantes s'en re- 
mettent volontairement et sans retour à la, décision de M. le Gouver- 
neur du Sénégal, promettant de s'en tenir à son jugement. 

Fait quintuple en français et en arabe, dont l'un restera déposé dans 
les archives du Gouvernement, un autre au pouvoir des Marabouts 
d'Armankour, et les trois autres à celui du Directeur général de la 
Compagnie. 

Le tout arrêté et convenu en présence de M. le Comte de Repen- 
tigny. Gouverneur du Sénégal, et de la suite de Bibilou, au nombre 
de onze Marabouts. 

Dans l'île de Saint-Louis, le 2 mai 1785. 
Signé : DURAND, Directeur général. 



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372 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 2. 



Traité avec le Roi Aly KoURY DES TRARZAS, pour la traite de la 
gomme, captifs, etc. (26 mai 1785). — Texte français. 

Au nom du Tout Puissant, créateur du ciel, de la terre et de tous 
les êtres vivants : 

Sous les auspices et la protection de M. le Comte de Repentigny, 
Gouverneur pour S. M. le Roi très chrétien de France et de Navarre. 

Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou doit appartenir en 
matière quelconque : 

Aly Koury, Roi des Trarzas, d'une part ; 

Jean-Baptiste-Léonard Durand, ancien Consul de France, etc.. 
Directeur général de la Compagnie, avant le privilège exclusif pour 
la traite de la gomme dans la rivière du Sénégal et ses dépendances, 
d'autre part. 

Désirant toutes parties établir entre elles une parfaite union, une 
amitié constante et des règles positives dans tout ce qui peut les inté- 
resser pour le commerce en général, et surtout pour lia traite de la 
gomme pendant le temps du privilège de la Compagnie, et tout le 
temps encore qu'il plaira à Sa Majesté de le prolonger, sont convenus 
des articles suivants : 

(Les articles 1 et 2 manquent. Ils ont trait à l' installation de l'escale 
du désert). 

Article 3. 

Le Roi Aly Koury prend, dès à présent et pour toujours, le comptoir 
ou comptoirs à établir par la Compagnie sous sa sauvegarde spéciale 
et les garantit de toutes insultes ou avaries quelconques. 

Article 4. 

Aly Koury par une suite de l'affection qu'il a et conservera tou- 
jours pour les Français, et par une suite encore des conditions du 
présent traité, jure efc promet de n'avoir jamais directement ni indirec* 



l'émirat des trarzas 373 






374 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

tentent, aucun© communication avec les Anglais ; il jure de plus et 
promet d'employer tous les moyens praticables pour intercepter, sup 
primer totalement le commerce que les Anglais pourraient faire à Por- 
tendick, soit avec ses propres sujets, soit avec toute autre nation, ou 
particuliers qui passeraient pour cet effet dans son pays : cette pro- 
messe de la, part d'Aly Koury portant non seulement sur la traite de la 
gomme, mais encore sur toute autre traite, dont il entend, veut et 
promet d'exclure les Anglais. 

Article 5. 

La conséquence de l'obligation portée dans le présent traité, et en 
retour des bonnes dispositions d'Aly Koury, le Sieur Durand, Direc- 
teur général de la Compagnie, s'engage pour elle et promet de lui 
donner une qualification en sus de la coutume, et proportionnée à l'im- 
portance du service, toutes les fois qu'il arrêtera ou fera arrêter de la 
gomme dans le chemin de Portendick, et la fera conduire au désert 
pour être livrée aux agents de la Compagnie, de manière qu'elle 
puisse être assurée qu'il n'en sera point vendu à Portendick. Dans 
le cas contraire, Aly Koury voulant sérieusement tenir sa promesse, et 
se faisant fort de l'exécution, consent à la retenue sur sa coutume, 
de deux pièces de guinée, par chaque kantar de gomme qui sera 
transporté à Portendick. abandon prononcé par anticipation et volon- 
tairement fait de sa part, en preuve de la droiture de ses intentions, et 
de son attachement aux intérêts de la Compagnie. 

Article 6. 

Aly Koury promet et s'engage de faire tous ses efforts pour pro- 
curer annuellement à la Compagnie la traite de gomme la plus abon- 
dante possible. 

Article 7. 

Aly Koury considéré comme l'arbitre du prix, de la gomme et de 
la mesure du kantar, promet encore et s'oblige de régler annuellement 
le paiement dudit kantar au plus bas prix possible, et de fixer sa me- 
sure conformément à celle dont la présente Compagnie était en usage 
de se servir. 



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376 revue du monde musulman 

Article 8. 

Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, Aly Koury 
promet et s'oblige de favoriser en tout les opérations de la Compagnie 
et particulièrement sa traite de gomme, il promet encore de la servir 
de son influence, de son autorité, de ses bons offices auprès des mar- 
chands maures et de tous autres qui auraient à traiter avec elle. 

Article 9. 

En retour des dispositions du Roi Aly Koury, le Sieur Durand, 
au nom de la Compagnie, promet et s'engage de le traiter toujours 
comme un ami distingué, et de lui accorder la plus grande faveur. 

Article 10. 

Le commerce ayant introduit l'usage de payer au Roi une coutume 
quelconque pour traiter la gomme, les captifs, le morfil et autres 
objets généralement quelconques dans son pays et cette coutume ayant 
varié suivant les circonstances, elle vient d'être fixée, tant pour la 
gomme, captifs, morfil et autres objets de traite, d'une manière posi- 
tive et permanente, par l'article suivant. 

Article 11. 

Toutes les fois que la Compagnie fera la traite de la gomme dans 
le pays d'Aly Koury, le Sieur Durand, s'oblige pour elle de lui 
payer annuellement, à l'époque de la traite, la coutume suivante : 

Au Roi Aly Koury : 200 pièces de guinée, 2 fusils à 2 coups, 
30 coudées d'écarlate, 1 pièce de mousseline, 10 miroirs, 10 peignes, 
10 ciseaux, 10 cadenas, 10 tabatières, 10 jambettes, 10 pièces de 
platille, 10 barres de verroterie, 10 filières d'ambre, 10 filières de 
corail, 100 livres de poudre, 1.000 pierres, 1 bahut, 1.000 balles, 
30 bouteilles de mélasse, 2 pains de sucre, 2 bâtons de tente. — 
Pour ses soupers : 2 pièces de guinée par semaine. 

Au Visir Midlakah : 20 pièces de guinée, 12 fusils fins, 26 barils 
de poudre. 

Aux maîtres de langue : 25 pièces de guinée, 12 fusils fins à 1 
coup, 26 barils de poudre. — Pour leurs soupers : 1 pièce de guinée 
par semaine. 



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378 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

A la tribu de Sacy : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins à 1 coup, 
14 barils de poudre. 

Aux Aoulâd Anam : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins, 14 barils 
de poudre. 

Aux Aoulâd Abola : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins, 14 barils 
de poudre. 

Aux Aoulâd ack Mokhtar : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins, 
14 barils de poudre. 

Aux A,oulâd Guenoun : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins, 14 barils 
de poudre. 

Aux Aoulâd Khas Kilik : 12 pièces de guinée, 6 fusils fins, 14 
barils de poudre. 

Aux Aoulâd ben Dahmân : 30 pièces de guinée, 25 fusils fins, 
20 barils de poudre, 10 pièces de platille. 

Présents à Ahmed Mokhtar et à Chakik sultan : 8 pièces de guinée, 

1 fusil à 2 coups, 4 miroirs, 4 ciseaux, 4 tabatières, 4 cadenas, 4 pei- 
gnes, 4 jambettes, 4 barres de verroterie, 2 pains de sucre, 5 cou- 
dées d'écarlate, 5 coudées de mousseline, 2 pistolets à 2 coups, 

2 pièces de platille, 2 bahuts- 50 balles, 50 pierres, 2 barils de pou- 
dre à chacun. 

A Sidy Mokhtar : 6 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 1 pain 
de sucre, 6 miroirs, 6 peignes, 6 tabatières, 6 jambettes, 6 ciseaux, 
6 cadenas, 6 barres de verroterie, 2 barils de poudre, 2 pièces de pla- 
tille, 5 coudées d'écarlate, 5 coudées de mousseline, 1 bahut, 50 bal- 
les, 50 pierres, 2 pistolets à 2 coups. 

A Abdou Bakar Sira : 6 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 
2 barils de poudre, 1 pain de sucre, 4 miroirs, 4 ciseaux, 4 tabatières, 

4 cadenas, 4 peignes, 2 pièces de platille, 5 coudées d'écarlate, 

5 coudées de mousseline, 50 balles, 50 pierres, 1 bahut, 2 pistolets 
à 2 coups, 4 jambettes. 

A Amar ben Sarkhy : 4 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 
2 barils de poudre, 5 coudées d'écarlate, 5 coudées de mousseline, 
2 pièces de platille, 4 miroirs, 4 peignes, 4 ciseaux, 4 tabatières, 
4 jambettes, 4 cadenas, 4 barres de verroterie, 1 paini de sucre, 
1 bahut, 50 balles, 50 pierres. 

A Barahimat : 4 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 2 barils de 
poudre, 5 coudées d'écarlate, 5 coudées de mousseline, 2 pastilles 
(pièces), 4 miroirs, 4 peignes, 4 ciseaux, 4 tabatières, 4 jambettes, 



380 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

4 cadenas, 4 barres de verroterie, 1 pain de sucre, 1 bahut, 50 pierres, 
50 balles. 

A Amar ben el Mokhtar : 2 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 

1 bahut, 1 pain de sucre, 1 baril de poudre, 50 pierres, 50 balles, 

2 barres de verroterie, 2 ciseaux, 2 peignes, 2 jambettes, 2 cadenas, 
2 tabatières. 

A Mohammed Cheïd : 2 pièces de guinée, 1 fusil à 2 coups, 

1 bahut, 1 pain de sucre, 1 baril de poudre, 50 pierres, 50 balles, 

2 barres de verroterie, 1 pièce de platille, 2 miroirs, 2 peignes, 2 ci- 
seaux, 2 jambettes, 2 cadenas, 2 tabatières. 

A Sidi Mokhtar Serign (1) azouna : 4 pièces de guinée, I fusil 
à 2 coups, 2 barils de poudre, 1 pain de sucre, 4 miroirs, 4 ciseaux, 
4 peignes, 4 jambettes, 4 cadenas, 4 tabatières, 1 bahut, 4 barres de 
verroterie, 2 pièces de platille, 5 coudées d'écarlate, 5 coudées de 
mousseline, 50 pierres, 50 balles. 

A Aymar : 2 pièces de guinée, 1 fusil fin à 1 coup, 1 baril de 
poudre, 1 barre de verroterie, 1 miroir, 1 jambette, 1 cadenas, 1 pei- 
gne, un ciseau, 1 tabatière, 1 pièce de platille. 

A Mohammed Sidy : 2 pièces de guinée, 1 fusil fin à 1 coup, 
1 baril de poudre, 1 barre de verroterie, 1 miroir, 1 peigne, 1 jam- 
bette, 1 cadenas, 1 pain de sucre, 1 ciseau, 1 tabatière, 1 bahut. 

A Aly : 5 pièces de guinée. 

A Sidi Mohammed : 2 pièces de guinée, 1 fusil fin à 1 coup, 
1 baril de poudre. 

A Aly M'boula : 1 pièce et demie de guinée. 

A Sidy Tounsy : 1 pièce de guinée: 

A Doknetay : 1 pièce de guinée. 

A Mohammed : 1 pièce de guinée. 

A Hanny : 1 pièce de guinée. 

A Mohammed Minnathan : 2 pièces et demie de guinée. 

A Aly ibn Chedam : 1 pièce de guinée. 

A Mahmoudl ibn Abola : 1 pièce et demie de guinée. 

A Birama : 1 pièce de guinée. 

A Samba ibn Amar : 1 pièce et demie de guinée. 

A Aly ibn Seyd : 3 pièces de guinée. 



(1) Sérigne, mot ouolof signifiant Cheikh. 












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382 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

A Ady : 3 pièces de guinée. 

A Amar : 3 pièces de guinée. 

A Sidy el Mokhiar : 2 fusils à 1 coup. 

A Abou Bakar Sira : 2 fusils à 1 coup. 

A Abou Sidy Ahmed : 2 fusils à 1 coup. 

A Mohammed Chenouf : 1 pièce de guinée, 1 baril de poudre, 
î fusil à 1 coup. 

A Rhas Talba : 9 pièces de guinée. 

A Mohammed Fal : 1 pièce de guinée. 

A Minhana : 1 pièce de guinée. 

Tous lesquels articles susdits seront payés tant au Roi qu'aux autres 
princes et particuliers savoir : 

Les coutumes, moitié au milieu de la traite, et l'autre moitié à la 
fin. 

Les présents seront payés au commencement de la traite. 

Article 12. 

Lorsque la Compagnie enverra ses bâtiments, à l'époque réglée pour 
la traite de la gomme dans le pays d'Aly Koury, si ces mêmes bâti- 
ments n'étaient pas d'une capacité suffisante pour recevoir toute la 
gomme qui se présenterait, le Directeur général la fera enlever suc- 
cessivement par des embarcations particulières qui la conduiront dans 
ses établissements, soit dans le pays d'Aly Koury ou ailleurs, de 
manière qu'elle aura la faculté de traiter en tout le temps toutes les 
parties de gomme qu'on transportera dans les différents ports du pays 
d'Aly Koury. 

Article 13. 

Au moyen des conventions arrêtées et convenues dans l'article î 1 
du présent traité, le Roi Aly Koury n'aura plus rien à prétendre; et 
renonce dès à présent, pour toujours, à toutes autres demandes qui 
seraient étrangères à ce qui vient d'être réglé. 

Article 14. 

Demeure convenu que le comptoir ou comptoirs à établir dans le 
pays d'Aly Koury, ne seront tenus à aucun payement et qu'en vertu 



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384 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

de la sauvegarde et garantie qui leur est assurée par Aly Koury, ils 
auront la faculté de traiter annuellement tous les objets qui se présen- 
teront : il en sera de même pour les bâtiments que la Compagnie pour- 
rait expédier dans le courant de l'année pour la traite des captifs, 
morfil et autres productions du pays d'Aly Koury, le tout en considé- 
ration de la coutume arrêtée par l'article 1 1 du présent traité. 

Article 15. 

Il est de plus entendu et arrêté que si la Compagnie ne trouvait pas 
des positions convenables dans le pays d'Aly Koury, pour établir un 
ou plusieurs comptoirs, et que cette position favorable se présente sur 
les terres voisines, quoique dépendantes d'un autre Roi, les mêmes 
conditions du présent traité subsisteraient en entier; de manière que la 
traite de la gomme et autres objets du pays d'Aly Koury, se ferait 
dans le comptoir ou comptoirs voisins de ses terres, sans que la Com- 
pagnie pût se dispenser d'acquitter la somme fixée dans le présent 
traité, laquelle ne peut cesser d'avoir lieu, ni augmenter envers Aly 
Koury toutes les fois qu'il fournira de son pays les mêmes objets de 
traite qui en sortent aujourd'hui. 

Article 16. 

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Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'observer 
sincèrement, fidèlement et de bonne foi tous les articles convenus et 
établis dans le présent traité, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait 
contravention directe ou indirecte; mais au contraire, elles se garan- 
tissent généralement et réciproquement toutes les stipulations du présent 
traité. 

Article 17. 

En cas de contestations sur l'exécution ou l'interprétation d'un ou 
plusieurs articles du présent traité les parties contractantes s'en re- 
mettent volontairement et sans retour à la décision de M. le gouver- 
neur du Sénégal, et promettent de s'en tenir à son jugement. 

Fait quintuple en français pour être traduit en arabe au Sénégal. 

L'un restera déposé dans les archives du Gouvernement du Séné- 
gal; un autre sera délivré à Aly Koury et les trois autres resteront 



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386 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

au pouvoir du Directeur générai de ia Compagnie. Le tout arrêté et 
convenu en présence des témoins soussignés à bord de Y Aimable 
Lame y k F ancre sur le Niger (I), dans les passages du désert (2), le 
26 niai Î785. 

Signé, : L'Ecuyer, Pierre Lequesne, Hénin, Durand. 

Ratifié et approuvé le présent traité en présence de M. le Comte 
de Repentigny, Gouverneur de la Colonie et ses dépendances, dans 
File Saint-Louis, au Sénégal. 

Signé : Durand. ; . 

Vu, Signé : REPENT1GNY. 



Supplément aux articles de coutumes, en sus de ce qui a été réglé, 
Savoir: 

A Aroar ibn Sar-Khy (Chergui) : 1 paire de pistolets à î coup. 
A Barahimat : 1 pièce de guinée, 1 paire de pistolets à I coup. 
A Hady : 1 pièce de guinée. 
A Mohammed Chenouf : 4 pièces de guinée, 2 fusils à i coup. 



(1) Le Niger, c'est-à-dire le fleuve Sénégal. 

(2) C'est-à-dire l'escale du « Désert ». 









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390 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 3. 



Traité passé entre le Lieutenant-Gouverneur- MAXWELL et AMAR 
WOULDOU BOUCABE, roi des Trarzas (7 juin 1810). 

Soit notoire à tous ceux qu'il appartiendra ou peut appartenir, que 
moi, Lieutenant-Colonel Ch. V. Maxwell, Lieutenant-Gouverneur de 
S. M. Britannique pour les établissements du Sénégal, Gorée et Dé- 
pendances d'une part ; 

Et moi, Amar Wouldcu Boucabé, roi des Trarzas, d'autre part, 
Considérant que, depuis quelque temps, la traite de gomme dans 
la rivière a été interrompue et désirant de prévenir à l'avenir toutes 
querelles et mésintelligences et établir des règlements sûrs et positifs, 
pour le bien général de la traite, nous sommes convenus solennellement 
des arrangements suivants : c'est-à-dire : 

Article Premier. 

Aussitôt l'arrivée d'un bâtiment ou d'un canot quelconque, aux 
escales des Trarzas, le Roi Amar prendra des arrangements par écrit 
avec le Capitaine ou subrécargue. pour les coutumes qui doivent lui 
être payées, dans lesquels arrangements il sera exactement spécifié les 
qualités et différentes quantités de marchandises convenues pour les 
dites coutumes ; il en sera dressé deux copies dont une sera remise au 
Capitaine ou subrécargue et l'autre au Roi, ou à toute autre personne 
autorisée par lui. comme il sera spécifié ci-dessous. 

Article 2. 

Le roi, en son absence, autorisera Mohammed Sidy, son premier 
Ministre, qui sera chargé par lui de régler les dites coutumes avec 
les Capitaines et subrécargues suivant les conditions spécifiées dans 1 ar- 
ticle 1 er . 

Le Roi promet solennellement de remplir et se conformer en tout 
aux arrangements et conventions qui seront passés par son Ministre. 



l'émirat des tkarzas 391 

Article 3. 

Les coutumes ainsi fixées seront payées au Roi, ou à son chargé 
de pouvoirs, comme il est spécifié dans l'article '2 dans les propor- 
tions suivantes, c'est-à-dire un tiers lorsque le bâtiment aura mesuré 
sa première barrique de gomme, un tiers lorsqu'il sera à moitié chargé 
et l'autre tiers lorsqu'il aura fini sa, traite, un reçu sera donné par le 
roi ou par son député, au capitaine ou subrécargue, lors du paiement 
du dernier tiers des coutumes convenues. 

Article 4. 

Le Lieutenant- Gouverneur promet et s'engage de faire respecter lès 
engagements et de faire payer les coutumes ainsi contractées d'après 
les articles ci-dessus mentionnés, et facilitera de tout son pouvoir îa 
traite de gomme aux escales â&s Trarzas. • 

Finalement, les deux parties promettent et s'engagent mutuellement 
de remplir et d'exécuter fidèlement les engagements qu'elles ont con- 
tractées par ces présentes. / 
Fait et passé au Sénégal, le 7 juin 1810. 

Ont signé : AMAR WoULDOU BOUCABÉ, 

Ch.-W. MAXWELL, Lieutenant-Gouverneur, 
Ch. PoRQUET, maire, et Ed. O'HaRA, 

Sénégal, 13 june 1810. 

By order of the Lieutenant-Gouverneur. 
Signé : HjÊDDLE. 



392 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 4. 

Convention entre le Commandant pour le Roi et Administrateur du Sé- 
négal et dépendances et MOHAMMED KHARABAT CHEMS, chejs de 
la tribu des d' Armankpurs (30 juin 1819). 

L'influence et les moyens que peut avoir Mohammed Kharabat 
Chems comme chef des marabouts, tant pour diriger les différents prin- 
ces maures dans leurs déterminations, que pour être toujours bien ins- 
truit de ce qui se passe dans les différentes tribus, des mauvaises inten- 
tions des chefs, ainsi que des entreprises hostiles qu'ils avaient tenté 
de faire sur les nouveaux établissements projettes. 

L'utilité en outre dont le dit Mohammed Kharabat Chems pourra être 
par la suite, tant par les esclaves et tributaires, que par les nombreux 
bestiaux qu'il est en état de fournir pour contribuer aux travaux de 
colonisation, Tant porté à faire au Commandant pour le Roi les pro- 
positions ci-après. 

Article Premier. 

Que le dit Mohammed Kharabat Chems surveillera et fera surveiller 
avec le plus grand soin et une continuelle attention tout ce qui se passera 
dans les diverses tribus maures établies sur la rive droite du fleuve ; 
qu'il ne négligera rien pour être instruit des intentions des chefs et 
princes des dites tribus, ainsi que des entreprises hostiles qu'ils pour- 
raient être tentés de faire contre les établissements français, et qu'il 
en donnera de suite connaissance au Commandant et administrateur du 
Sénégal afin qu'il puisse prendre les mesures qu'il jugera nécessaires : 
que, de plus, dans tous les cas où il pourrait être appelé par eux, 
pour être consulté sur des points de quelqu' importance, il en donnera 
connaissance au Commandant et administrateur et n'agira que d'après 
ses instructions et dans les intérêts du Gouvernement français. 

Article 2. 

Qu'aussitôt les établissements de culture commencés, ledit Mohammed 



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394 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Kharbat Chems promet de diriger des esclaves et tributaires sur les 
lieux qui lui seront indiqués, et d'employer aux mêmes conditions que 
celles accordées au Brack et chefs du Walo tout pouvoir à les faire 
contribuer, aux travaux desdits établissements, comme aussi de fournir 
aux entrepreneurs les bestiaux et les bêtes de somme dont ils pourraient 
avoir besoin. 

Article 3. 

Le Commandant pour le Roi, reconnaissant Futilité dont peuvent 
être actuellement et devenir, par la suite, les propositions faites par 
ledit Mohammed Kharabat Chems, les accepte, s'obligeant et pro- 
mettant de lui donner d'abord une coutume de quinze pièces de Guinée 
bleue qui lui sera payée annuellement par l'administration du Sénégal 
tant qu'il remplira fidèlement ses engagements envers le Gouverne- 
ment français, et pourra être augmentée successivement, à nouveau 
et en raison des hommes et bestiaux qu'il fournira et des services essen- 
tiels qu'il aura rendus, et à son ministre deux "pièces de guinée bleue 
et un turban de mousseline. 

, Article 4. 

La présente coutume sera exigible le premier janvier de l'année 
mil huit cent vingt/ et, par suite, tous les ans, à pareille époque. 

Article 5, 

Quand le dit Mohammed Kharabat Chems ou son ministre vien- 
dront au Sénégal pour affaires du Gouvernement, ils y recevront leur? 
vivres, ainsi qu'il est réglé sur le livre des coutumes. 

Convenu entre les parties le trente juin mil huit cent dix-neuf en 
l'hôtel du Gouvernement à Saint-Louis. 

Signé : J ln SCHMALTZ. 



1./ ÉMIRAT DES TRARZAS 395 



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396 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 5. , 
Traité du 15 novembre 1819. 



Hamdoul Koury, fils d'Aly Koury, héritier légitime de la cou- 
ronne des Trarzas, d'une part. 

Et les chefs du pays de Walo ci-après nommés, Fatim Iamor, Aho 
femme de Brack, Irim Bagim Briock, prince héréditaire, Maghiao 
Kor, N'ghioudin, chef militaire du Royaume, Nghiakghiao-Ghiaomaï, 
prince du pays. 

Tous stipulant en l'absence de Brack dont ils s'obligent à rappor- 
ter la ratification, d'autre part ; désirant se donner un témoignage 
réciproque de l'amitié qui existe entre Hamdoul Koury et le pays de 
Walo et finir par un traité d'alliance pour agir en commun dans la 
guerre qu'ils ont jusqu'à présent soutenue séparément contre les Trar- 
zas, commandés par Amet Moctar, désirant aussi fixer, dès à présent, 
et pour le temps où Amdoul Koury et ses successeurs seront sur le 
trône des Trarzas les relations qui doivent 'exister entre le pays des 
Trarzas et le royaume de Walo ; ont fait entre eux les conventions 
suivantes : 

Article 1 er . — Les deux parties contractantes réuniront leurs efforts 
dans la guerre qu'ils ont à soutenir contre Amet Moctar, ils se don- 
neront réciproquement tous les secours dont ils pourront disposer. 

Art. 2. — Hamdoul Koury reconnaît que les Trarzas n'ont aucun 
droit à exercer sur le pays de Walo, ni sur aucune partie de la rive 
gauche du fleuve ; il renonce pour lui et ses successeurs à en. exiger 
jamais aucun tribut, aucune coutume, à aucun titre que ce soit, il s'en- 



>9H REVUE DU MONDE MUSULMAN 

gage à empêcher qu'aucun de ses sujets ou tributaires y fassent des 
pillages et y commettent des désordres ; et, si de pareils événements 
avaient malheureusement lieu malgré ses ordres, il promet formellement 
d'en livrer les auteurs aux Chefs de Walo, qui les feront punir exem- 
plairement, et de payer, en outre,, même à ses frais une itestè indem- 
nité aux habitants de Walo qui en auraient souffert. 

Art, 3. — Et vu le traité qui existe entre Sa Majesté le Roi de 
France et Je pays de Walo. dont il a été donné connaissance à Ham~ 
doul Koury, celui-ci déclare que F article précédent recevra son applï~ 
cation à l'égard! de tous les Français et des habitants du Sénégal, de 
leurs navire; de leurs cultures, de leurs habitations et dbs divers 
établissements gis ils pourront former dans le pays de Walo. 

Art. 4. — Les Chefs de Walo solliciteront du Commandant du 
Sénégal qu'il approuve le présent traité, et qu'il continue à leur four- 
nir pour son exécution les secours de protection qu'il leur a donnés 
jusqu'à ce jour. 

Art. 5. — Sous aucun prétexte, les sujets ou tributaires d'Hamdoul 
Koury ne pourront venir demeurer sur la rive gauche du fleuve à 
moins d'une permission spéciale du Commandant du Sénégal. 

Art. 6. — Les habitants de Walo conserveront la propriété des 
terres qu'ils ont possédées jusqu'à présent sur la rive droite du fleuve ; 
mais ils ne pourront pas y établir leur demeure sans une autorisation 
de Brack et du Commandant du Sénégal. 

Art. 7. — Les parties contractantes promettent et jurent sur la 
loi de Mahomet d'observer fidèlement le présent traité, dans lequel 
Hamdoul Koury s'oblige dès à présent comme roi des Trarzas. 

Le Commandant pour le Roi et Administrateur du Sénégal et Dé- 
pendances. 

Vu le traité ci-dessus conclu entre les chefs du pays de Walo, et 



l'émirat des trarzas 399 

Hamdoul Koury, héritier de la couronne des Trarzas, déclare qu'il 
l'approuve comme tendant à mettre fin à la guerre qui existe entre les 
Maures Trarzas et le royaume de Walo, qui est sous la protection 
de S.- M. le Roi de France. 

15 novembre 1819. 

J m SCHMALTZ. 



400 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 6. 
Traduction d'une lettre du Roi des Trarzas, reçue le 14 mai 1821. 

Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Amar Benou Mokhtar, 
Roi des Trarzas, au Gouvernement du Sénégal, Salut. 

Vous rappelez- vous que lorsque je vous ai vu en rivière, vous m'avez 
dit que j'étais votre père et que vous étiez mon fils, et que j'ai répondu 
qu'un fils devait faire ce que son père demandait. Vous rappelez- vous 
aussi que dans cette même entrevue, je vous ai dit à l'oreille en pas- 
sant mon bras autour de votre cou que Dagana appartenait à Hamet 
Babana, et qu'alors vous avez pris par la main votre maître de langue, 
et Mocktar Kadicha et leur avez dit que vous ne compreniez pas bien 
ce que je vous ai dit ? Alors ils vous répétèrent les paroles que je» 
vous ai dites à l'oreille et vous vous mîtes à rire. Si vous vous rap- 
peliez tout ceci, vous avouerez que jamais je ne vous ai fait la guerre. 

Le Colonel Schmaltz est même venu nous faire la guerre sans que 
nous la lui ayons jamais faite ; et vous suiviez la même voie que 
M. Schmaltz. Les Français ont toujours été nos amis ; ce pays est à 
eux et, comme leurs amis, nous avons toujours habité les mêmes terres. 

Si vous voulez la paix, venez en rivière avec mon parent Mohammed 
ould Ibrahim que j'envoie vers vous, et je vous rencontrerai à l'endroit 
que vous choisirez. Si vous ne venez pas, si vous ne voulez pas la paix, 
moi je ne vous ferai pas la guerre. 

Amar ould Mokhtar, bour du Ganar (1). 



(1) C'est-à-dire roi (en ouolof) du pays des Maures. 



l'émirat des trarzas 



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402 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 7. 
Traité du 6 juin 1826. 



Entre le Commandant et Administrateur du Sénégal et dépendances 
stipulant au nom de Sa Majesté le Roi de France. 

Et Mohammed el Habib Boubakar, Ousman et Woula Amenda, 
stipulant pour Amar, Roi des Trarzas et pour les autres chefs de sa 
nation. 

Il a été convenu et arrêté ce qui suit : 

Article Premier. / 

Le Commandant du Sénégal paiera au roi des Trarzas la moitié des 
coutumes qui lui sont dues. Il interviendra pour faciliter la conclusion 
de la paix entre les Trarzas et les gens du Walo. 

Article 2. 

1 ° Les Trarzas, en considération de ce paiement, s'engagent à ne 
pas vendre de gomme pendant un mois à partir de ce jour, si ce n'est 
à l'escale du fleuve. 

2° A restituer les bœufs pillés sur les terres de Lampsar, ou bien 
à en payer la valeur. 

3° Et à faire la paix avec le Walo aux conditions suivantes «: 
1 ° Que Dagana continuera de payer coutume ; 
2° Que les 100 bœufs de Brack seront payés par le Gouverne* 
ment sans que les Trarzas puissent rien ajouter, ni rien changer, à ces 
conditions. 



l'émirat des trarzas 403 

Article 3. 

Pour donner au Commandant toute sécurité sur l'exécution des con- 
ditions ci-dessus, qui sont les préliminaires d'une paix définitive, les 
Trarzas laisseront en otages : Boubakar, Osman et Ameïda. 



404 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 8. 

Traité passé entre M. Lecoupé, Commandant et Administrateur pour 
le Roi du Sénégal et dépendances, et Mohammed F al, jils d'Omar 
(7 juin 1821). 

Le Commandant et Administrateur pour le Roi du Sénégal et dépen- 
dances, voulant donner à Mohammed Fal un témoignage distingué de 
satisfaction, et reconnaître les soins qu'il a pris pour ramener la paix, 
et l'usage qu'il a fait de son influence pour en hâter la conclusion. 

Désirant s'assurer pour la suite l'affection et le dévouement de 
Mohammed Fal, et remployer à maintenir cette paix, et à en faire 
religieusement observer les conditions. 

Lui accorde une coutume extraordinaire, stipulée en dessous. 
Mohammed Fal s'engage formellement à continuer de servir effica- 
cement le Gouvernement français, et promet de réprimer, de tout son 
pouvoir, toute espèce d'infraction faite par les Trarzas au traité conclu 
avec eux. 

La coutume lui sera payée tous les ans, autant qu'il aura fidèlement 
tenu sa parole et prouvé son dévouement à l'issue de la traite de 
gomme et à la descente des bâtiments. 

Fait double, à Saint-Louis, le 7 juin 1821. 



30 pièces de Guinée, 1 fusil à 2 coups n° 4, 2 fusils à 1 coup n° 1 , 
20 livres de poudre, 500 pierres à feu, 500 balles, 1 pièce de mous- 
seline, 2 aunes d'écarlate. 

Ahmed Mokhtar Fal : 

2 pièces de Guinée, 1 'fusil à 2 coups n° 2, 100 pierres à feu, 
100 balles, 4 livres de poudre. 

Plus les soupers conformes à la note de Boubakar Siré, ils lui ont 
été accordés par le Commandant. 

Saint-Louis, lé 7 juin 1821. 

Le Commandant et Administrateur, pour le Roi du Sénégal et dépen- 
dances, 

Signé : Le COUPÉ. 



l'émirat des trarzas 405 












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C^>— r^ j. k . 



406 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 9. 

Traité avec Amar Ouîd Mokjitar, Roi des Trarzas, et avec les chejs 
des diverses tribus de cette nation (7 juin 1821). 

A la gloire du Tout-Puissant, 

Créateur du ciel, de la terre et des mers, père éternel de tous les 
êtres vivants. 

Au nom et sous les auspices de Sa Majesté Louis XVIII, Roi de 
France et de Navarre. 

Le Coupé, Jean-Baptiste, chevalier de l'Ordre royal et militaire 
de Saint-Louis et de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, capitaine 
de vaisseau, commandant et administrateur pour le Roi, du Sénégal et 
dépendances, d'une part ; 

Amar Ouldou Moctar, Roi des Trarzas et les principaux chefs de 
îa. tribu, de l'autre part ; 

Désirant sincèrement mettre un terme à tous les différends, et établir 
entre eux une union parfaite, paix et amitié constantes ; rouvrir les 
anciennnes relations commerciales, qui avaient été suspendues, et créer 
de nouvelles branches de commerce et d'échange qui puissent rap- 
procher les relations, et tourner à leur avantage réciproque, sont con- 
venus des articles suivants : 

Article Premier. 

La mésintelligence qui existait entre la Tribu du Trarza et du 

Français cesse à compter de ce jour ; les escales seront ouvertes, les 

ancienmes relations établies, à dater du moment de la signature du 
présent traité. 

Article 2. 

Le Roi et les princes Trarzas prétendent avoir des droits sur les 
terres du pays de Walo que les Français ont acheté à Brack ; le Gou- 
verneur croit que ces droits sont réels, mais prétend alors leur acheter 
la faculté d'y faire des établissements moyennant une nouvelle coutume 
qui sera stipulée plus bas. 

Article 3. 

Le Roi Amar Moctar et les Princes Trarzas prétendent à céder aux 
Français moyennant cette coutume, tous leurs droits sur le Walo ; ils 



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408 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

s'engagent non seulement à respecter tous les établissements qu'il plai- 
rait aux Français de former sur la rive gauche; mais encore à les défen- 
dre, les conserver et les protéger : et à contribuer de tous leurs moyens 
à leur prospérité. 

Article 4. 

Le Roi Amar Moctar et les Princes Trarzas engagent le gouverne- 
ment français à s'établir dans leur pays sur la rive droite ; ils lui con- 
cèdent à cet égard tous les terrains où il jugerait convenable cfélever 
des habitations et de faire des lougans lui promettant d'y contribuer 
eux-mêmes de tout leur pouvoir, de les défendre, respecter, et faire 
respecter. Ils verront avec plaisir les Français bâtir chez eux des cases 
et des maisons, et fonder des établissements. 

Article 5. 

Il sera loisible aux Français de s'établir sur la rive droite depuis 
Saint- Louis jusqu'en face de Gaë, et toutes les terres qui sont com- 
prises dans cet intervalle leur sont concédées en toute propriété. 

Article 6. 

Le roi Amar Moctar et les princes Trarzas s'engagent à me faire 
aucune incursion dans le pays de Walo, à n'y commettre ni dégâts, 
ni pillages, ni vexations, considérant désormais cette contrée comme une 
dépendance du Sénégal. 

Article 7. 

Le roi Amar Moctar et les princes Trarzas s'engager^ à garantir 
aux Français la propriété de Walo, contre les prétentions non fondées 
que pourraient manifester les Poules et les Draenas sur sa propriété. 
Ils jurent de prendre fait et cause pour les Français, en cas de ten- 
tatives hostiles contre leurs établissements, et s'engagent même à décla- 
rer la guerre à qui que ce soit, Mamedou, Aîmamy, Eliman-Boubakar, 
qui prétendrait avoir des droits sur ce pays. 

Article 8. 

Le roi Amar Moctar et les princes Trarzas, supplient le Comman- 
dant du Sénégal de vouloir bien être médiateur entre les chefs de 
Walo et eux, d'envoyer un) émissaire de confiance; qui puisse assister 
aux palabres qui auront lieu entre les Trarzas et les gens de Walo et 
de veiller aux paiements de ce que ces derniers reconnaîtront aux 
mêmes devoirs aux Trarzas. 



410 revue du monde musulman 

Article 9. 

Le commandant reconnaissant fort bien que les chefs et princes 
Trarzas ont eu de temps immémorial leurs tributaires dans le Walo et 
sachant aussi que ces tributaires, loin de vouloir se soustraire au paie- 
ment de ces tributs, en reconnaissant eux-mêmes la légitimité, consent 
à ce que le roi et les chefs Trarzas continuent à recevoir des rétribu- 
tions, mais en cas de non-paiement, offre sa médiation aux Trarzas 
qui ne doivent se permettre aucune violence dans le Walo. 

Article 10. 

Le roi et les princes Trarzas s'engagent à faire user, de tous leurs 
moyerts, toute espèce de culture, et, particulièrement celle du coton 
soit dans le Walo, soit sur la rive droite à déterminer/ à pousser les 
habitants des deux rives à en venir vendre aux bâtiments qui vont 
traiter, et dans le cas où quelques nègres des habitations établies vien- 
draient à déserter, ils promettent et s'engagent à les ramener à leurs 
propriétés gratuitement. 

Article 11. 

Le gouvernement français promet et s'engage de faire rendre aux 
Trarzas les captifs et tributaires qui auraient déserté et se trouvaient 
chez les habitants du Sénégal, ou dans les habitations françaises éta- 
blies dans le Walo, ou sur la rive droite. 

Article 12. 

Le gouvernement français déferjfljra avec la plus stricte sévérité de 
traiter de la gomme en quelque petite quantité que ce soit, ailleurs 
que dans les escales et endroits convenus entre le commandant du 
Sénégal et le Roi des Trarzas. Tout bâtiment qui sera trouvé avoir 
traité la gomme en contrebande, le roi mettra à son bord une per- 
sonne de confiance qui raccompagnera à Saint-Louis, et le commandant 
confisquera les gommes ainsi traitées au profit du Roi. 

Article 13. 

Moyennant la stricte exécution des clauses précédentes et des condi- 
tions convenues aux anciens traités entre le Sénégal et les Trarzas, 
le commandant garantit aux Trarzas le paiement des anciennes rede- 
vances telles qu'elles sont portées aux Livrets des Coutumes. 



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412 . revue du monde musulman 

Article 14. 

Il accordera au roi et aux princes Trarzas pour lés concessions qu'ils 
lui font, dans le Walo, et sur la rive droite, pour rengagement qu'ils 
prennent de garantir la propriété du Walo, contre les entreprises du 
Fouta. 

Vu coutume de 

Elle est stipulée à la fin du Traité. 

Article 15. 

L'ancienne coutume, ainsi que la nouvelle, seront payées immédiate- 
ment après la traite à la descente des bâtiments, et à Saint-Louis 
entre les mains de gens, que le Roi et les princes jugeront à propos 
d'y envoyer. 

Article 16. 

Dans le cas où l'un des princes quel qu'il soit, manquerait à une 
des conditions stipulées plus haut, il perdra ses coutumes anciennes et 
nouvelles, et le Roi et les princes s'entendront avec le commandant 
du Sénégal pour réprimer une infraction également préjudiciable aux 
intérêts de ces deux parties. 

Article 17. 

Il est entendu entre le gouvernement du Sénégal et le Roi et lès 
princes Trarzas que les Français prétendent ne s'immiscer en rien dans 
les affaires des chefs Trarzas, soit entre eux et leurs sujets, qu'ils n'ont 
aucune prétention de souveraineté dans le pays des Trarzas, pour leurs 
établissements de culture. 

Article 18. 

Toutes les conditions remplies et le traité signé, le commandant fera 
remettre au roi des Trarzas, les prisonniers maures détenus à Goree 
et, quant aux prisonniers faits pendant la guerre, par les habitants du 
Sénégal, le commandant permettra aux maures de les racheter en fixant 
à cet égard un prix. 

Fait triple, entre nous, le septième jour de juin mil huit cent vingt- 
et-un. 

Signe : Le Coupé. 







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414 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Coutumes : 

Accordées aux Trarzas en raison du Traité ci^dessus : 

Au roi : 30 pièces de Guinée, 2 fusils à 1 coup, 500 pierres à 
fusil, 1 pièce de mousseline, 3 fusil à 2 coups, 20 livres de poudre, 
500 balles de plomb, 2 aunes d'écarlate. 

A Orner (prince) : 12 pièces de Guinée, 10 livres de poudre, 2 fu- 
sils à 2 coups, 200 pierres à fusil, 200 balles. 

A son ministre : 6 pièces de Guinée, 4 livres de poudre, 1 fusil à 
2 coups, 50 pierres à fusil, 50 balles de plomb. 

Aux fils d'Aleit et Amar Comba : 6 pièces de Guinée, 200 pierres 
à fusil, 2 fusils à deux coups, 10 livres de poudre, 200 balles. 

Aux fils de Boubakar Siré : 6 pièces de Guinée, 2 fusils à 1 coup, 
200 pierres à fusil, 2 fusils à 2 coups, 10 livres de poudre, 200 balles. 

Aux fils d'Amar Bouchar (princes) : 4 pièces de Guinée, 10 livres 
de poudre, 1 fusil à 2 coups, 200 pierres à fusil, 200 balles. 

A Eli Ibrahim (prince) : 6 pièces de Guinée, 10 livres de poudre, 
1 fusil à 2 coups, 200 pierres à fusil, 200 balles. 

Ahmet Schims (prince) : 4 pièces de Guinée, 10 livres de poudre, 
1 fusil à 2 coups, 200 pierres à fusil, 200 balles. „ 

Aux fils de Boubakar Sidick : 2 pièces de Guinée, 5 livres de pou- 
dre, 1 fusil à 2 coups, 100 pierres à fusil, 100 balles. 

Le roi et tous les princes s'engagent de nouveau à respecter, faire 
respecter et protéger tous les établissements Français soit sur la rive 
droite, soit dans le Walo, à contribuer de tout leur pouvoir à leur 
prospérité, consentant à se réunir au commandant pour réorimer toute 
infraction faite par l'un d'eux, et perdre toutes leurs coutumes anciennes 
et nouvelles, s'ils ne tiennent pas leurs promesses contenues au Traité, 

Saint-Louis, le septième jour de juin mil huit cent vingt-et-un. 

Le commandant et administrateur du Sénégal et dépendances, 

Signé : Le COUPÉ. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



415 



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416 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 10. 

Traité avec MoHAMMED~EL-HABIB, roi des Trarzas (25 mars 1829). 

A la gloire du Dieu tout puissant, créateur de l'univers. 

Entre nous, E. Brumet, inspecteur des cultures, François Pellegrin, 
maire de Saint-Louis, Calvé, directeur de la compagnie de Salami et 
Walo, AHn aîné, négociant, revêtus de pouvoirs de M. le Gou- 
verneur du Sénégal et dépendances, d'une part, et Ahmed el Leyghât, 
frère du roi des Trarzas, Ahmed Boubakar, Fadiq, Ahmed Outa, 
Ahmed Sidi; princes de cette nation, revêtus des pouvoirs de Moham- 
med-el-Habib, roi des Trarzas, et de tous les princes Trarzas, d'au- 
tre part. 

Ont été convenus les articles suivants : 

Article Premier. 

Le traité convenu le sept juin mil huit cent vingt-et-un entre M. Le- 
coupé, commandant et administrateur du Sénégal ^et dépendances, et 
Amar Ould Moctar, Roi des Trarzas, dont l'effet avait été momen- 
tanément atténué, reprend toute sa force à partir de ce jour. Les 
deux parties contractantes s'en confirment réciproquement les articles et 
jurent d'y adhérer en tous points. 

Article 2. 

Pour reconnaître les bonnes intentions manifestées dans cette occa- 
sion par le roi et les princes Trarzas, le gouverneur veut bien leur 
accorder les coutumes arriérées. 

Article 3. 

De leur côté, le roi et les princes Trarzas pour témoigner au gou- 
verneur du Sénégal combien ils sont peines des fâcheux accidents 
arrivés aux habitations, la Vestale et Bouwaronk, en 1*827, abandon- 
nent une année de leurs coutumes arriérées pour les justes réparations 
que peuvent prétendre les victimes de ces malheureux événements. 

Article 4. 

Et encore pour prouver la sincérité qui les animes aujourd'hui, ils 
consentent que le paiement des quatre autres années de coutumes 
arriérées ne soit effectué qu'en plusieurs termes, savoir : 






xxxvi. 27 






418 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

1 ° Une année lors de la ratification du présent traité ; 

2° Une année à la fin de la traite de 1829. 

3° Une année à la fin de la traite de 1830. 

4° Une année à la fin de la traite de 1831 . 

Ces payements ne devant avoir lieu qu'autant que dans l'intervalle 
de diverses époques d'échéances les relations entre les contractants 
n'auront pas cessé d'être entièrement pacifiques et que les traités auront 
été scrupuleusement observés. 

Article 5. 

Les communications ordinaires entre les Maures Trarzas, le Séné- 
gal et le Walo sont rétablies sur l'ancien pied. 

Article 6. 

L'escale des Trarzas située au bord du fleuve sera ouverte du jour 
où Mohamed-el-Habib aura fait connaître d'une manière péremptoire, 
qu'il adhère aux présentes conditions. 

Le Roi et les Princes Trarzas promettent de faire porter à cette 
escale toutes les gommes récoltées sur leur territoire et celles qui pour- 
raient y être importées. 

Article 7. 

Les tribus maures qui sont actuellement dans le Wak> seront libres 
d'y demeurer ou de passer sur la rive droite. Au cas où il resterait 
dans le Walo des Maures tributaires des princes Trarzas, ceux-ci pour- 
ront, comme autrefois, exiger les redevances dues par ces tributaires ; 
mais en cas de difficultés!, ils s'abstiendront d'employer envers eux au- 
cun moyen de rigueur avant d'avoir prévenu le Gouverneur du Sénégal 
ou ses agents en rivière, afin qu'ils puissent intervenir pour arranger 
les différends à l'amiable. 

Article 8. 

S'il arrivait qu'au mépris de la défense de leurs chefs, quelques 
Maures commissent des vols ou des dégâts sur les propriétés des habi- 
tants du Sénégal, le Roi et les Princes Trarzas les feraient restiituer 
ou payer dans le plus bref délai, ou payeraient eux-mêmes une valeur 
double à prendre sur leurs coutumes. 






& 



420 revue du monde musulman 

Article 9. 

Pour éloigner, autant que possible, toutes les causes de mésintelli- 
gence, jamais les gens armés n'entreront dans les cantons où sont 
situés les établissements des Européens, c'est-à-dire dans l'espace qui 
est compris entre les village® de Dagana et de N'tiagar. 

De même, les gens armés ne s'approcheront pas des. habitations de 
Lamsar et de Ghermoaï, à une distance moindre que trois heures de 
marche. 

Article 10. 

Les prisonniers de guerre maures qui sont détenus à Gorée par le 
Gouvernement, seront rendus à la seule condition, pour les Trarzas, de 
renvoyer un homme libre de Saint-Louis qui est entre leurs mains. 

Les prisonniers de guerre qui sont restés entre les mains des gens du 
Sénégal seront rendus moyennant rançon débattue devant le maire de 
Saint-Louis. Les esclaves capturés pendant la guerre seront rendus 
pour six pièces die guinée, s'ils sont encore en la possession des gens 
qui les ont pris. S'ils ont changé de mains, le prix du xachat sera égal 
à celui qu'aura payé l' acheteur. 

Ces dernières conditions sont réciproques. 

Article 11. 

Le présent traité sera ratifié par le Gouverneur du Sénégal et le 
Roi des Trarzas avant l'expiration de trente jours. 

Les princes contractants promettent qu'à moins de graves empêche- 
ments, Mohammed-el-Habib se rendra à Saint-Louis avant ce délai 
expiré, tant pour la dite ratification que pour cimenter par de nou- 
velles assurances mutuelles, la paix si heureusement rétablie pour tou- 
jours entre les Français et les Trarzas. 

Fait quadruple à Saint-Louis, le vingt-cinq mars 1829. 

Signé : Calvé, E. Brunet, F. Pellegrin, Alin 
aîné, Ahmed ben Amar, Ahmed ben 
Boubakar, Mohammed ben Sidi. 
Ratifié à l'hôel du Gouvernement à Saint-Louis, le 15 avril 1829. 

Le Gouverneur du Sénégal et dépendances. 
Signé : JUBELIN, 

Mohammed-el-Habib . 



l'émirat des trarzas 421 






422 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 11 



Convention additionnmlle au traité avec le Roi des Trarzas 
(23 avril 1829). 

A l'époque de la discussion du traité de paix du 25 mars 1829, 
les envoyés de Mohammed-el-Habib, Roi des Trarzas, avaient été 
prévenus que l'intention du Gouverneur du Sénégal était de supprimer 
définitivement la coutume spéciale accordée en 1821 à Mohammed- 
Fall, fils d'Omar, et qui, depuis la mort de ce prince, avait été oc- 
troyée temporairement à Edi, son fils. 

Telle était, en effet, la résolution du Gouverneur. 

Cependant, sur la demande de Mohammedl-el-Habib, sur les ins- 
tantes prières qu'il lui a adressées à ce sujet, le Gouverneur voulant 
lui donner une nouvelle preuve de considération et d'amitié, a con- 
senti, et il a été et il demeure définitivement arrêté d'un commun 
accord, ce qui suit : 

Article Premier. 

La coutume établie en 1821 en faveur de Mohammed-Fall, fils 
d'Omar, est dévolue à Edi, son frère, sa vie durant. 

S'il survient à Edi un enfant mâle, cet enfant jouira aussi de cette 
coutume, sa vie durant. 

A la mort d'Edi, s'il ne laisse aucune postérité masculine, ou à la 
mort du fils qui lui aurait succédé, la dite coutume s'éteinSdra pour 
toujours, sans que leurs héritiers en ligne directe ou en ligne collatérale, 
puissent y prétendre, en quelque manière que ce soit. 

Article 2. 

Si, après sa mort, Edi laisse un enifant mâle, cet enfant ne pou- 
vant toucher lui-même ses coutumes avant l'époque de sa majorité, 
jusqu'à ce moment, elles seront payées pour lui entre les mains du 
Roi des Trarzas. 



l'émirat des trarzas 423 

Article 3. 

Il est entendu que la coutume mentionnée ci-dessus serait immédia- 
tement et pour toujours abolie, s'il arrivait qu'Edi ou son successeur 
commissent quelque agression, vexation ou insulte envers les habitants 
du Sénégal, ou si, de quelque manière que ce soit, ils se comportaient 
mal à l'égard de la Colonie. 

Fait triple à Saint-Louis, le vingt-trois avril mil huit cent vingt-neuf. 

E. Brunet, 
F. Pellegrin, F. Muller. 

Le Gouverneur : JUBELIN. 
Ahmed Abou Bakar-el-Sadiq, Mohammed-el-Habib, 

Edi. 

Pour traduction conjorme : F. MULLER. 



424 REVUE PU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 12. 



Traité avec IBRAHIM OULD MoKHTAR, Chef de la Tribu maure des 
Pakhalifas (28 avril 1829). 

Louanges à Dieu, etc. 

Le Gouverneur du Sénégal voulant donner à Ibrahim ould Mokhtar, 
chef de la tribu. maure du Pakhalifas, une marque évidente de satis- 
faction pour la conduite qu'il a tenue pendant la guerre et lors des 
pourparlers pour la paix. 

Voulant s'assurer son) amitié pour toujours et lier irrévocablement 
ses intérêts et ceux de la tribu aux intérêts de la colonie : 

Attendu que les Pakhalifas résidant constamment dans le Walo, 
Ibrahim ould Mokhtar peut être considéré comme un des chefs de ce 
pays, et qu'à ce titre, il peut se rendre de plus en plus utile à la 
colonie, tant auprès du Walo qu'auprès des Maures. 

Consent à ce qui suit : 

Une coutume annuelle payable chaque année au 1 er janvier, à 
partir du 1 er janvier 1830, sera payée à Ibrahim ould Mokhtar. Cette 
coutume sera composée comme rfl suit : 

4 pièces de guinée bleue, 1 fusil double fin, 2 livres de poudre, 
200 balles, 200 pierres à feu. 

De plus, lorsque Ibrahim viendra à Saint-Louis pour y prendre sa 
coutume, ou lorsqu'il y sera appelé pour le service du gouvernement, 
il recevra un souper composé chaque jour de : 

6 moules de mil, ou l'équivalent en riz, 2 livres de pain, 2 pintes 
de mélasse ou 2 livres de cassonnade, 7 livres de viande fraîche. 

Le souper ne sera délivré qu'à lui personnellement et jamais à ses 
envoyés. 

En reconnaissance des avantages stipulés ci-dessus, Ibrahim ould 
Mokhtar promet au Gouverneur du Sénégal, tant en son nom qu'en 
celui de ses successeurs : 

1 ° De réunir ses forces aux siennes toutes les fois qu'il s'agira de 
défendre contre une agression étrangère les établissements français du 
Walo : 



426 REVUE PU MONDE MUSULMAN 

2° De faire toutes les démarches dépendant de lui pour retrouver 
les esclaves déserteurs des Etablissements français qui auraient été 
capturés frauduleusement par des étrangers, et les bestiaux volés ou 
perdus ; 

3° De toujours informer les agents du Gouverneur en rivière de 
ce qui arrivera à sa connaissance, relativement aux affaires politiques 
du pays ; 

4° D'employer toujours autant qu'il le pourra, son influence pour 
défendre les intérêts des habitants du Sénégal, soit près des Trarzas, 
soit près des Walos. 

Ibrahim ould Mokhtar consent, pour lui et ses successeurs, à perdre 
la coutume déterminée plus haut, s'ils manquent à l'un de ces enga- 
gements ou si leur conduite envers le Sénégal n'est pas toujours celle 
d'un ami sincère et dévoué. 

Il consent de plus à ce que s'il arrivait que ses sujets ou les Maures 
de quelque tribu que ce soit qui se seraient réunis à son coup, commis- 
sent des vols ou des dégâts sur les propriétés des Français, ces vols ou 
dégâts fussent, à défaut de réparation), payés entièrement par une re- 
tenue faite sur sa coutume aussi longtemps qu'il serait nécessaire. 

Fait triple à Saint-Louis, le 28 avril 1829. 

Signé : C. BRUNET, D. MULLER. 
Signé : Le Gouverneur JUBELIN. 



l'émirat des trarzas 



427 






428 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 13. 

Traité conclu entre M. RENAULT DE SaINT-GermaIN, Gouverneur 
du Sénégal et dépendances, et MOHAMMED El-HabIB, Roi des 
Trarzas (24 août 1831). 

D'après les assurances solennelles que le Roi des Trarzas a donnés 
au Gouverneur du Sénégal qu'il avait désapprouvé les pillages comimis 
par Bouhoboïny, son frère, et par d'autres Maures sur des propriétés 
françaises ; qu'il considérait les assassinats commis récemment sur des 
habitants du Sénégal, comme s'ils étaient sur sa personne ; qu'il avait 
poursuivi les assassins pour les punir ; que ceux-ci avaient fui hors de 
son territoire et qu'il ferait la guerre à toute nation qui leur donnerait 
asile. 

Le dit Gouverneur fait cesser les actes d'hostilité qu'il avait or- 
donné d'exercer contre les Trarzas. 

Et le Traité suivant a été passé entre eux : 

A la gloire du Tout-Puissant, créateur du ciel, de la terre et des 
mers, père éternel de tous les êtres vivants ; 

Au nom et sous les auspices de S. M. le Roi des Français, Renault 
de Saint-Germain, chef de bataillon, chevalier de l'Ordre de la Légion 
d'Honneur, Gouverneur du Sénégal et dépendances, d'une part, 

Mohammed El-Habib, Roi de Trarzas, et les principaux chefs de 
la tribu, de l'autre part, 

Désirant que les assassins : Mokhtar ould Ely Koury, Amar ould 
Ely ould Amar Boucharoup, Sidy Hamet ould Aguénèbe, Hamet 
Héibé et leurs complices, subissent à j aimais le seul, mais trop doux 
châtiment qu'il soit possible de leur infliger, que rien ne puisse, à 
l'avenir, donner prétexte à troubler la paix et l'amitié qui règne entre 
le Sénégal et les Trarzas, sont convenus de ce qui suit : 

Article Premier. 

Le Roi et les principaux chefs des Trarzas nie souffriront jamais 
que les susdits assassins ni aucun de leurs complices, posent le pied 
sur le sol de leur tribu ; et ils les déclareront déchus de leurs titres et 
du nom de Trarzas. 



l'émirat des trarzas 429 









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430 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



Article 2. 



Dans le cas où un habitant du Sénégal transgresserait les traités ou 
commettrait une offense ou un dommage quelconque à un Maure Trarza, 
le Roi, ni aucun individu de sa tribu ne pourront se faire justice eux- 
mêmes, ni exercer aucun acte de représailles, mais le Roi portera 
plainte au Gouverneur qui, seul, fera punir le coupable et redressera 
les torts qui auront été subis. 

Le Gouverneur agira réciproquement, si un Maure se trouvait dans 
le cas ci-dessus. 

Article 3. 

Le présent traité signé, le Gouverneur mettra en liberté tous les 
Trarzas détenus prisonniers. 

Fait quadruple à Saint-Louis, le 24 août 1831. 

Signé : De Saint-Germain, Mohammed El-Habib, 
Mohammed Hemet Ali. 



432 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 14. 

Traité conclu entre M. RENAULT DE SAINT-GERMAIN, Gouverneur 
du Sénégal et dépendances, et HAMET BoïRY et LaïDY OULD Mac- 
MOUDE, chefs de la tribu des Dacbaguis (22 mai 1832). 

A la gloire du tout puissant, créateur du ciel et de la terre et des 
mers, père éternel de tous les êtres vivants. :t 

Renault de Saint-Germain, chef de bataillon, Chevalier de l'ordre 
royal de la légion d'honneur, Gouverneur du Sénégal et dépendances 
d'une part, 

Et Hamet Boîry et Laîdy ould Macmoud, Chefs de la Tribu des 
Dacbaguis, de l'autre part. 

Désirant que la paix et l'amitié qui régnent entre les Français et 
la dite tribu continuent de subsister, même dans le cas où il y aurait 
guerre entre le Sénégal et les Trarzas, ce qu'à Dieu ne plaise. 

Sont convenus de ce qui suit : 

Article Premier. 

Il est permis aux Maures de la tribu des Dacbaguis de venir libre- 
ment à Saint-Louis pendant les guerres qui pourraient avoir lieu entre 
les Français et les Trarzas. 

Article 2. 

En reconnaissance de cette faveur, les chefs de la dite Tribu s'en- 
gagent à donner immédiatement avis au Gouverneur de tous projets hos- 
tiles qui pourraient être formés par les ennemis du Sénégal et de pro- 
téger les habitants de toute injure ; soit par des avertissements salu- 
taires, soit par tout autre moyen. 

Article 3. 

Si les chefs des Dacbaguis manquaient à leur engagement ou que 
quelques gens de leur tribu peuvent être soupçonnés de favoriser de 
quelque manière que ce soit les projets des ennemis du Sénégal, l'en- 
trée de Saint-Louis leur serait aussitôt interdite. 

Fait quadruple à Saint-Louis ce 22 mai 1832. 

Signé : De SAINT-GERMAIN. 



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434 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 15. 
Traité avec MOHAMMED EL HABIB, Roi des Trottas. 

(30 mût 1835). 

A la gloire du Dieu tout puissant créateur de l'univers. 

Entre nous Victor Calvé, directeur de la compagnie; de Galam, Alin, 
maire de Saint-Louis, François Pellegrin, habitant notable, Caille, 
capitaine au 2 e régiment de marine et Monteillet, négociant, revêtus 
des pouvoirs de M. le Gouverneur du Sénégal et dépendances d'une 
part ; 

Et Ahmed el Leyghat, père du Roi des Trarzas, Moctàr Sidy, mi- 
nistre du roi des Trarzas, Amet Chèye, Mehadale, Amet Ameyda, 
Ahmet Boubakar Sadiq, princes de cette nation, revêtlis des pouvoirs 
de Mohammed el Habib, et de tous les princes trarzas d'autre part. 

Ont été convenus les articles suivants : 

Article Premier. ■ 

Le Roi des Trarzas renonce formel lement pour lui personnellement 
et ses descendants et successeurs, à toutes prétentions directes ou indi- 
rectes sur la Couronne du pays du Walo, et notamment pour les enfants 
qui pourraient naître de son mariage avec la princesse Guimbotte. 

Article 2. 

Le Roi et les princes trarzas promettent pour eux et leurs sujets de 
n'inquiéter ni rechercher en rien soit dans leurs personnes ou leurs pro- 
priétés les gens du Walo qui ont pris part directement ou indirectement 
pour le Sénégal, pendant la guerre contre Fara Pender et ses partisans, 
ainsi que contre les Maures Trarzas. 

Article 3. 

Le Roi et les princes trarzas, s'engagent à accepter 1 intervention 
du Gouvernement français pour terminer divers différends avec Eliman 
Boubakar, aussitôt l'arrivée de ce chef à Saint-Louis. 

Article 4. 

Le Gouvernement français ne voulant laisser aucun doute sur sa 
bonne foi et donner une preuve de son sincère désir de rétablir la bonne 
harmonie entre les Trarzas et le Sénégal, consent malgré les hostilités 



î. EMIRAT DES TRARZAS 435 












436 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

qui ont suivi immédiatement la traite de gomme de 1833 à payer les 
coutumes acquises en vertu des Traités en vigueur à cette époque ainsi 
que celles de l'année 1835, dans le cas où la traite aurait lieu cette 
année à une escale qui sera désignée d'un commun accord. 

Article 5. 

Les prisonniers de guerre maures qui sont détenus à Corée par le 
Gouvernement seront rendus sous conditions pour les Trarzas de ren- 
voyer les prisonniers du Sénégal qui pourraient se trouver en leur pos- 
session. 

Les prisonniers capturés pendant la guerre seront rendus pour six 
pièces de guinée s'ils sont encore en la possession des gens qui les ont 
pris. S'ils ont changé de mains le» prix du rachat sera égal à celui 
qu'aura payé l'acheteur. 

Ces dernières conditions sont réciproques. 

Article 6. 

Le traité passé le 7 juin 1821 entre M. Le Coupé, Gouverneur du 
Sénégal et Amar Ouldou Moetar, Roi des Trarzas, et le traité passé 
le 5 avril 1829 entre M. Jubelin, Gouverneur du Sénégal, et notam- 
ment El Habib, Roi des Trarzas continueront à être observés dans tout 
ce qui n'est pas contraire au présent traité. 

Fait quadruple à Saint-Louis le trente août mil huit cent trente- 
cinq. 

Ont signé d'une part : VlCTOR CALVÉ, ALIN, MoURÉ, F- PELLE- 
GRIN, CAILLE et MoNTEILLET. 

D'autre part: AHMET EL LEYAGHAT, MOCTAR SlDY, HâMET CHEIK 

Momadali, Amed Ameyda, Ahmed Boubakar Sidiq. 

Rectifié à l'Hôtel du Gouvernement, le 30 août 1835. 

Le Gouverneur du Sénégal et dépendances. 
Signé : PAJOL. 

Le Roi des Trarzas. 
Signé : MOHAMMED EL HABIB. 



/• 

l'émirat des trarzas ,437 






438 * REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 16. 

Convention passée entre le Gouverneur du Sénégal 
et Mohammed el Habib, Roi des Trmas, 

(2 janvier 1836) 

Lie Gouverneur du Sénégal et le Roi des Trarzas ayant pensé qu'il 
était de toute justice de fixer une époque passée laquelle les conditions 
stipulées en l'article 5 du. traité de paix du 30 août 1835 ne seraient 
plus obligatoires, 

Sont convenus de ce qui suit : 

Article Premier. 

A partir du I er août 1836, l'article 5 du traité de paix du 30 aoiii 
1835, sera annulé en ce qui concerne le rachat des prisonniers captu- 
rés pendant la guerre qui n'auraient point été rachetés avant cette 

époque. 

Article 2. 

Après le délai ci-dessus toute demande de rachat de la part des 
Maures Trarzas ne pourra avoir lieu que de gré à gré avec les habitants 
du Sénégal qui auraient encore en leur possession des captifs faits pri- 
sonniers pendant la dernière guerre. 

Le Gouverneur, 
S(f*né l Fajol. 



l'émirat des trarzas t 439 






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440 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 17. 



Traité du 22 octobre 1842. 

A la gloire du Dieu tout puissant créateur de l'univers. 

Entre nous Pageot des Noutières, chevalier de l'ordre royal de la 
Légion d'honneur, commissaire de la marine, gouverneur du Sénégal 
et dépendances. 

Paul Joseph Huard Bessinières, chevalier de la Légion d'honneur, 
pharmacien en chef du Sénégal, chargé en chef des affaires politiques 
de la rivière. 

Potin Patterson v habitant notable d'une part ; 

Et Moctar Sidy, ministre plénipotentiaire du Roi dès Trarzas, et 
Amar chargé de pouvoirs d'autre part. 

Ont été convenus les articles suivants. Le Roi et les principaux chefs 
des Trarzas s'engagent : 

Article Premier. 

A repecter notre établissement commercial de Mérinaghen. 

Article 2. 

A ne commettre ni dégâts, ni pillages, ni vexation aux environs de 
notre comptoir ; et à ne pas s'y présenter en armes, considérant désor- 
mais cette contrée comme une dépendance du Sénégal. 

Article 3. 

A n'attaquer ni les caravanes, ni les marchands isolés qui iront au 
comptoir de Mérinaghen, ou qui en reviendront et à laisser libres toutes 
les routes sans exceptions, qui conduisent de Mérinaghen dans le Yoloff 
et du Yoloff à Mérinaghen, et nations circonvoisines, réciproquement. 

Article 4. 

Le Gouverneur reconnaissant que le Yoloff doit des tributs à Buo- 
beni, tributs consentis et reconnus par le Yoloff, et voulant éviter toute 
espèce de conflit entre les gens de ce pays et les Trarzas* conflit qui 



l'émirat des trarzas 441 

pourrait troubler nos affaires commerciales, s'engage à payer lui-même 
à Buobeni, la quantité de cent pièces die guiinée qui représenteront inté- 
gralement les tributs dûs à ce prince, se réservant de la faire payer en 
nature par les tributaires des Yoloff. 

Article 5. 

Moyennant cette coutume et celle qui sera indiquée plus bas : Le 
Roi des Trarzas, les principaux chefs de Buobeni, consentent à aban- 
donner toutes leurs prétentions sur le Yoloff ; à ne jamais s'y présenter 
en armes, et à ne commettre dans ce pays sous aucun prétexte que ce 
soit, ni pillage ni vexation ; et à n'exiger désormais des habitants de 
cette localité, ainsi que de ceux de Saint-Louis ; aucune coutume ni 
redevance. 

Article 6. 

Le Gouverneur s'engage, en outre, à payer au Roi des Trarzas et 
à Moctar Sidi son ministre une coutume annuelle dont le détail suit : 

Coutumes du Roi : 40 pièces de Guinée, 2 fusils à 2 coups, 2 fusils 
à 1 coup, 200 balles, 200 pierres à feu, 5 livres de poudre: 

Coutumes du ministre : 10 pièces de Guinée, 1 fusil à 2 coups, 
100 balles, 100 pierres, 5 livres de poudre. 

Coutumes de Buobeni : 100 pièces de Guinée. 

Article 7. 

Cette coutume accordée devra être répartie entre les principaux 
chefs, mais le Roi sera responsable de tout ce qui pourra arriver de 
contraire à la présente transaction ; il en répond personnellement et les 
coutumes anciennes et les coutumes nouvelles, sans les garants du traité. 

Ces coutumes d'ailleurs ne seront payées qu'à la fin de chaque an- 
née, quand les Maures auront remplis convenablement leurs obligations 

Fait à Saint-Louis en quadruple expédition le 22 octobre 1912. 

Signé : PAGEOT DES NOUTIÈRES, HUARD, 

Potin, Patterson. 



442 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 18. 



Lettre parvenue le 6 mai 1848. 

\ 

Réponse du Roi des Trarzas et de Moktar Sidy, son ministre, au 
Gouvernement, Salut. 

Pourquoi il a écrit cette lettre? La lettre que le Gouverneur lui a 
envoyée est bien faite. Lorsqu'on a une difficulté avec une nation, le 
Sénégal ne doit pas s'en mêler, il doit être neutre, ils ne croierrt pas 
que je sois contre eux. 

Les Trarzas n'ont jamais rien fait aux Braknas, que lorsque les Brak- 
nas ont commencé. Les Braknas ont commencé à faire du mal aux 
Trarzas, en recevant les princes Trarzas qui se sont réfugiés chez eux. 

Ce sont les Français qui ont nommé roi Mahommed el-Rage] et ils 
n'ont jamais eu à se plaindre, de lui. Il a seulement refusé de gâter 
son pays. N'Diack seul a troublé le pays. C'est encore lui qui a brouil- 
lé les Français avec Moktar Sidi, Roi des Braknas. C'est N'Diack qui 
est cause qu'on a enlevé Moktar Sidi, il veut en faire autant pour Mo- 
hamed el-Ragel. N'Diack, ce qu'il veut, c'est être Roi, au lieu de 
laisser Roi celui qui doit l'être. 

On ne doit pas prendre un homme qui n'est rien pour le mettre au- 
dessus des grands personnages. En le faisant, on gâte le pays. Pour 
prouver que tout ce que je dis est vrai, faites revenir N'Diack à l'escale 
du Coq, à la place qu'il occupait près de Mohammed el-Ragel, comme 
il était avec lui avant ; s'il y consent, le Gouverneur saura que N'Diack 
veut bien faire ; mais s'il ne le veut pas, le Gouverneur saura qu'il 
veut faire le mal. 

Les Trarzas ne veulent rien de ce qui peut les brouiller avec les 
Braknas ; au contraire ils veulent être bien avec eux. 



(Traduction locale). 



l'émirat des trarzas 443 



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444 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 19. 
Chems-Amet, Maoûloud, à M. le Gouverneur, Salut. 

Le but de cette lettre est pour vous faire connaître que la première 
escale du fleuve a été créée par nos grands pères. L'amitié et les 
bonnes relations qui régnent parmi nous datent depuis fort longtemps. 

Le Sénégal peut avoir la guerre avec les autres nations, mais nous 
par rapport à cette ancienne amitié nous n'y prendrons jamais part. 
Nous conserverons toujours notre escale et pourvu que notre route pour 
le Cayor soit libre, nous ferons tout ce qu'il nous sera possible pour les 
Français. Les anciens gouverneurs de Saint-Louis ont toujours fait ainsi 
avec nos prédécesseurs. Nous avons même l'espoir d'être mieux avec 
vous qu'avec eux. ( 

Vous vous rappelez, lorsque vous êtes monté, que vous m'avez dit 
que vous aviez un cadeau pour moi et que vous le laisseriez au C* de 
l'escale pour me le remettre le lendemain. J'ai été le trouver pour le 
lui demander. Il m'a répondu que vous aviez oublié de le lui remettre; 
J'ai pensé que c'était peut-être parce que j'avais refusé les 6 pièces de 
guinée, en disant que c'était trop peu, que vous n'auriez pas voulu me 
le donner. Le seul but de mon refus c'est parce que je croyais que vous 
m'en donneriez davantage. J'ai accepté pour les Français des choses que 
tous les rois de la rivière ont refusés, ce qui fait que maintenant les 
Maures se moquent de moi. 

Je pouvais rester sans demander ce cadeau, mais comme c'est un 
usage établi par les Gouverneurs, je n'ai pas voulu le retirer, parce 
que toutes les mauvaises langues seraient tombées sur moi, par rapport 
à la peine que je me donne pour le» Français. Je vous dirai que quand 
on aime uin homme, il faut le montrer par quelque chose ; ici, noms 
n'avons que des Français et notre seul désir est qu'ils fussent au-dessus 
de toutes les nations. 

Si je n'avais pas autant d'occupations j'irai vous voir, mais soyez 
persuadé que je serai toujours des vôtres, et cela je vous le prouverai 
par l'avenir. Veuillez, je vous prie, me faire réponse le plus tôt pos- 
sible. 

1848. 
(Traduction locale). 



L'ÉMIRAT des trarzas 445 



y 









446 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 20. 

Lettre parvenue à Saint Louis, le 1 er octobre 1860. 

De la part de Sidi fils de Mohammed-el-Habib, 
au Gouverneur de Saint-Louis, Salut ! 

Le but de cette lettre est de vous faire connaître que le traité conclu 
entre vous et Mohammed-el-Habib ne sera jamais violé par moi. Loin 
de le violer, je le ferai exécuter mieux qu'il ne l'a été jusqu'ici. 

La cause de ce qui vient d'arriver, (l'assassinat de son père et la 
vengeance qu'il en a tirée) est que mon père était d'une sévérité très 
grande envers les gens qui commettaient quelque infraction que ce soit, 
contre le traité en question et qu'il n'a jamais vu d'un bon œil ceux 
qui voulaient aller contre vos ordres. 

De ceux qui ont commis l'assassinat de mon père, douze ont été tués 
ou chassés du pays pour aller si loin que l'on n'entende plus parler 
d'eux. 

Quant à ceux qui restent chez nous, ils seront tués ou chassés 
comme les autres. 

Mohammed-el-Habib n'a été assassiné que parce qu'il a refusé 
d'enfreindre les termes du traité. 

Ce qui aussi m'a forcé de tuer mes cousins (au nmobre de neuf) : 
c'est, que je veux absolument consolider le traité et le faire respecter 
le plus longtemps qu'il me sera possible de le faire (toujours). 

Salut ! 



De la part de Mokhtar Sidy (1) au Gouverneur, Salut ! j 
Le but de cette lettre est de vous faire connaître que tout ce que 
Sidy vous raconte dans la lettre ci-dessus est vrai. 

Pour vous assurer que cette parole vient de moi, c'est moi qui der- 
nièrement à Dagana, vous ai demandé de changer le commandant de 
ce poste et d'en mettre un autre qui puisse s'entendre avec moi. 

Salut ! ! 



(1) Mokhtar Sidi est le vizir die l'émir Sidi ould Mohammed Al 
Habib, 



** 
















448 REVUE PU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 21. 

La première Lettre du CHEIKH Sa AD BoUH au Gouverneur 
de Saint-Louis (1867). 

Du Cheikh Saad Bouh, fils de Mohammed Fadel, fils du Chérif 
Mohammed Lamin, originaire des Glagma, habitant le Hodh, Salut 
plus parfumé que la rose et le corail, plus doux que le miel et le vin 
mêlés d'eau; 

A l'émir, Gouverneur de Saint-Louis et aux chefs de terre et de 
mer. A celui qui du jour où il a été nommé Gouverneur du pays y a 
fait régner la justice sur tous les habitants, a empêché les oppresseurs 
d'exercer leur injustice et leur brigandage, et a écarté les autres mau- 
vaises gens du vol et des pillages. Les cantons et les provinces témoi- 
gnent de sa justice et de sa politique. Par son équité, le faible est 
redevenu fort et ne craint plus le plus fort que lui ; le puissant a été 
rabaissé et ne peut plus s'emparer de ce qui lui fait envie. Sous son 
empire, les foules peuvent se livrer aux caravanes de dattes et autres 
denrées. Ce qu'elles souhaitaient est devenu facile, et personne ne les 
trouble. 

Vers. — (( Les oppresseurs humiliés ont été écartés des jaibles, et 
il a redressé par la force ce qu'il y avait en eux de tordu et de penché. 

(( Il a parfaitement rempli ses obligations et embrassé leurs limites. 
Il a bâti et élevé un minaret dominateur. » 

Il a concentré en lui la politique des Gouverneurs, ses prédécesseurs, 
et la justice de tous les sultans. 11 a fait la guerre à tous les princes, 
et ils sont sa chose. 

Vers. — (( La royauté est venue à lui, en humble servante, suivie 
de sa traîne, 

(( Elle ne convenait qu'à lui, et il n'était fait que pour elle. 

(( Si tout autre que lui l'avait désirée, la terre aurait été agitée du 
plus violent des tremblements. » 

Tu as vérifié par la fermeté de ton intelligence et la rectitude de 
ton jugement la parole de celui qui a dit sur les rois d'autrefois et 
d'aujourd'hui : « Les esprits des rois sont les rois des esprits ». Tu 
as accompli par tes armes perfectionnées, tes sabres et tes flèches cet 
autre dicton : « Les paroles des rois sont les reines des paroles. » 



L EMIRAT DES TRARZAS 



449 















XXXVI . 



£9 



450 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Vefrs. — « Les feux de l'ennemi ont éé éteints et sous l'action des 
paumes de tes mains un autre feu s'est allumé ; 

(( La terre de l'ennemi a été atteinte par le malheur, et ce malheur 
s'est étendue jusqu'à ses extrémités impérieuses et inférieures. » 

Le but de cette lettre est de vous saluer. 

Je désire vous entretenir longuement et vous entendre jusqu'au bout. 

Cette terre est une terre de paix. Ce pays renferme des marchés 
permanents et un commerce durable. Je veux y habiter et y construire 
une maison. J'y ai rencontré les émirs arabes, tels que le fils de Souaïd 
Ahmed (Ida Ou Aï'ch), le fils de Hiba {Brakna), le fils d'Ameddou 
(Brakna), le fils de Mohammed el-Habib (Trarza). Tous m'ont fait 
des cadeaux précieux, parce que je suis d'une famille de chorfa et que 
j'ai droit sur eux- 

Aujourd'hui je viens à vous, demandant un présent, je veux nouer 
avec vous une amitié qui ne se rompra jamais, même si vous entriez 
en lutte avec tous les autres. 

Louange à Dieu ! Il n'y a pas parmi tous les Maures une amitié 
comme la nôtre. Nous ne sommes pas des gens de guerre, de traîtrise 
et de mensonge. Grâce à Dieu ! .nous sommes des gens de science 
et des Cheikhs de bonne éducation. Nous n'avons jamais eu d'autre 
souci que celui de conserver ces deux qualités. 

Si tu n'es pas au courant de notre état, informe-toi auprès de ceux 
des tiens qui étaient au marché à Bou Jedour. (Bakel) 

Notre alliance est complète avec vous. Si une guerre survient entre 
vous et les Arabes (guerriers Bassanes), nous ne voulons pas en être 
empoisonnés ou piqués. Nous ne sommes ni de ces Arabes ni de leurs 
Marabouts. Nous ne souhaitons l'élévation d'aucun d'entre eux. Si 
vous continuez à vivre dans la paix actuelle, rien ne nous rapprochera, 
ni nous éloignera d'eux, ni de vous. 

Je vous prie de m' écrire une lettre en y apposant votre cachet. Vous 
nous y donnerez une place parmi vos sujets, un bon accueil dans vos 
grâces, et le respect sur votre territoire. 
Salut ! 

Reçu à Saint-Louis, le 18 octobre 1867. 
(Traduction MâRTY.) 



452 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 22 



Lettre rf'AHMED SALOUM I, Emir des Trarzas. 
(Il use du cachet de son jrère SlDI qu'il vient d'assassiner). 
Fac-similé de son écriture. 

Hamed Saloum, Roi des Trarzas, au Gouverneur. Salut ! 

Le but de cette lettre est d'avoir des nouvelles de votre santé : la 
mienne est bonne. Je suis dans mon pays et toute la population y est 
tranquille sous mes ordres, nous ne nous occupons que de vivre en 
paix et tranquillité. 

J'espère qu'avec l'aide de Dieu il en sera de même de tout le pays. 
Les Oui ad Delim sont venus me demander la paix et je la leur ai 
accordée. Les Ouled Hamet sont également venus. 

Vous devez voir d'après cela que c'est bien celui-là qui accorde 
ainsi la paix, qui arrange les affaires, qui commande aux Marabouts, 
qui est le véritable Roi des Trarzas. 

Je conserverai toujours l'amitié qui a existé entre vous et mon frère et 
mon père. Vous devez voir que depuis la mort de Sidi je n'ai rien fait 
contre les traités. 

Je ne demande pas autre chose que de laisser subsister ce qui se 
faisait sous mon père et mon frère. 

Je ne considère pas comme Roi celui qui est allé dans le Oualo, qui 
s'est mis sous votre protection et qui dit qu'il est le seul roi des Trarzas. 
S'il n'était pas chez vous, dans votre pays, je ne l'y laisserai pas. 
Je vous demanderai de nous donner notre bien (la coutume) que vous 
avez chez vous et de ne pas empêcher qu'on nous la remette. Vous ne 
pourriez la garder qu'en pensant que ce n'est pas moi qui suis Roi des 
Trarzas ; mais vous qui voyez ce qui se passe, qui jugez bien les 
choses, vous savez le contraire. 

Que la paix seule règne entre nous, Monsieur le Gouverneur, ainsi 
que les habitants de Saint-Louis. Sachez bien que notre caractère ne 
ressemble pas au vôtre et que chez nous l'acte que j'ai commis d'assas- 
siner mon frère pour prendre sa place n'est pas un acte réprouvé, mais 
est au contraire un honneur pour moi. 

Lettre reçue à Saint-Louis, le 28 août 1871. 
{Traduction locale). 



L EMIRAT DES TRARZAS 



453 










454 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 23 
Lettre de /'EMIR Ali, jiîs de fEMIR MOHAMMED EL HABIB. 

De la part du Roi des Trarzas Ely-Ould-Mohammed-El-Habib, 
au Gouverneur du Sénégal. 

Le but de cette lettre est de vous faire savoir, que j'apprends que 
vous avez dit que je ne pouvais pas mettre d'ordre dans mon territoire 
Je pense que vous n'avez pas bien compris ce que j'ai dit. 

J'ai dit que je ne pouvais pas bien surveiller les sujets français ; 
mais quant aux miens ils restent toujours sous ma main et j'en suis 
bien le maître. La preuve est que depuis cinq ans, moins les deux mois 
qui restent pour l'expiration du traité, aucun d'eux n'a fait de tort à 
personne. 

S'il vous a plu de déplacer les points de traite, pour moi je suis 
certain de pouvoir toujours protéger mon territoire. La traite peut se 
faire librement et où vous voudrez pendant les deux mois. 

Salut ! 

{Traduction locale). 



l'émirat des trarzas 



455 




456 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 24 



Lettre de Y Emir MOHAMMED F AL. au Gouverneur du Sénégal (1886). 

De la part do roi des Trarzas Mohammed Fal, au Gouverneur, Salut ! 

Le but de cette lettre est de te faire connaître, que j'ai désigné le 
nommé Khayarhoum pour le placer à la tête de toutes mes affaires, jus- 
qu'au jugement dernier, où jusqu'à sa mort. Tout ce qu'il conviendra 
pour nos affaires avec les Français, ou avec les indigènes, je le consi- 
dérerai comme si je l'avais fait moi-même. 

13 octobre 1886. 
(Traduction locale). 



l'émirat des trarzas 



457 



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458 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 25. 



Convention entre Trarzas et Bréçta (1897). 
Texte jrançais. 

Entre Ahmed Saloum, Emir des Trarzas, représenté par Khayahoum, 
son ministre, Eli Kaouri et Sidi Moïla, et Sidia ben Mohammed, dit 
Cheikh Sidia, représenté par Sidia ould Abas et Sidi Mohammed Sidi, 
d'une part. 

Et Ahmedou ould Sidiy Ely, Emir de Braknas, assisté de Ma 
madou Shikh Fall, son ministre, Seibanii ben Abdel-Kaaer, chef des 
Zemaridlj, Abdou ould Sidi et des principaux notables de Diédiouba. 
d'autre part. 

Il a été convenu ce qui suit : 

Article Premier, 

Les parties contractantes, considérant qu'il y a lieu, dans 1* intérêt 
général du commerce dans le fleuve, aussi bien que dans l'intérêt des 
Maures, de remettre fin à la lutte qui existe depuis plus d'un an entre 
les Ould Abeiry et les Diédiouba. 

Confirment la paix qui aurait été conclue à Boilil Barka, en novem- 
bre dernier, par le chef des Trarzas et le chef des Braknas. 

Article 2. 

Conformément à la déclaration signée à Podor, le 29 janvier der- 
nier, par les délégués des Oulad Abéiry et des Diédiouba, aucune 
réparation ne sera accordée pour les dégâts commis de part et d'autre, 
antérieurement à la date de la dite déclaration. 

Article 3. 

Conformément aux traités existant entre le Gouvernement français 
et les Maures Braknas et Trarzas, Ahmedou ould Sidi Ely est reconnu 
comme seul chef responsable de l'Escale de Podor. 

Par suite, il s'engage à assurer la liberté des routes et la sécurité des 
caravanes. 



^'f&^jjStijèpic** «Mil*-:* 



460 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Toutes les tribus maures des Trarzas et notamment les Oui ad Abéiry, 
conservent la faculté de venir commercer à Podor. 

Article 4. 

Ahmedou, Emir des Braknas, et Ahmed Saloum, Emir des Trarzas, 
s'engagent à punir sévèrement ceux de leurs sujets qui se rendraient 
coupables d'attaques ou de pillages contre les Maures de la nation 
voisine, et à faire restituer immédiatement les biens qui seraient enlevés 
au cours de ces pillages. 

Article 5. 

Afin de donner une preuve de son désir de vivre en bonne intelligence 
avec ses voisins, de favoriser, dans la mesure de ses moyens, les tran- 
sactions commerciales, Ahmedou, sur la demande qui lui en a été faite 
par les délégués de l'Emir des Trarzas et de Cheikh Sidia, autorisé 
les Oui ad Abéiry à habiter et cultiver sur le territoire des Braknas 
qu'ils occupaient précédemment. 

Il les autorise notamment à se réinstaller à Dabaye (marigot de 
Moughen ou de Koundi). 

Les Oui ad Abéiry devront naturellement se conformer aux lois et 
usages du pays des Braknas, et s'abstenir de tout acte qui pourrait être 
de nature à causer un préjudice moral ou matériel, soit au chef des 
Braknas, soit à ses sujets. 

Fait en triple expédition à Saint-Louis, le 9 février 1897. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



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462 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 26. 



Convention entre Trarzas et Braknas (1898). 

Entre Ahmed Salouin, Emir des Trarzas, d'une part. 

Et Ahmadou Ould Sidi Ely, Cheikh des Braknas, d'autre part, et 
en présence de Cheikh Sidia chef des Oulad Abéiry et des notables 
des Djeidoulba (Brakna). 

Devant M. Chaudié, Gouverneur général, assisté de M. Kieffer, 
médecin en chef; de MM. Allys, administrateur du cercle de Podor, 
et Réaux, administrateur du cercle de Pagana, Pouydebat, capitaine 
de spahis, Devaux, lieutenant, officier d'ordonnance, Bou el Mogdad, 
interprète principal de première classe. 

I! s. été convenu ce qui suit : 

Article Premier 

Les parties contractantes déclarent solennellement mettre fin à la 
lutte qui existe depuis l'année 1896 entre les Oulad Abéiry et Djei- 
douba. 

Article 2. 

Chacune des parties demeure en possession définitive de tous les 
biens qu'elle a, à compter de la présente convention, sans revendica- 
tions pour les faits antérieurs. 

Article 3. 

Conformément aux traités, existant entre le Gouvernement français 
et les Maures Braknas et Trarzas, Ahmedou Ouldi Sidy Ely est re- 
connu comme seul chef responsable de l'Escale de Podor, Ahmed 
Saloum est reconnu seul chef de l' escale de Dagana. L'un e tl autre 
s'engagent à assurer la liberté des routes et la sécurité des caravanes 
qui viennent à ces deux escales. 
. Les Djeidouba conserveront le droit de commercer et de porter leurs 
gommes dans les escales du fleuve situées en aval de Podor. 



L EMIRAT DES TRARZAS 463 



464 revue du monde musulman 

Article 4. 

Ahmedou, Emir des Braknas ; et Ahmed Saloum, Emir des Trarzas, 
s'engagent à punir sévèrement ceux de leurs sujets qui se rendront 
coupables d'attaques ou de pillages contre les Maures de la nation voi- 
sine et à faire restituer immédiatement les biens qui seraient enlevés 
au cours de ces pillages. 

Article 5. 

Les terrains de Dabaye, revendiqués par les deux parties, demeu- 
rent neutres sous la surveillance spéciale de l' administrateur de Podor. 

Chacune des tribus cultivera sur son propre terrain ; chacune des 
tribus récoltera la gomme sur ses territoires sans empiétement chez son 
voisin, suivant la ligne frontière qui a été déterminée en 1890. 

Article 6. 

Si l'une des parties contractantes venait à violer ou même à ne pas 
faire exécuter la présente convention, le Gouvernement français se 
réserve le droit d'opérer sur les coutumes payées soit à l'Emir des 
Trarzas, soit à l'Emir des Braknas, toutes retenues nécessaires pour 
indemniser les parties lésées des dommages causés. 

Article 7. 

En cas de contestation, le texte français de la présente convention 
fera seul foi et sera interprété d'abord par l' administrateur de la ré- 
gion intéressée et en dernier ressort par le Gouverneur général. 

Les parties intéressées déclarent accepter cet arbitrage et se sou- 
mettre à toutes ses conséquences. 

En foi de quoi ont signé après lecture faite en français et en arabe. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



465 



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30 



466 REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 27. 

Convention entre Coppolani et les chejs trarzas (7 janvier 1903). 
Texte français. 

Les nommés Sidi Ahmed (Ould Boubakar) Siré, de la tribu des 
Oulad Ahmed Ben Daman ; 

El Moctar (Ould M'Bareck chef des Oulad Daman) Boubakar 
(Ould Birahim Fall) de la tribu des Oulad Ahmed Ben Daman ; 

Khayroum, leur conseiller' et Omar Ould Moctar Ould Houmaïda 
(de la tribu des Oulad Ahmed Ben Daman) agissant au nom de leurs 
assemblées respectives soumettent toutes leurs affaires au Représentant 
du Gouvernement français et s'en rapportent à lui pour assurer la paix et 
le développement économique du pays. 

Fait en présence des soussignés (en caractères arabes et caractères 
français). 

Sidia ben Mohammed bed Sidia. 

Je certifie que Dieu est unique et que Mahomet, (que le salut soit 
sur lui) est son envoyé. Je certifie, en outre, que les personnes men- 
tionnées dans le texte ci-dessus ont signé et approuvé le dit texte en 
ma présence. 

Saad Bouh, fils de Son Cheikh, Mohammed Fadel, el Ghalghami 
d'origine. 

Souet-el-Ma, le 7 janvier 1903. 

Pour traduction conforme : 

l'interprète : 

Bou-el-Mogdad. 

Signé : CoPPOLANI, SADORGE, BoU-EL-MoGDAD, 

Feuillu, Michel Angély, A. Fleury, 

E. AUBERT, A. ClCCOLI. 



L EMIRAT DES TRARZAS 



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468 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 28. 
Convention (mai 1910). 

Le rétablissement de la paix en Mauritanie a amené le Gouverne- 
ment français à envisager la possibilité d'appeler les Chefs naturels à 
prendre une part plus active dans T administration intérieure, sous la 
direction des autorités françaises. 

La présence dans le Trarza Occidental d'Ahmed Saloum O. 
Brahim Saloum représentant de l'ancienne famille régnante, sa fidélité 
à notre cause, et l'aptitude qu'il a montrée à comprendre nos idées, 
permettent d'attendre d'heureux effets de sa collaboration. 

La présente convention a pour but de déterminer ses attributions et 
de préciser les services que nous attendons de lui. 

Article Premier. 

Ahmed Saloum O. Brahim Saloum, reçoit du Gouvernement fran- 
çais la reconnaissance de son titre d'Emir du Trarza Occidental. 

Ce titre ne sera héréditaire que dans la mesure où le Gouvernement 
français la jugera convenable. 

Article 2. 

L'Emir s'engage à agir constamment d'accord avec le Résident re- 
présentant le Gouvernement français, placé auprès de lui ; à déférer à 
ses avis et à lui rendre compte de tous ses actes administratifs. 

Il s'engage à assurer l'exécution des lois et règlements applicables 
en Mauritanie, à maintenir l'ordre et la tranquillité, à faire respecter 
la liberté du Commerce et l'exercice du droit de propriété. 

Article 3. 

L'autorité de l'Emir s'exerce sur toutes les tribus inscrites actuelle- 
ment dans la résidence de Méderdra. 

Toutefois nrovisoirement, les Oui ad Aïdls, Eulebs et Oulad Bou 
Sba continueront à relever directement du Résident. 

Article 4. 
L'Emir a droit de police sur toute la partie du Trarza occidental 
limitée à l'est par la ligne que suit le marigot de M'Bim ou de Koundi 



l'émirat des trarzas 469 

depuis son embouchure jusqu'au gué de Lembeïga et est jalonnée en- 
suite par Souet el Ma et le puits de Jerarya. Au sud! la limite du 
Trarza Occidental est formée par le Sénégal et le marigot des Marin- 
gouins. 

Article 5. 

L organisation des tribus relevant de l'Emir reste ce qu'elle est à 
l'heure actuelle. Les modifications dans les groupements, dans la dési- 
gnation des chefs et toutes les mutations qui pourraient être jugées 
utiles ultérieurement ne pourront avoir lieu qu'avec l' approbation des 
autorités françaises. 

Article 6. 

Les redevances et taxes actuellement perçues sont levées par l'Emir 
qui s'engage à verser au Gouvernement français une contribution dont 
le montant sera annuellement fixé par le Commissaire du Gouvernement 
général. 

Toutefois jusqu'à ce que l'Emir «dispose d'un personnel présentant 
les garanties suffisantes, la perception de l'impôt s'effectuera suivant 
les formes et avec le personnel actuellement employés. 

Les modifications qui seront apportées progressivement à l'ordre de 
choses existant devront toujours être, au préalable, approuvées par le 
Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie. 

Article 7. 

La juslice dans les tribus maures est assurée au nom de l'émir et 
sous le contrôle du Résident par des Cadis suivant la loi musulmane et 
les coutumes indigènes en ce qu'elles ont de compatible avec les lois 
et règlements en vigueur ainsi qu'avec nos principes d'humanité. 

Ces Cadis sont nommés par le Commissaire du Gouvernement géné- 
ral sur présentation de l'émir. 

Leurs jugements ne sont exécutoires qu'après visa du Résident. 

L'Emir est chargé d'assurer leur exécution. 

Il conserve en matière répressive ses droits traditionnels sous le 
contrôle de l'autorité française. 

Article 8. 

Le Gouvernement français réserve tous ses droits de propriété sur 
les terres. 



470 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Aucun engagement domanial ne pourra être pris par l'émir sans son 
autorisation. 

Il se réserve aussi le droit d'examiner toutes les demandes de con- 
cession et d'exploitation qui pourraient être faites et d'en fixer les con- 
ditions en cas d'acceptation. 

Article 9. 

L'Emir s'engage à faire respecter les droits des noirs établis sur la 
rive aVoite et de tous ceux qui viennent en Mauritanie pour y cultiver. 

Les différents qui pourraient s'élever entre eux ou avec les Maures 
continueront à être réglés par les Tribunaux. 

Article 10. 

L'Emir s'engage à entretenir une force armée suffisante pour réprimer 
les tentatives des pillards et assurer la police intérieure. 

Il s'engage en outre à fournir sur la demande des autorités fran- 
çaises des groupes de partisans armés qui seront chargés de coopérer 
aux expéditions extérieures qui pourraient être ordonnées et à favoriser 
le recrutement normal des partisans maures devant entrer dans les for- 
mations régulières des troupes mobiles. 

Article 11. 

L'émir s'efforcera d'encourager la création et la fréquentation d'é- 
coles où les jeunes gens recevront une instruction complémentaire de 
celle des écoles coraniques et pourront, sur leur demande, apprendre le 
français. 

Enfin il s'engage à entretenir de bonnes relations avec tous les su- 
jets ou protégés français, à seconder toute tentative faite pour la mise 
en valeur du pays et le développement du 'commerce. 

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Le~ Commissaire du Gouvernement général en Mauritanie : 
Patey. 
Ahmed Saloum ould Brahim Saloum. 
L'Emir des Trarzas : 



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CERCLE DES TRARZAS 



ANNEXE 

STATISTIQUE DES 



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Localités 
où sont établies les 
écoles coraniques 


MARABOUTS QUI ENSEIGNENT DANS LES ÉCOLES 




NOMS 


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Maître 

dont il a suivi 

les leçons 


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Mohamed Fall O 1 . Ahme- \ 
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Od. Lakhel 
O. Deiman (1). 

). Deiman (2). 


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Son père 




2 




Hamdine Od. Mohamed ) 
son frère Barik Allah. ) *• 


49 

44 


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3 




L. Bara Od. Begui 


id. (3). 


59 


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4 




Sidi Mohamed O. Alamine 


id. 


44 


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Ahel Moham. Saloum 


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5 




Oumar Od. Ibnou Abdou.. 


id. (4). 


54 


id. 


Medlich (adrar) 




6 




Moustaf Od. Mohamed i 
Od. Moustaf 


id. 


40 


id. 


Mohamed Fal 
Amedou Fal 








7 




Mohamed El Mokhtar / 
Od. Ahmed Eall \ 


Ida Ou Ali (5). 


64 


Tidjanïa 


J edou Od. Ektaouchini 




8 


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Saleck Od. Baba Od. Ahmed 


id. (6). 


64 


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Mohamed Od. Makhtar ) 
Od. Haïmeda \ 


Tachedbit 


49 


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Chérif Od. Sabbar 


Medlich (7). 


39 


id. 


Ahel cheikh Qadri 
(Brakna) 


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il 




Ahmed Od. Moh. Sidi \ 


O. Atfagha 
Haiballa (8) 


49 


id. 


Ahel Mohamed Salem 
(adrac) 


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12 


Pi! 


Mohamed El Mahboub 


O. Deïman 


49 


id. 


Yadou Od. Abd 
(Tagounant) 


ti 


13 

ï4 




Ahmeddou Od. Boy 


Idag Fodié 


44 


id. 


id. 






Ahmeddoud Od. Soufi 


id. 


64 


id. 


Ahel Mohamed Salem 
(Adrar) 




15 




Mohamed Od. Laminou.. . . 


Ichouganem 


64 


id. 


Mohamed Od. Hambet 
Idab el Hattah 




16 




Abdaikarim Od. Ahmedou 


Medloudha 


44 


id. 


Son père 




17 




Abba. Od. Abd Allah i 
O. Liman \ 


id. 


39 


id. 


id. 




18 




Al Habib Od. Entifi.... \ 


Od. bou Hou- 

boïni (9) . 


65 


id. 


Habib Od. Aboukarim 




19 


« 


Habib Od. Zaïd 1 


Od. Amer Agd 
Abija 


60 


id. 


Abder Rahman Od. 
Moutali 




1 


^OTA : Il faut signaler en outre un grand nombre de 


petits 


maîtres et m 


aîtresses d'école en tril 


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ÉCOLES CORANIQUES (AVRIL 191 5) 



RESIDENCE DE MEDERDRA 



NATURE 

de 
l'enseignement 



Coran — Théologie 
Grammaire 



Droit et Logique 
id. * 

Coran — Théologie 
Grammaire 

Droit 



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id. 
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Surtout la Grammaire 

Coran — Théologie et Droit 

id. 
et Grammaire 

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5° 


5 


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15 


60 


6 



60 
60 



60 
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Si le marabout jouit d'une influence 


Sur quelles localités 
s'étend cette 


Est-elle 

favorable ou 

hostile à 


influence 


notre action 


O. Deiman. Tached- 

bit. Ida Ou El Hadj 

Saint-Louis 


Favorable 


Oulad Deiman 
et Saint-Loais 


neutre 


O. Sidi Fally 


plutôt favorle 


0. Sidi Fally et 
Talabines 


neutre 


O. Sidi Fally 


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Idog Foudjié 


id. 


Ida Ou Ali 


id. 


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Tachedbit. Loubeïdat 
Tendgha 


id. 


Medlich 


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O.AtfaghaHabiballah 
et O.; Deiman 


id. 


Ida Oudaï 


id. 


Idagh Fodé et Medlich 


id. 


Idagh Fodé 


id. 


Ichagounem 


id. 


Medlouda n. Taba 


id. 


Medlouda 


id. 


Tendgha. Saint-Louis 


Favorable 


Tendgha. Ahelamar 
Agdebija. 


douteuse 



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Méderdra, le 24 Avril i9i5 



474 



REVUE DU MONDE MUSULMAN 



ANNEXE 31 

Les appellations noires des tribus maures du Trarza. 

Les tribus maures portent chacune un nom spécial dans la bouche 

des noirs du Sénégal. 

Les principales de ces appellations sont les suivantes : 

Le guerrier, ou hassani, porte toujours le surnom de Fal à la* suite 

de son nom. 



Les Tendgha sont dits aussi.. 


Fal | 


Les Oulad Diraan sont dits . . 


Dieuq 


Les Medlich et NTaba 


Tabane 


Les Tachedbit 


Kirsa 
Hemmer 


Les Tadjakant .... 


Id. 


Babou j 


Les Ida Ou Al Hadj 


Parmankou 


Id. 


Piakhoumpa j 


Id. 


Sougoufara 1 


Les Koumleïlen 


Diop 


Les Oulad Biri 


Diakhaté 


Les Chorfa. 


Haïdara 



L ÉMIRAT DES TRARZAS 47' 



ANNEXE 32. 
Bibliographie. 

A nnaîes sénégalaises . 
Annuaires du Sénégal. 
Archives du Gouvernement général de VA. O. F., du Commissariat 

de la Mauritanie et du cercle du Trarza. 
BASSET. — Mission au Sénégal. { 

CaillIÉ. — Journal d'un voyage à Tombouctou. 
CULTRU. — Histoire du Sénégal. 
DELAFOSSE. — Haut-Sénégal-Niger. 
DELAFOSSE et GADEN. — Chronique du Fouta Sénégalais. 
FAIDHERBE. — Le Sénégal 
GADEN. — Les Salines d'Aoulil (in Revue du Monde Musulman). 

(1910). 
Légendes et coutumes sénégalaises, (in Revue d'Ethnographie et de 

Sociologie) (1912). 
GoLBERRY. — Fragments d'un voyage en Afrique. 
IBN ABI ZERA. — Raoudh al Qartas. 
IBN KHALDOUN. — Histoire des Berbères. 

IsMAËL HAMET. — Chroniques de la Mauritanie Sénégalaise, et les 
auteurs arabes y inclus. 

LâBARTHE. — La JAILLE. — Voyage au Sénégal. 
LABAT. — Nouvelle relation de Y Afrique Occidentale. 
LEFEBVRE (Alph.J. — Relation inédite de voyage d'un missionnaire 

boulonnais. 
Le Foch (R. -P. -HENRI). — Claude-François Poulart des Places. 
Le MAIRE. — Les voyages du sieur Le Maire aux ries Canares, Cap 

vert, Sénégal. H 

MARTY (Paul). — Etudes sur l'Islam maure : Cheikh Sidia, Ida Ou 

Ali, Fadelia. 

— Les tribus de la Haute Mauritanie. 



476 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

MoLLIEN. — Voyage dans l'intérieur de l'Afrique. 

POULET.* — Les Maures de Y Afrique Occidentale. 

RaFFENEL. — Nouveau voyage au pays des Nègres. 

SAUGNIER. — Relation de plusieurs voyages jaits à la côte d'Afrique. 



Renseignements précieux dus à MM. l'administrateur en chef Gaden, 
les capitaines Gerhardt et Vallée, Cheikh Sidïa, Cheikh Saad Bouh, 
Abd Allah Al Atig, et de nombreux indigènes, guerriers et surtout 
Marabouts, du Trarza. 



TABLE DES MATIERES 



LIVRE I. — HISTOIRE GENERALE 

CHAPITRE I er . — Les origines de la Mauritanie. — Invasions 
berbères (Çanhadja) et arabes (Hassanes) 1 

CHAPITRE II. — La domination des Hassanes Oulad Rizg 
(XV e siècle) 19 

CHAPITRE III. — La domination des Hassanes Oulad Mbarek 
(XVI e siècle) 25 

CHAPITRE IV. — Les origines des Trarzas. 28 

CHAPITRE V. — La guerre de Babbah et les Imams ber- 
bères 37 

1. — Le premier imam, Nacer Ad-Din (1644-1650 

environ) 38 

2. — Le deuxième imam, Al-Faqih Lamin (1650-1635 

environ) . 51 

3. — Le troisième imam, Qadi Othman (1656-1665 

environ) 52 

4. — Le quatrième imam, Mbarek ould Habib Allah 

(1665-1668 environ) 54 

5. — Le cinquième Imam, Mounir Ad-Din (1668-1670 

environ) 56 

6. — Le sixième Imam, Agd Al-Mokhtar, fils d'Agd 

Abd Allah (1670-1674 environ) 57 

CHAPITRE VI. — Les premiers Emirs trarzas (XVII e et XVIII e 

siècles) 63 

Ali Chandora (1703-1727) 68 

Amar, fils d'Ali Chandora (1727-1757) 75 

Mokhtar. fils d'Amar (1 757, vers 1 759) 79 

Alaït, fils de Mokhtar (1 786, vers 1 795) 94 

Amar Koumba (vers 1795, vers 1800) 94 



478 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

CHAPITRE VIL — La branche cadette des jiîs d'Ali Chan- 

dora (XIX e siècle) . 99 

Amar ould Mokhtar (1600-1827) 99 

Mohammeld Ai-Habib (1827-1860) 104 

Sidi Mbaïrika (1860-1871) 123 

Ahmed Saloum (1871-1873) . 125 

Ali Diombot (1873-1886) 127 

Mohammed Fal (1886) .................... 131 

Amar Saloum (1886-1891).. . .......:............... 132 

Ahmed Saloum II (1891-1905) . ,. . . , 133 

CHAPITRE VIII. — L'occupation française. 

I. — Les essais de protectorat avec Ahmed Saloum II 

(1901-1905) 138 

IL — L'administration directe (1905-1910) 148 

III. — Ahmed Saloum, III (1910-1915). 150 

LIVRE IL — CHRONIQUE DES TRIBUS 

TABLEAU DE COMMANDEMENT 

a) Résidence de Bou Tilimit 157 

b) Résidence de Méderdra 1 58 

Notices monographiques 

a) Résidence de Bou Tilimit . . . 162 

I. — Guerriers 1 62 

IL — Zenaga tributaires : 167 

Oulad Al-Faghi 170 

Aroueïjat 3 72 

b) Résidence de Méderdra • • 197 

I. — Guerriers 197 



l'émirat des trarzas, 479 

Débris d'anciennes tribus 202 

II. — Zenaga tributaires ........ 214 

III. — Marabouts '.'. 175 

Tadjakant 1 1 75 

Tagounant 181 

Id Eïboussat .......... 1 85 

Idia Belhasen . . 187 

Tagnit ,/.. 192 

Oulad Baba Ahmed (Oulad Diman) ........./...,.. 194 

Ahel Barik Allah (Tachomeha) 195 

Tendgha de l'Est et Id Armadiek, ,,,,,,...••....,. 196 

Id Armadiek (Tendgha) , . . . I. . • • . . . . 196 

Oulad Biri 196 

LIVRE III. — L'EMIRAT DES TRARZAS EN 1915 

CHAPITRE I er . — Les attributions politiques de Y émir. ..... 289 

La situation d'Ould Deïd 292 

Convention • • ? 296 

CHAPITRE II. — Attributions financières et budget de l'émir* . 299 

CHAPITRE III. — La justice de l'émir 305 

CHAPITRE IV. — Les coutumes politiques 315 

1 . — Régime des puits et puisards 315 

2. — Le Bakh (redevance agraire) • • 319 

3. — La Horma (taxe personnelle) 328 

4. — Le Ghafer (droit de protection) 340 

5. — Les classeâ sociales • • 342 

6. — Les Tiab (guerriers repentis) • • 352 

Annexes a l'Emirat des Trarzas. 

Carte : 360 



480 revue du monde musulman 

Note préliminaire 361 

Table des annexes a l'Emirat des Trarzas • • 362 

ANNEXE 1 . — Traité conclu entre le sieur Jean-Baptiste-H.-E. 
Durand, directeur général de la Compagnie, sous les auspices 
et la protection immédiate de M. le comte de Repentigny, 
gouverneur du Sénégal et de ses dépendances, et les Mara- 
bouts d'Armankour, au sujet de la gomme (2 mai 1785). 364 

ANNEXE 2. — Traité avec le roi Aly Koury des Trarzas, pour 
la traite de la gomme, captifs, etc. (26 mai 1785) 372 

ANNEXE 3. — Traité passé entre le lieutenant- gouverneur 
Maxwell et Amar Wouldou Boucabe, roi des Trarzas 
(7 juin 1810) 3% 

ANNEXE 4. — Traité entre ie "commandant pour le roi et admi- 
nistrateur du Sénégal et dépendances et Mohammed Kha- 
rabat Chem», chef de la tribu des d'Armankours (30 juin 
1819) :... 392 

ANNEXE 5. — Traité du 15 novembre 1819 396 

ANNEXE 6. — Traduction d'une lettre du roi des Trarzas, reçue 
le 14 mai 1821 400 

Annexe 7. — Traité du 6 juin 1826 402 

ANNEXE 8. — Traité passé entre M. Le Coupé, commandant 
et administrateur pour le roi au Sénégal et dépendances, et 
Mohammed Fal, fils d'Omar (7 juin 1 821 ) 404 

ANNEXE 9. — Traité avec Amar Ould Mokhtar, roi des 
Trarzas, et avec les chefs des diverses tribus de cette nation 
(7 juin 1821) .. 406 

ANNEXE 10. — Traité avec Mohammed El-Habib, roi des 
Trarzas (25 mars 1829) 416 

ANNEXE II. — Convention additionnelle au traité avec le roi 
des Trarzas a 422 

ANNEXE 12. — Traité avec Ibrahim Ould Mokhtar, chef de 
la tribu maure dès Pakhalifas (28 avril 1829) 424 



l'émirat des trarzàs . 481 

ANNEXE 13. — Traité conclu entre M. Renault de Saint- 
Germain, gouverneur général du Sénégal et dépendances, 
et Mohammed El-Habib, roi des Trarzas (24 août 1831). 428 

ANNEXE 14. — Traité conclu entre M. Renault de Saint- 
Germain, gouverneur du Sénégal et dépendances, et Hamet 
Boïry et Loidy Ouldl Macmoude, chefs de la tribu des Dac- 
baguis (22 mai 1832). . 432 

ANNEXE 15. — Traité avec Mohammed El-Habib, roi des 

Trarzas . 434 

ANNEXE 16. — Convention passée entre le gouverneur dfu Séné- 
gal et Mohammed El-Habib, roi des Trarzas (12 jan- 
vier 1 836) : . 438 

Annexe 1 7. — Traité du 22 octobre 1842. 440 

ANNEXE 18. — Lettre parvenue le 6 mai 1848. 442 

ANNEXE 19. — Chems-Amet, Maouloud, à M. le Gouverneur 

salut 444 

ANNEXE 20. — Lettre parvenue à Saint-Louis, le 1 er octo^ 
bre 1860 446 

ANNEXE 21. — La première lettre de Cheikh Saad Bouh au 
Gouverneur de Saint-Louis (1867) 448 

ANNEXE 22. — Lettre d'Ahmed Salouin I, émir des Trarzas. 452 

ANNEXE 23. — Lettre de l'émir Ali, fils de l'émir Mohammed 

El-Habib •• 454 ' 

ANNEXE 24. — Lettre de l'émir Mohammed Fal au gouver- 
neur du Sénégal (1886) 456 

ANNEXE 25. — Convention entre Trarzas et Brakna (1897). 458 

ANNEXE 26. — Convention entre Trarzas et Brakna (1898). 462 

ANNEXE 27. — Convention entre Coppolani et les chefs 
trarzas (7 janvier 1903) 466 

ANNEXE 28. — Convention (mai 1910). 468 

xxxvi. 31 



482 REVUE DU MONDE MUSULMAN 

ANNEXE 29. — Cercle des Trarzas. Satistique des écoles cora- 
niques (mai 1915). (Résidence de Bou Tilimit). 

ANNEXE 30. — ; Cercle des Trarzas. Statistique des écoles cora- 
niques (avril 1915). (Résidence de Méderdra). 

ANNEXE 31. — Les appellations noires des tribus maures du 
Trarza 472 

ANNEXE 32. — Bibliographie 473 



l'émirat des trarzas 483 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



L'Emir des Trarzas, Ahmed Saloum III ould Brahim Sa- 
loum et sa suite ••.... I 

Cheikh Sidïa : 70 

i 

Femme maure. . * 121 

Abcu Mediana, gendre de Cheikh Sidïa 145 

L'Union sacrée. Mgr Jalabert, évêque du Sénégal, et Cheikh 

Sidïa, à Bou Tilimit (1917) 163 

Cheikh Sidïa et ses talibés, en tournée à Dakar 187 

Cheikh Sidi Mohammed ould) Ahmeddou ould Sliman, des 
Oulad Diman. 193 

Cheikh Mohammed Yahdhi, cadi des Oulad Bou Sba 205 

Ahmed Youra, poète et historien des Oulad Diman, et son fils 
aîné Mohammed 225 

Senad bën Mohammedden, des Oulad Diman, secrétaire du 
Comité consultatif des affaires musulmanes 289 



Typ. A. Davy, 52, rue Madame, Paris- VI e 



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